Disclaimer : les personnages de MFB ne m'appartiennent pas.

Réponse à Guest : Merci beaucoup pour tes reviews ! :D
La famille liée dans Une journée à la plage et dans Dîner en famille est une idée de YAMIK0. C'est génial que ces OSs vous plaisent tant et, surtout, qu'ils vous amusent. Je ne sais pas encore s'ils auront une suite OSs mais, si j'en fais une, je veillerai à développer un peu plus les autres relations que le KyoGin ;).
Quant à D'anciennes ombres, malheureusement, Ginga s'occupe de sauver le monde et ça ne paie pas du tout comme métier x) Contente que cette histoire te plaise : voici la suite !


Chapitre 2 : Première escale

- Qu'avons-nous sur Doji ? demanda Kyoya.

Ginga et lui étaient assis dans un compartiment de train, face à face. Ils se rendaient dans un aéroport, dans une ville au sud de Bey-City. Il en existait un à Bey-City mais il ne valait mieux pas le prendre : des photos affichées sur les murs montraient Ginga et la Gan Gan Galaxy. Dès qu'il ferait un pas dans l'aéroport, il serait assailli par une foule qui demanderait des autographes sans vraiment le connaître et qui prendrait des tas de clichés. En quelques minutes, le monde entier connaîtrait leur destination. Ils voulaient faire profil bas. C'était la meilleure façon d'agir pour espérer surprendre leur ennemi. Ils n'étaient pas sûrs d'y parvenir : la Nébuleuse Noire avait un réseau d'information gigantesque. Cependant, le moindre avantage était bon à prendre.

Derrière la vitre, des morceaux de végétation défilaient si vite qu'il était impossible de les distinguer les uns des autres.

- Pas grand chose de plus que la dernière fois, admit Ginga. Récemment, il n'a causé des problèmes qu'au Japon. C'est étrange.

- Ou alors, il essaye de détourner notre attention.

Ginga ancra ses yeux miel aux siens. Habituellement, ils laissaient transparaître une certaine douceur mais là ils ne brillaient que de détermination.

Kyoya adorait ça.

- C'est ce que je pense aussi.

- Donc nous savons qu'il n'est plus au Japon. Ça nous laisse juste le reste du monde à vérifier.

- Je sais que c'est vague mais...

Kyoya faillit lever les yeux au ciel. L'optimisme et la volonté de Ginga étaient à toute épreuve. Ce n'était pas un détail de ce genre qui allait le décourager.

Comme pour lui prouver ses pensées, Ginga sourit.

- ...tu n'avais pas envie de voyager ?

Kyoya ne put s'empêcher de sourire à son tour.

- Tu me proposes un tour du monde ?

Ginga secoua la tête.

- Je ne pense pas qu'on ait le temps. Par contre, on pourrait faire quelques étapes.

Kyoya s'adossa à son siège.

- Ça pourrait être pas mal...

- Tu veux dire que ça va être génial !

- Tu n'as pas une idée un peu plus précise ?

Ginga fit la moue.

- Dis tout de suite que tu veux pas voyager avec moi.

Kyoya leva les yeux au ciel. Ginga se mit à farfouiller dans son sac.

- En fait... je pensais qu'on suivrait la liste qu'on a faite, tu te souviens ?

- Ça date. Elle ne doit plus être à jour.

Ginga parlait d'une liste qu'ils avaient créée en recoupant toutes les données qu'ils étaient parvenus à rassembler sur Doji et la Nouvelle Nébuleuse Noire. Ils l'avaient finalement délaissée parce que l'AMBB leur avait fourni une piste plus sérieuse sur laquelle ils s'étaient empressé de se jeter. Piste qui s'était avérée exacte.

Ginga haussa les épaules.

- Il fait bien commencer quelque part.

- Tu sais, si ça continue comme ça, je vais finir par croire que tu veux juste m'emmener en voyage.

- C'est toi qui a insisté pour m'accompagner.

- Hm.

- Je n'ai rien comploté !

- Tu es un peu trop sur la défensive pour quelqu'un qui n'a rien à se reprocher.

- Quoi ?

Ginga le dévisagea, perplexe, puis un sourire illumina son visage.

- Tu plaisantais, c'est ça ?

Kyoya s'accouda au rebord de la fenêtre et laissa son regard dériver sur le paysage.

- C'est pas mon genre. Tu devrais me connaître mieux que ça.

