Chapitre 9 : Liée
La kunoichi ouvrit difficilement les yeux. Un mal de tête inhumain la tenaillait et elle avait faim, très faim. Que s'était-il passé ? Un brusque et désagréable souvenir lui revint brusquement et elle observa les alentours. Elle était morte ? C'était ça, le paradis ? Une pièce moche avec un lit simple ? Peut-être qu'elle était en enfer, alors. Elle passa ses doigts dans ses cheveux bouffis et tenta de les remettre un peu en place, mais ils s'accrochèrent à un objet qui n'aurait pas dut être là. Folle de peur, elle ôta sa main de ses cheveux rosés et l'observa. Elle faillit mourir en voyant ce qui l'avait empêchée de se coiffer convenablement.
A un de ses doigts était placée une bague d'un métal pâle et froid, d'une dureté effrayante et porteuse d'une pierre précieuse rose scintillante de mille feux. Sur cette même pierre, le kanji « fleur de cerisier » avait été gravé par un artiste extrêmement talentueux. Mais le pire, c'était qu'il était impossible d'ôter cette bague. Impossible. Comment cela se pouvait-il ? Pourquoi avait-elle une bague pareille ? Elle tenta de la détruire grâce à une décharge de chakra, mais en vain.
Elle se leva et tenta d'ouvrir la porte, mais celle-ci était fermée à clé. Elle voulut l'ouvrir, mais encore une fois c'était impossible.
- OUVREZ – MOI ! Cria-t-elle fortement.
En à peine quelques minutes de cris intensifs, une clé ouvrit la porte et elle se retrouva face-à-face à l'impassible femme aux cheveux bleus. Celle-ci entra et referma la porte immédiatement. Au plus grand étonnement de la kunoichi de Konoha, la jeune femme lui fit un sourire désolé. C'était un sourire triste, empreint d'une vérité impensable.
- Bienvenue, Haruno Sakura. Je me nomme Konan.
- Pourquoi… bienvenue… ? Non ! Je veux partir ! s'exclama-t-elle vivement, complètement déboussolée.
- Je suis désolée… c'est trop tard, maintenant. Celle bague que tu portes désormais te sera liée à vie et te lie en même temps à notre organisation. Je suis vraiment désolé, mais fait tout ton possible. C'était ça ou… ta mort.
- Je veux mourir !
- Je crains que ce soit impossible pour le moment, Sakura.
- … Pourquoi ? murmura-t-elle.
- C'est ton destin.
- … non, je ne veux pas… je ne veux pas faire de mal à ses amis…
- Je ne veux pas faire la guerre et j'aime un homme que je ne devrai pas aimer. Pourtant, je n'ai pas eu le choix, Sakura.
Prise d'un violent désespoir et complètement prise au dépourvu, la jeune Sakura se jeta dans les bras de l'unique femme d'Akatsuki. Elle pleura pendant de longues minutes, murmurant de temps en temps à autres de faibles « pourquoi » qui demeurèrent sans réponse. A sa grande surprise, elle trouva en Konan une jeune femme très empathique, ce qui ne ressemblait en rien à l'image qu'elle se donnait. Elle crut même voir une larme couler des yeux de celle-ci. Jamais elle n'aurait imaginé, elle, petite fille naïve, que certaines personnes ne pouvaient pas choisir leur destinée.
- Moi aussi… mon amour est impossible… mais je ne sais plus où j'en suis… murmura Sakura.
- Fais-toi confiance, mais je te conseille de l'oublier. Les shinobis ne doivent pas aimer, et encore moins les criminels.
- Moi qui croyais que la vie était un cadeau du ciel… soupira-t-elle.
- Peut-être pour certains…
La douce Konan se détacha de l'étreinte de Sakura et lui fit un faible souvenir.
- Pourquoi vouliez-vous mes services ? commença-t-elle sérieusement.
- Ça a commencé avec des besoins pressants en matière de médecine, mais ensuite Pein a trouvé quelque chose d'encore mieux à ton sujet. Malheureusement, je n'en sais pas plus…
- Pein ?
- Le chef.
