Tout d'abord, merci à tous d'avoir suivi cette fiction jusqu'ici. Je sais que je n'ai pas publié assez régulièrement et j'en suis désolée. Toutefois, on arrive à la fin de cette aventure. Rassurez-vous, il y aura bien un épilogue pour conclure cette histoire.
Merci pour vos commentaires jusqu'ici et j'espère que ce chapitre vous satisfera. Bonne Lecture à toutes et à tous !
Chapitre 21
Les prémisses d'un nouveau commencement
Soren observait la scène, consciente que peu importe ce qui allait se passer, les conséquences seraient sûrement dramatiques. Restait à savoir à quel point. Devant elle se tenaient l'homme responsable de la mort de tous ses proches : sa mère, son père… sa sœur… Hanabi. Elle avait été si douce, si gentille. Son cœur saignait et réclamait vengeance. Pourtant, une partie de ce même cœur voulait fuir loin, très loin, avec Kyô.
A côté d'elle se trouvaient Amagiri et Kazama. Tous deux l'avaient épaulée et acceptée en tant que reine. Elle se sentait honteuse de vouloir fuir et de trahir les espoirs fondés en elle. Cependant, elle ne se sentait pas l'âme d'une dirigeante. Elle était certaine que si elle venait à disparaître, Kazama serait parfait pour prendre sa place à la tête des Onis. Elle comprenait à présent ce que son père avait vu en lui. Il avait l'âme d'un meneur. Mais elle… elle était amoureuse et incapable de reléguer cet amour au second plan. Elle choisirait toujours Kyô avant le devoir.
Elle reporta son regard sur Kyô. Il semblait tiraillé. Cette décision qu'il devait à présent prendre était cruelle, et elle s'en voulait de l'avoir amené dans cette situation. Elle aurait aimé tout effacer, retourner dans le passé pour changer le cours de l'histoire. Choisir à nouveau, et cette fois, faire les bons choix. Mais y avait-il de « bons » choix en vérité ? Elle n'en était pas si sûre.
Kazama restait de marbre, ses yeux carmins fixés sur la tête du clan Shiranui avec une colère qu'elle ne comprenait pas vraiment. Il y avait… une haine incroyable dans son regard qui ne pouvait pas être causée sans raison. Amagiri, quant à lui, avait les bras croisés sur sa poitrine, regardant la scène avec un air suffisamment détaché quoi qu'un soupçon de curiosité transparût dans son regard de glace.
Soren chercha le regard de Kyô. Ce dernier fixait son père avec des yeux ambrés de colère. Son revolver pointé sur ce dernier, le doigt caressant la gâchette sans pour autant oser appuyer. Elle ne voulait pas intervenir. Elle n'en avait plus le droit. Elle avait proposé une échappatoire. C'était maintenant à lui de faire son choix. Elle pouvait imaginer le fil de ses pensées à sa posture rigide et tendue à craquer.
- Par simple curiosité, dit-il en baissant légèrement son arme. Si je choisissais de partir avec Soren loin d'ici en vous laissant la vie… que feriez-vous ?
Le sourire qui se dessina sur les lèvres de sa cible fit froid dans le dos à Soren qui dut réprimer un frisson d'angoisse. Kazama fit un pas de côté, se rapprochant immédiatement d'elle tout en se plaçant en rempart contre une quelconque attaque susceptible de se produire. Amagiri, lui, décroisa les bras et se teint prêt à bondir.
- Tant qu'elle vivra, elle sera un obstacle. Je n'aurais de cesse que de la faire disparaître définitivement, cracha-t-il.
- Alors l'issue de ce dilemme est toute décidée, conclut Shiranui en fermant les yeux avant de reprendre son aplomb habituel. Je ne vous laisserai jamais la tuer et je ne veux pas passer le restant de ma vie à regarder par-dessus mon épaule.
