Je réponds aujourd'hui seulement aux commentaires que tu as posté, navrée de ne pas l'avoir fait plus tôt, Mlle Demuri Kagura. Pour ce qui est de ton premier commentaire, je ne peux que te dire merci du fond du coeur. Je suis ravie que la façon dont j'écris te plaise.

Maintenant, pour ton deuxième commentaire, au sujet de Bara et Okita, je ne vais pas te révéler toute l'histoire avant l'heure, ça gacherait la surprise, tu ne trouves pas ? Et quant à la rivalité qu'entretiendrait Chizuru avec une nouvelle arrivante comme Bara, je te répondrais juste que, telle que je vois le personnage de Chizuru (un peu naïve par moment il faut l'avouer et bien trop gentille), je ne pense pas qu'elle voit Bara comme une rivale, mais plutôt comme une présence féminine bienvenue dans ce monde d'homme, une compagne à laquelle elle peut parler, se confier.

J'espère que ces réponses t'ont éclairées et je te souhaite une agréable lecture, si toutefois tu continues à lire cette fiction. Bonne journée, ou plutôt bonne nuit vue l'heure à laquelle ce chapitre est publié. =)

Sinon, bonne lectures à tous ceux ou celles que cette histoire peut intéresser.


Chapitre 05

Shira-chan ?

Bara fut debout le lendemain à la première heure, pressée de reprendre son entraînement. Yamazaki lui avait bien spécifié qu'il ne lui ferait pas de cadeau. Il préférait également que l'entraînement ait lieu sans spectateur. De si bonne heure, tout le monde dormait encore, ou presque.

Elle enfila rapidement ses vêtements avant d'attacher rapidement ses cheveux. Elle se précipita ensuite hors de sa chambre et marcha en silence jusqu'à la cour intérieure. Yamazaki l'attendait, assis sur une branche d'arbre à plusieurs mètres du sol. Il la salua avant de lui expliquer qu'aujourd'hui, elle devrait essayer d'atteindre la branche où il se tenait. Sa condition physique devait être irréprochable pour qu'elle puisse y parvenir. Mais il lui faudrait aussi beaucoup d'entraînement. Réussir à avoir la liberté de mouvement d'un ninja n'était pas chose aisée.

Pleine de détermination, Bara se lança dans l'épreuve sans hésitation. Elle tenta de grimper de manières différentes, testant celle qui lui serait la plus confortable, la plus rapide, la plus aisée... chacune de ces manières se soldèrent par un échec. Elle tenta de sauter aussi haut qu'elle le pouvait, mais la branche lui restait hors de portée. Elle tenta d'encercler le tronc de l'arbre de ses bras mais, après quelques mètres, elle ne réussit qu'à retomber au sol douloureusement sur ses fesses.

Elle ne se découragea tout de même pas, recommençant encore et encore sous les yeux satisfaits de Yamazaki. Il était maintenant certain de sa détermination, elle ne renoncerait jamais. Bien qu'elle ne le voyait sans doute pas, il savait qu'elle faisait des progrès. Elle grappillait peu à peu les mètres qui la séparait de cette branche où il se tenait. Il aurait été plus simple s'il lui avait montré comment faire, mais il préférait voir de quoi elle était capable pour s'en sortir seule.

Elle n'arriva finalement pas à atteindre la branche de Yamazaki quand ce dernier mit fin à la leçon. Elle haletait, affalée par terre, pleine de sueur. Il s'agenouilla devant elle et, honteuse de l'avoir déçu, elle détourna le regard.

- Tu t'es débrouillée au delà de mes espérances Bara-chan, lui dit-il finalement. Maintenant, je vais te montrer la technique et tu pourras t'entraîner seule. Quand tu auras maîtrisé cette technique, tu viendras me voir, conclut-il avant de s'élancer vers l'arbre de sauter sur le tronc et de courir tout le long jusqu'à atteindre la branche.

Bara en resta bouche bée. Comment pourrait-elle un jour y parvenir ? C'était spectaculaire. Elle n'aurait jamais eu l'idée d'essayer ainsi. Il lui faudrait du temps pour parvenir à imiter sa prouesse mais elle était déterminée, elle y arriverait. Yamazaki bondit de la branche pour revenir vers elle.

