Merci à Arya pour son commentaire. Je suis contente que cette histoire te plaise. Il est rare que j'ai des retours, peu de personnes ont la gentillesse de laisser un commentaire. J Pour ce qui est de la sensiblerie d'Okita, je trouvais que Sôji pouvait tout aussi bien cacher un côté sensible derrière son masque de sarcasme et de sadisme. Encore une fois, merci et j'espère, à bientôt. =)
Chapitre 08
Légacie
Bara continua de vivre sa vie, partagée entre ses missions et les corvées ménagères en compagnie de Chizuru. Cette dernière, elle, partageait également son temps entre corvées et son apprentissage de la médecine auprès de Yamazaki. Personne parmi les capitaines de division n'ignorait à présent que ces deux jeunes femmes étaient une ninja presque confirmée et un futur médecin.
Vint le jour où Yamazaki jugea que Bara était prête à passer le test final pour confirmer son statut de ninja. Ils se fixèrent au milieu de la cour intérieur sous les regards des capitaines de division, de Chizuru d'Hijikata et Kondô. La condition de Bara était encore inconnue à la plupart d'entre-eux, mais elle savait que dans quelques semaines, ils découvriraient inexorablement la vérité. Mais pour le moment, elle faisait comme si de rien n'était, bien qu'elle se montre plus prudente qu'elle ne l'avait été auparavant.
Yamazaki se prépara à l'attaquer et il vit les yeux de la jeune femme tourner à l'or, ce qui n'aurait pas dû l'étonner. Étant une oni, elle n'avait pourtant jamais revêtu cette apparence devant eux. Ces deux orbes dorées étaient captivantes. Cependant Yamazaki se secoua et attaqua. Bara esquiva, disparaissant à une vitesse incroyable et réapparaissant dans le dos du ninja pour lui donner un coup de pied. Yamazaki esquiva de justesse et répliqua sans pour autant parvenir à l'atteindre. Elle fit un saut périlleux arrière et se retrouva à une distance raisonnable du ninja, distance de sécurité… à moins qu'il n'utilise une arme comme un shuriken. Et c'est ce qu'il fit.
Bara esquiva chacun des projectiles, les attrapant à main nues sans une égratignure et les relança vers lui. Yamazaki parvint à les éviter avant de se précipiter vers elle en sortant ses kodachis. Bara sortit les siens et para sa première attaque sans problèmes. Elle esquiva une autre visant sa gorge en se baissant. Elle vit une longue mèche de ses cheveux tomber au sol, coupée par la lame tranchante du kodachi. Toutefois elle ne se laissa pas déconcentrer et répliqua, repoussant chaque attaque de Yamazaki et attaquant à son tour. Elle parvint finalement à bloquer yamazaki contre le mur, ses deux kodachis entourant sa nuque en ciseau.
Le combat était fini. Et Bara avait réussi le test. Yamazaki hocha la tête et la jeune femme s'écarta, rangeant ses armes. Elle s'inclina devant lui sous les yeux de tous.
- Tu es à présent une ninja confirmée, Bara. Je n'ai plus rien à t'apprendre, déclara Yamazaki. Je suis fier de toi.
- Merci de votre temps et de votre patience Yamazaki-san, répondit-elle en relevant la tête.
Tous remarquèrent la mèche de cheveux plus courte que les autres. Elle arrivait à sa nuque et se situait sur le devant, encadrant son visage. Elle remarqua les regards et ne comprit pas trop pourquoi ils étaient fixés sur elle ainsi.
- Navré pour ta mèche de cheveux, s'excusa Yamazaki.
- Ce sont des choses qui arrivent. Mieux vaut une mèche de cheveux qu'une tête coupée, sourit-elle avant de s'incliner une dernière fois pour partir.
