Avant que j'oubie, je vous remercie tous (ceux qui sont concernés tout du moins), pour vos commentaires sur cette histoire. Je vous suis également reconnaissante de me suivre tout au long de cette aventure et je vous souhaite une agréable lecture. Puisse ce chapitre vous plaire. Bonne lecture !
Chapitre 14
La roue du destin
Elle s'était améliorée, il ne pouvait pas le nier. Elle bougeait avec une grande aisance, maniait son katana avec élégance et fluidité sans jamais hésiter ne serait-ce qu'un seul instant. Elle avait progressé à grande vitesse et, malgré ses réticences au début, Shiranui ne regrettait rien. Bien sûr, le père de Soren ne lui reprochait pas d'entraîner sa fille afin qu'elle puisse se défendre si le jour devait arriver où elle se retrouverait seule, mais il ne l'encourageait pas non plus… du moins pas officiellement.
Malgré le fait qu'il n'aimait pas se battre avec un katana, Shiranui avait fait l'effort de lui apprendre son maniement. Il n'était peut-être pas un expert, mais il restait capable de donner du fil à retordre à n'importe quel samouraï qui se respecte. Il devait avouer qu'il n'avait plus grand chose à apprendre à Soren au sujet du maniement du katana. Il ne trouvait pas non plus de défaut marquant dans sa façon de se mouvoir : Elle esquivait convenablement et son équilibre était plutôt bon.
- Je n'ai plus rien à vous apprendre, Hime-sama, conclut-il en rengainant son katana.
Le sourire qui illuminait le visage de Soren se fada à l'entente du titre honorifique. Mais enfin ! Pourquoi refusait-il toujours de la considérer comme autre chose qu'un boulot qu'il avait le devoir de mener à bien ? Elle lui tourna le dos et commença à s'éloigner, ne voulant pas montrer sa tristesse. Elle qui avait tant besoin d'un ami, elle se sentait tellement seule et rejetée. Elle avait beau considérer Shiranui comme son ami, cela ne faisait pas d'eux des amis pour autant si lui n'y mettait pas du sien.
- Soren, entendit-elle alors.
Elle s'arrêta immédiatement, le souffle coupé. Elle n'en croyait pas ses oreilles. Rêvait-elle où l'avait-il vraiment appelée par son prénom ? Elle se tourna vers lui lentement, apeurée à l'idée que ce ne soit que le fruit de son imagination.
Shiranui n'avait pas bougé. Il se tenait debout, fièrement campé sur ses jambes. Il semblait cependant quelque peu gêné. Sa gêne ne fit que confirmer la réalité de ce qu'elle avait entendu. Il l'avait appelée par son prénom. Elle revint vers lui, le sourire sur le visage et dans le coeur.
- Que ce soit bien clair, dit-il alors. Ce sera seulement lorsque nous sommes seuls.
- Je n'en demande pas plus, répondit-elle immédiatement avec des larmes de joie.
Elle avait enfin un ami. Son premier ami et également la seule personne en qui elle ait une totale confiance. Shiranui était le seul qui ne lui ferait jamais de mal, elle le sentait au plus profond d'elle-même. Quoi qu'il arrive, il serait là pour elle.
- Soren !
La jeune femme s'arrêta net. Comme toujours, elle s'apprêtait à sortir du château en douce. Son père l'avait plusieurs fois surprise à faire cela, pour rejoindre il ne savait quelle personne. Mais cette nuit, Shiranui avait dû s'absenter pour rejoindre son clan. Elle était donc sans défense.
- Je vais juste me ballader, Shira-chan veillera sur moi, sourit-elle penaude.
- Non, répondit-il. Shiranui-san n'est pas là. Il a dû partir pour une affaire personnelle,
Les épaules de Soren s'affaissèrent. Elle qui se faisait une joie d'aller gambader dans la nuit à l'extérieur, simplement pour rester un peu plus longtemps avec Shiranui, elle s'en trouvait fort déçue. Les épaules voûtées, l'âme en peine, elle retourna à pas traînants vers sa chambre. Elle qui détestait toujours autant être dans un endroit clos, c'était bien sa veine.