Ginga se leva et vint s'asseoir à côté de lui. Il s'appuya contre lui et nicha son visage contre son cou.

- C'est si bon de t'avoir de nouveau à mes côtés.

Kyoya continua de regarder le paysage sans rien répondre. Il n'aimait pas dévoiler ses sentiments. Il trouvait ça d'un ridicule... Ginga savait qu'il lui avait manqué. Il n'avait pas besoin de le préciser. Il connaissait, aussi, les sentiments qu'il lui inspirait – du moins, en partie. Ils vivaient ensemble, Kyoya l'aidait sans cesse dans ses missions contre la Nébuleuse Noire – il le demandait, même –... C'était plus qu'évident. Il n'avait rien besoin de dire. De toute façon, il avait toujours considéré que les actes valaient mieux que les mots et il ne cessait de prouver à Ginga qu'il tenait à lui. Qu'il l'aimait.

Les mots n'avaient aucune valeur à côté de ça.

Kyoya se mit à jouer avec les cheveux sur la nuque de Ginga.

- Il y a pas mal de pays sur cette liste. On va tous les traverser ?

L'idée ne le gênait pas mais Doji risquait de le remarquer s'ils vadrouillaient autour du monde. Il risquait aussi de comprendre la raison de leur voyage, aussi stupide soit-il. Ce serait triste de perdre l'avantage de la surprise. De plus, il risquait de disparaître sans qu'ils aient le temps de comprendre ce qu'il mijotait.

- Non, juste ceux où on a le plus de chances de le trouver. Avec de la chance, il sera dans l'un d'eux.

Kyoya tourna la tête pour le regarder.

- Sinon ?

Ginga se détacha de lui et se redressa. Il lui fit face, ses yeux miel soudainement sérieux accrochaient son regard.

- Nous trouverons bien d'autres pistes pendant nos recherches. Nous dénicherons Doji. J'en suis certain et puis...

Ginga se mit à sourire.

- Je ne me souviens pas d'une seule aventure où nous connaissions notre destination dès le début du voyage.

- Pas faux.

- Tu vois ? Tu n'as pas à t'inquiéter.

- Je ne suis pas inquiet. Ce serait juste stupide que Doji remarque ce qu'on fait et qu'il arrive à fuir. Ce n'est plus comme avant, où il attendait tranquillement en faut d'un immeuble qu'on parvienne à lui. Maintenant, il s'enfuit et se cache dès qu'il se rend compte qu'on est sur ses traces.

Ginga pencha la tête sur le côté, un air gêné sur le visage.

- Il m'a échappé plusieurs fois de cette façon.

- C'est ce que je dis.

Le regard de Ginga dériva sur la vitre.

- Ce sera différent cette fois. Nous arriverons à l'arrêter.

Il semblait toujours tellement adulte quand il évoquait sa croisade contre la Nébuleuse Noire. C'était ainsi depuis qu'ils se connaissaient : il irradiait de sérieux dans ces cas-là, à tel point qu'il était presque impossible de la faire sourire ou dévier du sujet. Kyoya le comprenait. La Nébuleuse Noire était une menace constante qui paraissait indestructible. Ginga la combattait depuis des années mais elle blessait toujours plus de monde sur son passage. Cependant, il y avait une nette amélioration depuis la victoire contre Némésis : ils parvenaient à réduire les dégâts qu'elle causait. À la contenir.

Le train finit par atteindre leur destination. Kyoya et Ginga descendirent, portant leurs maigres bagages. L'aéroport ne se trouvait qu'à quelques rues de là, aussi traversèrent-ils le quartier à grands pas. Peu de personnes se retournèrent sur leur passage. Ça ne représentait rien par rapport à ceux qui les avaient regardé après la bataille contre Némésis – enfin, qui avaient regardé Ginga. Ils retombaient dans l'anonymat. Il en faisait l'expérience chaque jour.

À vrai dire, tant que Ginga se souvenait de lui, il s'en moquait.

L'aéroport, moins important que celui de Bey-City, était cependant bondé. Ils durent jouer des coudes pour atteindre une file d'attente interminable. Ils y prirent place, au milieu des gens qui rouspétaient et se bousculaient. Kyoya résista difficilement à l'envie de propulser Leone et de tous les envoyer hors de son chemin avec le Rugissement Tempétueux du Lion. Quand leur tour vint enfin, il avait envie de taper sur quelqu'un. Sur plusieurs personnes en fait – peut-être même sur tous les clients de l'aéroport. Une seule chose l'en empêcha : ce serait un contretemps terrible pour leur voyage.

