Voici le chapitre dans lequel se poursuivent les aventures de Bara, Chizuru et leurs compagnons. Je vous souhaite une agréable lecture et, si ce n'est pas trop demander, un petit commentaire pour me dire ce que vous en avez pensé serait gentil. Bonne lecture !
Chapitre 04
L'art d'apprendre
Okita regarda Bara entrer dans sa chambre, surpris. Elle n'était pas venue le voir depuis un bon moment. Elle ne chercha pas à croiser son regard bien qu'il en mourrait d'envie. Elle devait lui en vouloir, lui et son foutu comportement... Il avait dû la blesser plus qu'il ne l'avait cru.
- Je suis désolé, soupira-t-il finalement en prenant sur lui et en ravalant sa fierté.
- Huh ?
Bara releva instantanément la tête, lui montrant un regard complètement surpris. Apparemment, elle ne s'attendait pas à des excuses de sa part. Elle le regarda un long moment avant de détourner le regard, rougissant légèrement.
- C'est moi qui devrais m'excuser pour vous avoir giflé, Okita-san, murmura-t-elle. Je suis vraiment désolée. J'ai honte de mon comportement.
Okita la regarda avec plus d'estime encore. Elle n'était pas la seule fautive, et pourtant elle s'excusait comme si c'était le cas. Elle avouait sa honte sincèrement sans rejeter la faute sur lui. Il ne put s'empêcher de sourire en se laissant retomber sur ses oreiller. Vraiment, cette femme était merveilleuse... et totalement adorable.
- Je vais y aller, mangez pendant que c'est chaud, Okita-san, conclut-elle en commençant à se lever.
Il lui attrapa vivement le poignet pour l'empêcher de partir et lui demanda de ne pas le laisser seul. Bara allait refuser quand elle vit son regard. Il avait l'air d'un petit garçon sur le point de se faire abandonner par ses parents. Elle se rassit et lui sourit timidement, l'encourageant à manger.
Après qu'il eut fini son repas, il fut prit d'une quinte de toux violente et Bara ne put rien faire d'autre que le prendre dans ses bras et essayer de l'apaiser. Souffrait-il toujours ainsi ? Combien de fois était-il prit de quintes de toux aussi violentes par jour ? Elle en eut les larmes aux yeux. Bara le força à s'allonger, installant sa tête délicatement dans son giron. Elle allait lui tenir compagnie jusqu'à ce qu'il s'endorme.
- Reposez-vous, Okita-san, lui dit-elle doucement en caressant ses cheveux.
- Bara-chan, souffla-t-il en souriant avant de fermer les yeux et de s'endormir.
Son sommeil ne fut pas long car du bruit se fit entendre derrière le shoji. Okita attrapa rapidement son katana et se redressa aussi bien qu'il le put pour voir le shoji s'envoler contre le mur dans un craquement sonore. Là, sous la lumière de la lune, se tenait un samouraï avec le haori bleu. Ses cheveux était d'un blanc de lune et ses yeux d'un rouge sang reflétant la folie. Un Rasetsu.
Okita ne pouvait pas se battre dans cet état, et il le savait aussi bien qu'elle. Avec un juron, il sortit de son hakama un flacon et le déboucha. Bara le regarda, horrifiée. Elle connaissait suffisamment cet homme pour savoir que pour se battre et défendre ses idées, il était capable de tout. C'était un guerrier sans merci et pourtant, à l'instant, il allait faire cela pour la sauver, elle. Elle à qui il avait dit qu'il la tuerait.
- Non, Okita-san, le supplia-t-elle alors que le Rasetsu se rapprochait en levant son katana, suivit par deux autre de ces créatures.
Okita ne lui accorda pas un regard et rejeta sa tête en arrière et laissa couler le remède dans sa bouche. Bara ferma les yeux, la fatalité s'abattait sur eux une fois de plus. Elle savait parfaitement qu'il ne vivrait pas très longtemps, mais le voir se faire autant de mal lui était insupportable. Le connaissant, il ne pourrait pas s'accepter après avoir abandonné son humanité.