Le spectacle était fini. Tous félicitèrent la nouvelle ninja et se dirigèrent vers la grande salle pour un repas bien mérité. La nuit était tombée, si bien que même les Rasetsu étaient là. Sôji s'assit à ses côtés et lui sourit. Elle ne put que lui rendre la pareille, ses yeux pétillants de bonheur. Elle avait récupéré la mèche de cheveux malencontreusement coupée par Yamazaki et l'avait enfermée dans une petite boîte avec une autre mèche qu'elle avait également coupé de manière à ce que sa coupe de cheveux soit symétrique. Le résultat était splendide et cela ne choquait plus personne.
Mais le bonheur est souvent suivi de quelques malheurs. Ainsi, lors d'une échappée-belle, il fallut que deux d'entre eux ne puissent atteindre le navire. Sôji et les autres capitaines avaient reçus leurs ordres de rallier le navire au plus vite. Chizuru devait également partir au plus vite.
- Je compte sur toi Gen-san, fit Hijikata en lui confiant la jeune Oni.
- Je ne vous décevrai pas, répondit l'homme d'âge mure.
Hijikata les regarda partir avant de se tourner vers Yamazaki. Ce dernier hocha immédiatement la tête, comprenant ce qu'il avait à faire. Seuls se tenaient à présent Hijikata et Bara, debout dans le bruit des bombardements. Il se tourna vers elle.
- Je ne peux te demander de rester pour cette mission suicide. A toi de décider ce que tu veux faire, Bara-chan, lui dit-il tout simplement.
- Je fais partie du Shinsengumi, donc je suis sous vos ordres. Je ne fuirais cependant pas en vous laissant derrière. Vous êtes ma seule famille, tous autant que vous êtes.
Hijikata lui sourit tristement, à la fois soulagé et inquiet. Il se demanda un instant s'il ne ferait pas mieux de l'envoyer avec les autres, mais en sondant ses traits, il savait parfaitement qu'elle refuserait. C'est pourquoi il se résolut à lui expliquer son plan. Il fallait une diversion pour que tous soient capable de se replier. Et cette diversion, c'était eux.
C'était bien sa veine, les Chôshû et les Satsuma attaquaient en même temps. Il fallait absolument trouver un moyen de diminuer leur puissance. Et si les Oni étaient présents dans la bataille, c'était vraiment une mission suicide. Hijikata et Bara se séparèrent pour mieux les diviser, mais elle n'était pas sûre que cela puisse marcher.
Elle parvint à capter l'attention de plusieurs soldats qui lui tirèrent dessus immédiatement, sans pour autant la toucher. Les balles se fichèrent dans l'écorce de l'arbre sur lequel elle s'était tenue. Elle sentit immédiatement une odeur familière. Elle grimaça en se rappelant la douleur que ces balles en argent avaient provoqué sur elle. Elle s'enfuit le plus vite possible, essayant de semer ses poursuivants. Maintenant que tous avaient eu le temps de s'enfuir, il fallait qu'elle parvienne à les semer.
Elle parvint finalement à égarer ses poursuivants et s'arrêta un instant sur une branche d'arbre pour se reposer. C'est à cet instant qu'elle entendit le déclic d'une arme à feu qu'on préparait à l'usage. Elle fit volte face et tomba nez-à-nez avec Shiranui. Elle ne savait pas trop quoi penser. Certes il l'avait sauvée tant de fois, mais n'étaient-ils pas ennemis ? Il appartenait à présent au domaine des Satsumas, et se battait toujours contre le Shogun, et donc le Shinsengumi, ce qui faisait d'elle son ennemis.
Il la tenait en joug, cependant, sa main semblait trembler et il n'osait pas tirer. Il baissa finalement son arme et s'approcha d'elle pour faire glisser l'étoffe qui masquait le bas de son visage. Il la regarda droit dans les yeux et soupira.
- Dépêches-toi de partir…
- Pourquoi me protégez-vous ? demanda-t-elle comme elle l'avait fait par le passé.
- Pourquoi veux-tu tellement le savoir ? N'es-tu pas heureuse loin de ton passé ?
Elle resta silencieuse. Il lui avait fait la même chose que la première fois qu'elle lui avait demandé. Il répondait par des questions. Et elle avait la certitude qu'il était lié à elle d'une façon ou d'une autre.
