Disclaimer : MFB ne m'appartient pas.


Chapitre 4 : La contrée sauvage


Perché sur un rocher, Kyoya regardait tout autour de lui. Une nature sauvage s'étendait à perte de vue. Il n'y avait pas une seule trace d'activité humaine à l'horizon. Juste la savane. C'était parfait. Un arbre au loin brisait la régularité du paysage. Une ligne nette séparait les hautes herbes couleur sable qui recouvraient le sol du bleu aveuglant d'un ciel sans nuage. Des bruits signalaient de temps en temps la présence d'animaux – aucun de ces bruits ne se rapprocha trop d'eux, maintenus à l'écart par sa présence menaçante. Le soleil brûlait presque sa peau. Il adorait cet endroit, et la liberté qu'il représentait. Il savourait l'espace et la liberté que la savane lui offrait. Il était resté immobile dans un espace confiné bien trop longtemps. Des heures. Il leur avait fallu des heures pour rallier l'Afrique depuis la Chine. Sans compter le voyage qu'ils avaient fait du Japon à la Chine et le temps qu'ils avaient passé au Temple de Beilin. Kyoya en avait assez d'être immobile. Assez d'être enfermé. Et la savane autour de lui lui offrait tout ce dont il avait besoin pour l'instant.

Ce serait encore mieux une fois qu'il y aurait des combats.

Un léger mouvement attira son attention. Assis à côté de lui, les jambes pendant dans le vide, Ginga s'étirait. Il ramena ses bras contre lui et s'appuya contre les jambes de Kyoya.

- On aurait dû prendre une voiture.

Kyoya renifla. Pourquoi vouloir être de nouveau enfermé quand on pouvait avoir une telle liberté ?

Ginga leva la tête vers lui.

- On serait déjà arrivés.

- Ce n'est pas si loin. Il ne nous reste pas beaucoup de chemin à faire.

Ginga grimaça.

- Quoi ?

- Quand tu dis qu'il n'y a pas beaucoup de chemin... c'est d'après les critères d'une personne normale ou d'après les tiens ?

Kyoya lui donna un léger coup en réprimant un sourire.

- Arrête de te plaindre et lève-toi. On n'a pas de temps à perdre.

Il quitta son perchoir d'un bond. Ses pieds s'enfoncèrent légèrement dans la terre aride quand il se réceptionna. Il se remit immédiatement en route.

- Hé ! Attends-moi !

Kyoya ne prêta pas attention à Ginga. Celui-ci se laissa tomber du rocher puis courut pour le rejoindre. Il l'atteignit en seulement quelques secondes, prouvant à Kyoya qu'il avait bien fait de ne pas l'écouter. Il lui restait encore de l'énergie, malgré ce qu'il prétendait.

Ils progressèrent silencieusement. Il fallut moins de cinq minutes pour qu'un point n'apparaisse à l'horizon. Une ville. Elle grossissait et se précisait à chacun de leurs pas. À côté de lui, Ginga trépignait. Kyoya s'attendait à tout moment à le voir courir vers la ville puis s'effondrer en chemin. Elle était encore loin, ils devaient ménager leurs forces – et profiter un peu plus de ce monde sauvage était un bonus non négligeable. Quand toute cette histoire serait terminée, Kyoya devrait se rendre dans un lieu comme celui-ci pour s'entraîner. Avec Ginga, bien entendu. Mais, pour l'instant, il devait se préoccuper d'autre chose : de ses futurs combats. De la destruction de Doji. Du fait qu'il allait voir ses anciens coéquipiers.

Un bruit qui n'appartenait pas à leur environnement attira son attention. Il se tourna vers Ginga. Le rouquin avait une main posée sur sa bouche et tentait de camoufler un sourire – et un rire. Mais c'était impossible : ceux-ci brillaient dans ses yeux et transparaissaient dans toute son expression.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Rien.

- Ginga.

L'interpellé laissa son bras retomber contre lui. Il n'essayait plus de cacher son amusement.

- Pas la peine de grogner. C'est juste que...

Il fit glisser ses doigts sur sa joue, écartant une mèche de cheveux de son visage. Kyoya frissonna. Il lutta contre son envie de plaquer sa main sur sa joue et de fermer les yeux pour savourer ce simple contact.

Le sourire de Ginga brilla un peu plus.

- Tu as hâte de les revoir n'est-ce pas ?

- De quoi ?

Là, tout de suite, Kyoya luttait de tout son être pour ne pas fermer les yeux et pour repousser son envie grandissante de se blottir contre Ginga. Il n'était pas un foutu chat !

La main qui continuait de brosser sa joue tendrement ne l'aidait pas à se concentrer.

- Des Wild Fang.

Kyoya ouvrit les yeux et s'écarta. Ginga ne cessa pas de sourire.

- Arrête de raconter n'importe quoi. Je ne suis pas comme toi.

- Je sais, mais ce sont tes amis.

Kyoya leva les yeux au ciel puis recommença à marcher. Il n'avait pas de temps à perdre avec ce genre d'idioties. Ils n'auraient jamais dû s'arrêter en premier lieu.

Ginga le suivit sans rien ajouter. Tant mieux. La prochaine fois qu'il prononcerait un mot, Kyoya le laisserait au plein milieu de la savane. On verrait comment le porteur de Pegasus réussirait à s'orienter et à se débrouiller seul dans cette nature indomptable. Il ne tiendrait pas deux jours.

- Oh, tu ne va pas bouder, hein ?

… Il ne survivrait pas à cette journée s'il continuait comme ça.

- Allez Kyoya...

Kyoya ne lui prêta pas attention. Il regardait droit devant lui, où la ville et les informations concernant la Nébuleuse Noire se trouvaient.

Un bras se referma sur sa taille et Ginga se plaça face à lui. Il n'eut d'autre choix que s'arrêter. De son autre main, Ginga caressa sa joue. Kyoya tourna la tête.

- Lâche-moi, ordonna-t-il sèchement.

- Ce voyage est super. On est tous les deux, il y aura des combats... Arrête de faire la tête et ce sera parfait.

Kyoya croisa les bras.