Elle s'installa sur son lit, serrant son katana contre elle, appréhendant toujours le moment où elle se retrouvait seule, enfermée dans sa chambre. Cette peur stupide l'irritait, d'autant plus qu'elle se souvenait à peine de son origine. Mais elle savait une chose : Elle se méfiait des hommes, et des espaces confinés. Seul Shiranui avait su s'accaparer sa confiance, là où son père avait échoué.
Le seigneur, qui avait suivi sa fille des yeux, soupira. Il espérait que son intuition le menait sur une fausse route, mais sans trop y croire. Sa fille, bien que plutôt secrète, ne savait décidément pas cacher ses émotions. Si elle venait à s'enticher de la mauvaise personne, cela pourrait avoir des conséquences désastreuses…
De plus, il savait sa main déjà très convoitée, surtout de la part de l'héritier du clan Kazama. Un jour viendrait où Soren se verrait forcée de faire son devoir. Il était dors et déjà évident pour tous que Hanabi n'avait pas les épaules pour diriger leur race, contrairement à sa jeune soeur.
- Ma pauvre enfant... J'aurais espéré que tu sois moins convoitée...
Sur ces mots, il se détourna et se dirigea vers sa chambre pour prendre un peu de repos. Se faisant, il croisa sa fille aînée. Elle semblait préoccupée et faisait les cent pas. Elle se mordait l'ongle du pouce, ses yeux bougeant de droite à gauche au rythme de ses pensées.
- Qu'y a-t-il Hanabi ? s'enquit-il.
Elle sursauta, n'ayant pas entendu ni senti son père arriver derrière elle. Elle posa la main sur son coeur qui martelait dans sa poitrine à un rythme effréné, tentant de le calmer. Elle prit de longues inspirations et se tourna vers son père qui s'excusa d'un sourire de la peur qu'il venait de lui occasionner.
- Je... c'est à dire... commença-t-elle avant de se mordre la lèvre.
- Et bien, parle, l'encouragea-t-il.
- Vous comptez vraiment faire épouser Kazama Chikage à Soren ? eut-elle alors le courage de demander.
- Comment es-tu au courant de ceci ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.
- Je...
Elle vira soudain un peu plus au rouge, honteuse de ce qu'elle s'apprêtait à avouer. Il n'était pourtant pas dans ses habitudes d'espionner, ni de faire la commère... Pourtant, dés qu'il s'agissait de sa jeune soeur, elle ne pouvait s'empêcher d'être curieuse. Elle voulait la protéger le plus possible, et parfois, cela lui occasionnait pas mal de soucis.
- J'ai lu la missive, finit-elle par avouer en baissant la tête, honteuse.
Le père soupira. Il aurait dû s'en douter. Hanabi était étonnement protectrice avec sa soeur, autant qu'une mère le serait avec son enfant. Il se passa la main sur le visage. Après tout, pourquoi le lui cacher, maintenant qu'elle était au courant.
- C'est vrai, Kazama Chikage est un candidat plus que recommandé pour Soren.
Hanabi resta silencieuse, sachant bien décrypter les expressions de son père, elle savait très bien qu'il avait autre chose à lui dire, plaisant ou non. De toute façon, elle resterait et écouterait, elle voulait savoir.
- Tu le sais sans doute déjà, Hanabi... Soren risque bien de me succéder à ta place...
- Je ne l'ai jamais ignoré, père, répondit-elle avec une telle franchise qu'il en fut surpris.
Elle soupira et lui tendit la missive qu'elle avait trouvée un peu plus tôt dans ses affaires. Elle était certes toujours un peu honteuse d'avoir agit de façon si basse et rétrogradante, mais elle ne regrettait pas de l'avoir fait. Soren comptait tellement pour elle que c'était un mal bien petit mis nécessaire.