- Sans passé, je n'ai pas d'avenir, répondit-elle alors. Dites-moi qui je suis et pourquoi vous me protégez !
Il resta muet et se détourna d'elle apparemment pas plus décidé qu'il ne l'était auparavant de lui dire la vérité. Elle chercha dans sa mémoire, se rappelant sa conversation musclé avec Kazama lorsque ce dernier l'avait enlevée.
- Vous avez dit lorsqu'il m'a enlevée "comment oses-tu toucher une princesse de sang royal ?". Vous parliez de moi, n'est-ce pas ?
Shiranui se figea et se retourna vers elle. Il s'approcha à une vitesse incroyable, plaquant ses mains sur le tronc derrière elle et approchant son visage si près du sien qu'elle sentait son souffle sur elle.
- Arrête ! Arrête d'essayer de creuser le passé. Tu en souffrirais. Je t'en supplie, arrête, murmura-t-il en baissant le tête, laissant son front retomber sur l'épaule de Bara. Tu as une vie heureuse avec un homme que tu aimes…
- Mais j'avais une vie avant ! Je veux savoir, répliqua-t-elle pleine de colère.
- Je ne te dirai rien, si pour cela tu dois me haïr, très bien, je te protégerais à ce prix !
Il disparu ensuite immédiatement. Bara avait les larmes aux yeux. La colère la faisait trembler. Elle se reprit cependant et remonta l'étoffe sur son nez et s'enfuit dans la direction qu'Hijikata lui avait indiqué dans son plan. Sur le chemin, elle fut témoin d'un combat qu'elle n'aurait jamais voulu voir. Kazama et Hijikata se battaient. Elle allait s'interposer quand Yamazaki apparut. Elle hurla quand le sabre de Kazama le traversa de part en part. Elle se précipita vers eux.
- Yamazaki-san, cria-t-elle, en larme.
- Sauves-toi, Bara, souffla-t-il avant de perdre connaissance.
Elle entendit vaguement Chizuru crier quelque chose à Hijikata, mais elle était tellement bouleversée qu'elle n'osait pas enlever son regard de Yamazaki. Cependant, elle se força à reprendre de sa lucidité et se redressa. Kazama se battait toujours contre Hijikata… qui avait bu l'Ochimizu. Elle s'interposa entre les deux, un kodachi bloquant le katana de Kazama, et l'autre celui de Hijikata.
- Oh, s'amusa Kazama. Qu'avons-nous là ? Ma future femme, sourit-il d'une manière peu agréable.
- Même si vous étiez le dernier mâle sur terre, jamais je ne vous laisserais me toucher ! répliqua-t-elle en le repoussant, puisant dans ses réserves.
Kazama parut fasciné en la regardant, et elle ne comprenait pas pourquoi. Chizuru, elle, n'en revenait pas. Bara se tenait devant eux, faisant rempart. Ses cheveux étaient d'un blanc immaculé, ses yeux, deux orbes d'or pur, et deux cornes habillaient ses tempes. Kazama était lui aussi sous sa forme d'Oni et arborait à présent ce même sourire sadique qu'il semblait toujours avoir.
- Partez ! s'exclama Bara à l'intention d'Hijikata et Chizuru.
Elle attaqua Kazama sans aucune once d'hésitation. Elle semblait confiante et aussi puissante et rapide que son ennemi. Elle esquiva adroitement la lame de son katana et répliqua avec ses deux kodachis. L'affrontement se poursuivit alors qu'Hijikata soulevait Yamazaki dans ses bras, près à l'emmener.
- Kazama-sama ! s'exclama alors une voix.
Amagiri apparut soudainement. Il s'interposa entre Bara et Kazama, attrapant le sabre de son compagnon entre ses deux mains.
- Vous vous égarez de la voie du Oni, déclara-t-il simplement. Se battre contre une Oni de sang pur telle que celle-ci est un crime.