- Ce sera parfait quand je t'abandonnerai dans un endroit dangereux et que tu te feras bouffer.

- D'accord, mais tu peux arrêter de faire la tête jusque-là ?

OK. Là, il ne voyait pas du tout quoi répondre.

- Merci.

Ginga plaça ses deux mains au bas de son dos et l'attira contre lui pour l'embrasser. Kyoya se crispa. Il ne voulait pas se calmer, pas maintenant – Ginga l'agaçait à être toujours tellement... lui-même – mais il abandonna bien vite. Comme à chaque fois. Il était incapable de s'énerver contre lui bien longtemps. Il était incapable de rester en colère en sa présence.

Ginga brisa le contact et le regarda.

- On y va ?

- Ce n'est pas moi qui nous fais perdre du temps.

- C'est vrai.

Ginga le lâcha et ils purent repartir. La ville grandit, grandit, jusqu'à occuper tout leur champ de vision. Il n'y eut plus qu'un labyrinthe de bâtiments en pierre autour d'eux et une terre aride sous leurs pas.

- On doit retrouver Nile et Damure dans quel restaurant ?

- On ne les retrouve pas dans un restaurant.

Ginga tourna lentement son visage vers lui, clairement choqué. Kyoya se hérissa. Il ne disait rien d'étrange ni d'insensé. Ginga n'avait pas à réagir comme ça. C'était vexant.

- C'est de la maltraitance !

- Comment ça ?

Ginga le pointa du doigt.

- C'est ça que tu as fait subir à ton équipe pendant les Championnats du Monde ? Les pousser à s'entraîner sans cesse, traverser des lieux dangereux et sans même partager un bon repas avec eux ?

- On devait s'entraîner pour des combats. C'était pas un voyage entre amis.

- L'un n'empêche pas l'autre.

Ginga se redressa, bras croisés, et secoua la tête de manière solennelle.

- Je ne quitterai pas cette ville avant d'avoir eu un bon repas.

- Quoi ? Mais la Nébuleuse Noire...

- Ne pourra pas être vaincue si je meurs de faim.

Kyoya grogna. Qu'est-ce que Ginga pouvait l'agacer des fois ! Il ne pouvait même pas lui donner tort. Ils venaient de faire plusieurs dizaines de kilomètres de marche. La logique voulait qu'ils rechargent leurs batteries avant de continuer. Même si Kyoya voulait continuer sur leur lancée, c'était une mauvaise idée. Ce serait contre-productif si l'un d'entre eux – Ginga, forcément – s'écroulait en cours de route à cause de la faim.

- On est d'accord pour le restaurant ?

Kyoya opina. Affamer Ginga était une mauvaise idée alors qu'un repas en tête à tête ne serait pas un moment si horrible.

Il avait même plutôt hâte.

Ils se dirigèrent vers l'autre côté de la ville, où Nile lui avait dit que Damure et lui les attendraient quand il les avait contacté à l'aéroport. Maintenant qu'il y pensait, il se rendait compte qu'il aurait pu lui demander les informations dont il avait besoin à ce moment-là. Ou que Nile aurait pu penser à les lui donner.

Il n'en parlerait jamais à Ginga. Jamais. Il s'imaginerait encore des histoires sur l'amitié qui les unissait alors que Nile et Damure était ses anciens coéquipiers et que, s'il appréciait leur calme – caractéristique que ne possédait pas la plupart des amis de Ginga – ça ne faisait pas d'eux ses amis. Tout le monde n'était pas comme Ginga, à avoir besoin de nouer des liens avec toutes les personnes dont il croisait le chemin.

Nile et Damure apparurent dans son champ de vision. Ils attendaient tranquillement au seuil de la ville, comme ils l'avaient indiqué.

Avant que Kyoya ne s'en rende compte, ses lèvres se courbèrent légèrement. Il n'avait que trop rarement l'occasion de les voir.

Ginga et lui les rejoignirent en quelques pas.

- Kyoya, Ginga, cela faisait longtemps, les salua Nile.

Kyoya opina. Ginga demeura étrangement silencieux à ses côtés. Ce n'était pas normal. Il aurait dû au moins leur lancer un "bonjour" enthousiaste. Il saluait toujours les gens de manière enthousiaste.

Kyoya tourna la tête vers lui. Ginga arborait une expression qu'il devait vouloir neutre mais une certaine inquiétude transparaissait dans ses yeux ainsi que dans le fait qu'il se pinçait les lèvres. Il était bien trop expressif pour être capable de totalement masquer ce qu'il ressentait.

Kyoya lui effleura la main et, par ce simple geste, lui demanda ce qui n'allait pas. Ginga sursauta. Son inquiétude fut totalement mise à nu avant qu'un sourire ne vienne s'afficher sur son visage. Il était presque convaincant. Presque. Il le serait sûrement pour quelqu'un d'autre, quelqu'un qui ne le connaissait pas aussi bien. Kyoya était vexé que Ginga croit que cela suffirait, vexé que Ginga ressente le besoin de lui cacher quelque chose. Vexé et blessé.

Ginga se précipita vers Nile et Damure et les entraîna derrière lui. Les anciens Wild Fang étaient trop surpris pour réagir.

- Je te les rends tout de suite ! lança Ginga par-dessus son épaule.

Ils disparurent dans une ruelle.

Kyoya resta figé, fixant le bâtiment derrière lequel ils s'étaient cachés. Ginga ressentait le besoin de lui cacher des choses, mais il allait l'expliquer à ses Wild Fang alors qu'il ne les connaissait pas vraiment : ils faisaient partie de sa sphère, pas de celle de Ginga.

Les poings de Kyoya se serrèrent jusqu'à lui faire mal. Mais il ne les desserra pas. Ils étaient toujours serrés quand Ginga revint avec Nile et Damure quelques minutes plus tard, un sourire forcé sur le visage.

- On va discuter de cette histoire de Nébuleuse Noire dans une auberge. Damure dit qu'il y en a une en ville.

- Fais ce que tu veux.

Ginga cessa la comédie : il perdit son sourire factice.

- Quelque chose ne va pas ?

- J'en ai assez de perdre du temps. Plus vite on finira cette discussion, mieux ce sera.