- Vous comptez vraiment la lui donner en mariage ?
Hanabi semblait triste à cette idée, bien qu'il ne sache pas la raison de tout cela. Sa fille lui cachait quelque chose, il en était sûr, mais quoi ? Il reprit la missive et la coinça dans sa ceinture pour ensuite replonger ses yeux dans ceux de la jeune femme.
- Kazama est un bon parti, pourquoi refuserai-je cette offre ? Il pourrait la rendre heureuse, la protéger...
- Shiranui le fait déjà très bien ! protesta-t-elle avant de se mordre la langue.
Elle se détourna immédiatement par peur d'en avoir trop dit. Elle n'était pas aveugle, elle voyait bien dans le regard de sa soeur, quand celui-ci se posait sur Shiranui, qu'elle ressentait bien plus qu'une simple amitié. Que personne d'autre ne l'ait remarqué n'était pas étonnant, mais Soren était sans doute bien trop entichée de lui. Il était trop tard. Hanabi se demandait même si les deux concernés le savaient, ou bien s'ils en étaient tout aussi ignorant l'un que l'autre.
Le père resta ainsi seul, observant son aînée partir à la hâte. Elle était bien trop facile à lire pour qu'il ne fasse pas le lien. Avait-elle remarqué une quelconque affinité entre Shiranui et Soren ? Si c'était le cas, pouvait-il encore prétendre que Kazama la rendrait heureuse ? Il connaissait Soren un minimum. Elle n'avait que faire des rangs, de la puissance, de la hiérarchie. Si elle devait choisir un homme pour se tenir à ses côtés, ce serait avec son coeur et non avec sa tête. C'était bien là le problème.
- Kazuki-sama, fit une voix derrière lui.
Il se retourna pour tomber sur Shiranui Kyô. Il était revenu à temps pour une petite conversation. Il lui fit signe de le suivre, ouvrant la marche. Shiranui s'exécuta en silence. Une fois seuls, assis autour d'une coupe de sake, la conversation put commencer.
- Qu'as-tu appris ? lui demanda-t-il.
- Rien, malheureusement, les traces ont été effacées, cela fait trop longtemps, conclut Shiranui. Je suis navré.
- Je me doutais bien que le résultat serait inexistant, mais je voulais en être sûr, soupira Kazuki.
Kazuki jaugea Shiranui du regard. Le comportement de cet Oni n'avait pas changé d'un iota. Il était toujours le même, rien n'indiquait un quelconque changement. Était-il possible que Hanabi n'ait pas voulu impliqué une quelconque relation entre lui et Soren ? Cela ne lui ressemblait pas. Il était sûr qu'il y avait anguille sous roches. Mais quand bien même ce serait le cas... Que ferait-il ?
Shiranui Kyô était après tout issu d'une autre lignée tout aussi noble et pure... Il pourrait tout à fait envisager une union entre les deux clans. Mais cela serait sans doute une erreur. Le clan Kazama avait beaucoup trop d'influence pour le dénigrer au profit du clan Shiranui. Pourtant... si Soren l'avait choisi lui ? Sans s'en rendre compte ? Aurait-il le coeur à lui forcer la main ?
- Shiranui... Que penses-tu de Soren ? demanda-t-il de but en blanc.
Shiranui s'immobilisa, la coupe à quelques centimètres de ses lèvres, avant de la rabaisser pour plonger ses yeux mauves dans ceux de Kazuki. Il semblait incertain, et troublé également. Y avait-il un piège derrière cette question ?
- Est-ce une question piège, Kazuki-sama ? demanda-t-il.
- Non, je veux juste savoir ce que tu penses d'elle.
Shiranui sembla toujours méfiant. Il posa sa coupe et réfléchit un instant avant de finalement se lancer. De toute façon, il ne pouvait pas se dérober.
- Hime-sama est une femme forte et ingénieuse. Elle à l'esprit vif et fait preuve d'une volonté sans égal. Elle a la prestance d'une meneuse, conclut Shiranui.