- Bonjour, dit Ginga avec un grand sourire. On voudrait deux billets pour la Chine s'il vous plaît.


XXX


Kyoya regardait les innombrables marches qui se dressaient devant lui disparaître dans les nuages. À côté de lui, Ginga fixait la même direction que lui, un sourire aux lèvres. Il semblait avoir une destination précise en tête. Il se tourna vers lui, lumineux, et son sourire s'accentua.

- Allons-y ! lança-t-il enthousiaste.

Kyoya opina. Ils commencèrent leur ascension. Ce devait être un bon entraînement pour les bladers débutants. Après tout ce que Ginga et lui avaient traversé, ce n'était qu'un échauffement pour eux. Ils furent bientôt au-dessus d'une mer de nuages, qui laissait seulement quelques éclats de paysage visibles : des bouts de forêt, des pics de montagne, l'éclat d'une rivière, le renfoncement d'une vallée... Ils finirent par atteindre le sommet. Kyoya fronça les sourcils. Ils se retrouvaient devant de hauts murs de pierre au milieu duquel une porte impressionnante était encastrée. Il connaissait cet endroit.

- On est où ?

- Devant le Temple de Beilin.

Le lieu d'entraînement des Wang Hu Zhong, l'équipe de bladers chinoise qui avait affronté Ginga lors des Championnats du Monde – ils n'étaient pas trop mauvais d'ailleurs – et le lieu dont Aguma et ses sbires n'avaient pas cessé de se plaindre pendant la quête des bladers légendaires. Qu'est-ce qu'ils l'avaient soûlé avec ça !

D'ailleurs, il y était déjà venu une fois, pendant la dite quête.

- Qu'est-ce qu'on fait là ? se méfia-t-il.

- Ce n'est pas évident ?

Kyoya fit mine de réfléchir puis donna la seule explication qui lui convenait même si elle était peu crédible.

- Pour faire croire à la Nébuleuse Noire que c'est une visite de courtoisie et pour brouiller les pistes ?

Ginga le dévisagea avec des yeux ronds. Bon, Kyoya se doutait que ce n'était pas ça mais ça valait le coup d'essayer.

- On va rendre visite aux Wang Hu Zhong.

- Sérieusement ? On n'est pas censé traquer la Nébuleuse Noire ?

Ginga eut l'audace de lui sourire.

- Si mais, tant qu'à venir jusqu'en Chine, autant passer les voir, tu ne crois pas ?

Comme Kyoya ne répondait pas, son sourire se crispa quelque peu.

- Non. Je n'ai pas envie de perdre du temps avec ce genre de bêtises.

Ginga le fixa pendant qu'il tournait le dos et qu'il redescendait les marches. Un demi-sourire s'afficha sur les lèvres de Kyoya quand il l'entendit marmonner : "et tu craignais avoir changé...". Oui, il n'avait pas trop changé et il en était fier. Ce n'était pas parce que le temps passait qu'il devait devenir quelqu'un d'autre.

- Tu sais où me trouver si tu changes d'avis ! lança Ginga.

Kyoya se contenta de lui adresser un signe de la main pour lui montrer qu'il avait entendu même s'il ne changerait pas d'avis.

Il s'immobilisa. Il avait oublié quelque chose. Il se tourna vers Ginga qui attendait, perplexe.

- Au fait... si un gamin te demande de l'aide, évite d'accepter ou de foncer au moins. Et n'oublie pas de demander à être accompagné.

La réaction de Ginga ne se fit pas attendre : il s'empourpra. Il serra les poings et tenta – sans y parvenir du tout – de reprendre contenance.

- Tu vas te moquer de moi encore longtemps avec ça ?

- Si tu n'étais pas si niais, tu ne serais pas tombé dans un piège aussi évident.

Ginga frappa le sol du pied.

- T'étais pas censé partir ?

Avec un sourire moqueur, Kyoya lui tourna le dos et reprit sa descente. Le regard de Ginga ne cessa de le fixer que de longues minutes plus tard. Kyoya avait sans doute disparu de sa vue. Il ne se retourna pas pour vérifier.

