Disclaimer : MFB ne m'appartient pas.
Chapitre 3 : L'appel du combat
- Ce n'est qu'une intuition, conclut Ginga avec un sourire forcé devant son groupe d'amis qui avait patiemment écouté la raison de sa présence.
C'était faux. Il savait que la Nébuleuse Noire tramait quelque chose. Il n'avait juste aucune idée de ses plans précis ni de l'endroit où elle frapperait. Ça n'avait rien d'une intuition. Il avait des preuves qui, peut-être, n'étaient pas assez concrètes aux yeux des autres, mais elles lui suffisaient. Une intuition, c'était plutôt ce qu'il ressentait à l'instant : un souffle qui lui murmurait avec insistance de retrouver Kyoya.
Son cœur battait de plus en plus fort. Il avait du mal à se concentrer sur l'instant présent. Il brûlait d'envie d'écouter cette intuition mais il se retenait. Kyoya n'était pas en grand danger. Il ne souffrait pas non plus : Ginga ne ressentait pas ce besoin impératif de le retrouver qu'il avait déjà éprouvé à plusieurs reprises – sans lui obéir cependant. S'il se lançait au secours de Kyoya à chaque fois qu'il le sentait en danger, son compagnon le détesterait. Il n'était pas une petite chose fragile et il ne supportait pas d'être traité comme tel. Il ne comprendrait pas que le besoin que ressentait Ginga de le protéger ne remettait pas en question la force et la sauvagerie qui habitaient chaque parcelle de son être. Alors Ginga plaçait toute sa confiance dans cette force ainsi que dans le lien qui l'unissait à Leone. Ça avait toujours fonctionné. Il n'y avait aucune raison pour que ça change.
- Tout va bien Ginga ?
- Oui.
Le souffle s'estompait déjà, preuve qu'il s'était inquiété pour rien. Kyoya était un excellent blader. Il savait se défendre seul.
- Tout va bien.
Son sourire, devenu sincère, se refléta sur le visage de ses amis.
- Sinon, comment va Kyoya ? demanda Aguma. Tu ne nous as parlé ni de lui ni de son entreprise. J'aimerais savoir comment Leone s'adapte au monde du travail. Ça ne colle pas vraiment à l'image qu'il donne.
- S'adapte ? répéta Ginga, les yeux écarquillés.
- Oui, il ne peut pas s'y comporter comme d'habitude. Ce n'est pas un monde de combats, mais de discussions.
Ginga pinça ses lèvres, ne sachant pas quoi répondre. Kyoya avait redouté d'intégrer le monde de l'entreprise pour cette raison et Ginga s'était demandé comment l'aider dans cette épreuve. Il ne voyait pas comment une personne aussi libre et sauvage, aussi indépendante, pouvait se retrouver dans un tel milieu... ça lui donnait l'impression d'un fauve mis en cage. Sauf que Kyoya n'avait pas eu besoin d'aide parce qu'il était le chef et qu'il pouvait faire ce qu'il voulait – c'étaient ses propres mots. Ginga avait cessé de s'en préoccuper quand Kakeru lui avait raconté la première réunion de la TC avec Kyoya comme directeur. Kyoya ne devait pas s'ennuyer. Jamais. Ça pouvait conduire à des conséquences déplaisantes, comme le faire devenir chef d'un gang de voleurs terrorisant une ville – Ginga choisissait cet exemple tout à fait au hasard bien sûr.
- C'est plutôt le monde du travail qui s'adapte à lui, marmonna-t-il.
C'était un euphémisme mais bon, avec Doji et ses manigances, il n'avait pas le temps de s'en inquiéter. Kyoya avait trouvé un moyen de s'occuper de son entreprise qui lui convenait. Si ça dégénérait en lutte sans merci, eh bien, Ginga essayerait peut-être de calmer Kyoya.
Peut-être.
Ou alors, il se joindrait au public pour y assister. Ça pouvait être intéressant aussi.
Chi-Yun gratifia Aguma d'un regard de réprimande.
- Ce n'est pas plus mal que Kyoya ne soit pas venu. Aguma en aurait profité pour se moquer de lui alors que nous devons montrer une attitude exemplaire à nos élèves.
Aguma se mit à rire, aucunement offensé par sa remarque.
- Ne sois pas si coincé Chi-Yun, intervint Chao-Xin. Dashan joue déjà les rabats-joie. Tu n'as pas besoin d'en rajouter.
Dashan se contenta de hausser un sourcil.
- Sois plus respectueux Chao-Xin, le réprimanda Chi-Yun. Il y a des fois où je me demande si tu seras capable de changer un jour.
- Pourquoi changer quand on est déjà parfait ?
Chi-Yun le dévisagea de ses yeux oranges. De longues secondes passèrent silencieusement. Finalement, il poussa un soupir résigné sans prendre la peine de répondre. Ginga eut un sourire amusé. Malgré leurs chamailleries – ou grâce à elles plutôt – il sentait que l'amitié qui les unissait n'avait pas faibli au fil des années. Au contraire, elle semblait plus forte que jamais.
- Au fait, fit Mei-Mei en claquant des mains, Madoka m'a envoyée une réception.
- Une invitation Mei-Mei.
- Elle a écrit qu'elle organise une grande fête. Les Wang Hu Zhong seront ravis de venir malgré leurs interdictions.
- Leurs obligations, marmonna Chao-Xin. Tu le fais exprès, avoue.