Il pointa de nouveau son arme sur sa cible. Soren aurait voulu l'arrêter, mais il avait raison. Tant que cet homme vivrait, ils ne pourraient avoir une vie tranquille. Ce n'est qu'à ce moment qu'elle comprit l'étendue de sa dévotion envers elle. Kyô était prêt à tout sacrifier pour elle. Comme jadis elle aurait quitté son clan pour lui, il choisissait de détruire son propre père pour éradiquer la menace qui pesait sur elle.
Elle ne ferma pas les yeux quand le coup retentit. C'était sa façon à elle de montrer son respect pour lui. De montrer qu'elle acceptait pleinement son choix et qu'elle en portait, elle aussi, la responsabilité. Son ennemi, celui qui avait ruiné sa vie, s'effondra dans une mare de sang. La balle en argent avait explosé son crâne. Une blessure fatale.
Kyô se tourna ensuite vers elle, le visage grave. Puis, avec une lenteur insoutenable, il lui tendit la main. Elle n'eut même pas à réfléchir, posant sa main dans la sienne. Il referma ses doigts sur les siens comme pour se rassurer de sa présence. Son regard se ficha dans le sien et ne s'en détacha que lorsque Kazama se racla la gorge.
- Bien… notre mission est fini, commença-t-il. Pouvons-nous nous retirer ?
- Merci de votre aide à tous deux, déclara Soren en inclinant la tête. Je vous suis reconnaissante au plus haut point.
Amagiri inclina la tête avant de s'en aller. Kazama demeura cependant sur place. Kyô l'observait avec méfiance, ses yeux suivant ses moindres gestes tandis qu'il passait son bras autour de sa compagne en un geste possessif qui n'échappa à personne. Kazama se contenta de sourire.
- Je dois avouer que je ne pensais pas que tu sois capable d'un tel cran, Shiranui. Tuer ton propre père, je pensais que ce serait au-dessus de tes forces, indiqua-t-il en jetant un coup d'œil au cadavre. Tu as gagné mon respect… et ma gratitude.
- Tu semblais le haïr autant que moi, souffla Soren en cherchant dans son regard la réponse à ce mystère.
Kazama eut un sourire sans joie. C'était cependant le premier sourire qu'elle jugea sincère depuis qu'elle le connaissait. Kazama avait-il perdu quelque chose de précieux à cause de cet homme… ou quelqu'un ? Elle le vit soupirer et dut se retenir de le questionner plus encore. Elle n'en eut toutefois pas besoin.
- S'il n'avait pas éradiqué ton clan, avoua-t-il, Hanabi et moi nous serions mariés. Tu ne t'es jamais demandé pourquoi je tentais tant de t'enlever ?
- Je ressemble à ma sœur… comprit Soren. Alors c'est pour elle…
Tout semblait se mettre en place dans son esprit. Même après qu'elle l'ait publiquement repoussé, Kazama n'était pas parti. Mais il ne l'avait plus importuné. Passait-il tout son temps avec Hanabi à ce moment ? Et le seul moyen de revoir un tant soit peu la femme qu'il aimait était à travers elle. Il avait tenté de retrouver la femme qu'il aimait en elle en se voilant la face. Mais elle n'était pas Hanabi et il avait fini par l'accepter. Elle se sentit submergée par la tristesse et s'avança doucement vers Kazama sous le regard prudent de Kyô.
- Je savais qu'elle t'admirait. Même si je ne comprenais pas pourquoi. Maintenant je sais. Elle a su voir l'homme derrière le masque. Ce que je n'ai jamais su faire, murmura-t-elle en lui prenant la main. J'aurais cependant appris à te connaître et aurait été heureuse de t'appeler mon frère.
- Ce ne sera jamais, cependant, déplora-t-il. Mais je vous souhaite tout le bonheur que nous n'avons jamais pu avoir. Veille sur elle et ne la laisse plus t'échapper, plus jamais, conclut-il en fixant Kyô avant de s'incliner et de disparaître.
- C'est une promesse que je n'aurais aucun mal à tenir, murmura-t-il.
Ses yeux se posèrent sur sa compagne dont le visage s'illumina. Elle crocheta ses bras autour de son cou et prit possession de ses lèvres. Il referma ses bras autour d'elle et savoura cette étreinte qui marquait le début d'une nouvelle vie pour lui… et pour elle. Restait à savoir quel chemin ils décideraient de prendre.