Le premier Rasetsu se jeta sur Bara qui, dans un cri de frayeur, tomba à la renverse et tenta de s'éloigner le plus possible en rampant sur ses coudes. Okita se leva lentement, ses cheveux virant au blanc et ses yeux au rouge. Sans plus attendre, il se jeta sur ses adversaires et les envoya rejoindre l'au-delà. Bara resta tétanisée, regardant le dos d'Okita qui, toujours debout, commençait à avoir des spasmes de douleur, le forçant à se laisser tomber un genoux à terre.
Bara hésita à s'approcher de lui. Peut-être l'enverrait-il balader en lui disant qu'il n'avait pas besoin d'elle... Cependant, elle décida que, peu importe ce qu'il pourrait dire, elle était là pour le supporter. Alors elle s'approcha de lui et l'encercla de ses bras, le laissant endurer la douleur en priant pour que cela cesse.
Okita sembla se calmer et respirer plus calmement quand des bruits de pas s'approchèrent rapidement. La main d'Okita se crispa sur son katana, prêt à dégainer au premier signe ennemi. Toutefois, ce fut le visage de Hijikata qui apparut. Il était accompagné de Saitô, Harada et Nagakura. Chizuru se tenait au bras de Harada, encore secouée d'un quelconque événement. Bara remarqua bien vite le sang qui tachait l'une des manches de Chizuru et comprit qu'elle avait, elle aussi, été victime d'une attaque.
- Bara-chan, fit Sanosuke. Tout va bien ? Tu saignes ? s'inquiéta-t-il.
Bara baissa les yeux vers son flanc gauche pour y découvrir le tissu imbibé de son propre sang. La blessure avait sans doute été profonde, mais sous les yeux de tous, elle se refermait petit à petit. Bara les rassura d'un hochement de tête et reporta son attention sur Okita.
- Sôji ? s'inquiéta alors Hijikata.
- Je vais... bien... souffla-t-il.
- Il a prit le remède, les informa Bara, la voix tremblante.
Leur visages n'exprimèrent aucun sentiment, aucune émotion. Tous soupirèrent avant d'acquiescer et de rassurer Bara. Ils lui dirent tous que tout allait bien se passer et que Sôji avait suffisamment de volonté pour ne pas devenir un monstre sanguinaire. Ce à quoi ce dernier répondit par une petite raillerie qui redonna le sourire à presque tout le monde... sauf Bara.
Elle se leva et quitta la chambre, encore bouleversée, ne faisant même plus attention à sa récente blessure qui n'allait bientôt n'être plus qu'un souvenir. Elle s'assit un moment, à contempler la lune, assimilant toutes ces choses qui venaient de se passer et fit le point. Elle avait la preuve qu'elle était une oni, ensuite, Okita avait choisi de boire un remède qui allait le mener vers sa fin précaire, et enfin... elle l'aimait. Si ce dernier point avait jusqu'à présent été plus un doute pour elle qu'autre chose, maintenant elle en avait la certitude.
Après un moment lui semblant interminable, elle sentit quelqu'un approcher et s'asseoir à côté d'elle. Elle ne bougea pas, ses yeux fixant l'immensité du ciel, ses pensées l'accablant.
- Bara-chan, souffla alors la voix de la personne qu'elle essayait à présent de fuir.
- Okita-san ? répondit-elle.
- J'ai pris cette décision de mon plein gré, dit-il alors. De toute façon, je ne vivrai pas encore très longtemps.
- Arrêtez de dire cela, Okita-san, fit-elle alors, sentant les larmes lui monter aux yeux.
C'était plus fort qu'elle. Apparemment elle ne pourrait pas lui cacher longtemps ses sentiments. De toute façon c'était trop tard puisqu'il avait remarqué qu'elle pleurait. Il soupira et lui releva le menton pour plonger ses yeux dans les siens.
- Bara, fit-il sérieux, je ne suis pas quelqu'un de bien pour toi. Tu devrais trouver quelqu'un d'autre à qui offrir ton cœur.
- Alors vous saviez... fit-elle dépitée. Peu importe, soupira-t-elle. On ne contrôle pas ce genre de choses, Okita-san, conclut-elle en se levant pour partir, le laissant seul.