- Il te faudra du temps pour y parvenir, mais tu y arriveras. Jusque là, entraîne-toi.

Sur ces mots, il la laissa seule pour vaquer à ses tâches. Il avait encore pas mal de choses à faire. Bara le regarda s'éloigner avant de reporter son regard sur l'arbre. Elle décida que pour le moment, elle devait reprendre son souffle. Après elle réessaierait pour voir. Elle n'était pas idiote, elle se doutait bien que ses premiers essais se solderaient par un échec, mais elle finirait par y arriver.

Elle se releva au bout de quelques minutes et s'élança vers l'arbre. Elle posa un pied sur le tronc et tenta de faire un pas, mais elle bascula, retombant sur le dos avec plus de violence qu'elle ne l'aurait cru. Elle laissa échapper un petit grognement de douleur avant de se relever. Et une ecchymose, une. Elle se releva et reprit de l'élan avant de recommencer pour retomber sans avoir pu poser son autre pied sur le tronc. Elle serra les dents devant la nouvelle vague de douleur pour se relever et recommencer.

Au bout de deux bonnes heures, elle décida qu'il valait mieux s'arrêter. Continuer alors qu'elle n'en pouvait plus serait plus dangereux et elle pourrait se blesser d'avantage. Qu'elle soit Oni ou non, les ecchymoses guérissaient moins vite qu'une simple coupure. Et si elle se fiait à la douleur, son dos entier était une ecchymose. Elle se dirigea vers sa chambre pour se changer avant de se diriger vers la cuisine où elle croisa Chizuru qui commençait à préparer le repas.

- Bonjour Bara-chan, sourit-elle.

- Bonjour, répondit-elle gentiment avant de l'aider à préparer le repas.

Elle éplucha les pommes-de-terre tout en écoutant Chizuru lui parler de Sanosuke. Bara arrêta un instant ce qu'elle faisait pour observer son amie. Depuis plus de dix minutes, elle lui parlait d'un homme qu'elle ne cessait de regarder. Se pouvait-il que...

- Chizuru... tu ne serais pas... commença-t-elle.

Cette dernière rougit violemment avant de se plonger plus scrupuleusement dans la cuisson du riz. Bara ne put s'empêcher de sourire. Ne restait plus qu'à espérer pour elle que cet homme retourne ses sentiments. Elle ne se faisait pas trop de soucis sur ce point. Et puis, s'il ne le faisait pas immédiatement, elle n'aurait qu'à s'accrocher comme elle l'avait fait. Cette technique semblait payer.

Le repas prêt, les deux femmes allèrent dans la salle commune du temple pour poser les plateaux devant les hommes, faisant des aller et retour entre la cuisine et la salle jusqu'à ce que tout le monde soit servi. Elles s'installèrent toutes les deux, côte à côte, entre Sanosuke et Hijikata. Kondô prit ses baguettes et, avec un "Itadakimasu", entama son repas, imité par tout le monde.

Tandis qu'il mangeait, Kondô participait à la conversation, parfois Sanosuke et Shinpachi se chamaillaient, faisant rire tout le monde, et particulièrement Chizuru. Il n'avait pas fallut longtemps à Kondô pour remarquer les regards appuyés que lançait Hijikata à Chizuru alors que celle-ci avaient souvent les yeux rivés sur le lancier. Il posa un moment son regard sur Bara qui riait d'une plaisanterie de Shinpachi, et croisa un instant le regard de celle-ci. Elle semblait rayonnante, plus épanouie que d'habitude.

Bara finit par baisser la tête pour prendre quelques bouchées de son repas avant de sentir de nouveau un regard sur elle. Quand elle leva discrètement les yeux, regardant par dessous ses longs cils pour ne pas être trop remarquée, elle remarqua qu'il s'agissait de Yamazaki qui, avec un sourire, se replongea dans son repas. Testait-il sa discrétion ? Peut-être... probablement... non, certainement. L'entraînement au ninjutsu se faisait à tout instant, même lorsque cet entraînement demeurait encore secrets aux yeux de tous sauf d'Hijikata.

- Comment va Sôji, demanda-t-il alors à l'attention de tous.

- Il s'habitue à sa nouvelle condition, répondit alors Saitô. Ce n'est pas toujours facile les premiers jours.

- Oui, j'imagine, soupira Kondô.