La descente fut encore plus facile que la montée et ne prit pas beaucoup de temps. Kyoya rejoignit vite la ville qui se nichait au pied de la montagne. S'il voulait trouver une piste qui menait à Doji et à la Nébuleuse Noire – et, peut-être enfin son anéantissement – il devait commencer les recherches quelque part. Cet endroit ferait l'affaire.

Kyoya ne prit pas la peine d'interroger les habitants : son sens de l'observation et son instinct ne lui faisaient jamais défaut. Il ne compterait que sur ce qu'il verrait et entendrait. Ce serait suffisant.

Tout était calme dans la ville. Elle contenait une antenne de l'AMBB qui était submergée par les demandes : des gamins attendaient devant le bâtiment pour pouvoir entrer. Des gens de tout âge parlaient dans les rues. Pas une once de danger ne vibrait dans l'air. Tout était paisible. C'était d'un ennui...

Kyoya soupira. Si Ginga utilisait ce voyage comme prétexte pour rendre visite à ses amis, ça deviendrait interminable. Rester dans son bureau aurait été aussi palpitant et moins désagréable.

Bon, d'accord, ce n'était pas vrai. Il aimait voyager aux côtés de Ginga – même s'il ne l'avouerait jamais. Par contre, ça deviendrait vite lassant s'il ne combattait pas. Surtout si Ginga passait le temps avec d'autres que lui. Heureusement, son rouquin était un véritable aimant à problème. Ils ne tarderaient pas à se faire attaquer et à devoir se défendre. Un sourire moqueur s'afficha sur ses lèvres. La défense, c'était leur spécialité à Leone et à lui. Surtout quand ça permettait d'attaquer.

Son sourire disparut et il se figea. Quelqu'un l'épiait. Il s'efforça de chasser la soudaine tension qui avait envahi ses épaules. Il reprit sa route sans jeter un seul regard autour de lui. Il voulait trouver cette personne et l'obliger à sortir de sa cachette mais, pour cela, il devait deviner où elle était.

Kyoya s'éloigna tranquillement de la foule et se dirigea vers des quartiers plus isolés.


XXX


Dès que Kyoya eut disparu de sa vue, Ginga poussa un soupir. Le voilà qui jouait de nouveau les solitaires. À ce rythme, ils ne passeraient pas beaucoup de temps ensemble : ils n'étaient qu'au début de leur voyage et Kyoya partait déjà de son côté. Il y avait de quoi déprimer.

Ginga frappa à l'immense porte, dénué d'enthousiasme. Il espérait au moins que Kyoya ne s'attirerait pas d'ennuis. Enfin, pas trop. Il était réaliste. Le maître de Leone avait un faible pour le danger qui, pour lui, était synonyme de défi intéressant. Il s'attirerait forcément des ennuis.

Ginga se demanda s'il ne devait pas aller le rejoindre finalement. Il chassa bien vite cette pensée de son esprit. Il allait rendre visite à ses amis et essayer d'apprendre s'ils avaient des nouvelles de la Nébuleuse Noire. Il n'allait pas faire demi-tour maintenant. Kyoya se débrouillerait très bien tout seul.

Ne recevant aucune réponse, Ginga poussa le battant qui s'ouvrit lentement.

- Ohé ! Il y a quelqu'un ?

Un éclair doré fusa vers lui. Il eut tout juste le temps de l'esquiver alors qu'il filait dehors. Quand il passa devant lui, Ginga se rendit compte qu'il s'agissait en réalité d'une toupie. Toupie qui fonçait droit vers la falaise. Sans réfléchir, Ginga s'empara de son propulseur et lança Pegasus. Le bey rattrapa l'autre avant son saut fatal et lui fit faire demi-tour en douceur, comme un berger menant une brebis égarée. Pegasus la laissa atterrir sur le sol rocailleux et retourna se nicher dans la main de son propriétaire.

- Ma toupie !

Un enfant, vêtu de la tenue traditionnelle des élèves du Temple de Beilin, surgit dehors et s'agenouilla auprès de la toupie. Il utilisa ses deux mains pour la ramasser avec délicatesse.

- Elle n'a rien... Merci !

Alors qu'il leva la tête vers Ginga, le soulagement laissa place au choc. Le rouquin lui sourit.

- C'est tout à fait normal voyons.