La jeune femme continua de regarder Ginga sans répondre. Ginga lui sourit. Il était heureux que Madoka mette son projet en route et qu'il commence déjà à porter ses fruits. Ce serait merveilleux de voir tous ses amis réunis !
Chao-Xin afficha un sourire lumineux.
- Mais c'est vrai. De toute façon, sans notre présence, aucune fête ne peut être digne de ce nom.
- Bao et moi comptons aussi venir, déclara Aguma.
Bao hocha discrètement la tête.
- En parlant du message de Madoka, continua Mei-Mei d'une voix chantante et en adressant un clin d'œil à Ginga. Elle m'a parlé d'un projet de mariage ~
Le cœur de Ginga manqua un battement avant de commencer à se débattre dans sa poitrine, comme un cheval affolé, alors qu'une attention curieuse se reportait sur lui. Une intense chaleur se propagea sur ses joues et gagna le reste de son visage jusqu'à sa gorge et ses oreilles. Il priait pour ne pas rougir – ou, au moins, pas trop. Il détourna le visage, gêné. Qu'est-ce qui avait pris à Madoka de raconter une chose pareille ? C'était n'importe quoi. Comme si ça ne suffisait pas qu'elle partage ces absurdités avec Tsubasa et Kyoya... Ginga s'inquiéta. À qui d'autre avait-elle bien pu le dire ? Il gémit intérieurement. Peut-être qu'elle avait écrit cette bêtise dans toutes ses invitations donc à tous leurs amis. En plus, pour une fois, il avait fallu que Mei-Mei fasse une phrase entièrement correcte, ne laissant aucun doute sur sa signification.
Ginga agita les mains dans une tentative désespérée de se défendre.
- M-Madoka a raconté n'importe quoi !
- Kyoya et toi n'avez pas envie de vous marier ? demanda Chao-Xin.
Ginga voulut nier mais les mots refusèrent se franchir ses lèvres. Ce serait un mensonge – de sa part en tout cas. Il opta pour une autre réponse, plus vraie, et qu'il espérait suffisante pour passer à un autre sujet.
Il ne voulait vraiment pas y penser pour l'instant.
- Nous traquons et combattons la Nébuleuse Noire. Nous avons d'autres priorités.
- Sans doute, fit Chi-Yun.
- Vous n'allez pas croire ça ? intervint Chao-Xin, estomaqué. Il a le temps de rendre visite à ses amis. S'il le voulait, il pourrait trouver le temps de penser à sa vie amoureuse.
L'attention qui s'était relâchée se focalisa de nouveau sur Ginga. Son malaise revint avec force puis augmenta jusqu'à le pétrifier. Il ne savait plus quoi dire ou faire. Son esprit s'était complètement vidé.
- Euh... Eh bien...
Aucun de ses amis ne le quitta des yeux. Ça ne l'aidait pas à réfléchir ça. Qu'est-ce qu'il pouvait bien dire ? Il existait forcément un moyen de détourner leur attention.
Finalement, il était bien content que Kyoya ne soit pas venu. Il ne voulait pas qu'il entende parler de cette histoire. Avec leurs taquineries, ses amis le pousseraient dans ses retranchements et Ginga ne pourrait pas...
- Vous avez fini de discuter ?
Les pensées de Ginga se figèrent, comme une proie acculée. Cette voix... Il se retourna lentement. Kyoya ne se trouvait qu'à quelques pas d'eux, les bras croisés. Son expression agacée ne trahissait en rien ce qu'il pensait. Depuis quand il se trouvait là ? Avait-il tout entendu ? Ginga espérait que non. Ce serait terriblement gênant.
Alors qu'il allait lui expliquer la situation – ce n'était pas de sa faute, c'était Madoka qui leur avait raconté n'importe quoi ! – il remarqua l'état de Kyoya. Son compagnon n'était pas blessé seulement quelque chose n'allait pas. Une fine couche de poussière parsemait ses vêtements et ses cheveux, comme s'il avait assisté à un éboulement. Il sortait plus vraisemblablement d'un combat. Son air renfrogné, sans la moindre trace de satisfaction, indiquait que l'affrontement ne s'était pas déroulé comme prévu. Toutefois, il n'avait pas perdu : il n'était pas dans cet état de colère destructrice qui suivait ses rares défaites.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? murmura Ginga.
Kyoya s'approcha de lui, n'adressant même pas un regard aux autres. Il tenait quelque chose dans son poing serré. Ginga lui tendit une main. Sans se faire prier, Kyoya déposa l'objet dans sa paume. Ginga l'examina. Il s'agissait d'une toupie ordinaire, quoique dans un mauvais état. Il la retourna et son boulon accapara toute son attention. Il arborait le symbole de la Nébuleuse Noire. Des dizaines de questions se bousculèrent dans son esprit.
- Comment... ?
- Un type me suivait. J'ai essayé de lui tendre une embuscade mais il a réussi à fuir.
L'agacement de Kyoya se muait peu à peu en colère. Ses paroles devenaient des grognements. Ginga posa une main sur son épaule crispée.
- En hélicoptère. Ce lâche s'est enfui à bord d'un hélicoptère qui avait des propulseurs de toupie automatiques.
- Il y avait donc toute une équipe de la Nébuleuse Noire.
Les crocs de Kyoya se dévoilèrent à ces mots. Ginga exerça une légère pression sur son épaule pour récupérer son attention. Les orbes bleues semblaient prêtes à l'engloutir tant la colère y faisait rage.