Il était évident pour tous que le chef du Shinsengumi s'inquiétait pour son protégé. Sôji était pour lui un petit frère, un fils. Il n'était pas facile pour lui d'accepter le malheur qui s'entêtait à s'abattre sur lui. D'abord cette maladie, puis ensuite son nouvel état... Il porta de nouveau son regard sur Bara qui se montrait un peu discrète ses derniers temps. S'était-il passé quelque chose ? Au moins, espérait-il, cette fille adorable était là pour Sôji.

Le repas fini, Bara s'éclipsa pour aller vaquer à ses occupations quotidiennes. Là, à l'abri des regards de tous, du moins elle le croyait, elle recommença à s'entraîner, refusant l'échec. Yamazaki, qui l'observait de loin, ne put s'empêcher de sourire. Voilà là une apprentie parfaite dont il se félicitait. Il trouvait regrettable qu'elle se soit entichée d'Okita, puisqu'il ne le portait pas vraiment dans son cœur, mais après tout, il s'agissait de sa vie, pas de la sienne.

Après un nombre de chutes incalculables, Bara parvint à faire trois pas le long du tronc de l'arbre. Comprenant le fonctionnement de la technique, elle commença à prendre confiance. Elle mit un peu plus de distance entre elle et l'arbre avant de prendre plus de vitesse. Elle n'atteint pas son but, mais le frôla, manquant la branche de quelques centimètres. Yamazaki écarquilla les yeux. Jamais il n'avait vu quelqu'un arriver à un stade aussi élevé en si peu de temps. Était-ce le fait qu'elle soit une Oni qui lui procurait tant de persévérances et d'aptitude ? Sans doute...

En fin de journée, Bara se décida à arrêter cet exercice, se rendant compte de l'épuisement de son corps. Elle décida donc après quelques étirements d'aller prendre un bain. Elle s'assura d'abord que la salle d'eau était vide avant d'y entrer. Elle ôta ses vêtements trempés de sueur pour entrer dans l'eau chaude. Elle s'y détendit un instant avant de se laver et de sortir. Elle enfila des vêtements propres et sortit, tombant nez à nez avec Okita. La nuit venait de tomber et sans doute venait-il de se réveiller.

- Bonjour, Bara-chan, sourit-il.

- Bonsoir, Okita-san, lui répondit-elle en rougissant. Vous allez bien ?

Elle ne savait décidément plus trop comment réagir avec lui à présent. Elle n'avait jamais été dans une relation avec qui que soit, du moins depuis sa perte de mémoire. Comment devait-elle se comporter ? Okita sourit de plus belle, amusé par la gêne qui faisait rosir les jolies joues de Bara. Elle était adorable et lui donnait toujours envie de la taquiner sans qu'il ne puisse s'en empêcher.

- A merveille, fit-il en se penchant sur elle.

Ses joues prirent une teinte plus profonde faisant éclater de rire Okita. Il posa avec douceur sa main sur sa joue, cette main avec laquelle il apportait la mort en tenant son sabre, cette main calleuse qui la protégeait malgré ses menaces de la tuer. Elle se calma un peu, savourant ce contact en fermant les yeux. Okita en fut attendri. Il retira sa main et posa doucement ses lèvres sur les siennes tel un effleurement d'ailes de papillon.

- Repose-toi bien, Bara-chan, lui murmura-t-il enfin avant d'entrer dans la salle d'eau, la laissant seule, toute retournée.

Cet homme la rendait décidément folle. Folle d'amour. Le danger qui émanait de lui se transformait en charme irrésistible pour elle. Il lui avait fait peur au début, à présent elle se sentait en sécurité lorsqu'il était près d'elle.

Sur son petit nuage, elle se dirigea vers sa chambre. Elle croisa Chizuru en chemin qui fut interloquée.

- Tout va bien, Bara-chan ? s'inquiéta son ami.

Bara retomba dans la réalité et se mit à rougir. Chizuru fut d'abord surprise avant de sourire largement et d'entraîner son amie dans la cuisine pour préparer le repas... mais surtout pour discuter.

- Raconte ! s'exclama-t-elle, curieuse.

- Ano...