Dans le soleil qui se levait, Kazama fixait du regard le pendentif que lui avais confié Hanabi lors de leur dernier échange. Elle l'avait fabriqué pour lui, un porte-bonheur, avait-elle dit quand il l'avait regardé avec incrédulité.
- Il te protégera, avait-elle dit avec un sourire timide.
- Mon katana s'en chargera très bien, avait-il répliqué en le lui rendant.
Elle lui avait refermé la main dessus avant de la repousser vers son torse, le regard cette fois sérieux et la ride entre ses sourcils annonçant qu'elle serait intraitable à ce sujet. Il avait trouvé la chose tellement absurde, lui qui avait l'habitude de donner les ordres en étant certain qu'ils seraient suivis. Elle avait à ce moment réduit son charisme en charpie et fait de lui son pantin.
- Je serais offensée si tu refusais cette offrande, avait-elle alors assuré.
Alors il avait pris sur lui et passé l'amulette autour de son coup avant de la cacher sous son hakama. Elle était alors redevenue la jeune femme souriante et aimable qu'il avait appris à connaître. Deux facettes qu'il avait appris à connaître en si peu de temps. Loin d'être une femme soumise et agréable, elle avait un caractère plus affirmé qu'on le croyait.
Il avait fait en sorte de passer tout le temps qu'il pouvait auprès d'elle, espérant un jour pouvoir lui proposer le mariage sans paraître se rabattre sur une deuxième option. Il avait peut-être pensé qu'elle n'était pas aussi intéressante que sa sœur, mais c'était avant de la connaître. Plus il avait discuté avec elle, plus il avait compris qu'elle était bien plus intrigante qu'au premier abord.
- Soren ne veut pas diriger le clan, avait-elle un jour confié alors qu'ils se baladaient dans les bois.
- Et pourquoi ne veut-elle pas ? avait-il demandé, intrigué.
- Elle n'a jamais voulu. Tous attendent tant d'elle alors qu'elle ne rêve que de liberté, avait-elle expliqué.
Il était vrai que, dès l'enfance de Soren, le bruit avait couru qu'elle serait l'héritière, et non sa sœur aînée. Une décision prise, sûrement suite à son enlèvement. C'était à ce moment-là qu'elle avait été révélée comme plus importante. Kazama n'avait alors pas pu s'empêcher de penser que, si Hanabi avait été enlevée, Soren n'aurait jamais été désignée comme héritière.
En sommes, tout tenait au fait que quelqu'un avait décrété que c'était Soren qu'il fallait enlever, et non Hanabi. Là encore, il ne comprenait que maintenant pourquoi elle avait été le choix le plus logique : étant la cadette, elle n'était pas censée avoir autant d'importance qu'Hanabi, et donc, plus aisée à enlever.
- Tu serais fière d'elle, Hanabi, souffla-t-il au vent. Soren a grandi et est devenue plus mature. Elle ne fuira plus ses devoirs et… elle aura toujours cet imbécile à ses côtés. Il n'y a aucun doute que jamais il ne laissera quoique ce soit lui arriver. Tu peux maintenant reposer en paix, ma si adorable fleur de feu…
Sa voix se fit murmure alors qu'il portait l'amulette à ses lèvres et l'embrassait, comme on donnait un baiser d'adieu. Puis, sans se donner le temps de trop réfléchir, il l'envoya au loin dans l'étendue bleutée de la mer. Il était temps pour lui de la laisser partir et de reprendre sa route là où elle s'était arrêtée, des années auparavant. Hanabi devait être libérée et elle ne pouvait l'être s'il se raccrochait à elle comme un noyé.
- Adieu…
Il regarda encore un instant l'endroit où l'amulette s'était enfoncée dans la mer avant de sourire. Il se sentait plus tranquille, l'esprit enfin apaisé après tout ce temps. Il devait à présent reprendre son clan en main et assurer son soutien à Soren. Elle serait une reine magnifique. Elle était lucide et ingénieuse, capable de porter un œil nouveau. Une visionnaire dans un monde en plein changement.
