Note de l'auteur :
Mes très cher(e)s lecteurs,
Je suis navrée de n'avoir pu poster ce chapitre plus tôt. Je sais que cela fait un moment que vous attendez tous. J'espère que ce chapitre vous plaira. N'hésitez pas à me laisser vos impressions, j'aimerais savoir ce que vous en avez pensé.
Merci de votre fidélité, et à très bientôt ;)
Chapitre 13
La mort en souvenir
- Soren, voici Shiranui Kyô. Il sera chargé de veiller personnellement à ta sécurité, fit l'homme à la petite fille.
- Sécurité ? répéta-t-elle sans vraiment comprendre le sens de ce mot.
- Oui, sourit le père avant de saluer d'un mouvement de tête le nouveau garde du corps de sa fille et de partir.
Elle s'en souvenait, c'est là que tout avait commencé, mais tout quoi ? Elle restait spectatrice de ses souvenirs, se laissant guider sans jamais interférer. Shiranui se tenait devant elle qui n'était à l'époque qu'une petite fille à peine capable de tenir debout.
Soren s'éloigna de cet inconnu dont elle ne comprenait pas vraiment le rôle, et retourna jouer dans l'herbe et les fleurs d'iris. Shiranui s'assit en silence et l'observa sans jamais lui dire un mot. Quand elle revint vers lui avec une fleur, il resta interdit, ne comprenant pas ce que cette petite fille voulait de lui.
- Shira-chan, iris, sourit-elle en lui montrant la fleur.
- Bien sûr, Hime-sama, répondit-il, perplexe.
La petite sembla bouder avant de finalement coincer maladroitement la fleur dans les cheveux du jeune homme. Il ne bougea pas, se laissant faire. Après tout, il n'était qu'un serviteur, il ne pouvait rien refuser à sa maîtresse. Il la regarda ensuite s'éloigner, se posant des questions par rapport à ce surnom ridicule qu'une enfant venait de lui donner.
- Hime-sama ! firent des voix au loin.
La petite se retourna pour voir plusieurs femmes se diriger vers elle. Ses gouvernantes, et institutrices étaient à sa recherche. La petite avait toujours la mauvaise habitude de s'évader dés qu'elle le pouvait. C'en était même ahurissant de savoir que ce petit bout de fille arrivait à s'échapper en sachant à peine marcher.
Soren se cacha derrière Shiranui, comme si elle voulait se fondre en lui, pour ne pas être vue. Le jeune homme la regarda, perplexe. Cette enfant était bien spéciale. Il apperçut au loin une Oni qui sortait tout juste de l'enfance et qui remarqua Soren, cachée derrière lui. Elle avait de long cheveux blonds qui brillaient au soleil, de grands yeux verts et un bouche pulpeuse sur laquelle semblait souvent se dessiner un sourire. Elle demanda aux femmes de retourner au château, ce qu'elles firent immédiatement en s'inclinant.
Elle s'approcha ensuite d'eux. Shiranui ne fit aucun geste, mais il était près à tout moment à dégainer son arme pour protéger l'enfant. C'était son rôle après tout. Il était devenu le garde du corps exclusif de cette enfant et se tiendrait à se rôle. Il n'hésiterait pas à se battre contre qui que ce soit si le besoin se présentait, que l'adversaire soit une femme ou un homme.
- Soren-chan, sourit la jeune fille en s'agenouillant près de la petite. Il est tant de rentrer.
Soren secoua la tête, effrayée. La jeune fille soupira et s'assit dans l'herbe. Ses yeux semblaient pleins de tristesses et d'une tendresse infinie pour cette enfant apeurée. La gentillesse se lisait sur son visage, c'est pourquoi Shiranui se détendit légèrement, attendant de voir ce qui allait suivre. La jeune femme reporta son regard sur lui, le jaugeant un instant.
- Vous devez être Shiranui Kyô, dit elle. Je suis la soeur aînée de Soren, Hanabi.