Bara ne savait pas trop quoi lui dire. Okita et elle commençait certes à... être intimes ? Non, pas encore. Se côtoyer ? Non, ça c'était avant. Quel était le mot exact ? Elle ne le connaissait pas. Tout était si nouveau, si elle n'en avait pas la preuve, elle aurait cru qu'il s'agissait d'un rêve. Un rêve dont elle ne voulait plus jamais sortir.

- C'est Okita-san ? demanda Chizuru.

Bara rougit encore et hocha la tête. Chizuru sourit de plus belle et prit son amie dans ses bras, en proie à une joie immense pour elle. Bara avait semblé tellement abattu avant, alors que Sôji tentait de l'éloigner de lui. A présent elle semblait resplendissante de bonheur. Il était donc facile d'en déduire que le capitaine de première division avait bien finit par baisser les bras et abandonner l'idée de la repousser "pour son bien".

Après ce moment de joie, elles se mirent au travail pour préparer le repas du soir. Elles reçurent la visite de Heisuke qui venait lui aussi d'émerger de son sommeil journalier. Il discuta un moment avec elles et les aida même à préparer le repas. Il se disait être affamé et pressé que le repas soit prêt. Les trois amis continuèrent de discuter et de rire tout en cuisinant.

Quand tous se retrouvèrent pour le repas du soir, Heisuke, Sôji et Sanan furent même présent pour partager le repas. Les deux jeunes filles s'assirent à côté de Heisuke et de Sanosuke. Bara fit même en sorte, discrètement, de laisser la place à côté de Sanosuke pour Chizuru. Ce geste n'échappa cependant pas à Hijikata qui leva un sourcil sans vraiment comprendre l'intention de Bara.

Sôji ne put empêcher son regard de revenir sans cesse sur Bara tandis qu'ils mangeaient tous. Bara, quant à elle, ne pouvait s'empêcher de détourner le regard chaque fois qu'elle croisait celui du capitaine de première division. Kondô sourit sous cap en voyant cela. A présent il avait la réponse à sa question. Même au cœur de la guerre, des effusions de sangs et des morts, l'amour pouvait fleurir. C'était un signe d'espoir et une promesse de bonheur.

Chaque fois que Bara détournait le regard, Sôji ne pouvait s'empêcher de sourire. Elle était si facile à taquiner. Adorable. Ce jeu qui avait commencé (pouvait-il d'ailleurs appeler cela un jeu ?) et qui restait secret aux yeux des autres, était quelque chose qui l'amusait et l'excitait au plus haut point. Cette sensation d'être dans le secret, comme s'il était en cavale, rendait ce sentiment naissant, cet amour, plus attrayant encore. En suivant Kondô dans une vie parsemée de combats et de morts, il s'attendait à tout sauf à voir l'amour montrer le bout de son nez au coin de la rue. Il lui était tombé dessus sous le visage innocent et plein de vie, et ses yeux semblables à deux émeraudes qui lui avaient coupé le souffle. Bara, tout simplement.

Le repas finit, Bara se leva avec Chizuru et elles s'inclinèrent en leur souhaitant bonne nuit. Bara se dirigeait vers sa chambre quand elle sentit une présence. Cette présence lui semblait familière mais elle ne savait pas si elle devait se méfier ou bien se sentir rassurée. Toutefois elle resta sur ses gardes et observa les alentours. Yamazaki l'aurait sans doute félicité de la voir si perceptive, mais pour le moment elle avait oublié Yamazaki et son entraînement, focalisée sur cette simple présence.

Il n'y avait pas un bruit, la nuit était calme. La brise était fraîche et prouvait que l'hiver s'attardait malgré l'arrivée du printemps. La présence cependant demeurait malgré le silence. Elle saisit quelques shuriken que Yamazaki lui avait donné après lui avoir montré où les cacher sous ses vêtements. Si quelqu'un voulait l'attaquer, au moins elle aurait de quoi se défendre. Déterminée, elle attendit, patiente, l'esprit aiguisé par la fraîcheur qui grandissait.

Elle n'entendit qu'un léger bruissement dans les arbres et n'eut que le temps d'apercevoir un morceau d'écharpe et une longue chevelure sombre avant que la personne ne disparaisse hors des murs. Si cette personne était venue pour elle, pourquoi n'était-elle pas descendue pour faire ce qu'elle avait originellement prévu ?