Kazuki sourit, amusé. Shiranui était tout aussi rusé que sa réputation le disait. Il avait soigneusement évité de parler de sa relation avec Soren. Se pouvait-il qu'il ait quelque chose à se reprocher ? Avait-il peur d'une quelconque punition ?
- Ce n'est pas ce dont je voulais parler, précisa Kazuki. Que penses-tu d'elle... en tant que femme ?
Shiranui resta interdit. Que pouvait-il bien répondre à cela ? Soren était sans doute une femme merveilleuse en tout point. Mais elle restait hors de sa portée. Certes elle était resplendissante, avait un caractère parfois difficile, mais rien d'insurmontable, elle avait une attitude qui le charmait malgré lui... Toutefois il ne pouvait décemment pas dire cela au père de la dite jeune femme.
- Je ne comprends pas le but de cette question, fit Shiranui. Qu'importe ce que je peux penser d'elle, Kazama est tout désigné pour être son époux, répondit-il.
- Les nouvelles vont vite, à ce que je vois, soupira Kazuki. Ce que je cherche à savoir, Shiranui, c'est si elle accepterait cette union. Il est possible qu'elle soit entichée d'un autre, et tu es la personne qui lui est la plus proche.
- Je ne suis qu'un ami pour elle, le seul sans doute, elle ne m'a pas trop laissé le choix, soupira Shiranui.
- Les femmes trouvent toujours le moyen de nous mener par le bout du nez, n'est-ce pas ? sourit Kazuki.
- C'en est parfois déprimant, répondit Shiranui, dépité.
Kazuki se mit à rire, oubliant presque son inquisition. Shiranui avait évité tous les pièges, mais il avait tout de même avoué être l'ami de Soren. Restait à savoir si Soren ne voyait pas en lui plus qu'un simple ami. Il ne pouvait pas blâmer cet homme de tomber sous le charme de Soren, beaucoup l'avaient fait rien qu'en un regard. Lui, cela faisait des années qu'il la cotoyait quotidiennement.
- Penses-tu qu'elle acceptera Kazama Chikage ? s'enquit-il finalement.
- Si vous le souhaitez, je pourrais essayer de la convaincre, proposa Shiranui.
- Je te remercie, approuva Kazuki. Même s'il y a peu de chance...
Shiranui ne demanda pas pourquoi il semblait si défaitiste. Certes, Soren était une sacrée tête de mule, mais cela ne voulait pas dire qu'elle refuserait. Si toutefois Kazama Chikage savait se montrer intelligent avec elle... ce qui était peu probable. Ah ! Maintenant il comprenait pourquoi cet air dépité. Kazama ne verrait pas Soren pour la personne qu'elle était, mais seulement comme un objet de pouvoir... et de conception.
- Non, non, non et non !
Shiranui soupira. En effet, il y avait de quoi être dépité. La charmante princesse refusait la proposition de Kazama sans aucune forme de procès. Elle y était farouchement opposée, cela ne faisait aucun doute. Shiranui avait eu beau lui exposer les bons côtés, tous ses arguments, rien n'y avait fait. Cela n'avait provoqué qu'une chose : elle s'était braquée complètement ! Il n'y avait plus rien à faire.
- Je te laisse annoncer ton refus à ton père, soupira-t-il. Je tiens trop à ma tête pour m'y risquer, conclut-il.
- Shira-chan... pourquoi moi ? Pourquoi Kazama ? demanda-t-elle en se laissant tomber à côté de lui.
- Tu veux que je te le dise franchement, Soren-him... Soren ? se reprit-il devant son regard courroucé. Kazama Chikage est puissant et capable de te protéger et de diriger, c'est un meneur, comme toi.
- Cela ne fait pas de lui un être agréable ! rétorqua-t-elle.
- Et comment le sais-tu ? demanda-t-il, cachant sa surprise.