- Non, en effet, souffla-t-il aux étoiles.
[...]
Bara tomba à ce moment nez-à-nez avec Yamazaki qui semblait revenir de mission, exténué. Elle s'excusa en souriant et le laissa passer. Il la remercia et, tombant de fatigue, se dirigea vers sa chambre. Bara, de nouveau seule, commença à réfléchir à sa place parmi eux. Okita ne voulait pas d'elle, alors il allait falloir qu'elle se trouve de quoi occuper ses journées pour ne plus le croiser. Comment pourrait-elle leur être plus utile ? Elle ne pouvait certes combattre le sabre à la main comme eux, elle ne pensait pas en être capable. Mais elle savait se montrer discrète, silencieuse et savait mieux écouter que parler.
Elle se tourna de nouveau vers l'endroit où Yamazaki avait disparu et elle secoua la tête. Non, il ne voudrait sans doute jamais lui apprendre. Mais... cela valait tout de même le coup d'essayer, non ? Alors elle se promit que la prochaine fois qu'elle le croiserait, elle lui demanderait de lui apprendre son art. C'est sur cette résolution que Bara décida d'aller se coucher, tentant de ne pas penser à Okita.
Bara s'endormit finalement pour retrouver son cauchemar personnel. Encore une fois, le torrent de la rivière l'emportait loin du feu et des cris, et du jeune homme dont elle ne voyait pas le visage sinon ses yeux d'un violet qu'elle voyait à présent plus dans les tons mauves. Et comme toujours, elle se réveilla en appelant ce Shira-chan dont elle ne se souvenait pas.
L'aube approchait, alors elle décida qu'elle ne se recoucherait pas et irait aider Chizuru avec ses tâches habituelles. Elle décida de s'occuper du linge, de l'étendre à l'air frais du matin pour le faire sécher ou bien pour l'aérer un peu. Pendant ce temps, elle cherchait comment convaincre Yamazaki de lui apprendre son art. Ce serait soit très facile, soit très difficile. Cela dépendait de ce dernier et elle devait bien reconnaître qu'elle ne le connaissait guère.
- Bara-chan, tu es déjà debout ? s'étonna une voix qu'elle aurait aimé ne pas faire accélérer son pou aussi facilement.
- Okita-san, fit-elle en se tournant vers lui. Le soleil s'est levé, n'est-ce pas trop dur pour vous d'être debout ?
Okita la fixa un long moment avant de soupirer et d'acquiescer. Après tout, il pouvait bien le lui avouer. Il resta ainsi silencieux, ne sachant pas trop quoi dire. Il sentait bien le malaise qui s'était établi entre-eux deux. Bara continuait sa tâche avec beaucoup plus d'entrain qu'il ne l'avait vue faire avant qu'elle ne s'aperçoive de sa présence. Il se doutait bien qu'elle se sentait gênée d'être seule avec lui alors qu'elle savait qu'il n'ignorait rien de ses sentiments. Elle, en revanche, n'avait toujours rien remarqué et il ne savait pas s'il devait s'en réjouir ou bien en être irrité.
- Bara-chan, je suis navré de t'avoir blessée, mais c'est pour ton bien, voulut-il se justifier.
Bara vit rouge. Comment pouvait-il se permettre de juger ce qui était bien ou mauvais pour elle ? Elle savait qu'elle n'aurait pas dû lui en vouloir, qu'il était comme ça, mais elle n'en pouvait plus, elle devait se libérer de toutes ses émotions, et tant pis si ça tombait sur lui.
- Comment pouvez-vous vous croire capable de savoir ce qui est pour mon bien, Okita-san ?! Vous ne me connaissez pas ! Alors mêlez-vous de ce qui vous regarde !
Sur ces mots, Bara tourna les talons et s'éloigna de lui, se sentant maintenant coupable. Elle commençait déjà à regretter d'avoir été si injuste avec lui, mais il lui avait brisé le cœur. La souffrance menait souvent à ce genre de scènes. Et inexorablement, on finissait par regretter les paroles que l'on venait de dire. Bara pleura un moment dans un coin, se pensant à l'abri des regards. Elle s'en voulait d'être aussi maladroite et aussi stupide. Malgré ses efforts pour ne pas pleurer et se tenir droite et forte, elle se retrouvait là, assise les genoux contre sa poitrine, à pleurer comme une enfant.