Un peu troublée, elle se dirigea de nouveau vers sa chambre quand elle sentit une autre présence. Elle se retourna pour trouver Yamazaki, tout de noir vêtu, s'avancer vers elle avec un paquet dans les bras. Il abaissa l'étoffe qui masquait la partie basse de son visage avant de lui tendre le paquet.

- Vois si ces habits te vont, je t'attends ici, lui dit-il.

Bara prit le paquet et entra dans sa chambre, perplexe. Elle ouvrit le paquet et découvrit le même accoutrement que celui dont Yamazki était vêtu. Elle commença alors à l'enfiler, trouvant sans trop de problème comment il se portait. Le tissu était fin, fluide et épousait son corps, révélant ses formes qui, jusqu'à présent s'étaient trouvées cachées par les habits d'hommes qu'elle portait. Quiconque l'aurait vu n'aurait pas pu dire d'elle qu'elle n'était qu'une enfant. Sa poitrine était bien formée, montrant une courbe arrondie de taille assez conséquente. Ses hanches étaient plus larges que celles d'un homme et ses jambes fuselées semblaient plus grandes et élancées.

Après un moment de réflexion, elle décida d'attacher sa longue chevelure en une tresse qui retombait dans le creux de son dos. Elle hésita un moment à sortir ainsi vêtue. Elle n'avait pas l'habitude de voir son corps ainsi exposé. Ces longs mois à porter des vêtements d'homme lui avaient presque fait oublié la volupté de son corps de femme. Prenant une longue inspiration, elle fit coulisser le shoji et fit un pas à l'extérieur.

Yamazaki l'attendait, adossé contre le mur. Il s'en décolla pour venir l'observer de plus près. S'il fut surpris de voir son corps plus femme qu'enfant, il ne le montra pas. L'ensemble lui allait à merveille et il lui serait plus facile de bouger dedans que dans les habits qu'elle portait habituellement. Les habits de ninja étaient plus légers, ce qui impliquait aussi qu'il était plus facile de les blesser, mais cela rendait leur mouvements plus faciles et fluides.

Il hocha la tête en signe d'assentiment avant de lui tendre une étoffe qu'il portait lui même autour du cou. Elle le prit après un bref instant d'hésitation et le noua autour de son cou, masquant ainsi la partie basse de son visage. Elle ignorait à quoi tout cela rimait, mais elle n'allait pas questionner ce que son maître lui disait de faire, en bonne apprentie qu'elle était. Cependant, la curiosité était grande.

- Pourquoi me faites-vous enfiler cet accoutrement, Yamazaki-san ? finit-elle tout de même par demander.

- Nous partons en mission, déclara-t-il.

- Mais... je n'ai même pas encore réussi l'exercice que vous m'avez donné... balbutia-t-elle.

- Je t'ai observée, Bara-chan, tu en es capable. Tu as réussi à trouver le fonctionnement de cette technique, le succès complet viendra avec la pratique.

Bara fut d'abord surprise d'entendre qu'il l'avait observée sans qu'elle ne s'en rende compte, puis elle fut parcourue d'une bouffée de fierté face au compliment de Yamazaki. Il lui avait dit qu'elle pouvait le faire, qu'elle avait compris.

- Quelle est la mission ? demanda-t-elle.

- Nous allons espionner les Chôshû, lui apprit-il. Quelques hommes ont été repérés dans Kyoto. Ce n'est qu'à titre préventif que nous y allons.

Bara hocha la tête pour signifier qu'elle comprenait. Yamazaki remonta l'étoffe sur son nez et lui fit signe de la suivre. Cette nuit, il allait être ralenti par Bara, mais cela en valait la peine. Dans quelques mois, elle serait une ninja confirmée. Il savait que ses capacités de Oni lui permettait d'apprendre et de maîtriser plus vite l'art du ninjutsu qu'aucun homme. Le but était aussi de voir si elle arrivait à le suivre.

C'est ainsi qu'ils se mirent en route, sans perdre plus de temps. Bara réussit, certes avec maladresse, à utiliser la technique que Yamazaki lui avait enseigner pour atteindre la branche d'un arbre avant de le suivre de branches en branches, puis de murs en murs. La tâche n'était pas aisée, et surtout physique, mais Bara tint bon et fit de son mieux pour ne pas retarder Yamazaki. Ce dernier était surpris qu'elle arrive à le suivre aussi efficacement. Pour une novice, cet exploit était inégalable.