- Tu penses que Soren va assumer son statut de reine ? demanda doucement Sen en posant sa joue sur son pectoral encore recouvert de sueur.
Il resta un long moment silencieux, méditant sa demande et cherchant la réponse dans son esprit encore un peu embrumé de toute cette passion si minutieusement assouvie durant les dernières heures. La politique n'était pas sa préoccupation première. Il n'était après tout à la tête d'aucun clan, lui qui cherchait encore sa place. Fils d'un oni et d'une humaine, il avait souvent pensé qu'il ne trouverait jamais sa place, cet endroit qu'il pourrait enfin considérer comme sa maison.
Jusqu'à ce qu'il la rencontre, elle. Sen n'en avait rien à faire de son statut ni de la pureté de son sang. Elle se fichait bien qu'il ne soit pas issu d'un clan prestigieux, elle qui dirigeait déjà un clan ancien et noble. Elle était une princesse parmi les siens, et pourtant… Elle était là, avec lui. Elle l'acceptait comme il était, sans chercher à le changer, ni à se voiler la face. Elle ne ressentait aucune honte d'être à son bras. C'était un sentiment rassurant, cette sensation de finalement se sentir voulu, chez soi.
- Je ne sais pas, répondit-il en caressant son épaule. Je pense qu'elle aurait aimé fuir, disparaître avec Shiranui et son fils pour vivre en paix.
Il connaissait ce sentiment fort bien. Après tout ce temps qu'il avait passé à marauder, passant à travers les choses de la vie sans réussir à vivre vraiment. Il y était habitué. Tellement habitué, qu'il avait ressenti le besoin de fuir quand Sen était entrée dans sa vie, chamboulant tout sur son passage. C'était tellement plus simple de fuir et de se cantonner à ce que l'on connaît, ce que l'on contrôle parfaitement.
Soren avait vécu des choses horribles et il était bien normal qu'elle veuille à présent une vie simple, emplie d'amour et de liberté, loin de la guerre, les conflits, la duplicité… Toutefois, elle semblait être plus déterminée. Elle tirait sa force de Shiranui, se sentant peut-être capable de tout affronter tant qu'il était avec elle. Les meilleurs dirigeants n'étaient pas ceux avides de pouvoir, mais ceux sur qui le devoir tombait sans leur demander leur avis. Elle serait suffisamment sage pour éviter la corruption et diriger pour son peuple et non pas pour les bénéfices que ça lui rapporterait.
- Mais elle ne le fera pas, comprit Sen en se redressant sur ses coudes.
- Je ne pense pas, répondit-il en passant ses mains derrière sa tête tout en fixant le plafond. Je pense qu'elle a compris qu'elle ne peut pas fuir indéfiniment la charge qui l'incombe de par sa naissance.
- J'ai un moment pensé qu'elle laisserait les raines à Kazama, souffla-t-elle en reposant sa joue sur son pectoral, dessinant quelques arabesques sur la peau de son abdomen du bout du doigt.
A vrai dire, il était certain qu'elle l'aurait fait, si ce dernier ne lui avait pas avoué ses sentiments pour sa sœur. C'était la mention de cette personne qui comptait tant pour elle qui l'avait sûrement motivée à prendre en main son destin : pour une sœur qui croyait en elle et qui l'aimait suffisamment pour l'encourager à faire ses propres choix. Cette fois, elle faisait le choix d'affronter tête haute son destin, non pas parce qu'on le lui demandait, qu'on l'attendait d'elle, mais parce qu'elle le voulait, pour elle et en mémoire de cette sœur qui avait tant fait pour elle.
Sen le sortit de ses pensées en réquisitionnant ses lèvres. Elle estimait qu'il s'était assez perdu dans ses réflexions pour les heures à venir. Un chapitre venait de se terminer et un autre commençait. Mais pour le moment, elle ne voulait pas penser à la politique et à ce qui allait se jouer dans le futur. Elle voulait profiter de l'instant présent avec cet homme qui l'avait totalement séduite sans même le vouloir.