- Pourquoi pleures-tu, Bara-chan ? fit alors une voix qu'elle ne connaissait pas vraiment.
Bara releva la tête immédiatement pour voir Yamazaki qui venait de sortir de sa chambre. Elle resta muette, ne parvenant pas à lui répondre. Qu'aurait-elle put dire d'ailleurs ? L'humiliation serait sans borne si elle avouait ce qui se passait. Mais elle n'eut pas besoin de dire quoi que ce soit, apparemment, tout le monde semblait avoir deviné.
- C'est à cause d'Okita, n'est-ce pas ? comprit-il en se sentant un peu désolé pour cette pauvre fille qui avait choisi d'aimer un homme si difficile à cerner et à atteindre.
Elle ne put qu'acquiescer, la gorge nouée. Yamazaki l'observa un moment et soupira avant de lui demander de le suivre. Une fois à l'endroit où il voulait aller, il lui indiqua de rester silencieuse et d'écouter, de regarder. Cachée avec Yamazaki, elle observa Okita, assis sur un banc, apparemment fatigué et abattu. Il fut rejoint par Saitô qui passait par là.
- Tu sembles complètement abattu Sôji, remarqua son ami.
- Je ne peux décidément rien te cacher, marmonna-t-il.
- Qu'est-ce qui te tracasse ? demanda-t-il alors en s'assaillant à côté de lui.
Sôji demeura silencieux, ne sachant pas trop comment expliquer la situation à son ami. Pourrait-il ne serait-ce que comprendre ce qu'il ressentait ? Saitô avait toujours été silencieux, réservé et un peu asocial, il faut bien le dire. Avait-il jamais été dans la situation qu'il vivait à présent ?
- Tu t'es encore disputé avec Bara, soupira alors Saitô.
Sôji fut d'abord surpris que son ami ait compris, avant de finalement se renfrogner en croisant les bras sur son torse. Ce que cela pouvait être agaçant quand il faisait ça ! Quand il tapait juste avec ses observations. Un peu plus et il croirait que Saitô l'espionnait.
- Il n'est pas difficile de sauter à cette conclusion, finit par dire Saitô. Pourquoi continues-tu comme ça ?
- Tu sais très bien pourquoi ! Je ne suis qu'un mort en sursis ! Je ne veux pas qu'elle...
- Trop tard, elle t'aime et tu le sais. Rends-vous service, dis lui ce que tu ressens, Sôji, avant que tu ne puisses regretter de ne pas avoir profité de la vie.
Sur ces mots, le maître de Iai se releva et laissa en plan un Sôji encore plus perturbé qu'auparavant. Lui dire qu'il l'aimait ? Et ainsi lui donner du bonheur un court instant pour ensuite la plonger dans la douleur et le deuil ? Il devait avouer qu'il ne comprenait pas trop le bienfait que cela pourrait apporter. De plus, elle l'aimait peut-être, mais le connaissait-elle seulement suffisamment pour l'affirmer ?
Perdu dans ses réflexions, il ne remarqua pas Yamazaki qui entraînait Bara un peu plus loin, la séance d'espionnage ayant prit fin. Cette dernière était toujours sous le choc de ces dernières révélations. Alors... Okita l'aimait également ? Quel idiot d'ainsi leur faire prendre tant de détours... La vie et les sentiments ne connaissaient définitivement pas les lignes droites...
- Vous saviez ? finit-elle par demander à Yamazaki.
- Tout le monde le sait, Okita l'a avoué devant nous après que tu l'aies giflé. Mais je préférais que tu l'entendes de lui plutôt que de moi.
- Yamazaki-san... merci, finit-elle par s'incliner, reconnaissante de son aide.
- Y a-t-il autre chose que tu voulais me demander ? enchaîna-t-il, prêt à prendre congé.