-... D'accord.

Le petit groupe laissa Damure les conduire jusqu'à l'auberge qui faisait aussi office de restaurant. Il faisait frais à l'intérieur, grâce aux épais murs de pierre que la chaleur du soleil ne parvenait pas à traverser.

Ils s'installèrent à une table dans un coin de la salle, un peu à l'écart du reste, même s'il n'y avait presque personne à cette heure de la journée. Ils voulaient autant de tranquillité que possible.

Nile et Damure prirent place d'un côté de la table, Kyoya et Ginga de l'autre. Quand Ginga fit mine de lui prendre la main, Kyoya se poussa. Ginga perdit toutes ses couleurs et garda les yeux fixés sur la table.

Le silence qui était jusque là supportable s'emplit de malaise.

- Donc ? fit Kyoya pour lancer la conversation.

Plus vite ses anciens équipiers lui diraient ce qu'ils voulaient lui dire, plus vite il pourrait partir d'ici et se battre. Il avait besoin de se battre. Ce n'était plus un bonus intéressant de leur voyage. Il devait écraser des adversaires. Maintenant, si possible.

Nile haussa un sourcil, lui faisant comprendre qu'il voyait que quelque chose n'allait pas. Kyoya s'en moquait. Il voulait juste partir d'ici et mener des combats. C'était tout ce qui importait à présent.

- Damure et moi nous promenions. C'est alors qu'il a remarqué quelque chose d'inhabituel : plusieurs personnes, avec des uniformes noirs, qui marchaient en formation. Nous avons décidé de voir ce qu'ils fabriquaient.

Damure hocha la tête pour appuyer ses paroles.

- Quand nous avons été assez près, j'ai vu qu'ils avaient ce symbole violet sur l'épaule.

- C'est étrange, commenta Kyoya.

La Nébuleuse Noire ne devrait pas être aussi visible. Des uniformes, des entrées et sorties en hélicoptère, leur symbole en évidence... Kyoya n'aimait pas ça. On aurait dit qu'elle voulait que tout le monde remarque sa présence. Pire, qu'elle voulait être trouvée. Et les seules personnes sur sa piste étaient Ginga et lui.

- Nous les avons rattrapés devant le Labyrinthe de Brume, continua Nile. Comme ils n'ont pas voulu nous expliquer la raison de leur présence, nous les avons combattus.

- Leurs toupies avaient le même symbole sur leurs boulons. Il y en avait plusieurs sortes différentes, mais toutes de la génération métal.

- Comme celles qui ont attaqué Kyoya...

Nile et Damure furent surpris. Kyoya retint un soupir agacé. Il ne voyait pas la peine de s'appesantir là-dessus.

- Et après ? demanda-t-il.

- Nous les avons vaincus, répondit Nile comme si c'était une évidence – ça l'était, vu son niveau et celui de ses adversaires. Ils se sont dispersés en abandonnant leurs toupies sur place.

Et autant de preuves de leur présence.

- Dynamis ? s'inquiéta Ginga.

- Il va bien. Aucun de ces hommes n'a pris la direction de la Montagne de Brume. Nous sommes allés le vérifier auprès de lui.

Les bladers de la Nébuleuse Noire avaient fait tout ce chemin pour aller à la Montagne de Brume et ils n'avaient pas insisté davantage pour atteindre leur destination ? Ils avaient abandonné dès le premier combat ? Ils n'étaient ni forts, ni courageux, mais ils essayaient de remplir leurs missions normalement. Doji était-il tombé si bas ?

- Tant mieux, répondit Ginga. Est-ce que vous savez où ils sont allés ?

- La plupart sont partis vers le nord mais comme je vous l'ai dit, ils se sont dispersés. Ça va être difficile de trouver une piste sérieuse.

Des pas s'approchèrent de leur table. Un homme souriant apparut.

- Vous voulez manger quelque chose ?

Kyoya se leva. Il en avait assez d'être enfermé ici.

- Je croyais qu'on allait manger ici...

- Je n'ai pas faim. Je t'attendrai dehors.

Sur ces mots, il quitta le restaurant. La ville lui offrait un peu plus d'espace mais ce n'était pas suffisant. Il en voulait plus. Il en avait besoin.

Kyoya se dirigea vers la sortie de la ville la plus proche. On ne pouvait pas dire qu'il y avait beaucoup de monde mais c'était trop. Kyoya se sentit mieux dès qu'il quitta la ville. Il avisa un amoncellement rocheux pas trop loin. Il l'escalada et s'y installa pour attendre. Mais est-ce qu'il le devait ? Il pouvait partir aussi. Il pourrait avancer à l'allure qu'il voudrait sans avoir Ginga dans les pattes. Il s'en était toujours merveilleusement bien sorti seul. Certaines choses ne changeaient pas. Il devrait partir là, maintenant, et s'occuper lui-même du sort de la Nébuleuse Noire.

Il fut incapable de se lever et de s'éloigner. Il avait promis à Ginga qu'ils feraient ce voyage et ces combats ensemble. Ginga allait bientôt le rejoindre.

Ginga qui lui cachait des choses.

Rien que pour cela, Kyoya devrait partir sans lui. Qu'est-ce qu'il avait à l'attendre comme ça ? La vie de couple l'avait affaibli.

Une ombre projeta sa fraîcheur sur lui. Il se crispa mais il ne se retourna pas.

- Tu ne devais pas manger ?

- J'ai pris commande. Ce sera bientôt prêt.

- Tu devrais y aller alors.

Ginga descendit de leur perchoir. Alors que Kyoya pensait qu'il allait obéir, Ginga se plaça face à lui. Kyoya devait légèrement baisser la tête pour le regarder dans les yeux, comme avant. Ginga posa ses mains sur ses genoux et le questionna du regard. Et Kyoya était en colère parce qu'il lui suffisait d'être là et de le toucher pour qu'il se sente mieux.

- Qu'est-ce qui ne va pas ? Tu étais si bien tout à l'heure. C'est parce que j'ai dit que les Wild Fang sont tes amis ? Ça t'a agacé à ce point ?

- Rien à voir.