- Oh…
- Mais nous allons avoir une réunion dans quelques minutes, je suis venue pour te demander de te préparer. Je sais que c'est difficile mais… tu devras vêtir la tenue officielle.
En parlant, elle pointa du lit une cape soigneusement pliée sur le bout du lit. Elle était comme toutes les autres, noirs avec des nuages rouges bordés de blanc. Sakura baissa les yeux, le cœur serré, mais s'avança et se décida à la porter. Elle lui allait très bien et semblait avoir été faite sur mesure, mais elle ne put s'empêcher d'avoir un frisson d'horreur. Que faisait-elle ? Trahissait-elle Naruto, en ce moment ? Mais elle se consola en se disant qu'elle n'y pouvait rien. Voyant son profond désespoir, Konan tendit un chapeau de paille à la kunoichi de Konoha, un léger sourire triste sur les lèvres.
- Aller, mets ce chapeau et tiens moi la main, je vais t'y guider.
Sakura prit tristement la main de la jeune femme et la suivit. Les couloirs étaient longs et inhospitaliers, la température, elle, y était glaciale. Au bout de longues minutes de marche, elles arrivèrent devant une porte en métal. Konan fit quelques signes et elle s'ouvrit comme par magie. A l'intérieur, on pouvait apercevoir une immense grotte où trônaient plusieurs plateformes de pierre. La kunoichi déglutit en voyant qu'elles arrivaient en dernier. En effet, tous les membres y étaient déjà. Certains étaient vraiment là, d'autres n'y étaient que grâce à leur esprit. Konan guida Sakura vers un rocher et se plaça à côté d'elle.
- Vous êtes en retard, remarqua sèchement Pein.
- Désolé, s'excusa Konan, je vous présente Haruno Sakura, c'est un ninja médecin aux capacités impressionnantes.
- Hi, hi, hi ! Une jeune kunoichi de Konoha ? rigola bêtement un homme portant un masque orangé.
Konan lui fit un regard glacial et poursuivit.
- Elle vient tout juste d'arriver mais a guéri Deidara en 24 heures seulement, c'est quelque chose que même l'Hokage de Konoha n'aurait pas pu faire.
Un sifflement admiratif parcourut l'assemblée tandis que Sakura se figea, abasourdie. Elle était meilleure que son sensei ?
- Ha, ha, ha ! Deidara-sempai ! Ça fait plaisir de vous revoir ! s'exclama à nouveau l'homme masqué.
- Hum… marmonna-t-il, énervé.
- Du calme, Tobi, Deidara ! les coupa le chef.
- Elle pourrait bien enlever son chapeau, qu'on la voit ? poursuivit bêtement le dénommé Tobi.
- Très bien, c'est accordé, fit Pein, légèrement insulté d'être coupé à nouveau, enlève ton chapeau, Sakura.
Sakura, tremblante, posa difficilement ses mains sur son chapeau. Un sourire encourageant de la part de Konan l'aida, et, d'un geste sec, elle captura le chapeau de ses doigts et le tira, dévoilant son visage aux yeux de tous. Ses cheveux avaient poussés de quelques centimètres depuis sa capture, lui donnant une allure plus féminine. Sous la lumière des torches, ses yeux brillaient de mille feux et elle était plus belle que jamais, mais retint difficilement la larme qui souhaite s'évader de ses yeux.
- Bien, alors les nouvelles du jour, commença sérieusement Pein.
- Du mois plutôt, non ? le nargua un homme aux cheveux blancs comme la neige.
- C'est moi qui parle, ici, Hidan, le coupa sèchement Pein, alors comme je disais, nous avons aujourd'hui la confirmation du décès d'Hoshigaki Kisame, il semblerait qu'il est décidé de baisser sa garde face à Kyuubi…
- Quel idiot ! rigola Tobi.
- Voulez-vous bien vous taire ? Alors comme je disais, il est mort et Zetsu est allé récupérer Samehada et la bague dans les hôpitaux de Konoha qui avaient trouvé le corps. Sinon, j'ai quelques missions de routine à distribuer. Des volontaires ?
Tobi se lit à sautiller comme un gamin, les bras dans les airs.