- Ano... Yamazaki-san... j'aimerais ne plus être un poids mort pour vous tous... commença-t-elle, ne sachant pas trop comment continuer.
Yamazaki l'observa, sans rien dire, attendant qu'elle lui explique ce qu'elle voulait. A vrai dire, il pouvait comprendre qu'elle veuille ne plus compter sur tout le monde et se débrouiller par elle-même, mais en aurait elle les capacités et la volonté pour cela ? Elle ne pourrait certes pas se battre comme un samouraï, son bras n'était pas suffisamment long et musclé.
- Pourriez-vous m'apprendre votre art ? finit-elle par demander en décidant de ne plus tourner autour du pot.
Yamazaki écarquilla les yeux. Elle ? Devenir un ninja, un guerrier de l'ombre ? Il la jaugea un instant du regard. Elle était fine, pas très grande, apparemment intelligente s'il se fiait aux autres, plutôt caractérielle, et elle savait se montrer à la fois rusée et discrète. Restait à savoir si elle pourrait suivre un entraînement long et rigoureux. Il fallait également que Hijikata et Kondô donnent leur accord quant à cette idée.
- Je comprendrais que vous refusiez, finit-elle par dire au bout d'un long silence.
- Allons voir Hijikata, dit tout simplement Yamazaki en tournant les talons et en se dirigeant vers la chambre du commandant où ce dernier s'occupait de paperasse assez fatigante.
Il s'excusa avant d'entrer suite à l'invitation de son supérieur, suivi de Bara. Hijikata eut un instant un air perplexe, ne comprenant pas pourquoi Yamazaki et Bara se trouvaient ensemble devant lui. Yamazaki se redressa un peu et finit par lui exposer une demande qui ne manqua pas de le surprendre.
- Hijikata-san, j'aimerais avoir la permission d'entraîner Bara à mon art, fit-il, sérieux.
Bara fut d'abord surprise, ne s'étant pas attendu à une demande aussi directe de la part du ninja. Puis elle lui en fut reconnaissante et reporta son regard sur Hijikata qui, de plus en plus perplexe, les regardait tour à tour. Il s'adressa tout d'abord à Yamazaki.
- En es-tu sûr Yamazaki ?
- Oui, cela pourrait nous être bénéfique qu'il y est quelqu'un d'autre comme moi.
- Mais pourquoi Bara ? fit-il alors, exposant sa plus grande curiosité.
- Elle a les qualités et la condition physique requises, de plus, elle désire aider. C'est pourquoi j'aimerais votre autorisation pour faire d'elle mon apprentie.
Hijikata posa son regard sur la jeune femme qui s'était tenue tranquille et silencieuse durant tout l'échange. Elle semblait calme et ses yeux montraient un éclat de volonté et de détermination qui lui assurèrent qu'elle était prête à se battre.
- Dans ce cas, je te la confie. Sois prudente, Bara, conclut-il à l'intention de la jeune femme qui, pour toute réponse s'inclina et le remercia.
Yamazaki et sa nouvelle apprentie laissèrent Hijikata à ses papiers et refermèrent le shoji derrière eux. Ils restèrent un moment silencieux avant que Yamzaki ne lui annonce qu'ils commenceraient l'entraînement dés la fin du déjeuner. Bara s'inclina et le remercia de bien vouloir lui enseigner son art. Il lui offrit un petit sourire avant de disparaître, la laissant seule. Elle se hâta alors aux cuisines pour aider Chizuru à préparer le repas.
Elle ne parla pas de son nouveau statut d'apprentie à Chizuru. Pour le moment, elle préférait garder cela pour elle. Elle ne savait pas trop à quoi s'attendre de cet entraînement. Peut-être serait-elle déterminée incapable d'aller plus loin, rien n'était sûr, mais Yamazaki avait fait l'effort de tenter tout de même le coup.
Le repas se passa trop lentement au goût de Bara. Elle était pressée de commencer. Elle garda cependant une apparence calme devant tout le monde, bien que Hijikata ne cessa de lui jeter par moment quelques coups d'œils. Okita, comme elle le remarqua, était absent du repas. Évidemment, étant à présent un Rasetsu, ce moment de la journée était trop dur pour lui. Il tombait sûrement de fatigue, les paupières lourdes.