Les mains de Ginga reposaient toujours sur lui et ses yeux ne le quittaient pas, lui apportant de plus en plus de réconfort.

- C'est quelque chose que j'ai fait ?

Kyoya grogna. Pourquoi Ginga le comprenait toujours si facilement ?

- Quelque chose que j'ai fait entre le moment où on est arrivés en ville et le restaurant. Est-ce que c'est quand j'ai parlé à Nile et à Damure, c'est ça ?

Kyoya serra les dents. Il ne répondrait pas à ça. Ginga pouvait faire toute les théories qu'il voulait s'il le souhaitait.

- Je... hm... Je ne voulais pas te déranger avec ça.

Ginga se mit à pianoter sur ses genoux et détourna le regard. Ses joues rosirent légèrement.

- Tu te souviens quand j'ai dit que Madoka avait raconté une bêtise aux Wang Hu Zhong ?

Il fit une pause mais Kyoya ne prit pas la peine de répondre. Ginga lui jeta un bref coup d'œil avant de continuer.

- Et bien... j'ai pensé qu'elle avait dit la même chose aux Wild Fang et à tous les autres. Elle l'a sûrement mis dans l'invitation qu'elle a envoyé pour la fête qu'elle organise. Et... et je ne voulais pas qu'ils t'embêtent avec ça.

Les joues de Ginga s'assombrirent et il déglutit. Kyoya était intrigué. Il se plaignait souvent – et à juste titre – des taquineries de Madoka mais il n'avait jamais été gêné à ce point.

- Elle... elle leur a dit que... que nous allons... nous marier.

Pendant un instant, Kyoya ne fut pas certain d'avoir compris ses paroles. Un instant seulement. Il s'empourpra violemment. Il détourna le visage avant que Ginga ne s'en rende compte. Il n'était pas le genre de personne à rougir. Ce n'étaient pas les... imbécillités de Madoka qui allaient changer ça.

Il n'arrivait pas à croire qu'elle ait remis ce sujet sur la table.

Kyoya repoussa les mains de Ginga et se leva.

- On devrait y aller.

Il n'avait aucune envie de s'appesantir sur le sujet.

Il repartit vers la ville sans attendre de réponse de la part de Ginga. Il voulait se calmer avant de lui faire face. Il était ridicule de réagir ainsi. Surtout à propos d'une taquinerie aussi stupide. C'était la deuxième fois en plus. Il devrait pouvoir y réagir de façon impassible.

Quand il atteignit le restaurant, son visage avait retrouvé sa température normale. En tout cas, sa peau était moins chaude. Enfin... il en avait l'impression. Il l'espérait. Il avait encore moins envie de faire face à ses anciens coéquipiers qu'à Ginga ainsi.

Il retourna à sa place en leur adressant un regard agacé. Ginga les rejoignit quelques secondes plus tard. Il laissa une certaine distance entre eux et leurs regards ne se croisèrent pas. Un malaise entre eux... voilà tout ce qui manquait à leur voyage.

Le serveur vint poser leurs repas sur la table. Kyoya fut surpris de ne pas voir une pile de hamburgers devant Ginga. Il ne devait pas y en avoir dans un si petit restaurant dans une ville perdue au milieu de nulle-part.

Ginga poussa une assiette devant lui.

- J'avais commandé quelque chose pour toi. Je comptais te l'apporter.

Kyoya opina et fit mine de s'intéresser au contenu de son assiette. Ginga, lui, reporta immédiatement son attention sur Nile et Damure.

- Ça vous dirait de nous accompagner jusqu'au Labyrinthe de Brume ?

- Pourquoi pas. Ça fait longtemps qu'il n'est rien arrivé d'aussi intéressant dans le coin. Ce sera divertissant.

Kyoya jeta un coup d'œil à ses anciens équipiers. Nile parlait avec calme, comme toujours, même si l'envie de combattre transparaissait dans sa voix. Damure voulait sincèrement leur apporter son aide. Une autre lueur brilla un instant dans les yeux de Nile. Une lueur... amusée.

Kyoya trouverait un moyen de faire payer sa plaisanterie à Madoka.


XXX


À quelques pas devant lui, Kyoya avançait avec assurance. Ginga ne pouvait s'empêcher de l'observer. Il était tellement à l'aise, tellement à sa place... Dans ce genre de moment, Ginga avait du mal à se souvenir qu'il venait d'une ville japonaise – une vraie, pas un petit village perdu au milieu de la nature comme Koma – et plus encore qu'il possédait une entreprise. Kyoya avait l'air parfaitement à sa place ici, alors qu'il marchait à travers la savane et que les animaux s'écartaient de son passage, le reconnaissant comme le seigneur de la nature qu'il était. Il avançait comme si ce lieux sauvage lui appartenait, comme s'il savait qu'il en était le roi. Il était tellement lui, en cet instant, que le cœur de Ginga se serrait à lui faire mal et qu'il n'osait pas respirer trop fort de peur de briser ce tableau, absolument magnifique.

Ils devraient voyager en Afrique plus souvent.

Un pincement de regret toucha Ginga quand ils arrivèrent à destination. Il se promit de revenir avec Kyoya dès qu'ils auraient vaincu la Nébuleuse Noire. Ou, au moins, dès qu'ils auraient arrêté leurs plans de cette fois. Si Doji leur échappait encore – ce qui n'était malheureusement pas improbable – il n'était pas prêt à attendre des mois voire des années avant de revoir Kyoya dans cet environnement.

Kyoya poussa quelque chose avec sa chaussure. Un éclat de lumière brilla. Ginga s'approcha. Il s'agissait d'une toupie. En regardant plus attentivement, il se rendit compte qu'il y en avait partout autour d'eux. Il y en avait plusieurs dizaines même. Visiblement, ce n'était pas un petit escadron qui avait attaqué Nile et Damure.

- C'est ici que vous vous êtes battus ? demanda Kyoya.

- Oui.

- C'est bizarre, murmura Damure.

Ils se tournèrent tous les trois vers lui. Ses yeux balayaient le sol désertique au loin, focalisés sur quelque chose.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Ginga.

Damure pointa une direction du doigt. Ginga et Kyoya levèrent la tête pour regarder ce qu'il leur indiquait. Ginga avait beau se concentrer, il ne voyait rien.