- Le futur s'annonce lumineux, Kyuujiyu, murmura-t-elle contre ses lèvres. Ne fuis pas, le supplia-t-elle en plongeant son regard dans le sien.
- Jamais, répondit-il en réclamant ses lèvres avec impatience. Si tu veux de moi, je te suivrais jusqu'à la fin des temps.
- L'éternité à tes côtés… c'est une promesse. Alors, Amagiri Kyuujiyu, tu n'as pas intérêt à revenir sur ta parole, susurra-t-elle en mordillant la peau de son cou.
Revenir sur sa parole ?! Il eut fallu qu'il soit complètement fou. Cette femme était ce qui lui était arrivé de mieux dans toute sa vie. Il n'allait pas la laisser lui échapper aussi facilement. Pas après qu'il se soit habitué à la chaleur de sa peau et la douceur de ses lèvres. Pas maintenant qu'il était enfin chez lui.
La première chose que fit Soren après avoir quitté l'endroit marqué par tant de morts fut de réclamer les bras de Kyô. Elle avait été si longtemps affamé de son touché qu'elle n'était pas prête de le laisser s'éloigner d'elle. Ce qui ne semblait pas lui déplaire puisqu'il réclama ses lèvres en la plaquant contre le tronc d'un arbre, sa langue ravageant sa bouche comme s'il s'était agi d'une drogue pour lui.
Il se fichait bien de l'endroit où ils étaient, il avait besoin de sa peau, de sa chaleur contre lui, et peu importe qu'ils soient en pleine forêt, à quelques mètres d'un fort qui crépitait sous les flammes, derniers vestiges de son passé à présent révolu. Son futur, c'était dans les bras de cette femme. Cette femme qui était prête à tout abandonner une fois de plus pour lui. Cette femme qui à présent en avait assez de fuir et comptait bien prendre en main sa destinée.
- Cette fois, nous serons heureux, murmura-t-il en caressant ses joues et en posant son front contre le sien. Plus de mort et de complot.
- Tu oublies les responsabilités et le panier de crabes que ne manquera pas d'être cette vie de politique, lui rappela-t-elle en plongeant son regard dans le sien.
- Eh bien… c'est une épreuve que nous affronterons ensemble, conclut-il en l'embrassant tendrement. Et rien ni personne ne viendra mettre en danger notre famille, promit-il solennellement.
- Notre famille ? releva-t-elle avec un sourire qui le fit presque grogner de désir.
- Oui, notre famille, assura-t-il. Toi, moi, Isami et deux ou trois autres enfants si le cœur t'en dit.
- Je ne pourrais pas demander mieux.
C'est sur ces dernières paroles qu'elle reprit possession de ses lèvres, glissant ses mains sous ses vêtements pour l'en débarrasser aussi vite qu'elle le pouvait. Il y avait un temps pour chaque chose. Le moment n'était plus à la parole, mais à l'action et il était évident que leurs corps parleraient très bien pour eux sans avoir besoin de mots.
Dans les lumières colorées de l'aube qui se levait, leurs corps ne faisaient qu'un, luisant de sueur et de passion. Soren, à cheval sur les hanches de son compagnon, était l'image même de la sensualité, frissonnant sous les mains habiles de Kyô qui glissaient sur sa peau pour venir imposer la cadence de ses hanches. Ses lèvres trouvèrent le creux de son cou et commencèrent à mordiller sa peau, l'aspirant entre ses lèvres, douce torture contre laquelle elle ne se rebellerait sûrement jamais.
Puis, il captura sa bouche, aspirant les cris qui s'en échappaient alors que l'extase la plus totale les envahissait. Épuisée et repue, elle se laissa aller contre lui, enfouissant son visage dans son cou tout en reprenant lentement ses esprits.