- Nous avons bien fait de commencer notre voyage par la Chine alors. Je ne pensais pas qu'on tomberait sur eux aussi vite.
La tempête s'apaisa et, sous sa main, Kyoya se détendit.
- Ils veulent nous surveiller.
- Ils seront d'autant plus faciles à trouver.
L'expression de Kyoya s'adoucit. Ginga profita de cette accalmie pour observer de nouveau le bey. Ils n'avaient toujours aucune idée des intentions précises de Doji mais c'était un début.
- La Nébuleuse Noire se trouve donc en Chine, commenta Chi-Yun.
Ginga se tourna vers ses amis. Il avait été si préoccupé par Kyoya qu'il avait oublié leur présence.
- Il semblerait que notre réseau d'information vieux de quatre mille ans ne soit pas infaillible.
- Ça sert à rien de perdre plus de temps à en parler, marmonna Kyoya. Ils sont partis de toute façon.
- Partis ? s'étonna Bao.
- Ils ont pris la direction de l'ouest. Ils ne vont pas tarder à quitter le pays.
Kyoya reporta son attention sur Ginga.
- On doit partir à leur recherche maintenant. Nous n'avons pas de temps à perdre.
- Bien sûr, mais d'abord je dois parler à Madoka.
Kyoya poussa un grognement agacé. Le combat qui venait de lui passer sous le nez avait érodé le peu de patience qu'il possédait.
- Je ne serai pas long, promit Ginga.
- Y'a intérêt, marmonna-t-il en croisant les bras.
Ginga lui sourit avant de reporter son attention sur Dashan qui les observait tranquillement, sans se vexer du manque de politesse de son compagnon.
- Est-ce que tu peux me prêter votre ordinateur ? Je n'ai rien pris pour communiquer.
- Bien sûr. Suis-moi.
Alors que Dashan prenait tranquillement la direction d'un bâtiment et que Ginga commençait à le suivre, Kyoya lança :
- Dépêche-toi. La Nébuleuse Noire ne va pas s'arrêter toute seule.
Si seulement, ne put s'empêcher de songer Ginga. Mais il ne se berçait pas d'illusions : Doji était d'une incroyable ténacité et rien ne semblait pouvoir le détourner de ses projets. Qu'importe le nombre de fois où Ginga le battait, qu'importe à quel point il était blessé, il revenait toujours. C'en était presque désespérant. Ça le serait sans doute s'il ne pouvait pas profiter de ses missions pour passer du temps avec Kyoya.
- Je fais vite.
- Tu n'as qu'à m'affronter pour passer le temps, proposa Aguma.
Ginga s'arrêta et se retourna. À quelques pas de lui, Dashan fit de même. Tout le monde observa les deux bladers légendaires. Aguma arborait un léger sourire tandis que Kyoya, les bras toujours croisés, ne daignait même pas lui adresser un regard. Son combat avorté contre la Nébuleuse Noire l'avait énervé.
- Je t'ai déjà écrasé plus d'une fois. Ça n'a aucun intérêt.
OK. Vraiment énervé.
- Pardon ? répliqua Aguma, choqué.
- Ouch, grimaça Chao-Xin en secouant une main. Ça doit faire mal d'entendre ça.
- Tes commentaires n'aident pas Chao-Xin, le réprimanda Chi-Yun.
Les autres dévisagèrent Kyoya avec choc. Ginga se souvint alors qu'ils ne l'avaient pas beaucoup fréquenté : ils n'avaient pas l'habitude de son caractère, contrairement à certains de ses plus proches amis qui se contenteraient de l'ignorer et d'attendre que la tempête passe.
- Hey ?
Kyoya ouvrit les yeux et les posa sur lui, clairement ennuyé. Ginga lui sourit.
- Nous allons vite partir à la recherche de la Nébuleuse Noire et les écraser.
L'expression de Kyoya s'adoucit presque imperceptiblement et pourtant la différence parut énorme à Ginga dont le cœur s'allégea.
- Évidemment.
Ginga perçut une note de satisfaction dans sa voix et vit un coin de ses lèvres se soulever.
- Et si tu m'affrontais moi ? proposa Dashan.
Tout le monde se tourna vers lui. Ginga fut le premier surpris par sa proposition. Le capitaine de la Wang Hu Zhong regardait seulement Kyoya, clairement enthousiaste. Kyoya, de son côté, était intrigué.
- Nous n'avons encore jamais eu l'occasion de nous affronter. Ça pourrait être intéressant, tu ne crois pas ?
Kyoya l'observa encore avant que son sourire n'étire un peu plus ses lèvres.
- Mouais.
Le fait qu'il accepte, en cet instant, prouvait qu'il estimait les capacités de Dashan en tant que blader. Il n'affrontait des adversaires faibles que quand il le considérait nécessaire. Là, il voulait se changer les idées donc de la nouveauté et un adversaire puissant.
L'enthousiasme embrasa les veines de Ginga. Ce combat serait magnifique !
- Mei-Mei ? Emmène Ginga jusqu'à l'ordinateur.
- D'accord !
- Quoi ?! s'étrangla le rouquin. Mais je veux assister à ce duel !
Mei-Mei le dépassa en souriant.
- Allez, viens Ginga.
- Mais... je ne peux pas rater ça !
Kyoya croisa les bras et le regarda avec un faux détachement, un éclat moqueur au fond des yeux.
- C'est toi qui a insisté pour parler à Madoka. Vas-y et arrête de me faire perdre mon temps.