- Tobi veut ! Tobi veut !
- Personne d'autre… ? soupira-t-il.
- Dites toujours c'est quoi, proposa un homme étrange aux yeux injectés de sang, moi, si ça rapporte de l'argent, je veux bien…
- Bien, il s'agit d'une mission de patrouille sur les frontières de Konoha, c'est assez expliqué ?
- Mouais… laissez tomber, soupira-t-il.
- Moi ça ne me dérange pas, je n'ai pas de mission en cours, proposa Itachi.
- Parfait, ça me va.
- Hé ! Tobi la veut !
Tobi soupira tristement et stoppa ses sauts incessants, au grand bonheur des membres de l'organisation.
- Tu auras la nouvelle avec toi, surveille-là bien, spécifia le chef, et puis étant donné que Kisame n'est plus, ça te fera de la compagnie.
Il acquiesça tandis que Sakura tremblait de tous ses membres. Les frontières de Konoha ! Sa ville natale ! Il ne manquerait plus qu'elle croise ses amis ! Mais, contre toute attente, un kunai fendit l'air et fonça en direction de la nouvelle recrue. Celle-ci, sous le choc, ne réagit pas à temps et le métal dur du kunai raya brutalement son bandeau de shinobi.
- Ici, tu es nuke-nin, petite, car Tobi n'aime pas Konoha, rigola innocemment l'homme masqué.
Sous le choc, elle passa ses doigts sur son bandeau et se figea en sentant le trait qui rayait à présent l'insigne de Konoha. Il était vraiment étrange, ce Tobi ! On aurait dit qu'il ne savait pas faire la différence entre ce qui était drôle et ce qui ne l'était pas. Nuke-nin… un déserteur… elle…
- Suffit, Tobi, le réprimanda durement l'homme aux cheveux dorés que Sakura avait soigné.
Il semblait profondément choqué par le geste de son coéquipier. Et puis, plus que tout, il semblait partager les peines de Sakura. Celle-ci pensa immédiatement qu'il avait probablement été forcé, lui aussi.
- C'est mal, Deidara-sama ? Pourtant, je trouve son bandeau beaucoup mieux comme ça, moi…
- Toi peut-être, mais elle non.
- Ah bon ? Tu préférais ton ancien bandeau, Sakura-chan ?
Sakura ne répondit pas, bouleversée. Deidara la défendait ?
- Hé ho ? Petite fille ? Tu ne sais pas parler ? Tobi aime parler, pourtant…
- Elle sait parler, répliqua froidement Konan, seulement… je ne sais pas si elle a envie de dialoguer avec un être comme toi… Tobi.
- Ouiiiinnn ! pleura soudainement Tobi, Sakura-chan ! Tobi t'aime ! Cette Konan elle est méchante, chef ! Tobi ne comprend pas pourquoi elle est si haut placée dans l'organisation ! Chef, sa remarque blesse atrocement Tobi !
Konan se crispa en entendant son petit numéro. Elle le détestait tellement, mais elle le détestait encore plus quand il faisait le clown. Cet ignoble être à deux faces la dégouttait plus que tout.
- Bon, j'en ai assez, retournez à vos occupations, cette rencontre commence à devenir un cirque, s'exclama froidement le chef, Itachi, tu pars demain.
- Bien.
Il scruta la lune de ses yeux, l'allure nostalgique. Il faisait nuit, c'était désormais l'été, et un vent chaud vint soulever ses cheveux sombres. C'était très silencieux et il rêvassait. Oui, ce n'était peut-être pas son habitude mais… il rêvassait. Et puis c'était rare que ses coéquipiers dorment tous les trois, alors il en profitait. Il prit possession de son bandeau de ninja et l'effleura doucement des doigts, les yeux vagues de nostalgie. Cela faisait désormais trois bonnes années, bientôt quatre, qu'il vivait à sa façon, seul, libre de ses choix. Il aimait cette liberté, cette nouvelle vie qu'il vivait. Il avait même tué son maître, Orochimaru, tant il désirait vivre à sa façon et atteindre ses objectifs. Lui, Sasuke Uchiwa, était quelqu'un qu'on pouvait qualifier de seul. Rare étaient les instants où il parlait, et tous ces moments étaient utilisés par pure nécessité. Il sentait la puissance qu'il abritait et brulait d'impatience d'enfin le tuer, rongé jours et nuit par d'horribles mémoires de son passé, toutes causés par lui. Il pensait même à la vie qu'il aurait pu avoir en restant dans ce village nommé Konoha, mais chose certaine, il était prêt à l'éliminer. Il allait le faire très prochainement.