Shiranui s'inclina devant elle et abandonna toute attitude hostile. Cette jeune fille semblait n'avoir d'yeux que pour sa petite soeur. Il observa les alentours et fut étonné que l'aînée, qui était également l'héritière, se trouve sans garde du corps. Pourquoi en attribuer un à la plus petite et non à la plus âgée ? Il ne demanda cependant pas la raison de cette différence.
Hanabi reporta son regard sur Soren et lui caressa les cheveux avec douceur et légèreté. La petite sembla se détendre légèrement, desserant son emprise sur les vêtements de Shiranui. Elle respira plus calmement et les battements de son coeur se firent plus réguliers et calmes.
- Soren-chan, de quoi as-tu peur ?
La petite secoua de nouveau la tête. Lorsque ses yeux furent visibles, Shiranui remarqua une grande détresse. Hanabi ne comprit pas tout de suite pourquoi sa petite soeur semblait si abattue. La petite avait pourtant tout ce qu'il fallait à son bonheur, elle était chérie de sa famille, de leur père, d'elle-même... Quand elle finit par comprendre, ses yeux s'écarquillèrent. Non, il était impossible qu'elle se souviennent de ça !
- Soren-chan… est-ce à propos de… mère ? demanda-t-elle avec difficulté.
Soren s'agrippa à Shiranui de nouveau, tressaillant à cette question avec un hoquet de stupeur. Elle avait les yeux larmoyants et la gorge nouée, tant et si bien que Shiranui avait presque pitié de cette pauvre créature. Hanabi l'attrapa et la ramena dans ses bras, la serrant fort contre elle. Elle lui caressa les cheveux en essayant de la consoler et de la rassurer.
- Soren-chan… ce n'est pas de ta faute…
Shiranui n'avait posé aucune question. Ce qu'il devinait, il ne le disait pas, il avait comme dans l'idée qu'il le saurait bien assez tôt.
Les années avaient passé sans qu'il ne quitte son poste, suivant pas à pas l'enfant, l'empêchant de se blesser et veillant à ce que personne ne soit un danger pour elle. Elle lui souriait souvent, jouait souvent avec ses cheveux. Il se demanda un instant pourquoi cette enfant était si chaleureuse avec lui.
Chaque fois qu'elle avait peur de l'orage, il était le seul qui arrivât à la calmer là où tout les autres échouaient. C'est pourquoi, chaque fois que l'enfant pleurait, on venait le chercher pour qu'il la console et lui redonne le sourire, ce qui ne manquait pas de se passer chaque fois que la petite le voyait. Ce n'était pourtant pas à lui de faire tout cela, il n'était pas une nounou. Cependant il ne pouvait ignorer cette petite qui l'avait accueillit avec tant de confiance et de tendresse.
Il passait de temps en temps faire son rapport au père de Soren et ce dernier ne se montrait ni hautain ni supérieur avec lui. Il lui parlait comme s'il était son égal, ce qui perturbait parfois Shiranui.
- Vous devez sans doute vous demandez pourquoi Soren se trouve bénéficier d'une protection et non sa soeur aînée, fit le maître des lieux.
- Oui, Kazuki-sama, répondit Shiranui.
L'homme soupira et s'assit en faisant signe à Shiranui de faire de même. Ce dernier s'exécuta et attendit que l'homme reprenne la parole. Après un long moment de silence pendant lequel le maître des lieux le jaugea du regard, il se décida à parler.
- C'était le voeu de ma défunte épouse, expliqua-t-il. Elle n'est pas morte en donnant le jour à Soren comme on le raconte. Asayi avait prédit à la naissance de Soren qu'elle devait être protégée.
Shiranui écouta sans dire un mot, attendant que le seigneur ait fini de tout expliquer. Il proposa du sake à Shiranui qui l'accepta en tendant sa coupe. Ils burent un moment, perdu dans un silence total, avant que le seigneur ne reprenne.