- Tu es sûr que c'est par là ?

- Oui, ce n'est pas très loin.

Nile laissa échapper un soupir. Il les dépassa et se dirigea dans la direction indiquée par Damure.

- Allons-y.

Ginga lui emboîta le pas. Ils marchèrent de longues minutes et allèrent bien plus loin que ce que les limites de son champ de vision lui permettaient de voir.

- C'est ici.

Ginga observa le sol. Il captait enfin des éclats métalliques qui changeaient de place à chaque fois qu'il bougeait. Il avança jusqu'à eux. C'étaient des boulons en métal. Seulement des boulons.

Ginga se pencha et ramassa l'un d'eux. Il ne fut pas surpris de voir le symbole de la Nébuleuse Noire gravé dessus.

- Intéressant, murmura Kyoya.

Ginga leva la tête. Un éclat féroce brillait dans les yeux de Kyoya tandis qu'il fixait le morceau de toupie. Ses lèvres étaient courbées en un sourire de prédateur que son croc accentuait. Un frisson parcourut Ginga. Il se préparait au combat, à traquer et à écraser ses adversaires.

- Il n'y a pas beaucoup de ces soldats qui se sont enfuis par là, commenta Nile. En tout cas, pas autant qu'il y a de toupies. Tu sais ce que ça signifie ?

Nile le savait visiblement et ne posait la question que pour la forme.

Le sourire de Kyoya s'accentua ainsi que son allure sauvage qui se traduisit jusque dans son attitude. Ginga ne savait pas comment c'était possible alors qu'il ne bougeait pas mais il ne le quitta pas des yeux, fasciné.

- C'est une invitation.

Kyoya tourna la tête et plongea son regard dans la jungle qui ne se trouvait qu'à une dizaine de mètres d'eux.

- Qu'est-ce qu'il y a là-bas ?

- La jungle des disparus et, en son cœur, les Ruines du Conflit.

Il jeta un coup d'œil à Nile.

- C'est un nom... prometteur.

- Ce lieu est réputé pour être maudit, précisa Nile. Il y aurait eu une guerre pour s'en emparer il y a longtemps. Les deux camps se sont battus jusqu'à la mort pour l'obtenir et leurs esprits hanteraient encore les lieux aujourd'hui. À chaque fois que des personnes ont le courage ou la folie de s'y rendre, ils n'en reviennent pas. À ce qu'il paraît, chaque disparition renforce le pouvoir de ce lieu.

L'expression de Kyoya perdit un peu de sa sauvagerie tandis que son intérêt devenait presque enfantin, comme à chaque fois qu'il entendait parler d'un endroit dangereux dans lequel il pouvait se rendre. Plus un lieu inspirait la crainte, plus les rumeurs à son sujet étaient effrayantes et plus Kyoya était enthousiaste à l'idée d'y aller. S'il n'y avait pas ce danger, cela le décevait. Ginga n'avait pas envie qu'il soit déçu. Il espérait donc que ce nom était bien porté, même si ça ne lui plaisait pas trop, cette histoire de jungle et de ruines maudites.

Qu'est-ce qu'on n'espérait pas par amour !

- Ah oui ? ronronna Kyoya.

Le vert se remit à regarder la jungle, clairement impatient d'y aller – au point presque d'oublier ses futurs combats.

- J'imagine que nous allons devoir y aller, commenta Nile.

Ginga parvint à détacher – très difficilement – son regard de Kyoya et à reporter son attention sur le porteur d'Horuseus. Celui-ci observait son ancien capitaine avec un air... Ginga n'était pas sûr – il ne le connaissait pas très bien, malheureusement – mais il semblait amusé. Il savait déjà ce que Kyoya allait répondre.

Un sourire s'afficha sur le visage de Ginga. Kyoya pouvait le nier autant qu'il le voulait, ils étaient vraiment amis.

Kyoya se dirigea vers la lisière des arbres d'une démarche féline.

- Tu fais ce que tu veux.

Il s'arrêta un instant pour jeter un coup d'œil à Ginga.

- Tu viens ?

Le sourire de Ginga s'agrandit à lui en faire mal aux joues. Il était certain qu'il brillait tant il était heureux. Peu importe le nombre de fois qu'ils partaient ensemble, peu importe le nombre de fois qu'ils combattaient côte à côte, il était heureux chaque fois que Kyoya confirmait qu'ils étaient du même côté. Il adorait ces moments, même quand ils se révélaient n'être qu'une minuscule question de deux mots.

- Évidemment !

Il se précipita vers Kyoya qui se retournait déjà et franchissait le couvert des arbres. Il ralentit en entrant dans la jungle. En quelques pas, l'atmosphère avait complètement changé : les bruits, les odeurs, les sons... tout était différent. Même le sol sous ses semelles – il s'enfonçait à chacun de ses pas. Il avait l'impression d'être entré dans un autre monde.

Ginga suivit Kyoya de près. Il semblait tout aussi à l'aise ici que dans la savane. Les lieux loin de toute civilisation lui convenaient vraiment. Quant à lui, eh bien, il ne se sentait pas spécialement à l'aise ni mal à l'aise non plus. Il était surtout heureux de pouvoir passer tant de temps avec lui.

Il jetait régulièrement un coup d'œil par-dessus son épaule pour s'assurer que Nile et Damure les suivait toujours. Ils ne semblaient pas incommodés par leur nouvel environnement. En même temps, ils avaient fait partie des Wild Fang : ils s'étaient entraînés aux côtés de Kyoya. Ce n'étaient pas quelques arbres et des créatures tapies dans l'ombre qui allaient les inquiéter.

Ginga referma sa main sur un pan de la veste de Kyoya. Ce dernier se tourna légèrement. S'il ne souriait plus, son expression restait empreinte d'un intérêt joyeux. La main de Ginga se crispa un peu plus. Il avait envie de le prendre dans ses bras. Mais ce n'était pas le moment.

- On se dirige vers un piège, n'est-ce pas ?

Le son de sa voix lui paraissait incongru en ce lieu. Pourtant, il avait parlé doucement et les feuillage étouffaient tous les bruits.