Elle se leva difficilement, toujours en proie à d'horribles peurs incessantes. Elle n'avait pas dormi. D'un œil incertain, elle scruta l'amas de tissu noir et rouge qui gisait dans le coin de sa petite chambre. C'était sa cape, son identité, son nouveau elle. Difficilement, elle la prit entre ses doigts et l'observa, les yeux fatigués et vagues. Le tissu, épais et solide, n'en était pas moins bien entretenu. Elle pensa à la vision qu'elle avait toujours eu des membres d'Akatsuki et frissonna en pensant qu'elle en faisait désormais partie. D'un geste négligé, elle l'enfila et s'observa dans l'unique miroir de la pièce. Dans ce même miroir, elle vit une Sakura désemparée, faible, inutile, traîtresse, déprimée. Les larmes coulaient sur ses joues et elle avait les cheveux en désordre. Elle qui était si organisée dans la vie de tous les jours, elle semblait désormais s'en foutre complètement. Comme pour éliminer cette vision désagréable, elle empoigna violemment le chapeau de paille et s'en couvrit le visage.
Tremblante, elle hoqueta de peur en entendant la porte s'ouvrir derrière elle, et, soudainement, elle se retourna pour faire face à celui (ou celle) qui avait osé pénétrer dans son antre de paix. Elle fut surprise de rencontrer le regard envoûtant d'un Itachi visiblement fatigué, voir éreinté, qui semblait être venu pour la chercher. D'un signe de la tête rigide et sévère, il lui fit signe de venir avec lui, ce qu'elle fit sans broncher. Une longue marche dans les couloirs morbides lui fit imposée, et c'est difficilement qu'elle le suivit jusqu'à la minuscule porte de pierre, qui semblait là par pur hasard, au fond de ce véritable labyrinthe de couloirs. Rapidement, comme toujours, il fit les signes permettant d'ouvrir la porte de celle-ci lui obéit immédiatement. D'un langage muet, il incita sa prisonnière à prendre les devants. Muette devant le spectacle auquel assistaient les yeux, elle reprit péniblement conscience de la situation et avança dans un couloir souterrain humide et sombre, suivie de près par son partenaire de mission. La marche vers la sortie dura une bonne heure, heure pendant laquelle Itachi désactiva un nombre incalculable de portes et pièges. Visiblement, l'Akatsuki ne rigolait en rien avec les mesures de sécurité. Et ils avaient raison de le faire, car à peu près tous les pays ninja voulaient leur mort, et une mort violente en plus.
- Tu as peur, n'est-ce pas ? lui dit-il calmement.
- Je… peut-être… murmura-t-elle.
- Ne t'inquiète pas, tu vas t'y faire.
Elle aurait voulu lui répondre que non, mais une douce lumière parvint à ses yeux et elle s'en délecta, heureuse de voir la fin de sa route.
- Combien il y a-t-il de piège, dans ce tunnel ?
- 289, sans compter les passages secrets.
- Et avec les passages secrets ? déglutit-elle difficilement, choqué.
- 457.
Elle faillit s'étouffer tant le choc était grand. Elle l'avait vu en désactiver une centaine, mais autant… non.
- Certains jutsu en désactivaient plusieurs en même temps, car n'en désactiver qu'un aurait provoqué un autre piège encore plus mortel.
- Je vois… souffla-t-elle, heureuse d'enfin comprendre.
- Nous allons prendre la route en direction de Konoha. Je compte sur toit pour être sage, sinon le chef n'hésitera pas à tuer au retour.
- O… oui, murmura-t-elle tout bas, peu choquée de la violence de ses propos.
La suite au prochain chapitre.
A bientôt !