- J'ai refusé d'écouter. J'imaginais que si quelqu'un devait bénéficier de protection, c'était Hanabi et je pouvais très bien le faire moi-même… Hanabi ne quitta donc plus mon côté après la tandis que les gouvernantes s'occupaient de Soren pour soulager mon épouse souffrante.
Shiranui acquiesça. Il voyait la logique des pensées de cet homme. Si lui-même avait été à sa place, il aurait agi de la même façon, privilégiant la protection de l'aînée. Mais à voir le visage fermé du seigneur, il comprit bien vite que cela avait été une erreur aux conséquences pénibles.
Kazuki soupira et ses épaules s'affaissèrent un peu plus. Le poids de son erreur était son fardeau et sa conscience ne le laisserait jamais en paix. Tout cela parce qu'il avait refusé d'écouter la voix de la raison. Combien de fois les révélations d'Asayi avaient été paroles de vérité ? Elle ne s'était jamais trompée… Et elle l'avait supplié de l'écouter, en vain.
- Soren fut enlevée quelques jours après sa naissance, murmura-t-il d'une voix légèrement enrouée par le chagrin. Dans cet enlèvement, Asayi a trouvé la mort en tentant de protéger notre fille.
Il revoyait encore la scène dans son esprit, les moindres détails. Le sang qui venait former une marre à côté du corps d'Asayi. La vie qui quittait doucement son regard. Et les hurlement de sa benjamine alors que les coupables s'éloignaient. Dans une folie meurtrière, il les avaient rattrapé seul et les avaient tués un à un.
Un hurlement de rage lui avait échappé après avoir vengé son épouse, hurlement de rage auquel firent echos les pleurs et les lamentations de ses deux filles. Il avait ramené Soren au château, mais après cette terrible nuit, la petite avait refusé de rester seule, pleurant et hurlant chaque fois qu'elle se retrouvée isolée dans sa chambre.
- Mon erreur a causé la mort d'Asayi, avoua Kazuki. Si je l'avais écouté et mis Soren sous protection, rien de tout cela ne serait arrivé.
- Vous n'en savez rien, Kazuki-sama. Vous n'avez peut-être pas combattu tous les conspirateurs. Même sous protection, cela se serait peut-être produit…
Kazuki resta silencieux, méditant les paroles pleine de sagesse d'un Oni à peine plus âgé que son aînée. Shiranui Kyô lui avait été chaudement recommandé par de puissants Onis. Il était peut-être jeune, mais sa maîtrise du combat et de cette étrange arme à feu lui avait valu bien des louanges. Il était l'un des meilleurs guerriers que l'on puisse trouver. De plus, il était le fils d'une illustre famille de sang purs. Peut-être pas la plus réputée, mais c'était tout de même quelque chose qui n'était pas anodin.
- Depuis cette terrible nuit, Soren refuse de rester seule dans le château et s'effraie au moindre bruit. Elle ne fait confiance à aucun homme, pas même moi.
Shiranui réfléchit un instant aux paroles de cet Oni puissant et vénéré. Si sa plus jeune fille avait peur de lui, cela devait le blesser profondément. Elle était ce pourquoi son épouse s'était battu avec honneur et fougue. Elle était un joyaux qu'il devait chérir. Et pourtant, cette enfant ne lui faisait pas confiance.
- Pourquoi fut-elle enlevée ? demanda soudain Shiranui.
- Je n'ai pas d'idée bien précise. J'imagine qu'une rançon ou bien un renversement de pouvoir était le but de la manoeuvre.
Shiranui but une autre gorgée de sake tout en analysant les informations qu'il venait de récolter. Cette enfant était destinée à devenir puissante, sûrement plus que sa soeur, sinon pourquoi l'enlever elle et pas l'aînée ? Il se pouvait donc qu'on ait tenté de l'enlever pour l'élever et l'utiliser contre le clan impérial. Ou bien tout simplement comme moyen de pression. Dans les deux cas, rien ne prouvait que cela n'allait pas recommencer.
