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Chapitre 6 : Une nouvelle stratégie
Kyoya marchait de long en large dans la petite chambre d'hôtel que Ginga et lui partageaient. Il aurait voulu se remettre en chasse immédiatement. Ils auraient dû. Mais Ginga avait décrété qu'ils avaient besoin d'une véritable nuit de repos. Quelle perte de temps. Ils auraient parfaitement pu se reposer dans un avion. Ça aurait conduit au même résultat sauf qu'ils seraient en route au lieu d'attendre inutilement.
Kyoya grogna. Il ne savait même plus quelle était leur priorité. Cette attaque avait bouleversé tous leurs plans. Devaient-ils se lancer à la poursuite de cet escadron de la Nébuleuse Noire et lui faire payer son affront ou, au contraire, devaient-ils continuer leur chemin tout en l'ignorant ? Il préférait la première option mais ça signifiait laisser à Doji le temps de mettre son plan à exécution. Peut-être que Ginga et lui devraient se séparer. Ils couvriraient plus de terrain ainsi et auraient plus de chance de mettre un terme à ses plans.
Cette idée révoltait chaque parcelle de son être. Il ne voulait pas être séparé de Ginga, surtout en ces temps de crise. Même si cet imbécile de rouquin imposait ses idées débiles, comme leur faire perdre un temps qu'ils ne possédaient pas.
- Calme-toi Kyoya. Tu ne fais pas avancer les choses là.
L'interpellé s'arrêta brusquement et se tourna vers son compagnon. Celui-ci était allongé sur le lit, les bras croisés derrière la tête.
- Et toi ? grogna-t-il. T'as l'impression de faire avancer les choses peut-être ?
Ginga s'assit, posant sur lui ses yeux miel. Même si son expression montrait un grand calme, eux brillaient d'une détermination pure.
- Nous n'avons pas perdu.
Kyoya montra les dents. Le souvenir de l'attaque ravivait sa colère.
- On parle de la Nébuleuse Noire. Ils n'auraient pas dû être si compliqués à battre !
Il se remit à faire les cent pas, faisant de son mieux pour ignorer Ginga. Il avait besoin de cette colère pour combattre ses ennemis avec plus de force et de détermination. Il y puisait une grande énergie. Il ne comptait pas la perdre.
- Tu as entendu ce qu'elle a dit ? Leur équipe n'était même pas complète !
Il s'arrêta face à un mur. Son poing se serra. Il voulut le frapper mais une main enserra son poignet, figeant son geste. Kyoya tourna la tête. Ginga. Il ne l'avait même pas entendu approcher.
- Qu'est-ce qui te prend ?!
- Tu risques de te faire mal.
- Et alors ? De quoi tu te mêles ?
Ginga glissa son autre bras autour de sa taille et l'attira contre lui. Il appuya sa joue contre la sienne.
- Je te comprends. La situation m'énerve aussi. Tu me connais : je suis aussi mauvais perdant que toi.
Il y avait un sourire dans sa dernière phrase. Kyoya nicha son visage contre le cou de Ginga. Son odeur, toute chaude et réconfortante, semblait l'envelopper. Il ferma les yeux. Ginga lui lâcha le poignet et posa sa main sur sa nuque.
- Mais nous ne pouvons pas réagir comme ça. Nous avons besoin de repos.
Kyoya profita un peu plus de sa chaleur avant de s'écarter de lui.
- Nous avons besoin d'une nouvelle stratégie surtout.
Ginga sourit. Il glissa ses doigts sur sa joue.
- D'accord. Nous verrons ça demain.
Kyoya embrassa fugacement sa main. Ginga pencha la tête sur le côté, le détaillant sans perdre son sourire.
- Et dire que tu peux être un chef d'entreprise sérieux. C'est incroyable.
- En quoi ? demanda Kyoya.
Il ne s'en vexa pas. Il trouvait bien plus insultants les gens qui prétendaient que ce métier était fait pour lui. Il ne détestait pas son travail mais il savait quelle image on avait généralement d'un tel poste et ça ne lui ressemblait en rien.
- Tu t'énerves facilement.
- Exact. Personne ne veut me contrarier : mes ordres sont suivis à la lettre.
Ginga rit. Kyoya se détendit. Ginga lui prit la main.
- Allons dormir, tu veux bien ?
Kyoya n'avait plus aucune raison de protester.
XXX
Quelque chose de froid toucha l'épaule de Kyoya. Il le repoussa d'un coup d'épaule puis se pelotonna un peu plus dans son lit où il faisait bien chaud.
- Tu étais fatigué finalement.
Kyoya entrouvrit les yeux. Assis à côté de lui, les yeux étincelants et un sourire aux lèvres, Ginga le regardait. Il était déjà habillé. Kyoya se passa une main sur le visage. Il n'arrivait pas à croire que son rouquin se soit réveillé avant lui. Qu'il ait eu le temps de se préparer même. C'était un gros dormeur, contrairement à lui.
Ginga se pencha et posa un baiser sur sa tempe, effleurant distraitement son épaule puis sa main remonta jusqu'à s'emmêler dans ses cheveux.
- C'est fatigant de s'énerver, hein ? demanda-t-il d'un ton moqueur.