Le gamin continuait de le dévisager. La mise en garde de Kyoya résonna dans l'esprit de Ginga qui ne put s'empêcher de faire un pas en arrière et de jeter un coup d'œil tout autour de lui pour s'assurer qu'un piège ne lui tomberait pas dessus – ou qu'il ne tomberait pas dedans. Mais il n'y avait rien. Bien sûr. Il était ridicule d'avoir pris au sérieux les paroles de Kyoya, même une seconde. Ce n'était pas une vraie mise en garde : Kyoya avait juste dit ça pour se moquer de lui et pour lui rappeler qu'il se débrouillait mieux quand ils étaient ensemble.

Ce que Ginga savait parfaitement.

- Tu as toujours d'aussi bons réflexes à ce que je vois.

Ginga se retourna. Dashan se tenait dans l'embrasure de la porte. Un sourire vint s'afficher sur son visage tandis que la joie de retrouver son ami le submergeait.

- Ça faisait longtemps Dashan.

L'enfant les observait, bouche bée.

- Vous connaissez Ginga Hagane...

- Évidemment. Nous avons combattu et nous nous sommes liés d'amitié pendant les Championnats du Monde.

Il n'avait nul besoin d'en préciser l'année : c'était le dernier tournoi de grande envergure qui avait été organisé. Ginga espérait qu'il y en aurait d'autres dans le futur. Le monde du Beyblade et l'esprit enflammé des bladers le méritaient bien.

- Tu ne le savais pas ? continua Dashan avec douceur.

L'enfant rougit et se mit à regarder sa toupie.

- Enfin... Maître Chao-Xin l'a dit une fois mais il y avait des filles alors j'ai cru... enfin, j'ai pensé...

- Ça ressemble bien à Chao-Xin, soupira Dashan.

- Certaines choses ne changent pas ! rit Ginga.

- Malheureusement, intervint Chi-Yun en les rejoignant dehors.

L'enfant qu'il avait côtoyé pendant et après les Championnats du Monde avait bien grandi. À présent, il ne faisait qu'une tête de moins que Dashan et ses longs cheveux bleus étaient rassemblés en une queue-de-cheval tombait jusqu'à sa taille.

- Bonjour Ginga.

- Chi-Yun.

Le Wang Hu Zhong adressa un sourire d'encouragement à l'enfant qui se releva d'un bond.

- Je vais reprendre mon entraînement !

- Excellent état d'esprit.

L'enfant adressa un signe de tête respectueux à ses professeurs et lança un dernier regard plein d'une admiration étonnée à Ginga avant de retourner à l'intérieur.

- Nous devrions le suivre. Les autres nous attendent.

- C'est vrai, acquiesça Dashan.

Il s'effaça avec un sourire.

- Après toi, Ginga.

- Merci.

Ginga entra dans le Temple de Beilin. Cela faisait des années qu'il n'y avait pas mis les pieds, pourtant il ne se sentit pas dépaysé. Le centre d'entraînement regorgeait toujours de vie et de ferveur. Des dizaines d'élèves – sûrement des centaines, même – s'entraînaient avec sérieux. L'enfant rejoignit une ligne de ses camarades et fit face à une cible, leur tournant le dos. Il se mit en position de tir.

Chi-Yun referma la porte. Il observa ses élèves avec un air songeur.

- Nous devrions nous pousser, commenta-t-il.

- Pourquoi ? s'étonna Ginga.

Mais Dashan et Chi-Yun s'éloignèrent sans lui répondre. Il n'eut d'autres choix que de leur emboîter le pas. Toutefois, il continua d'observer l'entraînement, intrigué. Dans une synchronisation parfaite, les élèves crièrent le compte à rebours et propulsèrent leurs toupies. Il s'immobilisa, choqué. La toupie de l'enfant se précipita dans la direction opposée à celle des autres et percuta la porte avec force.

- C-comment il a fait ça ?

- C'est un mystère que nous n'avons pas encore résolu, hélas, lui avoua Chi-Yun.

L'enfant, loin d'être surpris par ce résultat, partit récupérer sa toupie. Il retourna auprès des autres avec un air décidé. Ginga se demanda combien de fois cette scène avait bien pu se passer pour qu'ils y prêtent si peu attention.

- Comment c'est possible au juste ? Il tient son lanceur comme les autres...

- Nous n'en avons aucune idée, répondit Dashan.