L'enthousiasme de Kyoya déborda dans ses yeux. Ginga se mordit la lèvre.

- Oui.

- Je pensais qu'on devait éviter les pièges.

Kyoya n'avait cessé de se moquer de lui à cause de sa difficulté à se méfier de certaines personnes et de sa tendance à être capturé.

Ce qui n'était pas arrivé aussi souvent qu'il le laissait entendre.

- On doit éviter de tomber dedans. Quand on sait qu'il y en a un, ce n'est pas pareil.

- Tu veux dire qu'on peut foncer dans un piège du moment qu'on sait qu'il et là ? résuma Ginga.

- Ouais.

Il n'allait pas discuter sa logique maintenant, même si elle lui semblait particulièrement bancale.

Ils continuèrent d'avancer. Ginga n'avait aucune idée de l'heure qu'il était : les épais feuillages au-dessus de leurs têtes laissaient filtrer la lumière mais il était impossible de connaître la position exacte du soleil. Il savait juste qu'il n'était pas encore couché. Il se demanda à quoi cet endroit ressemblerait en pleine nuit...

Ils atteignirent un ravin qu'ils longèrent. Plusieurs mètres plus bas, la jungle continuait. La seule raison pour laquelle Kyoya ne proposa pas de descendre pour passer par le chemin le plus court était que le ravin était constitué de terre meuble et non de pierre. Sinon, il serait déjà en train de descendre en ordonnant à Ginga de se dépêcher et si Ginga n'allait pas assez vite à son goût, il marmonnerait quelque chose à propos de s'entraîner au Wolf Canyon pour corriger cette lacune.

Ginga eut un sourire amusé. Son pied dérapa. Il s'accrocha instinctivement à la veste de Kyoya et rétablit son équilibre. Il regarda des morceaux de la corniche dégringoler jusqu'en bas. Il avait manqué de tomber.

Kyoya lui jeta un regard peu concerné.

- La prochaine fois que tu veux tomber fais-le tout seul.

- Hé !

Ginga se plaça à côté de Kyoya – et aussi loin qu'il le pouvait du précipice. Il lui donna un léger coup dans l'épaule. Il voulait juste protester, pas lui faire mal.

- Tu pourrais être un plus sympa. On est ensemble je te rappelle.

- Ça ne veux pas dire qu'on doit tomber ensemble.

Ginga fit la moue.

- À t'entendre, on pourrait croire que si j'étais tombé, tu aurais continué ta route en me laissant là.

- C'est ce que j'aurais fait.

- Je ne te crois pas.

- Si ça te fais plaisir.

Kyoya avait son attention entièrement focalisée sur le chemin qu'il prenait. Ginga ne le croyait pas. Il ne l'avait jamais abandonné quand il avait réellement besoin de lui. Ce n'était pas maintenant qu'il allait commencer.

Kyoya s'immobilisa. Il plissa les yeux et se mit à scanner les alentours. Ginga se figea. Quelque chose n'allait pas. Il posa sa main sur son Lanceur, prêt à envoyer sa toupie à la moindre alerte.

- Nous sommes encore loin des Ruines du Conflit, commenta Nile.

- Beaucoup ?

- Je dirais une heure de marche.

Kyoya opina lentement. Son attention s'était focalisée sur un point sur leur gauche. Ginga ne remarquait rien d'inhabituel mais il ne relâchait pas sa vigilance. L'instinct de Kyoya était infaillible. Il lui faisait entièrement confiance.

Les sourcils de Kyoya se froncèrent, signe de confusion.

- Il est seul...

Nile se tourna vers Damure.

- Tu vois quelque chose ?

Il secoua la tête.

- Désolé. Il y a trop d'obstacles.

- Attention !

Kyoya fit un bond en arrière, le bras tendu pour obliger Ginga à reculer. Il atterrit miraculeusement sur la terre ferme, ses talons à quelques millimètres du vide. Ginga se tint à lui pour ne pas perdre l'équilibre. Nile et Damure avaient sauté dans l'autre direction. Un éclair noir percuta le sol où ils se trouvaient seulement une poignée de secondes auparavant. Il s'enfonça dans la terre avant qu'il ne puisse le voir plus en détail. Un bruit le poussa à se retourner. L'éclair sortait du ravin. Il avait traversé la terre...

Le sol se déroba sous ses pieds et la gravité l'attira à elle.

- Waaaaah !

Il ferma les yeux. Son dos percuta une surface moelleuse dans laquelle il s'enfonça lentement. Certain qu'il ne tomberait plus, il osa ouvrir un œil, puis l'autre. Le visage de Kyoya apparut au-dessus de lui, interrogateur. Ginga leva une main.

- Je n'ai rien de cassé.

- Tant mieux.

Et Kyoya l'embrassa. Au lieu de se laisser aller à réfléchir, Ginga attrapa sa ceinture et l'attira à lui. Kyoya s'écarta, les yeux brillants.

- Tu penses vraiment que c'est le moment de profiter de la situation ? demanda Ginga.

Kyoya nicha son nez contre son cou.

- Ils nous ont séparé.

Étrangement, ça avait l'air d'être une bonne nouvelle quand il le disait. Par contre, Ginga ne voyait pas pourquoi. S'il s'agissait de Yû, ou d'un autre de ses amis, il aurait compris la raison de cette bonne humeur – même s'il n'aurait pas trop apprécié – mais alors qu'il s'agissait de Nile et de Damure ? Incompréhensible.

- L'heure du combat approche, murmura Kyoya avant de se mettre debout.

OK. Là, il comprenait.

Ginga se redressa péniblement tandis que Kyoya levait la tête vers le sommet du ravin. L'escalade serait difficile mais pas impossible.

Deux silhouettes apparurent au sommet. Nile et Damure.

- Tout va bien ?

- Aucune blessure à déplorer.

Kyoya indiqua la direction qu'ils prenaient avant d'être attaqués.

- Continuez votre route. On se retrouve aux Ruines du Conflit.

Nile attendit un peu avant d'acquiescer.

- Bien. Tu viens Damure ?

- J'arrive.