Elle débarrassa ce qu'il restait du repas avec Chizuru en silence, pour ensuite aller faire la vaisselle. Elles parlaient de temps à autres du beau temps qui revenait et autres sujets de ce genre. Elle ne demeura pas longtemps en cuisine cependant, s'éclipsant le plus vite possible pour aller rejoindre Yamazaki dans la cour intérieure. Il l'attendait, patiemment et se redressa dés qu'elle arriva.
Il lui envoya un shuriken qu'elle évita de justesse en sautant de côté. Il hocha la tête en signe d'approbation. Elle avait de bons réflexes. Il lui expliqua alors le but de ce premier entraînement. Elle allait devoir passer son temps à esquiver toutes les attaques possibles et imaginables qu'il allait faire. Elle ne se laissa pas décourager et y mit tout son être pour montrer de quoi elle était capable.
Après plusieurs heures d'entraînement soutenu, Yamazaki se déclara suffisamment satisfait de ses efforts. Il lui enjoignit d'aller prendre un peu de repos et de faire des étirements afin de ne pas avoir trop de courbatures les jours à venir. Elle s'inclina et le remercia avant de suivre ses conseils et de se préparer un bain chaud dans la salle d'eau. Elle se détendit dans la chaleur et ferma un instant les yeux. Elle les rouvrit en entendant le shoji coulisser, laissant apparaître une silhouette qu'elle reconnut immédiatement.
- Aaaaah ! cria-t-elle en lui envoyant le savon dans la figure.
Okita se le prit en pleine face et sortit immédiatement de la pièce en sentant ses joues devenir brûlantes. Il avait vu Bara... nue. Il ne put s'empêcher de rougir d'avantage avant de se résigner à s'éloigner, tentant de se rafraîchir les idées en marchant. Il entendit Saitô et Heisuke discuter un peu plus loin.
- N'est-ce pas Bara qui vient de crier ? s'enquit Heisuke en tournant la tête dans la direction d'où Sôji revenait. Oh... Sôji-san, tu es tout rouge, remarqua-t-il alors.
- Sans commentaire, marmonna se dernier en passant son chemin.
Saitô se mit à ricaner. Heisuke en fut si surpris qu'il observa le ciel, se demandant s'il n'y allait pas avoir un bouleversement climatique. Saitô ne rigolait quasiment jamais. La question qui vint ensuite à l'esprit d'Heisuke fut : Est-ce que le cri de Bara et la gêne du capitaine de première division sont liés ? La réponse qu'il y apporta fut en partie appuyée sur la réaction de Saitô : définitivement, oui.
Bara, de son côté, resta un moment pétrifiée dans l'eau. Après un moment, elle se décida à se sécher et à se rhabiller avant de sortir de la pièce. Elle marcha en silence, perdue dans ses pensées concernant le drôle d'événement qui venait de se passer. Okita l'avait vue... nue... Elle ne put s'empêcher de rougir à nouveau. Pourquoi de toutes les personnes vivant ici avait-il fallut que ce soit lui qui la surprenne ainsi ?
- Oh, Bara-chan, fit alors une voix qu'elle reconnut.
- Heisuke-kun ! s'exclama-t-elle. Comment vas-tu ? s'enquit-elle alors.
- Je vais bien, répondit-il en souriant. Bien que se mettre à dormir le jour et vivre la nuit est un peu perturbant au début, grimaça-t-il.
Elle sourit et s'assit un instant avec son ami en saluant également Saitô. Ce dernier la salua d'un hochement de tête. Elle continua de discuter avec le plus jeune des deux hommes, jusqu'à ce que ce dernier amène un sujet qu'elle aurait espéré ne pas avoir à discuter.
- Hey Bara-chan... Pourquoi as-tu crié tout à l'heure ? s'enquit-il alors, ses yeux pleins de curiosité.
- A... ano... fit-elle en rougissant.
- J'ai ma petite idée, intervint Saitô. Sôji y est pour quelque chose, n'est-ce pas ?