Le trio s'éloigna de ce mystère impossible à résoudre et se dirigea vers une autre partie de la cour, où quatre adultes étaient réunis. Ginga eut un sourire en les reconnaissant. Chao-Xin racontait quelque chose que Bao écoutait avec perplexité. À côté de son coéquipier, Mei-Mei le toisait avec méfiance, les bras croisés. Ses cheveux noirs étaient rassemblés en une queue-de-cheval qui ondulait jusqu'à sa taille. Aguma, lui, se tenait un peu en retrait.

- Regardez qui nous avons ramené avec nous, lança Chi-Yun.

Les discussions cessèrent tandis que l'attention se reportait sur eux.

- Ginga !

Les quatre bladers se précipitèrent vers eux et les encerclèrent.

- Ça faisait longtemps les amis.

- Tu l'as dit ! répliqua joyeusement Mei-Mei.

- Kyoya n'est pas venu avec toi ? s'étonna Aguma. Dommage, j'aurais bien voulu l'affronter.

- Si tu me l'avais dit avant, j'aurais pu le convaincre de m'accompagner.

Aguma se mit à rire. Ginga fit la moue. Il ne trouvait pas ça drôle du tout. Ce n'était pas une blague. Si Kyoya avait su qu'un combat l'attendait, il aurait sûrement accepté d'entrer dans le Temple au lieu de repartir il ne savait où.

- Qu'est-ce qui t'amène ? demanda Bao, terriblement sérieux.

Ginga regarda ses amis. Ils semblaient tous dans leur état normal. Aucun problème ou danger ne semblait rôder dans les environs et les inquiéter.

- Tout se passe bien chez vous ? demanda-t-il pour s'en assurer.

Leurs expressions se décomposèrent. Ginga s'en voulut immédiatement de les inquiéter. Il n'y avait aucune raison valable en plus.

- Il y a un problème ? demanda Chao-Xin.

Ginga secoua la tête.

- C'est juste par curiosité.

- Tout va bien, répondit Dashan. Nous avons de plus en plus d'élèves et un tournoi national sera organisé dans quelques jours. Malgré le nombre croissant de bladers et de combats, ni l'AMBB ni nous n'avons décelé de comportement suspect ni de blader étrange. C'est ce que tu voulais savoir, n'est-ce pas ?

Ginga opina, plongé dans ses pensées. Le réseau d'information vieux de quatre mille ans du Temple de Beilin était excellent. S'il y avait eu quoi que ce soit d'anormal – même un événement infime –, ils l'auraient remarqué. Ginga était partagé entre le soulagement et l'agacement. D'un côté, il était heureux que ses amis ne courent aucun risque, de l'autre, cela signifiait que Doji était encore hors de portée et qu'il ne pouvait pas deviner ses prochains coups.

- Et si tu nous expliquais la raison de cette question ?


XXX


Je te tiens !

Kyoya continuait d'avancer. Il avait localisé la personne qui l'observait. Celle-ci faisait en sorte de garder la même distance entre eux, espérant sans doute que cela suffirait pour la garder caché. Elle voulait le traquer. Elle le prenait pour quelqu'un de faible, pour sa proie. Quel naïf ! D'ici quelques secondes, les vrais rôles se révéleraient. Personne ne pouvait prétendre chasser le roi des animaux.

Kyoya s'arrêta. Sa proie fit de même. Il se tourna et leva la tête vers les toits. Il ne la voyait pas mais il sentait sa présence. C'était suffisant.

- Sors de ta cachette.

Il n'y eut aucun mouvement. Aucun bruit. Ça ne l'étonna pas : si l'autre avait possédé un tant soit peu de courage, il ne se serait pas dissimulé de la sorte.

Avec un sourire, Kyoya prit son lanceur.

- Puisque c'est comme ça, je vais t'y obliger. Leone !

Sa toupie bondit vers le ciel et disparut au-dessus d'un toit. Kyoya posa une main sur sa hanche, attendant la suite des événements sans la moindre appréhension. Le dos d'une silhouette enveloppée d'une longue cape sable apparut une poignée de secondes plus tard. Elle recula dangereusement vers le bord du toit, intimidée par Leone qui rampait vers elle, crocs à découvert. Les yeux de Kyoya se plissèrent. Leur proie était juste là.

La silhouette voulut reculer encore mais ses talons n'avaient déjà plus d'appui. Seul le vide s'étendait derrière elle. Et Leone ne cessait pas d'approcher.

- Alors, tu descends ?