Les deux jeunes hommes se remirent en route. Ginga se leva et s'épousseta. Des tas de feuilles s'étaient collées à lui.

- On ne grimpe pas pour les rejoindre ?

- On resterait à découvert trop longtemps.

Kyoya reporta son attention sur lui. Une lueur moqueuse s'alluma dans ses yeux. Il tendit la main vers ses cheveux et en ôta une feuille. Ginga grimaça. Il devait être dans un état ridicule...

Il constata avec jalousie que Kyoya avait à peine les vêtements plus froissés qu'avant. C'était injuste. Tout simplement injuste.

L'expression de Kyoya changea, devenant joueuse. Son cœur manqua un battement.

- On se précipite dans leur piège ?

Ginga ne put que hocher la tête. Kyoya se contenta de sa réponse. Ils se remirent en marche. L'étage inférieur de la jungle était identique à l'autre : peu de lumière, des arbres en nombre, des plantes exotiques, des bruissements qui indiquaient la présence d'animaux. Aucun n'osa manifester sa présence davantage, un des avantages à voyager avec le Roi des Animaux – plus Ginga passait du temps avec Kyoya, moins il doutait du titre qu'il se donnait.

- Prépare ton Propulseur, murmura son compagnon, un sourire aux lèvres.

Ginga n'avait rien remarqué d'anormal mais il obéit, sans cesser de marcher, les sens aux aguets. Maintenant que Kyoya l'avait mis en garde, il se rendait compte que la jungle était étrangement silencieuse.

Des bruits fendirent l'air. Kyoya fit volte-face, son Propulseur dans la main.

- Hyper Vitesse !

Ginga l'imita. Pegasus se lança sur la trace de leurs ennemis en compagnie de Leone. Ils balayèrent plusieurs toupies en un coup. Celles-ci percutèrent les arbres, disparurent au loin ou tombèrent sur le sol mais au final cela n'avait pas d'importance. Tout ce qui comptait, c'était qu'elles cessaient de tourner.

Elles étaient hors jeu.

Des toupies ne cessèrent de se projeter sur eux pourtant. Ginga n'aperçut rien qui trahissait la présence d'autres bladers. Elles venaient de toutes les directions. Il se plaça instinctivement dos à Kyoya et demanda à Pegasus de couvrir la moitié du terrain. Kyoya se chargerait de l'autre.

- Est-ce que tu vois nos adversaires toi ?

Ils semblaient être partout... et nulle-part à la fois.

- Non, mais ils nous encerclent. Ils nous ont tendu une embuscade.

Le ton de Kyoya, amusé, contrastait avec ses paroles. Ginga ne put empêcher un sourire de venir s'afficher sur son visage. Il le comprenait. Ils avaient enfin l'occasion de combattre.

Encore mieux, de combattre côte à côte.

- Pegasus !

Le bey argenté mis K-.O. une autre vague d'assaillants. Il en arrivait toujours plus mais ils étaient trop facile à battre pour constituer une menace.

Kyoya se plaça à côté de lui. Ginga lui jeta un regard interrogateur.

- J'ai fini de mon côté, répondit-il. Leone !

La toupie émeraude s'élança aux côtés de Pegasus puis s'arrêta brusquement. Cette tactique... Ginga se figea puis se tourna lentement vers Kyoya.

- Tu ne vas quand même pas... ?

- Rugissement Tempétueux du Lion !

- Pegasus !

La toupie argentée eut le temps de s'écarter avant que Kyoya ne lance son coup spécial. Leurs adversaires n'eurent pas la même chance : ils furent tous projetés au loin.

- Montrez-vous ! ordonna Kyoya. J'en ai assez de combattre des adversaires qui se cachent même... quand ils ont un niveau aussi faible que le vôtre.

Aucune réponse. Aucun assaut supplémentaire non plus.

- C'est tout ? insista Kyoya, déçu.

Ginga ramassa Pegasus. Il se tourna vers Kyoya, agacé.

- Qu'est-ce qui t'a pris ? Tu aurais pu envoyer Pegasus dans le décor !

Kyoya récupéra son Leone.

- Si c'était aussi simple de te battre, je t'aurais vaincu depuis longtemps.

- Tu trouves que c'est une raison ?!

- On ne serait pas ensemble non plus.

- Quoi ?

Kyoya lui jeta un regard ennuyé.

- Si tu étais faible, je t'aurais écrasé et on ne serait pas ensemble.

Il plissa le nez.

- Je ne serais jamais resté avec une personne faible.

Considérant qu'il avait clos la discussion, Kyoya se remit à observer les alentours. Ginga le dévisageait, bouche bée. C'était... franc. Comme toujours avec Kyoya. Honnête et... totalement vrai. Ils n'auraient jamais fini ensemble si l'un d'entre eux avait été faible : ils n'auraient jamais pu forger au fil de combats ce lien qui les unissait. Mais c'était étrange de l'entendre ainsi.

Les sourcils de Kyoya se froncèrent et lui donnèrent une mine perplexe.

- Ils ne sont plus là.

Il se tut un instant, les sens aux aguets.

- On devrait repartir.

Il fit quelques pas, s'arrêta et jeta un coup d'œil par-dessus son épaule.

- Tu viens ?

- Euh... oui.

Ginga courut pour le rattraper puis marcha à ses côtés. Il posa une main sur le dos de Kyoya. Le vert ne lui adressa pas un regard mais il ne se dégagea pas non plus. C'était un bon signe. Ginga l'attira contre lui et marcha appuyé contre lui. Kyoya se détendit contre lui mais il restait attentif à leur environnement. Comme toujours. Il ne baissait sa garde que rarement.

- Ça va ?

- Ils sont encore partis. C'est anormal.

- Ils ont encore abandonné leurs toupies aussi.

Ginga le lâcha et s'écarta un peu de lui. Ils pouvaient être attaqués à tout moment. Il fallait qu'il soit capable de contre-attaquer quand ce moment surviendrait.

Kyoya secoua la tête.

- Je ne comprends pas leur tactique.

- Ils imaginaient peut-être que leur nombre suffirait à nous vaincre.

- Hm.