Ils arrivèrent à l'endroit où les hommes du Chôshû avaient été repérés et observèrent les alentours. Ils étaient toujours là, dans la taverne à quelques pas d'eux. Yamazaki lui fit signe de ne faire aucun bruit et de le suivre. Ils bondirent sur le toit et s'accroupirent au bord pour mieux entendre à travers les shoji donnant sur le balcon. Bara pouvait entendre très clairement, mieux que Yamazaki, dû à sa condition d'Oni.

- Ces Onis n'en font qu'à leur tête, râlait l'un. Ce Shiranui est incontrôlable et va finir par nous apporter plus d'ennuis qu'il ne nous est utile !

- Il reste cependant un Oni, et donc plus puissant que ces chiens du Bakufu. Ce Shinsengumi devrait être écrasé !

Ce n'était pas la première fois que des personnes voulaient s'en prendre au Shinsengumi. La dernière fois, c'était Chizuru qui était allée au Shimabara, déguisée en Geisha en tant qu'espionne pour en apprendre plus. Et dans la même soirée, Bara avait été amenée au Shinsengumi.

- Moi je dis que cet Oni devrait être abattu ! s'écria un autre.

- Si on le tue, d'autres viendront le venger !

- Tu parles, un salaud comme lui ne peut avoir personne pour le regretter !

- Il vaut mieux ne pas prendre de risque.

- Nous n'avons qu'à le virer.

- Non, il vaut mieux l'avoir sous nos ordres que libre ! Il nous causerait plus d'ennuis encore !

La discussion était enflammée au sujet de ce Shiranui. Ce nom lui semblait familier. N'était-ce pas cet Oni au cheveux bleu-nuit qu'elle avait vu auparavant avec cet effrayant Kazama ? Si, c'était bien cela.

- Ils n'attaqueront pas, du moins pas maintenant, souffla Yamazaki. Ils sont apparemment plus ici pour discuter le cas de cet Oni que d'une potentielle attaque.

C'était bien vrai. Cela faisait plus de trois heures qu'ils écoutaient, et rien n'était sorti au sujet d'une attaque. Bara soupira d'aise et suivi Yamazaki pour repartir. Cet fois, il ne l'attendrait pas, puisqu'elle savait le chemin du retour et qu'elle était suffisamment discrète pour ne pas se faire repérer. Bara put ainsi voir qu'elle était bien lente comparée à Yamazaki.

Alors qu'elle allait sauter sur une autre branche, elle fut interceptée par quelqu'un. C'est la fin, pensa-t-elle immédiatement. Elle ne pouvait pas voir le visage de son ravisseur puisqu'elle se trouvait sur l'épaule de celui-ci. Crier serait également une chose à éviter puisqu'elle serait alors remarquer par leurs ennemis, encore trop près. Elle dut se résoudre à rester silencieuse, n'oubliant cependant pas de se débattre.

- Il ne sert à rien de te débattre, penses-tu vraiment pouvoir m'échapper, fit une voix traînante.

Elle la reconnu immédiatement. Cette voix, elle l'avait entendue la nuit où elle avait été ramenée au Shinsengumi, et une autre nuit, lorsque Chizuru et elle avaient failli se faire enlever.

- ... Kazama... souffla-t-elle, pleine d'effroi.

- Oh, tu connais donc mon nom, bien, fit-il un peu sournois.

- Lâchez-moi ! siffla-t-elle à présent furieuse.

L'adrénaline lui avait momentanément fait oublier sa peur. Comment se rustre osait-il la traiter ainsi, comme une vulgaire poupée de chiffon ? Et puis que lui voulait-il au juste, hein ? Elle continua de se débattre et de lui donner des coups de poings dans le dos. Ses coups devenaient de plus en plus forts et auraient pu à eux seuls détruit un mur, mais le Oni ne daigna même pas dé-serrer son emprise sur elle.

Après un moment qui lui sembla interminable, elle se retrouva dans une maison en pleine forêt. Elle ne savait plus où elle était ni dans quelle direction se trouvait Kyoto. De cette manière, impossible pour elle de retrouver son chemin ou de s'enfuir. Kazama la laissa tomber sur le tatami sans plus de manière. La chute lui coupa le souffle. Kazama était plus grand qu'elle ne l'avait pensé.