La silhouette se tourna vers lui. Sa capuche rabattue dissimulait la majeure partie de son visage mais Kyoya distinguait une grimace de colère. Avant qu'il ait pu ajouter autre chose, sa proie s'enfuit. N'écoutant que son instinct, Kyoya se lança à sa poursuite. Leone bondit de son perchoir et Kyoya le récupéra sans ralentir sa course. L'autre avançait avec rapidité sur les bords des toits mais Kyoya ne comptait pas le laisser s'enfuir. Pas alors qu'il le tenait enfin.

Il courut dans les rues sans le perdre de vue. Il évita habilement les quelques passants qui apparurent sur son chemin. Il ne voulait subir aucun contretemps.

Soudain, la rangée d'immeuble cessa et il n'y eut plus aucun toit où sa proie pouvait se réfugier. Pourtant, elle continua sa route et se laissa tomber dans le vide. Kyoya tourna dans une autre rue juste à temps pour la voir se réceptionner. À peine ses pieds eurent-ils touché le sol qu'elle se remit à courir. Kyoya la rattrapait. Le paysage urbain autour de lui devenait familier. Il y était passé seulement quelques minutes plus tôt. Il connaissait le quartier. Parfait.

Il fit encore quelques pas puis il envoya Leone lui couper la route. Comme prévu, pris entre eux deux, sa proie choisit la fuite. Encore. Kyoya récupéra Leone puis la suivit tranquillement. Sa proie se tenait face à un mur, bloquée dans une impasse. Elle se retourna agressivement. Le peu de temps que sa cape se souleva, Kyoya aperçut un lanceur accroché à sa ceinture.

- Alors, comme ça, tu es un blader ?

Un demi-sourire vint étirer ses lèvres. Il pointa son lanceur vers lui.

- Tu ne peux plus fuir. T'es obligé de m'affronter maintenant.

Les poings de l'autre se serrèrent et sa grimace s'accentua. Il ne semblait ni vouloir répondre ni vouloir se battre. Kyoya s'en moquait : il ne comptait pas lui laisser le choix.

- Essaye de ne pas perdre tout de suite. Ça fait longtemps que je n'ai pas eu d'adversaire. J'aimerais voir tourner Leone si possible.

La grimace se mua en un sourire méprisant.

- Arrogant. Sûr de ta force. Exactement comme on te décrit Kyoya Tategami.

Elle souffla autre chose mais ses paroles furent emportées par le vent. La main de Kyoya se serra sur son lanceur. Ses sourcils se froncèrent.

- Qui ça "on" ?

- Tu ne crois quand même pas que ton petit copain et toi avaient pu vous lancer dans votre voyage sans que personne ne le remarque. Il est tellement prévisible...

- Si je comprends bien tu fais partie de la Nébuleuse Noire. Tant mieux. Ce sera d'autant plus satisfaisant de t'écraser.

Kyoya avait hâte de commencer ce combat et de libérer Fang Leone. Il n'utiliserait pas toute sa puissance – il n'en aurait pas besoin – mais ce serait tout de même satisfaisant. Une fois qu'il l'aurait écrasé, il lui demanderait des informations sur Doji et ses plans. Informations que sa proie serait forcée de lui fournir. Ce simple petit combat les ferait grandement avancer dans leur mission.

- Je ne vais pas t'affronter.

- Tu as peur ? C'est vrai que tu n'as aucune chance de me vaincre mais tu pourrais avoir un peu de fierté et relever mon défi quand même.

Sa proie grimaça de nouveau.

- Je n'ai pas peur. Je suis en mission d'observation. Je n'ai pas l'autorisation de t'affronter maintenant.

- Ah oui ? Vraiment ? On dirait une excuse de lâche pour ne pas avoir à assumer ta décision.

Ses poings se serrèrent. Au lieu de répliquer, elle fit un bond en arrière. La méfiance de Kyoya redoubla. Elle n'avait aucune échappatoire. À quoi bon agir de la sorte ?

- Crois-moi, j'ai autant envie d'un combat que toi, Tategami. Seulement...

Un bruit de moteur retentit. De brusques rafales de vent se mirent à souffler. Kyoya ancra ses pieds fermement au sol et plissa les yeux pour voir au travers des bourrasques. Un hélicoptère avait surgi dans le ciel. Une échelle de cordes descendit jusqu'à sa proie qui l'agrippa.

- Ce sera pour une prochaine fois !

- Ne crois pas que je vais te laisser fuir ! Leone !