Lui le savait désagréable, mais elle, elle ne l'avait jamais rencontré. Et il ne se souvenait pas lui avoir parlé de son dégoût pour Kazama auparavant. Elle croisa les bras sur sa poitrine et s'appuya contre lui de sorte à ce que son dos repose contre son torse. Elle attrapa une mèche des cheveux de Shiranui et l'entortilla autour de ses doigts.
- Je l'ai rencontré... une fois... et son regard... il ne m'inspire pas confiance... juste haine et froideur, termina-t-elle en se blottissant contre lui. Pas comme toi, Shira-chan.
Il retint sa respiration. Ça, il ne l'avait pas vu venir. Ni ce qui suivit d'ailleurs. Sans qu'il n'ait eu le temps de se dérober, elle s'était redressée, avait passé ses bras autour de son cou, et était venu coller ses lèvres contre les siennes. Trop surpris pour réagir, il l'avait laissée faire. Avant de l'éloigner de lui. Il ne savait pas trop ce qu'il ressentait à l'instant. Trouble ? Certainement. Colère ? Un peu... Mais surtout, un frisson l'avait parcouru tout entier juste par ce seul contacte. Il sentait encore la chaleur, la tendresse de ses lèvres pulpeuses sur les siennes,
- Hime-sama... Vous ne devriez pas, se reprit-il.
Elle le fixait de ses yeux d'émeraude, le brûlant du feu de son regard. Pourquoi ne s'était-il rendu compte de rien ? Il n'aurait jamais dû accepter de devenir son ami, de se rapprocher d'elle. Au final, il n'allait réussir qu'à se brûler les ailes... et souffrir. Mais Soren semblait voir les choses autrement.
- Tu ne m'aimes pas... murmura-t-elle avant de se lever et de disparaître de sa vue pour aller s'enfermer dans sa chambre.
Elle qui avait si peur d'être enfermée, elle n'en avait cure. Ce qu'elle voulait, c'était ôter cette chose dans sa poitrine qui lui faisait si mal. Ah oui, c'est vrai, son coeur brisé !
Shiranui se laissa tomber dans l'herbe, un bras cachant ses yeux du soleil. Le destin l'avait bien piégé. Il avait fallu que sa protégée tombe amoureuse de lui, et que non content de cela, il ne soit pas indifférent lui non plus. Mais comment se sortir de ce mauvais pas ?
- Je ne peux rien faire... Je n'ai pas le droit de l'aimer...
Le ciel moqueur sembla lui renvoyer en pleine figure ce qui était l'exacte vérité, cette vérité qu'il essayait de nier, de cacher : "Et pourtant, tu l'aimes..."
- Je suis pitoyable... Et je n'ai rien vu venir... soupira-t-il.
Il se releva pour retourner faire son rapport au père de la jeune fille. Lassé de voir le ciel se moquer de lui. Il avoua son échec à convaincre la jeune femme d'accepter Kazama, ce qui ne surprit pas celui-ci. Au contraire, il sourit légèrement.
- Je me doutais bien qu'elle t'aimait, commença-t-il.
Shiranui releva la tête, surpris. Il se reprit immédiatement, tentant de cacher ses émotions. Peine perdu, le père avait tout compris. Et pourtant, il ne semblait pas lui en vouloir. Peut-être n'avait-il pas réussi à déchiffrer ses émotions après tout.
- Mais si tu sais ce qui est bien pour elle, tu ne dois pas l'encourager.
Shiranui avait ravalé sa douleur et acquiescé. Qu'est-ce qu'une souffrance de plus ? Il n'aurait qu'à se contrôler, jusqu'à ce qu'un autre prenne sa place aux côtés de Soren. Il pouvait le faire, n'est-ce pas ? Il aurait presque entendu le rire moqueur venir du plus profond de lui-même. Qui voulait-il tromper ?
- Tu l'aimes aussi, n'est-ce pas ? demanda-t-il avant d'ajouter devant son silence lourd de sens. Le sait-elle ?