Kyoya lui tourna le dos et s'éloigna. Qu'est-ce qu'il pouvait être cruel parfois. Dashan et les autres lui emboîtèrent le pas. À contrecœur, Ginga détacha son regard d'eux et rejoignit Mei-Mei qui s'était arrêtée à quelques mètres de lui, près d'une porte. Ginga accéléra le pas. S'il se dépêchait, il aurait peut-être le temps d'assister au duel.
Ils entrèrent dans une pièce assez confortable. Une table rectangulaire trônait en son centre, encadrée par deux bancs. Au-delà, un ordinateur était posé sur un buffet. Une banquette recouverte d'épais coussins courait le long d'un mur. Un écran de télévision était accroché sur le mur.
Mei-Mei contourna la table et s'approcha du buffet. Elle prit l'ordinateur qu'elle posa sur la table. Tandis qu'elle se connectait, Ginga commençait à trépigner d'impatience. Il pouvait entendre les toupies s'entrechoquer.
Dépêche. Dépêche. Dépêêêcheuh !
Si ça continuait comme ça, il ne pourrait jamais assister à ce duel.
- Et voilà !
- Merci Mei-Mei ! s'écria Ginga en se jetant devant la machine.
La jeune femme eut à peine le temps de reculer. Le visage perplexe de Madoka occupait l'écran.
- Salut Madoka !
Ginga souleva la toupie qu'il tenait toujours dans la main et la colla presque à la caméra. Il la fit tourner dans tous les sens afin que Madoka la voit sous tous les angles.
- Qu'est-ce que... ?
- C'est une toupie de la Nébuleuse Noire. Tu l'as vue ? C'est bon ?
- Eh bien...
- Tant mieux !
Ginga posa la toupie à côté du clavier puis quitta la pièce en courant.
- Ginga ! J'ai des informations à te donner !
- Plus tard ! J'ai quelque chose d'important à faire !
Il jaillit dans la cour d'entraînement et accéléra. Elle était étrangement déserte.
Vite. Vite ! Je ne peux pas manquer ce duel.
XXX
Kyoya s'éloigna tranquillement, le regard de Ginga fixé sur son dos. Une sourire satisfait flottait sur ses lèvres. Son rouquin serait incapable de se concentrer sur sa réunion. Il entendait ses pleurnicheries d'ici. Ginga, tellement prévisible parfois...
Son sourire s'effaça et son expression s'obscurcit. C'était exactement ce que leur ennemi avait dit à son sujet. Ça ne lui plaisait pas. De toute façon, c'était faux. Ginga était certes prévisible parfois, mais, le reste du temps, il était incroyablement déconcertant. Et fort. C'était ce qui faisait de lui un adversaire si redoutable – c'était ce qui avait fait de lui son rival.
Un peu plus léger, il pouvait commencer son duel dans d'agréables conditions. En plus, il allait affronter un adversaire prometteur. Dashan Wang, de l'équipe Wang Hu Zhong. Ce combat serait intéressant, même s'il en connaissait déjà l'issue – il ne pouvait pas perdre.
Dashan et lui marchèrent jusqu'à la cour principale où se trouvait un stadium. Le groupe qui les suivait grandit petit à petit jusqu'à être constituée de ce qui semblait être tous les élèves du Temple de Beilin. Kyoya et Dashan atteignirent le stadium. Ils se placèrent chacun à une extrémité pendant que la foule se dispersait et les entourait pour former un public.
- Observez bien, leur recommanda Chi-Yun. En voyant d'autres combattre, nous pouvons progresser autant qu'en combattant nous-mêmes.
- Entendu !
Les deux bladers se mirent en position d'attaque.
- Prêt à mordre la poussière ?
- Tu ne devrais pas être aussi sûr de toi. Zurafa et moi et réservons quelques surprises.
Kyoya eut un sourire carnassier. Il espérait que ce serait vrai. Plus le combat serait difficile, plus il serait intéressant.
- Trois ! s'écria Chao-Xin.
- Deux ! enchaîna Aguma.
- Un ! conclut Chi-Yun.
- Hyper Vitesse !
Leone et Zurafa percutèrent le stadium, chacun à un bord opposé, puis se lancèrent à la poursuite l'un de l'autre. L'excitation de Kyoya augmenta d'un cran. Il espérait que ce combat ne finirait pas trop vite et qu'il aurait l'occasion d'utiliser au moins un coup spécial.
Les toupies cessèrent de se tourner autour puis se jetèrent l'une sur l'autre afin de pouvoir jauger la force adverse. Kyoya avait confiance en sa capacité d'analyse. Voir et sentir la force d'un adversaire pour le juger. Puis attaquer sa proie et l'achever – pas trop vite, cette fois, pas alors qu'il avait enfin la chance de mener un vrai combat.
Les toupies échangèrent coup sur coup, se contentant de leurs attaques de base. Rien d'extraordinaire ou de spectaculaire. Juste deux forces qui se mesuraient l'une à l'autre.
- Zurafa ! Explosion Destructrice !
Et de percuter Leone avec tant de force qu'il l'envoya dans les airs. Kyoya eut un demi-sourire. Parfait.
- Leone ! Frappe du Vent Inversé du Lion !
Sa toupie fit volte-face dans les airs et forma une tornade qui se précipita vers le stadium. Son adversaire ne tenta pas de fuir.
- Zurafa ! Mur de Fer Solide !