Aussitôt remise de la chute, elle entreprit de s'éloigner le plus loin possible de lui en reculant sur ses coudes. Ce n'était pas vraiment la peur, mais plutôt la haine à son égard qui la faisait reculer. D'ailleurs... d'où venait-elle cette haine ? Hormis le fait qu'il l'ait enlevée bien sûr.

Quelques minutes plus tard, le shoji s'ouvrit à nouveau pour laisser entrer le Oni au cheveux rouges. Amagiri ? Elle ne se souvenait pas très bien de son nom. Il lui jeta un bref regard avant de reporter son regard sur Kazama.

- Pourquoi l'avoir enlevée ? Je croyais que tu voulais la fille du clan Yukimura.

- L'occasion a été si simple de l'enlever que je n'ai pas pu l'ignorer, railla Kazama.

Aux vues du regard d'Amagiri, Bara pouvait très clairement voir qu'il n'appréciait pas du tout la plaisanterie. Elle ignorait ce qu'il se passait. Elle ne savait pas pourquoi il l'avait enlevée. Certes elle était une Oni, mais il y avait bien d'autre Oni, alors pourquoi l'enlever elle ou Chizuru ?

Bara n'eut pas le temps de poser la question que le shoji s'ouvrit à nouveau, laissant entrer... Shiranui, le dernier membre du trio. Décidément, ce soir elle aurait beaucoup entendu parler de lui, mais elle l'aurait aussi vu de près. Il semblait énervé étant donné la brutalité avec laquelle il avait fait coulisser le shoji.

- Qu'est-ce qui se passe encore ? râla-t-il à l'intention de Kazama. Je ne suis pas à ton service !

- Oh... j'oubliais, tu préfères être le chien-chien du Chôshû, lâcha Kazama.

Amagiri réussi à dévier le revolver que Shiranui venait de sortir. La balle frôla Kazama, lui éraflant la joue. Il n'avait pas bougé mais son regard exprimait bien qu'il ne portait pas son acolyte dans son cœur... à supposé qu'il en ait un de cœur.

Shiranui se détourna de Kazama, prêt à repartir lorsqu'il vit Bara. Son sang ne fit qu'un tour. Cette fois il fut trop rapide pour Amagiri. Il saisit Kazama par le col et le plaqua si violemment contre le mur qu'il se fissura.

- Kazama ! Espèce de... hurla-t-il.

- Shiranui ! fit Amagiri en essayant de lui faire lâcher prise.

- Comment oses-tu l'approcher ?! Espèce de fils de pute ! Ne pose jamais tes mains sur elle, ou je te tue sur le champ !

Bara vit là l'occasion de s'échapper. Cette dispute les accaparait tous les trois, tant et si bien qu'ils ne faisaient plus attention à elle. Alors, discrètement, elle se dirigea vers le shoji, l'ouvrit doucement et sortit avant de le refermer. Tout cela sans un bruit, comme une vraie ninja. Elle tendit l'oreille, écoutant la dispute qui se poursuivait.

- Comment oses-tu traiter ainsi une princesse de sang impérial ?!

Princesse de sang impérial ? Shiranui parlait d'elle ? Mais... comment était-ce possible ? Toutefois, elle préféra ne pas s'attarder ici et se mit à courir sans faire de bruit le long du couloir. Elle sentit un léger courant d'air et se tourna sur sa gauche. Un balcon lui tendait les bras. Elle se précipita dessus et s'accroupit sur la balustrade, prête à sauter. Elle ne perdit pas de temps et bondit, retombant souplement sur ses jambes avant de courir à perdre haleine dans une direction qu'elle avait choisi à l'aveugle. Tout ce qui comptait, c'était de s'éloigner le plus possible de cet endroit.

La nuit était bien avancée, mais le jour ne se lèverait pas avant plusieurs heures. Entendant un bruit de pas sur le côté, elle bondit pour attraper la branche d'un arbre la plus basse et se hissa dessus. Là, cachée par le feuillage, elle observa les personnes qui s'approchaient. Il s'agissait de samouraïs ou bien de rônins. Elle ne savait pas trop comment les discerner. Ils semblaient cependant étranges... comme cet homme du Shinsengumi qui l'avait attaquée lorsqu'elle était avec Okita. Se pourrait-il que... Non, pourquoi y aurait-il des Rasetsus hors du Shinsengumi ?