Si il s'agissait du premier cas, il devait être extrêmement vigilant et ne se fier à personne, pas même les gouvernantes et les institutrices choisies pour élever Soren. Il se pouvait que l'une d'elle soit de mêche avec les conspirateurs. Si c'était pour l'utiliser comme moyen de pression… et bien il n'aurait qu'à tuer le premier qui essayait d'approcher Soren. Il allait devoir surveiller chaque personne et surtout ne pas quitter Soren des yeux ne serait-ce qu'un seul instant.
- Je comprends pourquoi vous m'avez demandé d'être son protecteur, déclara alors Shiranui. Mais pourquoi ne pas avoir choisi Kazama Chikage. Sa puissance est sans doute plus grande que la mienne.
- Je n'ai pas confiance envers le clan Kazama, répondit tout simplement l'autre homme. Cela fait un moment que je les soupçonne de vouloir prendre la place du clan impérial. Il se peut même que la tentative d'enlèvement ait été fomentée par eux.
Cela ne faisait aucun doute dans l'esprit de Shiranui. Son propre clan cherchait lui aussi à se rapprocher du clan Impérial. C'était peut-être d'ailleurs pour cela que les siens avaient été si enclins à l'envoyer servir le clan Impérial. Cependant, le clan Kazama était peut-être celui qui était le plus puissant après le clan dirigeant. Si l'on oubliait le clan Yukimura qui lui ne semblait pas trop suivre les manigances politiques.
Mais une chose interpellait Shiranui. Le clan Kazama était sans doute le seul à pouvoir présenter un parti des plus convenable pour les filles du clan. Alors pourquoi auraient ils tenté une telle manoeuvre alors que la première était si facile et tellement évidente ?
- Vous êtes conscient que Kazama Chikage sera le meilleur parti parmi tous les onis de sang pur pour votre fille aînée, de ce fait il deviendra votre héritier quoi qu'il arrive, reprit Shiranui. Pourquoi faire enlever votre jeune enfant alors qu'épouser l'aînée serait infiniment plus facile ?
- C'est une bonne déduction, Shiranui-san. Question à laquelle je n'ai pas de réponse, conclut le seigneur.
Durant des années, Soren avait grandit, constamment surveillée par Shiranui. Aucune autre tentative d'enlèvement n'était survenue, mais il ne fallait pas pour autant abaisser sa garde. Soren embellissait de jour en jour, surpassant sa soeur en beauté et en intelligence. Sa puissance ne cessait de croître et la rumeur courut bientôt qu'elle serait choisit pour succéder à son père.
Toutefois cela ne changeait pas le caractère de la jeune princesse ni les liens puissant entre les deux soeurs. Au contraire, Hanabi et Soren étaient aussi proche que les doigts d'une main. Elles ne se disputaient jamais, et s'entendaient à merveille bien que leurs opinions divergent parfois sur certains sujets. L'un de ses sujets était d'ailleurs que Soren ne se comportait pas toujours correctement.
Maintes et maintes fois, Hanabi lui avait demandé d'être plus féminine, moins sauvage et farouche. Et malgré tout, Soren continuait à se comporter en garçon manqué par moments. Elle n'était pas toujours emprunte de sagesse, ce qui lui valait souvent une part de responsabilité dans les situations désastreuse dans lesquelles elle se retrouvait. C'en suivait ensuite une discussion peu agréable avec le puissant paternel qui lui remontait les bretelles.
Shiranui avait souvent risqué sa vie pour les idioties de cette princesse qui ne réfléchissait pas toujours aux conséquences de ses actes. Et chaque fois que Soren devait comparaître devant son père pour se faire remettre à sa place, Shiranui se faisait lui aussi sévèrement réprimander bien que ce ne fut en aucun cas sa faute. Cela n'empêchait pourtant pas le père de Soren de boire avec lui à la fin de la journée.