Des plis barraient le front de Kyoya. Ginga avait envie de passer son pouce dessus et de les effacer. Ce serait inutile. Kyoya n'était pas convaincu et sa méfiance déteignait peu à peu sur lui. Ils combattaient la Nébuleuse Noire depuis longtemps. Ils avaient livré de nombreux combats contre elle et ce depuis leurs débuts en tant que bladers. Elle devait connaître leur force mieux que cela. Non. Elle connaissait leur force mieux que cela. Ce qui signifiait...

Il attrapa le bras de Kyoya.

- C'est un piège tu crois ? souffla-t-il.

Ça y ressemblait en tout cas.

- Je sais pas... Ils nous séparent des autres et nous tendent un guet-apens ici. Ça devrait être ça le piège. Sauf que ça ne l'était pas.

- Continuons d'avancer. Nous finirons bien par voir ce qui arrive.

Ginga laissa son bras retomber contre lui et hocha la tête.


XXX


Kyoya détestait la situation.

Ginga et lui continuaient d'avancer. Ils n'avaient pas le choix. Ce serait complètement stupide de rester immobile à attendre... À attendre quoi ? D'être encore attaqués ? D'être encore nargués par leurs ennemis. Car c'était ce qu'il se passait. Leurs ennemis les narguaient. Il ne voyait pas comment il pouvait qualifier autrement leur attitude. D'ailleurs, il n'y avait plus aucune trace d'eux. Pas même de leur présence. Ce n'était pas normal. Ils ne pouvaient pas s'être évanouis comme ça.

Kyoya se faufilait entre les arbres, les sens aux aguets. Toutefois, il continuait de se questionner sur l'attaque. Ce n'était pas normal. Il ne comprenait pas leur stratégie, s'il y en avait une – il devait y en avoir une. Ils voulaient peut-être leur faire croire que le danger était passé et les inciter à baisser la garde ? Non. Ça semblait un peu trop simple.

- Tu crois qu'on arrive bientôt ? demanda Ginga.

- Ce n'est plus très loin d'après ce que Nile a dit.

Ou alors, c'était juste pour leur faire comprendre qu'ils étaient sur la bonne voie, pour les conduire jusqu'à un piège qu'ils avaient mis en place aux Ruines du Conflit.

Kyoya grogna. C'était tout aussi improbable que ses autres idées. On n'employait pas autant de balders – aussi faibles soient-ils – juste pour ça. Il ne comprenait pas la stratégie de ses ennemis et ça l'énervait. Normalement, il voyait toujours vers quel but ils se dirigeaient...

Il avançait, de plus en plus vite, sans s'en rendre compte. Il voulait – il avait besoin – de se battre. Il en avait assez de perdre son temps à se poser des questions. S'il fallait aller aux Ruines du Conflit pour enfin avoir un combat contre ses ennemis, il s'y rendrait.

Kyoya s'immobilisa.

- On s'approche ! s'exclama Ginga.

Le rouquin se tenait devant un objet recouvert de verdure, plusieurs mètres devant lui. Il écarta le lierre, abondant, découvrant un morceau de roche taillé. Ils approchaient des ruines.

Il se tourna vers Kyoya.

- On y est presque !

Son enthousiasme s'effrita quelque peu quand il ne reçut pas de réponse. Kyoya se passa la langue sur les lèvres.

- Un appât, dit-il à contrecœur.

Les yeux miel, brillants de questions, l'incitèrent à continuer.

- C'est un appât. La Nébuleuse Noire veut qu'on aille aux Ruines du Conflit pour nous occuper et avoir le temps de faire... ce qu'ils veulent faire.

Kyoya piétinait. Ils étaient si près de faire quelque chose d'intéressant. Il comprenait qu'ils doivent faire demi-tour pour arrêter les véritables projets de la Nébuleuse Noire. C'était pour cela qu'ils avaient commencé ce voyage après tout. Mais ça ne l'empêchait pas d'avoir envie de continuer.

Ginga regarda la direction des ruines d'un air songeur. On devinait sa forme à travers les branchages. Si près.

- Un appât pour détourner notre attention...

Il eut un demi-sourire et tourna son visage vers Kyoya.

- Ce serait dommage de faire demi-tour maintenant, tu ne crois pas ?

Une vague de surprise envahit Kyoya aussitôt remplacée par un sentiment de satisfaction.

- Ce serait vraiment dommage, répondit-il.

Ginga acquiesça avec assurance. Ils reprirent leur route sans ajouter une seule parole. Les traces d'une ancienne civilisation se firent de plus en plus présentes, même si la nature avait repris ses droits dessus. Ils contournèrent un mur à moitié effondré et recouvert de lierre, veillant à ne pas trébucher sur les gravats. Ils s'arrêtèrent en arrivant de l'autre côté. Un sourire satisfait étira les lèvres de Kyoya. Les restes d'un bâtiment, autrefois majestueux, se dressait devant eux. Les Ruines du Conflit. Ils avaient enfin atteint leur destination. Et son allure lugubre était des plus prometteuses.

Kyoya balaya les lieux du regard. Nile et Damure n'étaient nulle-part en vue. Ils auraient déjà dû arriver. À moins qu'ils n'aient été ralentis. Après tout, c'était Ginga et lui qui étaient attendus.

Kyoya s'approcha de l'entrée. Le gouffre noir ne laissait rien voir de ce qu'il y avait à l'intérieur.

- Nous n'attendons pas Nile et Damure ?

Ginga ne se tenait qu'à quelques pas de lui, un air soucieux sur le visage. Leur retard ne plaisait pas non plus à Kyoya mais il n'en montra rien. Nile et Damure étaient de bons bladers. Ils s'en sortiraient sans leur aide.

- Non. Allons-y.

Kyoya s'engagea dans les ruines.


Fin du chapitre 4


J'ai hâte d'écrire le chapitre 6 (oui, oui, vous avez bien lu). Bien sûr, je ne bâclerai pas le 5. Et le 7. Surtout le 7 en fait.

À chaque fois que je tapais Ruines du Conflit (qui est bien le nom d'un lieu à Alola dans Pokémon), j'avais envie de mettre du Crépuscule, à cause d'un futur OS que je posterai (il n'est pas du fandom MFB celui-là).