Kazama soupira et rengaina son sabre après un moment d'hésitation, puis il disparu sans un mot, sans un regard. Amagiri se tourna vers Bara et s'inclina respectueusement avant de disparaître à son tour. Bara s'effondra, en proie à la fatigue.
- Bara-chan ! s'écria Chizuru en venant la rattraper.
- Tout va bien, dépêchons-nous de partir, soupira-t-elle.
Chizuru aida Bara à marcher, la fatigue empêchant cette dernière de tenir seule debout. Elle sentait que quelque chose n'allait pas. Elle le sentait dans sa chair, dans son sang, que quelque chose clochait, mais elle ne parvenait pas à savoir quoi. Ils arrivèrent tous au navire au bout d'une longue marche. Sôji se précipita pour aider Chizuru et la soulager de son fardeau, prenant Bara dans ses bras. Il l'emmena un peu plus loin, l'allongeant sur une couverture pour qu'elle se repose.
- Ménages-toi, Bara. Fais-le pour toi, pour l'enfant que tu portes aussi. Tu me le promets ?
Elle acquiesça vaguement avant de sombrer dans le sommeil. Le sommeil ne fut pas aussi paisible qu'elle l'aurait espéré. Elle se réveilla inéluctablement en pleur sans savoir pourquoi. Elle savait que cela avait un rapport avec son passé, mais rien de plus. Elle se leva, tanguant légèrement et se dirigea vers le pont inférieur pour y trouver Chizuru en larme, serrant la main de Yamazaki dont le visage semblait si paisible. Bara comprit immédiatement que son mentor était parti pour son dernier voyage. Elle s'agenouilla à côté de Chizuru, passant un bras autour de ses épaules. Cette dernière se blottit contre elle et Bara ne put rien faire d'autre que de caresser gentiment ses cheveux, les larmes dévalant également ses joues. Elles pleurèrent ainsi un long moment, jusqu'à l'épuisement. Elle s'endormirent dans les bras l'une de l'autre, des sillons de larmes encore visibles sur leurs joues.
Le lendemain, Yamazaki fut inhumé en mer. Bara s'approcha de sa silhouette recouverte d'un drap blanc et posa sur lui la mèche de cheveux qu'il lui avait malencontreusement coupé lors de leur dernier affrontement. Elle lui souhaita alors de trouver le repos éternel, lui demandant de veiller sur Chizuru et elle-même de là où il se trouvait. Elles étaient en quelque sorte devenue ses filles. Il avait été le mentor de Chizuru en médecine, et le sien dans le ninjutsu.
- Je vous rendrai fière, Yamazaki-san, jura Bara avant de s'éloigner pour laisser son corps à la mer.
Sôji s'approcha d'elle et passa ses bras autour d'elle pour la réconforter. Qu'il n'ait jamais porté Yamazaki dans son coeur ne voulait pas dire qu'il avait voulu cela. Sa mort jetait un grand désespoir sur eux tous. Les choses ne seraient plus pareil à présent. Qu'est-ce que l'avenir réservait à ce fière groupe de guerrier qu'ils étaient ? Étaient-ils tous condamné à ce même destin fatidique ? Il espérait que non. Il espérait que Bara vivrait au-delà de tout ce massacre, au delà des champs de batailles. Il espérait que Chizuru vivrait aussi pour voir des jours meilleurs, qu'elle fonde elle aussi une famille et perpétue leur mémoire avec Bara.
Les deux jeunes Oni passèrent les longues heures de voyage ensembles, à se remémorer le bon temps, les petites anecdotes avec Yamazaki. Souvent, les hommes étaient témoins de quelques mésaventures sur le pont, comme par exemple l'une d'entre elle vomissant par-dessus bord tandis que l'autre lui tapotait le dos en signe de soutient. Ces nausées passaient aux yeux de tous pour un mal de mer dont Bara ne parvenait pas à se débarrasser, mais Bara comme Sôji en connaissaient la véritable raison.