La tempête cacha les toupies à la vue de leurs propriétaires. Les violentes rafales de vent obligeaient tous les spectateurs à plisser les yeux. Bien que concentré sur son combat, Kyoya sentit la présence de Ginga se faire plus proche. Il ne quitta pas le champ de bataille de yeux. Toutefois, un demi-sourire étira ses lèvres. Son compagnon avait trouvé le temps d'assister à son combat. Il allait lui montrer le final, ici et maintenant.
Après une dernière rotation, la tempête s'évapora. Leone tournoyait à quelques centimètres de Zurafa qui, si elle s'était affaiblie, tournait toujours plus vite que ce à quoi il s'attendait.
Les yeux verts de Dashan se plissèrent.
- Je vois. Ce coup spécial est assez tactique. Non seulement il inflige des dommages à son adversaires mais il affaiblit sa vitesse de rotation et le rend plus sensible aux attaques suivantes.
Il sourit.
- Pas mal du tout.
- Et tu n'as encore rien vu des pouvoirs de Leone !
Sur ces mots, le bey émeraude se rua vers son adversaire. Il n'était qu'à quelques millimètres de lui quand Zurafa sembla disparaître. Il se retrouva derrière Leone à le poursuivre. Kyoya montra les dents. Leone n'était pas une proie. Il n'avait à fuir devant personne.
- Et toi, tu n'as jamais eu l'occasion d'affronter Zurafa. Tornade de Lumière !
Un Kirin apparut, enveloppé d'une lumière dorée. Un tourbillon se forma autour de lui, le faisant disparaître, et se rua sur Leone.
- Leone !
Le bey s'arrêta brusquement. Le spectre apparut et se campa sur ses quatre pattes, prêt à résister au choc.
- Malheureusement pour toi, en choisissant le mode Contre-Attaque, tu t'es privé de ton coup spécial le plus puissant.
Kyoya grogna avec agacement. Il ne pensait pas qu'il se souviendrait d'un tel détail après toutes ces années.
La tornade d'or frappa Leone de plein fouet. Ce dernier, les pattes fermement enfoncées dans le sol du stadium, résista de toutes ses forces. Malgré sa résistance, petit à petit, l'attaque de Zurafa parvint à le faire reculer puis à le soulever dans les airs.
- Leone !
La toupie se réceptionna sur le bord du stadium.
- Ce n'est pas fini. Zurafa !
Le tourbillon de lumière continua son chemin vers Leone. Un autre coup comme celui-là risquait de l'envoyer hors du stadium. Kyoya ne laisserait pas une chose pareille arriver.
- Leone ! Explosion Dévastatrice du Lion !
Les trois tornades se formèrent au moment où Zurafa allait atteindre Leone. Sa trajectoire fut immédiatement déviée. Il parvint étonnamment à se diriger vers le sol sûr du stadium en glissant sur les rafales. Kyoya grimaça. Il ne comptait pas le laisser utiliser la puissance de Leone pour se mettre à l'abri. Le coup spécial disparut, ne laissant plus rien à Zurafa pour assurer son équilibre. Leone se précipita vers le point de chute de sa proie qui commençait déjà à se redresser pour bien se réceptionner. Il ne fallait pas lui laisser une seule minute de répit.
- Danse Endiablée des Crocs du Vent !
Cette fois-ci, Zurafa ne put rien faire pour échapper à l'attaque. Le bey fut malmené par l'attaque de son adversaire puis jeté hors du stadium.
- Oh non. Zurafa !
Finalement, il avait eu besoin de trois coups spéciaux pour gagner.
Kyoya récupéra Leone d'un mouvement ample, un sourire fier sur le visage. Il savait depuis le début qu'il allait gagner mais cela ne diminuait en rien la satisfaction de la victoire.
Ginga se précipita pour le rejoindre.
- C'était génial !
Le sourire de Kyoya s'étira un peu tandis qu'il rangeait Leone. Ginga se tourna vers Dashan.
- Vous avez mené un beau combat.
- Merci.
- Maintenant que ces politesses sont finies, on peut partir ?
Le combat avait été, certes, intéressant mais il ne perdait pas leur véritable objectif de vue. Ils n'avaient pas plus de temps à perdre.
Ginga lui effleura la main. Ses yeux miel étincelaient.
- Bien sûr...
- Ginga ! l'interpella durement Mei-Mei.
Un peu surpris, Kyoya glissa son regard vers elle. La jeune femme avançait vers eux, les joues gonflées et les sourcils froncés. Elle s'arrêta près de Ginga, les poings sur les hanches, et se pencha tant vers lui qu'il se cogna contre Kyoya.
- Madoka n'a pas fini de te parler.
- Ah- Ah oui ?
Kyoya laissa échapper un soupir.
- Si je comprends bien, tu as insisté pour perdre notre temps à lui parler et tu n'as pas été fichu de l'écouter jusqu'au bout.
Ginga eut la décence d'avoir l'air gêné.
- Je n'ai pas pu résister à ce duel...
- Celui-là en particulier ?
Ginga fit la moue mais Kyoya n'y prêta pas attention. Tous ceux qui le connaissaient un tant soit peu savaient qu'il était tout simplement incapable de résister à l'appel du combat – que ce soit en tant que spectateur ou en tant que challenger.
Mei-Mei se redressa en souriant.
- J'ai apporté des brioches !
L'agacement de Ginga s'évanouit d'un coup.
- Vraiment ? s'exclama-t-il avec enthousiasme. Génial ! Ça fait une éternité que je n'ai rien mangé.