Il s'était passé tant de choses depuis son choix de se lier à lui. La perte de sa mémoire, la rencontre avec le Shinsengumi dont les capitaines étaient très vite devenus ses amis malgré les suspicions dont elle avait fait l'objet au tout début. Son amour pour Sôji, terrassé trop tôt, et ce sentiment d'appartenir à une famille avec eux. De tout cela ne restait plus grand-chose. Saitô, l'homme qui avait été pour elle un confident et une figure de grand-fère, était mort. Avec honneur, certes, mais l'honneur, ça ne soignait pas la douleur émotionnelle de son départ.
De tous ces formidables guerriers ne restait plus que Sanosuke. Il était heureux qu'il ait choisi cette autre voix et de faire sa vie avec Chizuru. Elle ne pouvait qu'espérer que ce problème avec Kodo et les rasetsu était enfin réglé, et que l'issu n'était pas trop tragique.
- Tu sembles hors de portée, souffla Kyô en caressant sa joue.
- Je repensais à tout ce qui s'était passé durant ces cinq dernières années, murmura-t-elle finalement en embrassant sa paume.
- Tu as des regrets ? s'enquit-il en renvoyant une mèche de ses cheveux hors de son visage pour mieux le contempler.
- Quelques-uns… Je regrette de ne pas avoir dit à ces hommes qui m'ont protégée et acceptée parmi eux à quel point ils m'étaient chers. Et plus que tout, je regrette de ne pas avoir pu fuir avec toi comme nous l'avions prévu, conclut-elle en plongeant dans ses prunelles.
Kyô resta un moment silencieux, méditant la réponse de Soren avec la plus grande attention. Survivre avait été pour elle un défi, un défi qu'elle avait remporté grâce au soutien du Shinsengumi. S'il avait un regret, c'est de ne pas avoir pu être là plus tôt pour l'aider, de na pas avoir pu la retrouver à temps.
- Tu devrais honorer leur mémoire. Tes pas t'ont conduite vers eux à un moment où je n'ai pas pu te protéger. Mais tu ne dois pas le regretter. Grâce à ces événements, tu as rencontré des personnes formidables… et tu as un fils qui n'attend que ton retour.
- Un fils qui n'est pas le tien… souffla-t-elle. Une part de moi a le sentiment de t'avoir trahi en t'oubliant et en se donnant à un autre…
La culpabilité, il la sentait irradier de tout son être. Pourtant, il ne lui en voulait pas. Pas un seul instant. Comment lui en vouloir alors que lui-même n'avait pas été là. Alors qu'il ne l'avait pas retrouvée et, pire, qu'il n'avait pas voulu la retrouver. Il était après tout un pion dans ce complot qui avait coûté la vie à son clan. Si quelqu'un devait endosser le poids de la culpabilité, ce n'était pas elle, mais lui. Toutefois, il la connaissait suffisamment pour savoir qu'elle n'accepterait pas sa vision des choses tout de suite.
- Soren… laisse cette culpabilité partir. Ton fils n'a pas connu son père, mais je suis prêt à l'aimer comme tel. Je l'accepte parce qu'il est de toi, comment ne pourrais-je pas l'aimer ?
Les larmes qui jaillirent à cet instant n'annoncèrent aucune tristesse, mais un soulagement et une joie qu'elle n'avait jusqu'alors pas espéré. Au plus profond d'elle, elle avait crain cette discussion, s'était demandé ce qu'elle aurait pu faire si Kyô n'acceptait pas Isami. Mais il l'acceptait, sans condition, sans même la moindre trace de rancune.
- Après tout, sans moi il ne serait jamais venu au monde, lui sourit-il tendrement en essuyant ses larmes. Ce qui fait de moi son père, d'une certaine manière.
Le sourire qu'elle lui offrit fut son plus beau cadeau pour remercier ses efforts. Il ne prendrait jamais la place d'Okita, il ne le souhaitait pas. Il était presque évident qu'Isami voudrait connaître ses origines et ni lui ni Soren ne lui mentirait jamais à ce sujet. Mais à défaut d'être son géniteur, il serait le père dont il aurait besoin.
Fin du Vingt-et-Unième Chapitre