Un soir, alors que Bara allait se coucher avec Chizuru, cette dernière essaya de démarrer la conversation sans trop savoir s'y prendre. Elle avait lu dans la journée les notes de Yamazaki et… elle avait appris quelque chose. Elle ne savait cependant pas comment sa compagne de cabine allait réagir à sa découverte.
- Bara-san… commença-t-elle, mal-à-l'aise.
- Qu'y a-t-il ? s'enquit alors son amie, allongée sur sa couchette.
- Je… J'ai lu les notes de Yamazaki et… continua-t-elle.
- Oui, déclara seulement Bara en comprenant où voulait en venir son amie.
- Heh ? s'étonna Chizuru sans comprendre.
- Oui, je suis enceinte. Tu n'as pas à t'inquiéter de ma réaction, je te l'aurais dit tôt ou tard… continua Bara en se passant la main sur le front.
Chizuru se mit à sourire de bonheur. Voilà donc une nouvelle qui allait alléger un peu la tragédie qu'ils venaient tous de vivre. Une naissance parmi le Shinsengumi serait à prévoir dans plusieurs mois. Cependant, son bonheur ne dura pas longtemps. Okita pourrait-il vivre encore assez longtemps pour connaître son enfant ? Elle l'espérait mais ne fit pas part de son inquiétude à son amie.
C'était pourtant inutile, Bara se posait la même question, c'est pourquoi elle se sentait si mal. Son passé était pour le moment perdu, et son avenir n'était même pas certain. Elle pourrait ne jamais avoir le plaisir de voir son mari tenir leur enfant dans ses bras. Une larme échappa à son contrôle et elle l'essuya immédiatement. Il fallait qu'elle soit forte ! Pour Yamazaki, pour Sôji, pour elle et son enfant… Elle devait se battre coûte que coûte.
Lorsqu'ils arrivèrent à destination et prirent possession de leur nouveau quartier général, ils se réunirent tous dans la plus grande pièce pour prendre un repas et commémorer la bravoure de ceux qui n'avaient pas réussi à s'en sortir.
- A Yamazaki et Gen-san, lança Hijikata.
- Yamazaki, tu nous as laissé quelque chose de précieux mon ami, reprit Kondô.
Tous se tournèrent vers leur chef avec une interrogation dans leur regard. Ils ne comprenaient pas de quoi leur chef pouvait bien parler. Yamazaki n'avait pas de famille, et ce qui se rapprochait le plus de famille pour lui, c'était le Shinsengumi. Mais aussi et surtout Bara, qu'il avait entraîné tous les jours, toutes les nuits à son art, jusqu'à ce qu'elle puisse prendre sa place.
- Ta légacie, à travers Bara et Chizuru, continua Kondô. Tu peux être fière de ce que tu as laissé. Puisses-tu trouver la paix.
Tous levèrent leurs coupe avant de boire. C'était vrai, Bara était en quelque sorte l'héritage qu'il leur avait laissé en tant que ninja, et Chizuru était également un peu son héritage par le biais de la médecine. En quelque sorte, Yamazaki survivait à travers elles, car jamais elles ne pourraient oublier ce qu'elles lui devaient.
Après le repas, Bara décida d'aller prendre l'air. Elle fut rejointe par Saitô qui s'assit à côté d'elle en silence. Un long moment passa sans qu'un seul mot ne fut prononcé, puis, le maître de Iai se décida à parler.
- Tu es devenue forte, Bara-chan, déclara-t-il. Je suis sûr que Yamazaki a toujours été fière de toi.
- Merci, Saitô-san. J'espère que je ne décevrai jamais les espérances de tous ceux qui croient en moi. J'espère ne pas bafouer les idéaux que Yamazaki-san m'a inculqué avec tant de patience et de dévouement.
- Suis ton coeur et ton instinct, de cette façon tu ne pourras jamais te tromper, la rassura-t-il. Kondô-san a raison, tu es sa légacie, mais tu es aussi le nouveau courant d'air qui fera peut-être changer les choses.