Kyoya leva les yeux au ciel devant cette exagération. Alors que Mei-Mei leur tournait le dos et repartait, Ginga et lui lui emboîtèrent le pas. Derrière eux, Dashan et Chi-Yun donnèrent des ordres stricts qui furent suivis par de l'agitation : les élèves du Temple se dispersèrent pour reprendre leur entraînement. Puis, quand tout fut en ordre, le reste des Wang Hu Zhong et le Poing de Beilin se lança sur leurs traces. Le groupe se réunit dans ce qui devait être une salle de repos. Une table sur laquelle était posée un ordinateur se dressait en son centre. Le visage de Madoka apparaissait sur l'écran, affichant une expression mi-agacée mi-résignée. Comme Mei-Mei l'avait dit, un plateau de brioches fumantes les attendait aussi sur la table. Leur odeur embaumait la pièce. Évidemment, Ginga les remarqua immédiatement. Il posait un regard affamé sur elles, ignorant tout le reste. Qu'est-ce qu'il pouvait être ridicule des fois !
- Tu ne m'as pas laissé finir tout à l'heure, le réprimanda Madoka.
- Hm, répondit-il, nullement concerné.
La jeune femme soupira, ce que Kyoya parvenait à comprendre. Mais bon, tant que Ginga n'aurait pas mangé, il serait incapable de se concentrer.
Mei-Mei prit le plateau et fit le tour de la pièce pour distribuer les brioches. Les yeux brillants, Ginga parvint à en prendre quatre qu'il tint jalousement dans ses bras. Kyoya en prit deux. Ginga regarda la plateau s'éloigner avec un air désespéré alors qu'il entamait juste la première brioche.
- Vous allez m'écouter maintenant ?
- Mouis.
Madoka pinça les lèvres, vexée, mais dut se contenter de cette réponse.
- Tout d'abord, la toupie que tu m'as montrée n'a rien d'exceptionnel. C'est un ancien modèle, basique, même pas une des toupies synchromes que l'AMBB distribue actuellement.
Son visage disparut, laissant place à un écran d'analyse. Une toupie y figurait, ses cinq parties nettement séparées. Madoka réapparut.
- Vous voyez ? Ce modèle est un Earth Wolf WD-145D. Toutes ces pièces étaient extrêmement communes dans notre jeunesse.
- Dis pas ça comme si on est devenu vieux, se plaignit Ginga.
- Il a raison : je suis encore dans ma belle jeunesse ! s'exclama Chao-Xin.
- Tant mieux pour toi, soupira Chi-Yun.
Kyoya les ignorait. Il rejouait l'attaque dans sa tête, notant le plus de détails possibles.
- Il y avait aussi des toupies Storm et Rock. Peut-être aussi une Poison. Je n'en suis pas sûr.
- Tu t'es fait attaquer par combien de toupie au juste ?
- Une vingtaine, pourquoi ?
Madoka disparut un instant de l'écran avant de se redresser.
- Ce genre de trucs n'arrive qu'à vous...
- Tu as demandé à nous parler juste pour ça ? demanda Kyoya, agacé. Je l'avais parfaitement remarqué sans ton aide.
Madoka pinça ses lèvres.
- Si tu es si doué que ça tu n'as qu'à réparer ta toupie tout seul, marmonna-t-elle si bas que Kyoya devait se concentrer pour distinguer ses paroles. Quel mauvais caractère tu peux avoir. Toujours en train de se comporter comme son altesse avec tes cheveux qui...
Les yeux bleus se plissèrent. Alors elle le prenait comme ça...
- Tu n'as pas une autre information pour nous ? demanda Ginga avant de mordre dans sa quatrième brioche.
Kyoya dévisagea son compagnon, surpris. Il n'avait même pas vu à quel moment il avait fait disparaître les trois autres.
En deux bouchées, Ginga régla le sort de cette brioche puis regarda ses mains vides avec déception, oubliant tout le reste. Kyoya lui tendit la brioche qu'il avait prise pour lui – il n'avait pas faim au point d'en vouloir deux. Ginga l'interrogea du regard. Quand Kyoya acquiesça légèrement, un sourire vint illuminer son visage. Il prit la brioche et lui donna un coup d'épaule affectueux.
- Merci !
L'ombre d'un sourire s'afficha sur les lèvres de Kyoya.
- Si, soupira Madoka. C'est d'ailleurs pour cela que je voulais vous parler et pas seulement parce que j'ai examiné cette toupie.
Les deux bladers reportèrent leur attention sur elle.
- L'AMBB a reçu un message d'Afrique. La Nébuleuse Noire se serait faite remarquer là-bas.
- En Afrique tu dis ? s'étonna Kyoya.
Madoka hocha la tête.
- Ce sont Nile et Damure qui nous ont donné cette information.
- Donc la Nébuleuse Noire se trouvait à deux endroits en même temps, résuma Ginga, songeur. Ça ne m'inspire rien de bon tout ça...
- Qu'est-ce qu'on fait encore là ? s'agaça Kyoya. On devrait déjà être partis !
Si Nile et Damure avaient croisé la Nébuleuse Noire, Kyoya et Ginga devaient immédiatement se lancer à leur recherche. Ils avaient une destination précise. Ils avaient perdu suffisamment de temps à parler. Maintenant, il fallait agir. Traquer leurs proies, les acculer et, enfin, leur donner le coup de grâce.
Kyoya se retournait déjà pour partir.
- Attend.