Shiranui ne put que secouer la tête avant de se détourner pour partir. Kazuki ne le retint pas. Il avait la réponse qu'il cherchait. Il ferma les yeux. Quelque chose allait se produire, il le savait. Et le destin qui avait voulu que ces deux là s'aiment, ne l'avait pas fait au hasard. Alors pourquoi lui avait-il demandé de s'éloigner d'elle ? Il n'en savait rien... Il avait juste le pressentiment que c'était ce qu'il devait faire.
Quelques jours plus tard, Kazama Chikage se présenta devant Kazuki, demandant la main de Soren personnellement. Elle aurait refusé tout net, si son père ne lui avait pas fait promettre de réfléchir à sa proposition. C'est pourquoi, Kazama lui tenait compagnie, pour qu'il puisse la convaincre d'accepter. D'un côté, ça l'arrangeait, car elle ne croisait pas Shiranui. Elle ne supporterait pas de le voir pour le moment. D'un autre... elle mourait d'envie de fuir tout ça.
Elle parvint à faucher compagnie à Kazama en fin d'après midi, allant se réfugier dans les bois. Elle se retrouvait à présent seule, soulagée de ne plus avoir à supporter la présence de celui qui se croyait déjà avoir un quelconque droit sur elle. Rien que pour cela, elle le haïssait. Il était hautain, arrogant, la prenait de haut comme si elle n'était qu'une enfant qui ne comprenait rien. Ça la fatiguait.
Le soleil s'était couché quand Shiranui la retrouva dans la clairière. Il hésita tout d'abord à l'approcher, puis vint s'asseoir à côté d'elle. Il allait prendre la parole quand elle le devança.
- Je ne veux pas te parler, Shira-chan...
- Pourquoi te bornes-tu à refuser Kazama ? demanda-t-il tout de même.
- Peux-tu être à ce point cruel ?! s'écria-t-elle en tournant son visage ravagé de larmes vers lui. Tu me demandes de l'accepter alors que...
Elle se tue, attendant que Shiranui dise quelque chose, mais il se borna à rester silencieux. Cela eut le don de l'énerver plus encore, à tel point qu'elle le fit tomber dans l'herbe, lui bloquant les poignets au sol.
- Tu sais pertinemment pourquoi je ne peux pas le choisir, alors cesse de jouer celui qui ne comprends pas ! hurla-t-elle, tandis qu'une de ses larmes capricieuses décidait d'élire domicile sur la joue de Shiranui.
- C'est toi qui ne comprends pas ! répondit-il, sèchement. Tu es l'héritière, et je ne suis rien de comparable à lui. Oublie-moi...
- Je préférerais me tuer sur le champs plutôt que de me trahir, conclut-elle en sortant le poignard que Shiranui cachait dans sa botte pour se le coller contre la gorge. Mieux, je préfère mourir de ta main plutôt que de vivre privée de toi.
Les yeux de Shiranui s'écarquillèrent quand elle lui mit le poignard dans la main et l'appuya contre con coeur. Quand est-ce que tout cela avait dérapé ? Quand ? Il chercha à éloigner l'arme d'elle, mais elle ne le laissa pas faire, appuyant la pointe du poignard plus fort sur sa peau, entre ses seins.
Une goutte de sang commença à perler et coula le long de la lame alors qu'elle se penchait pour l'embrasser. Le sang et les larmes se mêlaient en un étrange mélange de désespoir et de mort. Shiranui, répondant à son baiser, en profita pour éloigner l'arme d'eux, la balançant à plusieurs mètres, dans un tronc d'arbre où elle se planta aisément. Il était bien trop tard à présent. Il caressa doucement sa joue en l'éloignant de lui. Il se redressa alors et lui fit face. Prenant une dernière inspiration, essayant d'être le plus convainquant, il prit ses mains dans les siennes.
- Tu ne devrais pas m'aimer, Soren, souffla-t-il doucement.
- L'amour ne se commande pas, répondit-elle en se détournant.