Bara médita ses paroles et hocha la tête. Oui, elle serait sans doute amenée à faire de grandes choses. Mais jamais elle ne devrait perdre de vue ses idéaux qui lui tenaient tant à coeur. Ces idéaux qui étaient ceux de son mentor. Saitô sourit, surprenant Bara qui n'y étais pas vraiment habituée.
- Mais en attendant, fais quand même attention. Tu dois d'abord penser à toi et…
Il lança un regard appuyé vers son ventre. Elle écarquilla les yeux. Comment savait-il pour… ? Était-ce Chizuru qui le lui avait avoué ? Ou bien avait-il réussi à voir à travers Sôji comme il le faisait si bien ?
- Sôji, hein ? sourit-elle finalement, amusée.
- On peut lire en lui comme dans un livre, s'amusa Saitô.
- De qui parles-tu ? fit une voix derrière eux.
Bara et Saitô se retournèrent d'un même mouvement pour voir Sôji avec un sourire malsain et des yeux où dansaient une lueur sadique. Bara sourit et posa sa main sur l'épaule de Saitô.
- Bien, je vous laisse régler ce petit différent, rigola-t-elle avant de s'éclipser.
Saitô soupira. La petite maligne. Il se tourna de nouveau vers Sôji et tenta de le raisonner avant que tout tourne en pugilat. Cependant, ils ne se disputèrent pas et rigolèrent ensemble comme si souvent auparavant. Saitô ne dévoilait pas toujours ce qu'il pensait, mais avec Sôji, il se laissait parfois aller. Ce jeune capitaine de division lui ressemblait en quelques sorte.
- Tu as changé, Sôji, déclara finalement Saitô.
- En quoi ? s'étonna celui-ci.
- Tu es plus mature, et aussi plus réfléchis.
Sôji ne put empêcher un sourire de se dessiner sur ses lèvres. Tous ces changements, ils les devaient à sa femme, ce n'était pas une surprise. Saitô était suffisamment observateur pour le savoir. Il avait tout deviné sans qu'il n'ait besoin de le lui dire. C'était à se demander s'il n'était pas télépathe par moments.
Sôji fut tiré de ses pensées par une toux aiguë. Saitô le retint et lui tapota le dos pour essayer de l'aider. Il n'avait jamais vu Sôji tousser ainsi. Certes tous savaient pour sa maladie, mais aucun d'eux ne l'avaient vu faiblir à aucun moment. Indubitablement, Sôji finit par cracher du sang avant de se redresser et de s'essuyer le coin des lèvres.
- Ça empire, n'est-ce pas ? s'enquit Saitô.
- Je ne sais pas combien de temps il me reste… des semaines ? Peut-êtres moins…
Sôji soupira. Avant, il n'aurait pas broncher au sujet de sa maladie et l'aurait accepté, elle et la fatalité qu'elle amenait. Mais à présent qu'il était sur le point de fonder une famille, qu'il avait une femme aimante, il ne voulait pas mourir. Il voulait vivre pour elle, pour leur enfant. Il en aurait pleuré tellement il était pathétique. Mais c'était la triste vérité.
- J'aimerais tant vivre suffisamment longtemps pour voir mon enfant, assister à ses premières expériences de la vie… Qui s'occupera de lui et de Bara quand je ne serais plus là ?
- Bara est forte, elle saura se débrouiller…
- Elle recommence à faire des cauchemars... de son passé, déclara finalement Sôji.
- Elle t'en a parlé ? demanda Saitô.
- Non… mais je ne suis pas idiot. Elle faiblit, je ne saurais pas dire comment ni pourquoi, mais je sens que quelque chose l'affaiblit…
- L'enfant qu'elle porte ?
Sôji secoua la tête. Non, la grossesse n'était pas assez avancée pour que ce soit seulement cela. Quelque chose d'autre causait sa faiblesse. Elle s'épuisait à fouiller sa mémoire pour retrouver son passé perdu, et il ne pouvait l'aider pour cela. Chaque jour elle semblait en proie à plus de cauchemars et d'étourdissements.