Il s'immobilisa et jeta un regard agacé à Ginga. Pourquoi tenait-il tant à les retarder ? La Nébuleuse Noire – et Doji, surtout – ne s'arrêterait pas seule. L'impatience et l'appel du combat brûlaient dans ses veines. Il voulait se battre. Il en avait besoin. Pourtant, il obéit, prêt à patienter le temps que Ginga voudrait, même si son impatience augmentait à chaque seconde et qu'il comptait bien lui faire regretter le temps perdu.
- Tu as autre chose à ajouter, non ?
Madoka opina encore.
- Les bladers de la Nébuleuse Noire se dirigeaient vers la Montagne de Brume quand Nile et Damure les ont fait fuir.
Kyoya esquissa un sourire satisfait. Ces minables ne faisaient tout simplement pas le poids face à ses anciens Wild Fang. Ils devraient mieux choisir leurs combats : ils semblaient se faire écraser à chaque fois qu'ils faisaient une apparition quelque part.
À part quand ils fuyaient bien sûr.
- La Montagne de Brume... Là où vivent Tithi et Dynamis. Tu crois que cette histoire a un rapport avec les bladers légendaires ?
- Je n'en ai aucune idée mais vous devriez faire attention à vous les garçons.
- D'accord. Merci Madoka.
La communication fut coupée. Enfin. Ils allaient pouvoir partir et, avec de la chance, combattre rapidement.
Ginga se tourna vers Aguma.
- Tu as entendu ? Il se peut qu'ils en aient après les bladers légendaires.
- Je resterai sur mes gardes.
- Bien, fit Ginga avec un sourire.
Kyoya lui adressa un regard agacé puis indiqua la porte d'un signe de tête. Ginga opina en réponse.
- Nous allons devoir partir.
- Je comprends, déclara Dashan. Cependant, j'aurais préféré que vous passiez plus de temps avec nous et t'affronter une nouvelle fois.
- Nous en aurons l'occasion lors de la fête de Madoka.
Kyoya fronça les sourcils. De quelle bêtise il parlait encore ?
Une étincelle amusée s'alluma dans les yeux verts.
- Tu as raison. Nous nous retrouverons là-bas.
- Et ce sera génial, mec ! Parce que je serai là et que je sais m'amuser et mettre l'ambiance, moi.
- Nous le savons tous Chao-Xin, soupira Chi-Yun. Malheureusement.
Kyoya trépignait d'impatience. Ils n'en finissaient donc jamais avec ces au-revoir ? La Nébuleuse Noire quitterait l'Afrique avant même qu'ils n'atteignent l'aéroport à ce rythme-là. Elle aurait peut-être même le temps de finir de mettre ses plans à exécution – quels qu'ils soient.
- Nous allons surveiller tout ça de notre côté grâce à notre réseau d'information vieux de quatre mille ans, ajouta Dashan. Nous vous préviendrons dès que nous aurons du nouveau.
- Merci Dashan.
Et, enfin, ils purent partir. Kyoya sortit de la salle à grands pas et traversa la cour. Ginga n'eut pas le temps de traîner parce qu'il voulait rester à son niveau. Il entendit les autres les suivre mais il ne leur jeta pas un regard contrairement à Ginga qui se retournait sans cesse pour leur adresser un sourire ou pour leur parler. Tout autour d'eux, les élèves s'étaient remis à l'entraînement. Le bruit des toupies s'entrechoquant et les cris résonnaient tout autour d'eux, parfaitement coordonnés. L'esprit de groupe et d'appartenance étaient vraiment forts ici. Kyoya ne voyait pas comment ils pouvaient se renforcer ainsi, sans ce désir brûlant de vaincre pour soi grâce à une force acquise seul.
Ils finirent par atteindre la porte que Kyoya ouvrit. Au-delà de la corniche, les escaliers descendaient dans les nuages. Le soleil déclinait lentement dans le ciel. S'ils se dépêchaient, ils pourraient avoir un vol avant la nuit.
Kyoya franchit le seuil du Temple de Beilin et jeta un coup d'œil ennuyé par-dessus son épaule. Ginga traînait. Encore et toujours.
- Au revoir. Merci pour tout.
- Au revoir, répondirent les autres en chœur.
Enfin, Ginga le rejoignit et ils commencèrent la descente.
- Au fait ! s'écria Mei-Mei. Tu nous préviens si ce dont Madoka m'a parlé prend forme, d'accord ?
Ginga s'arrêta. Kyoya laissa échapper un grognement avant de s'immobiliser à son tour. Ils ne partiraient donc jamais ?
Son compagnon cligna plusieurs fois des yeux.
- Ce dont... Madoka a parlé ?
Mei-Mei lui fit un clin d'œil.
- Oui, tu sais. Le truc.
Les voilà qui parlaient en code en plus. S'ils essayaient de faire des cachotteries, c'était raté – tout ce qu'ils réussissaient à faire, ainsi, c'était attirer l'attention sur leurs paroles.
Kyoya allait ordonner à Ginga de se dépêcher quand le rouquin rougit. Ses mots moururent sur ses lèvres. Qu'est-ce qu'il lui prenait ?
- Je vous ai déjà dit qu'elle avait raconté n'importe quoi !
Seuls des rires lui répondirent. Sous le regard interloqué de Kyoya, Ginga se crispa et se retourna brusquement. Il s'éloigna en courant.
- Tu viens Kyoya ?