Malgré tout, il trouvait Soren amusante et ne s'ennuyait jamais avec elle. Il devait constamment faire attention à ce qu'elle n'aille pas se perdre dans la forêt ou ne tombe pas maladroitement de la falaise dans le lit rocheux de la rivière en contrebat. Et il y avait aussi...
- Shira-chan, apprends-moi à tirer avec un pistolet, lui demanda-t-elle en venant s'asseoir à côté de lui au milieu des iris.
… cela.
Shiranui soupira. Cela faisait des semaines et des semaines qu'elle lui demandait de lui apprendre à se battre. Ce qui n'était pas un comportement respectable pour une princesse. Mais il avait beau trouver un échappatoire un jour, le lendemain elle revenait à l'attaque en réfutant l'argument de la journée précédente. Parfois il maudissait la vivacité d'esprit et l'intelligence de cette femme.
- Hime-sama…
- Et ne me dit pas que je suis trop jeune, que je ne suis pas assez forte, que je pourrais me blesser ou bien que je suis une femme ! lui coupa-t-elle l'herbe sous le pieds.
Ainsi s'évadait toute ses excuses salutaires. Il en aurait rit si cela ne l'avait pas mis dans une position bancale. S'il lui apprenait à se battre, il allait encore se faire grandement réprimander par le père de la jeune fille et être aussi la victime des regards noirs de gouvernantes de la princesse. Et de tout cela il se passerait très bien. Il sortit alors la seule excuse qui lui venait à l'esprit.
- Ce n'est pas une activité qui convienne à votre rang, argumenta-t-il une énième fois.
- Ah non ! Pas toi aussi ! se récria-t-elle chagrinée.
Là, il parvenait à peine à controller son sourire. Cette princesse était fougueuse et ne s'avouait jamais vaincue, une perle rare pour les hommes qui savaient reconnaître les pières précieuses. Elle avait la volonté et le charisme d'une reine. Tout ce qui faisait défaut à sa soeur aînée qui était bien trop douce et conciliante. Quand Soren prenait une décision, elle s'y tenait, qu'il pleuve, qu'il vente ou bien qu'il neige.
- Les gouvernantes ne cessent de me dire cette phrase. "Hime-sama, c'est dangereux. Hime-sama, vous devez vous comporter en dame. Hime-sama, ne faite pas l'enfant. Hime-sama, vous devez vous tenir à votre rang..." C'est étouffant !
- C'est là le devoir qui échoit à une princesse, dit-il simplement en jouant avec un brin d'herbe.
- Mais je n'ai pas choisit moi ! Je ne veux pas de tout ça, s'écria-t-elle en se laissant rageusement tomber à côté de lui avant de lui piquer son brin d'herbe pour le décortiquer.
- Et qu'est-ce que vous voulez, Hime-sama ? demanda Shiranui, intrigué, en se laissant aller en arrière pour reposer sur ses coudes. .
Soren sourit de toute ses dents, se leva et étendit ses bras comme des ailes, le regard rivé sur le ciel.
- M'envoler, être libre. Je veux une vie simple, déclara-t-elle avant de tourner son regard vers lui, les mains dans le dos. Loin de la politique, du devoir et des coupes gorges…
Ce souvenir la hantait toujours. Shiranui ne commenta pas. De toute façon, que pouvait-il bien lui dire. Il était du reste déjà difficile à croire qu'une enfant à peine née se souvienne de tout ce qu'elle avait vécu. Elle n'aurait pas dû être capable de se souvenir de l'assassinat de sa mère, ni de son enlèvement. Était-ce là une preuve de sa puissance dormante ?
- Et toi Shira-chan, qu'est-ce que tu aimerais faire ? demanda-t-elle, le sortant de ses pensées.