Elle se releva, consciente qu'il ne céderait pas. Elle rentra au château, allant s'enfermer dans sa chambre et ignorant royalement son prétendant qui l'attendait devant la porte. Si ce dernier ne comprenait pas le message, c'est qu'il était plus idiot et aveugle qu'elle le croyait. C'était apparemment le cas puisqu'il l'attrapa par le bras et la força à se tourner vers lui.
- Pourquoi me fuis-tu ? demanda-t-il en plongeant ses yeux carmins dans les siens.
- Je croyais que la réponse était évidente, rétorqua-t-elle en se défaisant de son emprise et en reculant d'un pas. Je ne vous aime pas, et je ne vous fais pas confiance.
- Cela peut venir avec le temps, fit-il de sa voix traînante avec ce sourire arrogant qui la mettait hors d'elle.
Elle le toisa avec autant de haine qu'il lui était possible d'éprouver. Le seul moyen de se débarrasser de lui était encore de lui dire la vérité, non ? Ou peut-être d'exagérer un petit peu les choses ? Non, elle ne pouvait pas faire cela. Shiranui lui en voudrait... son amour pour lui n'était pas réciproque... Après tout... ne serait-ce pas mieux pour tout le monde qu'elle accepte ce prétendant ?
- Mon coeur est en morceau, Kazama, et tu n'es pas celui qui peut le recoller, dit-elle simplement avant de rentrer dans sa chambre et de faire coulisser le shoji derrière elle.
Les larmes dévalant à présent librement ses joues, elle s'effondra sur son lit et s'épuisa à grand renforts de sanglots. Elle s'endormit au bout d'un long moment, son corps vidé de sa tristesse... jusqu'au jour suivant.
Quand le soleil entra dans sa chambre, elle se releva. Elle n'était pas vraiment reposée et n'avait pas non plus envie de quitter son lit. Tout ce qu'elle voulait, c'était qu'on l'oublie dans un coin, comme si elle n'existait pas. Malheureusement, ce n'était pas à elle d'en décider apparemment.
Kazama Chikage avait encore fait la demande de passer cette journée avec elle. Son père avait sans doute essayé de l'en dissuader un peu, du moins c'est ce qu'elle croyait. Elle fit coulisser le shoji et toisa l'importun avec son regard le plus noir possible.
- Je n'ai pas envie de passer du temps avec toi, lâcha-t-elle en tentant de refermer le shoji.
Kazama le bloqua de sa main et, pour une fois, n'avait pas son air hautain ni arrogant. Il semblait plutôt perdu. Il ne comprenait sans doute pas pourquoi elle le repoussait ainsi sans ménagement. Mais elle n'avait pas envie de s'expliquer, surtout pas à lui.
Quand elle essaya de nouveau de fermer le shoji, il résista de plus belle, provoquant une fissure dedans. La main de Kazama se referma sur son bras et la força à sortir de sa chambre, avant d'être retenu par quelqu'un. Cette personne lui fit lâcher prise, tordant brutalement le poignet du Oni blond.
- Hime-sama ne veut pas vous voir, Kazama Chikage, ne l'importunez pas, fit alors la voix de Shiranui, tenant le bras de Kazama en l'air.
- Shira-chan... souffla-t-elle, à la fois rassurée... et mal-à-l'aise.
Il allait lui parler quand elle décida de prendre la poudre d'escampette. Elle disparu si vite que les deux Onis en furent surpris. Kazama tourna de nouveau son regard sur Shiranui et sourit de façon mesquine.
- Oh, je vois, sourit-il sournoisement. On est amoureux de la petite princesse ?
- Je suis son protecteur, rien de plus, répondit-il en le lâchant. Et si vous voulez la convaincre, il faudra faire autre chose que la forcer à vous suivre, conclut-il en s'éloignant à son tour.
Kazama se mit à rire de façon mesquine. Il avait entendu des rumeurs quant à la relation ambiguë entre Soren et son gardien. Beaucoup d'entre elles disaient que ce dernier était amoureux d'elle, et le reste disait que c'était la princesse qui était tombée sous son charme.