Une partie de Kyoya se vexa – ce n'était pas lui qui n'avait cessé de les ralentir – tandis que le reste tentait toujours de décrypter la réaction de Ginga. Il se lança à sa poursuite et le rattrapa assez rapidement. Ginga ne ralentit que lorsque le Temple de Beilin eut disparu derrière eux, flouté par la distance et englouti par les nuages. Sa respiration était erratique. Il avait du mal à reprendre son souffle.
- Qu'est-ce qui t'a pris ?
Ginga sursauta et lui jeta un regard affolé.
- Oh ça ? Ce n'est rien. C'est juste Madoka qui leur a raconté des bêtises et ils l'ont crue.
Il se passa une main sur la nuque en lui adressant un sourire timide. Kyoya le dévisagea un instant supplémentaire avant de reporter son attention sur leur route. Cette excuse lui paraissait parfaitement crédible.
- On repart ?
Ginga acquiesça d'un signe de tête.
Ils reprirent leur route plus tranquillement. Quand ils atteignirent la ville, le ciel se drapait de teintes crépusculaires.
- On aurait peut-être dû rester au Temple de Beilin pour dormir.
- On aura tout le temps de dormir dans l'avion.
Ils allaient passer plusieurs heures immobiles, autant qu'elles servent à quelque chose. Ginga ne semblait pas convaincu.
- N'empêche, c'est pas juste. Tu t'es amusé et moi je n'ai fait que parler.
Bien fait.
- Te moque pas.
- J'ai rien dit.
- T'en as pas besoin.
Kyoya réprima un sourire. Ils atteignirent la ville puis se rendirent de nouveau dans un aéroport, supportant son enfer pour la quatrième fois de la journée. Kyoya croisa les bras dès qu'ils rejoignirent une file d'attente. Non, il ne devait lancer Leone sur personne, même si tous ces abrutis le méritaient. Ce serait une perte de temps et d'énergie inutile.
Kyoya se concentra sur leur environnement tandis qu'ils avançaient place par place dans la file. Personne ne leur prêtait attention. Enfin, personne ne les dévisageait de la manière dont le ferait un ennemi : avec une insistance hostile qui le mettait immédiatement sur ses gardes. Aucun ennemi ne semblait les avoir suivi ou attendu ici. Malgré ce constat, Kyoya demeurait aux aguets. Ils pouvaient surgir n'importe quand et il tenait à être prêt quand cela arriverait.
Il laissa Ginga leur commander deux billets pour le prochain vol vers l'Afrique et les paya. Ils avaient plus d'une heure à patienter avant de pouvoir partir. Une heure de plus...
Ils s'installèrent dans le hall d'attente, un peu à l'écart des autres passagers pour être plus tranquilles. Si certains se permettaient de les dévisager, un seul regard de Kyoya les dissuadait de s'approcher. Parfait. Il n'avait aucune envie de se faire importuner.
Il sortit un élastique de son sac et entreprit de rassembler ses cheveux.
- Qu'est-ce que tu fais ?! s'offusqua Ginga.
Kyoya glissa un regard vers lui. Il le dévisageait, bouche bée, et l'air presque désespéré. Non. L'air désespéré.
- Ça se voit, non ?
- Mais c'est... injuste !
- Tu exagères.
Ginga fit la moue.
- Je préfère quand tu as les cheveux lâchés.
- Je sais, marmonna Kyoya en se mettant à regarder la baie vitrée, gênée.
Même s'il ne l'avait jamais admis devant Ginga – ni personne d'ailleurs – , c'était pour cette raison qu'il ne les attachait presque plus. Il adorait quand Ginga lui faisait des compliments, il se sentait flatté dès qu'il le regardait et c'était... ridicule. Incroyablement, désespérément ridicule. Encore plus ridicule que la passion de Ginga pour les hamburgers.
- Sauf que c'est plus pratique comme ça.
Ginga poussa un soupir déchirant.
- Doji me gâche vraiment la vie.
Kyoya se tourna vers lui, surpris.
- Avec tout ce qu'il cause comme problèmes, c'est ça ta limite ?
- Ça te va vraiment bien.
Il disait cela comme si c'était une excuse valable. Kyoya secoua la tête avec agacement – et, de manière ridicule, il ressentait aussi de la joie face aux compliments de Ginga... quelle honte.
Il décida de regarder par la baie vitrée et de penser à autre chose.
La main de Ginga effleura la sienne. Kyoya tourna la tête vers lui. Il souriait.
- Finalement, on va devoir abandonner notre liste.
Kyoya haussa les épaules, sans briser leur contact.
- Ça m'aurait agacé de la suivre sans rien trouver de concret.
Le sourire de Ginga s'élargit.
- Tu as raison : c'est mieux comme ça.
Kyoya opina lentement. Ils se rendaient en Afrique alors que la prochaine étape de leur liste se situait en Europe – ce qui leur aurait fait perdre un temps précieux et aurait donné une avance considérable à l'adversaire. Au pied de la Montagne de Brume. Avec agacement, il songea que Tithi y vivait. Il espérait ne pas le croiser : le gamin avait le don de lui taper sur les nerfs. Pas autant que Yû ou pire que quand ils étaient réunis tous les deux. Mais c'était déjà trop pour lui.
D'un autre côté, il verrait ses anciens équipiers. L'idée ne lui était pas désagréable... même s'il n'aurait jamais fait un tel détour juste pour les voir. Il n'était pas Ginga et ne partageait pas ses idées neuneus sur l'amitié.
Mais... ce ne serait pas si mal.
Fin du chapitre 3