Bara rougit de plus en plus et Saitô ne put empêcher un sourire apparaître sur son visage. Il avait vu juste apparemment. Sôji allait en entendre parler encore un bon moment. Il n'était pas prêt de le lâcher avec ça. Pour une fois qu'il avait de quoi rire à ses dépends, il n'allait pas s'en priver. Toujours est-il que la pauvre Bara, elle, devait se sentir complètement gênée à présent, de plus elle était sûre que Sôji ne l'aimait pas alors... c'était d'autant plus embarrassant.
- Je pense que tu devrais aller le voir, fit-il soudain alors que Heisuke et elle avaient repris une conversation plus anodine.
- Huh ? s'enquit-elle sans comprendre.
- Sôji. Tu devrais aller le voir et lui parler, conclut-il avant de se lever pour probablement aller se coucher.
Bara resta un instant silencieuse et perplexe avant de finalement se lever et s'excuser auprès de Heisuke qui, en la voyant partir, ne put s'empêcher de sourire. Sôji avait bien de la chance d'avoir un femme comme Bara amoureuse de lui. Lui-même aurait bien aimé avoir quelqu'un. Mais il savait que maintenant ce serait impossible, il n'était plus humain et il n'existait qu'une Chizuru et qu'une Bara pour accepter ce fait. Malheureusement, Bara appartenait à Sôji et Chizuru ne semblait avoir d'yeux que pour Sanosuke et peut-être Hijikata de temps à autre.
Bara décida après un long moment de réflexion d'aller parler à Okita comme le lui avait conseillé Saitô. Elle partit à la recherche de ce dernier en essayant de ne pas trop faire de bruit comme il était tard et que la plupart des personnes dormaient. Elle se dirigea vers l'endroit où ils avaient regardé ensemble les étoiles auparavant. Il était là, assis à regarder la lune, son haori sur les épaules pour ne pas prendre froid.
Bara s'approcha de lui en silence sans vraiment chercher à être discrète et s'assit à côté de lui. Il sursauta en remarquant sa présence. Quand avait-elle appris à être aussi discrète et silencieuse ? Lui qui avait pourtant l'oreille et était la plupart du temps sur ses gardes, ne l'avait pas entendue ni sentie approcher.
Ils restèrent ainsi dans le silence, aucun des deux n'osant parler. Sôji sentit ses joues se réchauffer légèrement en repensant à un peu plus tôt mais se força à se calmer et se contenir. Bara, elle, observait le ciel en laissant ses jambes se balancer tranquillement. Il finit par se racler la gorge et se lancer.
- Bien visé, tout à l'heure, fit-il.
- Je suis vraiment désolée, c'était un réflexe... s'excusa-t-elle en tournant son visage vers lui.
- Non, c'est de ma faute, j'aurais dû m'assurer que personne n'était déjà dans la salle d'eau avant d'entrer, soupira-t-il.
Ils restèrent de nouveau silencieux, chacun ne sachant pas par où commencer. Bara ne savait pas si elle devait lui dire qu'elle avait entendu sa conversation avec Saitô ou bien le garder pour elle. Peut-être se fâcherait-il s'il savait... Cependant, ce fut lui qui réengagea la conversation.
- Je suis désolé, fit-il soudain très sérieux.
- Vous vous êtes déjà excusés Okita-san, fit-elle sans comprendre.
- Pour la façon dont je me suis comporté avec toi... précisa-t-il.
- Oh... je comprends... vous avez raison, cependant, et je dois sans doute vous causer pas mal d'ennui. Je vais vous laisser, fit-elle alors en amorçant un mouvement pour se relever.
- Bara, fit-il en la retenant, soudainement apeuré à l'idée qu'elle ne vienne plus jamais vers lui.
Il lui tenait le poignet, assis alors qu'elle s'était relevée. Elle le regardait sans vraiment comprendre, ne cherchant toutefois pas à se libérer de son emprise. Il la regarda un instant, cherchant ce qu'il allait bien pouvoir lui dire avant de se décider à avouer tout ce qu'il avait sur le cœur.