Saitô fouilla sa mémoire pour essayer de trouver un quelconque indice qui pourrait aider. Peut-être avait-ce un rapport avec sa condition de Oni. Sannan devait sûrement avoir la réponse à cela. Il allait partir le chercher quand quelque chose lui revint. Il se tourna vers Sôji.
- Te rappelles-tu la fois où elle a été blessée par une balle d'argent ? s'enquit-il.
- Bien évidemment, répondit Sôji.
- On l'a sauvée avec du sang de Oni, mais pas n'importe lequel. Ce Shiranui est venu nous donner la fiole pour la sauver en prétendant que seul le sang du Oni auquel elle était liée pouvait l'aider.
- Il faudrait selon toi qu'on retrouve cet oni ? Elle a besoin de son sang ?
- Je l'ignore, soupira Saitô. Mais c'est une possibilité qu'il vaut mieux prendre en considération.
- Alors il faut mettre la main sur ce Shiranui pour l'interroger.
- Il ne dira rien, répondit Bara en se montrant à nouveau. Je l'ai vu lors de ma fuite. Il aurait dû me tuer mais il ne l'a pas fait. Il n'a pas pu le faire. J'ai eu beau lui demander, il a refusé de me dire quoique ce soit sur mon passé. Mais il le connaît, c'est certain.
Sôji et Saitô se regardèrent. Ils étaient dans une impasse. Ils étaient pratiquement sûrs que même la torture n'y changerait rien. Cet Oni ne dirait rien. Quoi que contienne la mémoire de Bara, quoi qu'il se trouve dans son passé, soit c'était extrêmement douloureux, soit il contenait des révélations qui apporteraient pas mal d'ennuis. Shiranui n'avait pas fait un secret de son intérêt pour la protection de Bara. Il avait été jusqu'à mettre sa vie en jeu pour le protéger. C'est donc qu'elle avait une quelconque importance pour lui. Mais de quoi s'agissait-il exactement ?
Ils soupirèrent de concert avant que finalement Bara n'emmène Sôji avec elle pour qu'ils aillent se coucher. S'ils continuaient comme ça, tout le monde serait bientôt au courant de leur secret. Ils n'étaient pas vraiment discrets à se balader ainsi collés l'un à l'autre. Mais après-tout, qu'est-ce que ça allait changer ? Cela apporterait quelques sourires dans leurs vies si morne à présent.
Sôji poussa Bara sur le futon, recouvrant son corps du sien pour l'embrasser à pleine bouche. Les vêtements disparurent peu à peu sous leurs doigts à mesure qu'il s'empressaient de les enlever. Ils voulaient sentir la peau de l'autre, sentir la chaleur du corps de l'être aimé contre le sien. Ils s'unirent dans une danse endiablée, exécutant leurs moindres désirs.
Bara soupira de plaisir, plantant ses ongles dans le dos de son amant. Ils s'y enfonçaient à mesure que Sôji accélérait ses mouvements en elle. Le sang dégoulina peu à peu du dos de Sôji alors qu'il embrassait Bara pour étouffer ses gémissements. Puis, ils s'effondrèrent épuisé alors que le plaisir qu'ils avaient ressentis s'attardait encore un peu. Bara mit un instant avant de revenir dans la réalité, son esprit à milles lieux de là, perdu entre plaisir et douleur. Elle se blottit contre Sôji pour trouver le sommeil. Puisse-t-il être calme…
Ce ne fut pas le cas. Elle rêva… ou était-ce réel ? Elle rêva de son passé. Dans son esprit se rejouait une scène qui lui semblait de plus en plus familière. Elle se trouvait dans une maison somptueuse, digne des plus grands de ce monde, et elle était entourée de plusieurs personnes. A sa droite se tenait une femme, d'une beauté à coupé le souffle, et à sa gauche se tenait un jeune garçon. A gauche de la somptueuse femme se tenait un homme et une femme discutant de quelque chose avec un autre homme. Cet homme, elle le reconnaissait. Il était à la tête du clan Kazama : Chikage Kazama.