La surprise lui avait arraché un petit cri qu'elle ne réussit pas à contenir à temps. Les visages se levèrent vers elle. Six pairs d'yeux rouges la fixaient avec une folie indéniable qui demandait du sang. Et à ce moment, c'était le sien qu'elle réclamait. Pour le moment, perchée sur cette branche suffisamment haute pour être hors d'atteinte, elle ne risquait rien. Du moins, c'est ce qu'elle pensait.

L'un des Rasetsus envoya vers elle son kodachi, l'obligeant à l'esquiver. C'est ce qu'elle fit, mais en se faisant, elle perdit l'équilibre et tomba à terre. Elle lâcha une plainte étouffée quand son dos heurta le sol, lui coupant momentanément le souffle. Cependant, elle n'avait pas de temps à perdre. Elle se força à se relever alors qu'ils arrivaient sur elle, sabre en main, prêts à la transpercer.

Un flash se manifesta dans son esprit. Elle se revit, dans un village en feu, six hommes s'apprêtant à venir la tuer. Elle hurla aussi bien dans son souvenir que dans la réalité. Un nom lui vint à l'esprit, un seul, celui qu'elle hurla en proie à une terreur affligeante.

- Shira-chan ! hurla-t-elle alors que le premier coup arrivait droit sur elle et qu'elle était paralysée par la peur.

Le souvenir et la réalité se mélangeaient dans son esprit tandis que le sabre se dirigeait droit sur elle pour la tuer.

- Attention ! entendit-elle alors qu'un bras la tirait vers l'arrière, la ramenant dans la réalité.

Elle ouvrit les yeux pour découvrir Shiranui, se tenant en protecteur devant elle, pistolet en main. Il était grand, athlétique et son regard toisait les six Rasetsu avec dégoût. A ce moment, Bara se demanda si le "Shira-chan" de ses souvenir n'était pas Shiranui. Sinon, pourquoi la protégerait-il et pourquoi se serait-il disputé avec Kazama à son sujet ?

- Vous allez payer de vos vies d'avoir osé vous attaquer à elle, fit-il en pointant son arme sur le premier Rasetsu.

Il tomba avec une balle dans la tête, balle que Bara supposa faite en argent puisque le Rasetsu ne s'en releva pas. Les cinq autres subirent le même sort. Un grand silence suivit le dernier coup de feu avant que Shiranui ne se tourne vers elle. Il la couvait d'un regard qu'elle ne parvenait pas à décrire.

- Mais qui suis-je... murmura-t-elle. Pourquoi je ne me souviens pas... ?

Les larmes embuaient ses yeux et bientôt elles dévalèrent ses joues. Shiranui s'agenouilla devant elle et posa doucement sa main sur sa tête. Il soupira et, comme à regret, se releva.

- Alors tu ne te souviens vraiment de rien... fit-il d'une voix assez morne.

- Vous... vous savez qui je suis ? Dîtes-le moi, je vous en prie, demanda-t-elle.

Shiranui la regarda, interdit. A quoi bon lui dire, ne valait-il mieux pas qu'elle vive à présent dans l'ignorance ? Il se détourna d'elle en vérifiant son pistolet sans lui jeter un seul regard de plus.

- Vous êtes... Shira-chan ? s'enquit-elle sans qu'il ne réponde.

- Quand le soleil se lèvera, marche vers l'est, tu tomberas sur Kyoto.

Sur ces mots il disparut, la laissant seule. Plus aucun danger ne rôdait aux alentours, elle serait en sécurité. Shiranui serra les dents un long moment, tentant de conserver son sang froid et pour ne pas hurler de douleur. Elle ne se souvenait de rien. Pas même de lui, si ce n'est pour ce stupide surnom qu'elle lui avait donné. Ce surnom qui l'avait toujours énervé... Pourtant il aurait tant donné pour voir à nouveau son visage souriant se tourner vers lui pour l'appeler par ce ridicule surnom.


En espérant que ce chapitre vous ait plus. Et que vous n'ayez pas envie de m'assassiner pour tout ce suspens et ces révélations. J'aimerais autant vivre encore un peu pour écrire la suite ;).