- Tu as raison, je ne peux pas juger de ce qui est bon ou mauvais pour toi. J'ai dit cela pour t'éloigner de moi... parce que...
- Okita-san.
- Oh et puis peu importe ! s'exclama-t-il finalement avant de l'attirer à lui.
Elle fut si surprise qu'elle ne chercha même pas à comprendre ce qu'il se passait. Elle se retrouva sur ses genoux soudainement, et il se pencha sur elle pour venir poser ses lèvres sur les siennes, sa main gauche posée sur sa nuque pour la retenir contre lui.
D'abord surprise, elle ne réagit pas, figée par la soudaineté des événements. Le vent agitait de temps à autres les feuilles naissantes du printemps, les animaux nocturnes se manifestaient. Tout semblait d'un coup plus vivant, mais cela n'avait aucune importance pour elle. L'homme qu'elle aimait l'embrassait. Le ciel pouvait bien s'effondrer sur elle, elle n'en aurait strictement rien à faire. Sôji mit fin au baiser pour plonger ses yeux dans les siens.
- La vérité, c'est que je t'aime et que je n'en peux plus de te repousser pour te protéger de moi. Tu t'es immiscée sous ma peau sans me laisser le temps de me défendre. Tu es entrée dans mon cœur. Je suis désespérément amoureux de toi.
Un long silence suivit sa déclaration. Bara avait le souffle coupé et ne parvenait pas à réaliser qu'il venait de l'accepter, et mieux, de lui avouer qu'il l'aimait comme un fou. Lorsqu'elle l'avait rencontrée, il s'était montré taquin et charmeur pour ensuite la menacer de la tuer au premier faux pas. Et à présent, il lui avouait cela, il lui avouait la voir comme une femme et accepter ses sentiments. Elle en eut les larmes aux yeux. Sôji attendait, interdit, qu'elle réponde. Il savait qu'elle l'aimait, mais après avoir été tant de fois repoussée, ne s'était-elle pas lassée de lui ?
Bara caressa sa joue avec douceur en lui souriant timidement avant de venir chercher un baiser sur ses lèvres. Sôji ne bougea pas, ne sachant pas trop comment réagir face à ce retournement de situation. Certes il lui avait dit tout ce qu'il avait sur le cœur, mais il s'était plus attendu à ce qu'elle le repousse en lui disant que c'était trop tard. Il ferma finalement les yeux, lui retournant son baiser avec délicatesse. Ce fut un baiser tendre et harmonieux qui les laissèrent complètement tremblants. Elle plongea de nouveau son regard dans le sien, heureuse qu'il lui ait enfin dit.
- Okita-san, je vous aime aussi, murmura-t-elle alors. Peu importe le temps qu'il nous reste, je veux le passer avec vous.
Sôji ferma les yeux de soulagement et de bonheur. À présent, ils resteraient ensemble jusqu'à ce que son corps ne soit plus que cendre et que la maladie l'ait emporté. Car à présent, il savait que le remède ne pouvait pas guérir une maladie incurable comme la tuberculose dont il était atteint. Il savait qu'il devrait le lui dire... Mais pour le moment, il voulait juste profiter de ce moment d'intimité avec elle, sans penser au reste.
Ils restèrent donc là, à admirer la beauté de la nuit. Bara se blottit contre lui et posa sa tête sur son épaule avant de pousser un soupir d'aise. Jamais il n'aurait pu penser tomber un jour pour ce petit bout de femme caractérielle. Pourtant, il était irrévocablement épris d'elle. Lui, l'homme condamné, avait-il mérité une quelconque once de bonheur dans sa vie de tuerie et de violence ? Que ce soit le cas ou non, il ne la laisserait pas partir.
- Oh ! Okita-san, regardez ! Une étoile filante ! s'exclama-t-elle.
Sôji leva son visage vers le ciel et observa ce miracle avant de regarder de nouveau le visage de sa compagne qui arborait un sourire et des yeux emplis de joie enfantine. Il eut un petit sourire devant cette innocence latente qui faisait bel et bien partie d'elle. Elle était pure et cette pureté, il la protégerait coûte que coûte.