À peine la toupie fut-elle propulsée que son spectre se matérialisa, bondissant vers l'hélicoptère, crocs et griffes sortis. Ils ne laisseraient pas leur proie leur échapper, même si l'appareil était déjà haut dans le ciel.

- Coup Spécial ! Rugissement Tempétueux du Lion !

Ça devrait suffire à faire chuter l'hélicoptère et à ramener leur proie sur la terre ferme. L'encapuchonné cria et s'accrocha de toutes ses forces à son échelle tandis que l'appareil maintenait tant bien que mal son cap : il tanguait, n'ayant plus de contrôle sur ses mouvements.

Parfait.

Un bruit attira l'attention de Kyoya et lui ôta son sentiment de satisfaction. Il plissa les yeux. D'étranges appareils surgirent des flancs de l'hélicoptère. Des dizaines de toupie en jaillirent. Il se sentit vexé. Ces gens prétendaient avoir des informations sur lui et ils imaginaient que lui envoyer si peu d'adversaires détournerait son attention et celle de Leone ? Ils les sous-estimaient. Leone pourrait tous les balayer sans même s'en inquiéter.

Mais les beys ne s'approchèrent ni de Leone ni de sa tornade. Ils se dirigeaient vers Kyoya.

Celui-ci fit un bond en arrière au moment où trois toupies s'enfonçaient dans le sol, là où il se trouvait précédemment. Elles créèrent des crevasses dans le goudron. Kyoya n'eut pas le temps de s'attarder sur ce spectacle : les autres se lançaient sur lui. Elles percutèrent le sol, fendirent des morceaux de bâtiments, voulurent lui lacérer le visage. Des ruines ne tardèrent pas à lui tomber dessus. Tout autour de lui en fait. Il ne pouvait plus esquiver. Ses poings se serrèrent. Ses crocs se dévoilèrent alors que la colère montait en lui.

- Leone !

Sa toupie oublia immédiatement leurs proies pour se précipiter vers lui. Elle s'installa à ses pieds et forma une tornade autour d'eux. Tout ce qui les menaçait – les débris, les morceaux de bâtiment, les toupies – se retrouva prisonnier de la tornade. Kyoya attendit quelques secondes mais il n'y eut rien d'autre. Les rafales de vent cessèrent brutalement de souffler. Ce qu'elles faisaient voler resta un moment suspendu dans les airs, comme s'il hésitait à laisser la gravité reprendre ses droits, puis tomba lourdement autour de lui. Kyoya n'eut pas une seule blessure à déplorer. Un nuage de poussière s'éleva, un instant avant de se dissiper pour laisser place au décor. Les bâtiments qui l'entouraient étaient en ruines. La route complètement démolie. Les débris formaient un cercle autour de lui, presque une cage.

Kyoya leva la tête vers le ciel. Un grognement lui échappa. L'hélicoptère n'était plus qu'un point au loin, emmenant sa proie et ses premiers indices loin d'eux. Il n'aurait aucune chance de les rattraper.

Avec un grognement agacé, il s'extirpa de sa cage. Une foule s'était réunie au bout de la rue et observait le décor avec effarement. Kyoya leur adressa un regard agacé. C'était quoi leur problème ? Ils n'avaient jamais assisté à un combat de leur vie ? Qu'est-ce que ça serait s'ils les voyaient, Ginga et lui, donner toutes leurs forces dans un duel ?

Il se désintéressa immédiatement d'eux. Ils ne valaient pas la peine d'occuper un seul fragment de ses pensées.

Un éclat métallique attira son regard. Sur le sol, gisait une des toupies qui l'avait attaqué, presque entière. Il ne manquait qu'un morceau de sa roue de fusion et un autre de sa pointe de performance alors que les autres n'étaient plus que de petits morceaux mêlés à la poussière et emportés par le vent.

Kyoya se pencha et la ramassa. Malgré les égratignures, il distinguait le symbole de la Nébuleuse Noire sur son boulon. Ça signifiait qu'ils ne craignaient plus d'agir au grand jour et d'être découverts.

Mauvais signe.

La voix de son futur adversaire résonna de nouveau dans son esprit.

Crois-moi, j'ai autant envie d'un combat que toi, Tategami.

Pourquoi cela lui semblait-il personnel ?


Fin du chapitre 2


Note : Quand Kyoya parle à Ginga devant le Temple de Beilin, il fait référence à un événement qui se passe dans Shogun-Steel / Zero-G