- Je voudrais forger une alliance entre nos deux clans, disait-il. Accordez-moi la main de votre fille, continuait-il.
- Hanabi sera heureuse de vous obliger, annonça l'homme qui se trouvait être le père de la magnifique jeune femme.
- Je ne parlais pas de votre fille aînée, mais de votre cadette, expliqua Kazama.
- Soren ? Mais elle est encore jeune...
Kazama semblait irrité. Il ne voulait apparemment pas s'avouer vaincu. Mais une question se posait. Pourquoi choisir la cadette plutôt que l'aînée qui deviendrait la prochaine tête du clan. Expliquer pourquoi il préférait la cadette à l'aînée ne semblait pas une option pour lui. D'ailleurs, où était-elle cette fille cadette ?
- Vous entrerez dans le clan impérial en épousant mon aînée et de ce fait, serez appelé à régner sur notre peuple. Hanabi est l'héritière, et non Soren.
- Soren est plus puissante que ne le saura jamais votre fille aînée. Elle a l'âme d'une dirigeante, conclut Kazama.
- Ce sera à elle de décider dans ce cas, soupira l'homme en se tournant vers Bara. Soren, veux-tu bien réfléchir à la proposition de Chikage Kazama ?
Bara s'inclina. Mais alors… c'était-elle ? Soren était son véritable nom ? Sa vue se brouilla et laissa place à une grande prairire où elle se trouvait allongée dans l'herbe. Elle semblait se reposer, savourant les rayons du soleil sur sa peau. Un bruit lui fit tourner la tête. Elle se redressa sur ses avants-bras pour observer le nouvel arrivant.
- Shira-chan !
- Tu ne cesseras donc jamais de m'appeler ainsi, Hime-sama ? soupira-t-il en s'asseyant à côté d'elle.
- Pas tant que tu n'auras pas abandonné cette stupide habitude de m'appeler "Hime-sama". J'ai un nom tu sais ? le taquina-t-elle.
Bara ne comprenait pas trop ce qu'il se passait. Qui était Shiranui pour elle ? Elle semblait bien familière avec lui alors qu'il semblait garder ses distances. Elle ne comprenait pas ce souvenir, elle n'arrivait pas à en trouver la logique, le fil conducteur.
- As-tu pris ta décision au sujet de la demande de Kazama ? demanda finalement Shiranui.
- J'ai promis d'y réfléchir. Mais la réponse reste la même que celle que je lui ai déjà donnée ! Je refuse.
- Hime-sama…
- Arrêtes de m'appeler ainsi ! s'écria-t-elle en le giflant. As-tu idée de la souffrance que tu m'imposes ? Tu te présentes à moi en me demandant de me lier à un homme qui ne me respecte pas et que je n'aime pas alors que… Alors que...
Sa gorge était nouée. Et c'est à ce moment que Bara se réveilla. Elle se passa la main sur le front en se posant toujours la même question. Était-ce un rêve, ou bien le passé qu'elle revivait ? Ses rêves devenaient de plus en plus perturbants, il n'y avait pas à dire.
Elle se leva et sortit de la chambre de Sôji qui dormait profondément. Pas étonnant, le jour était levé. Elle soupira et ferma les yeux, laissant la brise légère lui caresser le visage. Elle repensa à Yamazaki. "Le vent est le symbole de la liberté. En tant que ninja, tu dois chercher à être comme lui." Et elle avait fait honneur à cette leçon. Elle était le vent, le vent d'un prochain changement, seulement elle ne savait pas où et en quoi ce changement s'opérerait.
Elle bondit, se réceptionnant accroupie sur la branche la plus haute. Et dire qu'auparavant elle était incapable d'atteindre la plus basse d'entre elles… Elle avait bien changé, mais son coeur, lui, restait le même. Et plus ses rêves la perturbaient, plus l'inquiétude s'emparait d'elle. Combien de temps pourrait-elle encore rester auprès du Shinsengumi, auprès de Sôji ?