Shiranui n'avait pas de réponse à lui donner. Il avait toujours fait ce que sa famille lui avait dicté de faire. Il était un sang pur, il avait lui aussi des responsabilités dont il ne pouvait se défaire. Il avait eu l'honneur d'être choisi parmi tant d'autres pour protéger Soren, mais cela ne restait rien de plus que ce qu'on attendait de lui.
Soren l'observa, sentant que son ami était de nouveau parti très loin. elle n'avait jamais su deviner ce qu'il pouvait bien penser. Depuis toujours elle le connaissait, et il restait un mystère vivant qu'elle essayait chaque jour de percer sans y parvenir. Il était une vraie forteresse qui ne laissait rien ni personne entrer. C'en était parfois déprimant.
- Aller, juste une fois, apprends-moi, sourit-elle en se penchant sur lui, abandonnant l'idée de le faire parler.
Shiranui soupira et finit par se lever. De toute façon, elle ne le laisserait jamais en paix. Il ne faisait que repousser l'échéance de jour en jour avec des excuses qu'elle savait parfaitement contrer. Du reste, il trouvait lui-même que c'était une bonne idée qu'elle sache se défendre. Il allait juste falloir que cela reste discret. Rien de bien insurmontable, n'est-ce pas ?
Il accéda donc à la demande de cette princesse au caractère si bien trempé. Elle n'était pas conforme à l'idée qu'on se faisait d'une princesse. Elle passait son temps dehors, se distrayait de façon peu commune, voulait apprendre à se battre comme un homme. Son père ne le lui interdisait pas officieusement, bien qu'il aurait préféré qu'elle soit plus docile et féminine, il voulait juste que cela reste… et bien officieux.
Shiranui mit l'arme dans les mains de la jeune femme et lui montra comment la tenir. Il lui expliqua comment viser en prenant compte du vent et des obstacles. Il fallait aussi savoir prévoir les mouvements de l'adversaire, savoir comment entretenir l'arme pour qu'elle ne s'enraye pas, la nettoyer régulièrement. Une fois le plus gros des explications faites, il la laissa essayer. Bien évidemment, elle n'était pas très douée pour cela et il ne pouvait pas lui jeter la pierre. Il était le seul à sa connaissance à se servir de cette arme.
- Shira-chan, comment fais-tu ? s'écria-t-elle.
- Comme ceci, Hime-sama, dit-il en venant se placer derrière elle.
Il posa sa main sur celle de la jeune femme et se cala contre son dos. Il visa avec elle et tira, empêchant l'arme de trembler. Elle sourit, heureuse d'avoir au moins touché la cible une fois, même si elle ne l'avait pas fait seule.
- Je pense que vous devriez d'abord apprendre à vous déplacer, à esquiver durant un combat. C'est le plus important, conclut-il en reprenant son arme pour la ranger sur son côté.
- Shira-chan, ne peux-tu arrêter de me traiter comme une princesse ne serait-ce que quand nous sommes seuls ? soupira-t-elle.
- Hime-sama… commença-t-il.
- J'ai beaucoup plus besoin d'un ami qu'un garde du corps, ajouta-t-elle. S'il te plaît…
Il en doutait. Elle ignorait tout de ce qu'il avait dû faire pour la protéger. Le nombre de fois où, quand elle ne le voyait pas, il tuait pour sa sécurité. Son innocence et son ignorance la rendait encore plus vulnérable et il ne pouvait le nier. Il était un chien de garde, il ne devait pas aspirer à plus, il n'en avait pas le droit.
- Hime-sama… Je suis votre protecteur avant tout, dit-il en plongeant ses yeux sérieux dans ceux de la jeune femme.
- Pour moi tu es un ami, que tu le veuilles ou non !
Après ce moment, elle avait refusé de lui adresser la parole, et quand elle croyait qu'il ne la voyait pas, elle pleurait. Shiranui ne pouvait que s'en vouloir même s'il savait qu'il avait bien agi. Pourtant, il ne cessait de penser que si c'était à l'abri des regards, il aurait très bien pu l'appeler Soren pour qu'elle sourit enfin...