- Alors c'est toi qu'elle aime, dit-il alors. Je me demande ce que dirais son père en sachant que tu t'es amouraché d'elle.
- Il n'aura rien à dire, puisque je ne tenterai rien.
Sur ces mots, Shiranui disparut. Kazama médita un instant les paroles du Oni avant de soupirer. Il ne doutait pas de la droiture de cet Oni, mais plutôt de la volonté de sa promise. Elle ne lâcherait sans doute pas l'affaire. Il avait bien deviné qu'elle l'aimait lui. Et apparemment, elle ne changerait jamais d'avis.
La nuit était tombée, elle avait passé sa journée dehors, à observer la nature en tentant de tout oublier. Elle entendit un bruit derrière elle et se retourna. Shiranui s'était adossé à un tronc d'arbre, veillant de nouveau sur elle. Les rayons de l'astre de la nuit venaient toucher son visage en une caresse langoureuse. Elle se détourna immédiatement, voulant repartir pour ne plus le voir.
- Soren... Je ne te repousse pas parce que je ne ressens rien... mais parce que je n'ai pas le droit d'être aimé de toi, intervint-il brusquement.
- C'est trop tard... je suis tombée amoureuse de toi le jour où tu es entré dans ma vie. Que tu le crois où non, c'était écrit, rétorqua-t-elle avant de s'éloigner. Et il n'y aura jamais personne d'autre que toi.
Il appuya sa tête contre l'arbre et soupira. Il était pris au piège de l'amour. Et il pourrait se débattre autant qu'il le voulait, ça ne servirait à rien. Malgré le fait qu'il ne veuille pas l'avouer, Kazama avait raison. Il ne pourrait pas la laisser partir avec un autre, il en mourrait. Il aimait Soren et ne pouvait plus faire machine arrière. Les dés étaient lancés, le destin en marche... il n'y avait plus rien à faire. C'était inutile de lutter. Alors à quoi bon ?
Il se redressa, quittant son appui pour se tourner vers la jeune femme qui s'éloignait de lui. Il était trop tard. Bien trop tard. Il était prisonnier de cette femme, de son regard hypnotique... de son amour inconditionnel.
- Soren ! s'exclama-t-il en se précipitant vers elle pour la serrer contre lui, amenant son dos contre son torse et plongeant son nez dans son cou que quelques mèches de cheveux venaient chatouiller.
Elle se retourna, ses cheveux volant dans le vent tel un drapeau de soie sombre, et le regarda, étonnée. C'était la première fois qu'il faisait un pas vers elle. Il lui avait toujours semblé indifférent, à la repousser constamment, et pourtant...
- Soren... je vais cesser de résister. Mon coeur fait écho au tien... avoua-t-il. Je sais que c'est mal, que c'est interdit. Mais je n'en peux plus.
Les larmes aux yeux, elle se serra contre lui, crochant ses bras autour de son cou tout en venant savourer ses lèvres. Cette fois, il répondit à cette étreinte, en fut même l'initiateur. Il la serrait contre lui, savourant la douceur de sa peau, son odeur, le goût de ses lèvres, la soie de ses cheveux...
Quand il s'écartèrent légèrement l'un de l'autre, leurs regards s'accrochèrent. Les mots étaient inutiles, ils se comprenaient et savaient ce qu'ils voulaient. Ils étaient prêts à braver les interdits, et à s'enfuir tous les deux. Mais une chose était sûre, ils resteraient ensemble.
Lentement, Shiranui se pencha vers elle, respirant l'odeur de son cou avant de mordre, laissant le sang de Soren s'écouler dans sa gorge. Elle gémit un instant avant de lui rendre la pareille. La douleur n'existait pas. Ils ne ressentaient rien d'autre que l'amour de l'autre... et un lien éternel, impossible à briser, dont seule la lune fut témoin.