- Raconte pas n'importe quoi.
Kyoya se redressa. Il avisa un ordinateur sur la table.
- C'est quoi ça ?
- L'accueil me l'a gentiment prêté. Je vais contacter Madoka et Tsubasa. J'ai quelque chose à leur demander.
Kyoya haussa un sourcil. De quoi pouvait-il s'agir ? Il espérait qu'il ne leur proposerait pas de les accompagner. Kyoya trouvait que Ginga et lui ne passaient pas assez de moments en tête à tête. Ce voyage, censé n'être rien qu'à eux, se transformait en tournée de visite des anciennes connaissances. Il ne détestait pas la compagnie des Wild Fang mais il espérait que, pour leur prochaine étape, il pourrait être seul avec Ginga.
- Si tu te dépêches de te préparer, tu auras le temps de parler à Kakeru avant le petit-déjeuner.
- Je suis sûr que Kakeru se débrouille très bien. Même en faisant de son mieux, il ne pourrait pas faire couler notre entreprise en trois jours.
- Peut-être qu'il voudra des nouvelles de son grand frère.
Kyoya leva les yeux au ciel. Il n'avait pas quitté le Japon depuis si longtemps que ça – deux, voire trois jours. Néanmoins, il se leva, attrapa son sac et se dirigea vers la salle de bain. Il se prépara. Quand il retourna dans la chambre, Ginga était en pleine discussion avec Madoka. Il glissa des yeux miel curieux sur lui puis fit la moue. Kyoya porta machinalement sa main à sa queue-de-cheval.
- C'est plus pratique.
- J'ai rien dit, marmonna Ginga, boudeur.
Kyoya réprima le sourire amusé – et flatté – qui voulait s'afficher sur ses lèvres.
- Ginga, tu écoutes ? demanda Madoka.
Le rouquin reporta son attention sur l'écran.
- Hein ? Oui. Vous êtes d'accord pour vous en occuper pour moi ?
- Bien sûr. Je te recontacte au plus vite.
- Merci.
La communication s'interrompit. Kyoya s'approcha doucement de Ginga, se demandant quelle mission il avait confié à Madoka. En tout cas, elle ne les rejoindrait pas sur le terrain : c'était un grand soulagement.
- Alors ?
- J'ai demandé à Tsubasa et à Madoka de guetter la Nébuleuse Noire. Avec eux et le réseau d'information du Temple de Beilin, rien ne pourra nous échapper. Ça nous donnera le temps de mettre notre stratégie au point.
- Tu as déjà une idée ?
Ginga lui offrit un sourire complice.
- On aura tout le temps d'en parler dans l'avion.
Il se leva et tira la chaise pour lui offrir sa place.
- Tu appelles Kakeru maintenant ?
- Pourquoi tu ne l'appelles pas toi-même si tu tiens tant que ça à lui parler ? s'exaspéra Kyoya en s'asseyant.
Ginga se pencha tandis que ses doigts volaient sur les touches.
- Je ne vais pas appeler un ami pendant qu'on traque Doji. Quelqu'un m'a fait remarquer que ce n'est pas sérieux. Par contre, on ne peut pas te reprocher de prendre des nouvelles de ton entreprise, n'est-ce pas ?
Ginga passa un bras autour de son cou et fixa l'écran. Kyoya se retint de lever les yeux au ciel. À quoi servait d'utiliser une fausse raison quand le résultat était le même ?
Le visage souriant de Kakeru apparut sur l'écran. Kyoya sentit son expression s'adoucir.
- Salut grand frère, tout va bien ?
- Oui.
Kyoya désigna son rouquin d'un signe de tête.
- Ginga voulait te saluer.
- Hé ! T'étais censé discuter de ton entreprise !
Kyoya ferma les yeux et s'adossa à la chaise.
- Mon entreprise va très bien. Garde tes excuses stupides pour toi. Tu voulais parler à Kakeru, parle-lui maintenant.
- T'es pas sympa quand tu fais ta mauvaise tête.
- Dépêche. Nous n'avons pas que ça à faire.
Kyoya pouvait sentir l'air vexé de Ginga. Kakeru rit.
- Ça a l'air de bien se passer de votre côté.
- Ça pourrait être mieux, bouda Ginga.
- Vous pensez revenir quand ?
- Dans plusieurs semaines si Ginga continue de nous ralentir.
- Hé !
Kakeru rit de plus belle.
- Vous allez où maintenant ?
- Aux États-Unis.
Kyoya lança un regard surpris à son compagnon. Il ne pensait pas que ce serait la prochaine étape de leur voyage. Il se voyait bien rester en Afrique quelques jours de plus. Surtout s'ils devaient s'entraîner et mettre au point une stratégie.
- C'est injuste. Ça fait une éternité que j'y suis pas allé.
- N'exagère pas Kakeru : je t'y ai envoyé la semaine dernière.
- Pour le travail.
- Tu comptes me faire croire que tu n'avais pas une seule seconde de libre ?
Kakeru se mit à sourire.
- C'est vrai que c'était plutôt sympa.
Quelque chose attira l'attention de Kakeru : il tourna la tête et écouta attentivement. Il acquiesça avant de reporter son attention sur Kyoya et Ginga.
- Je dois vous laisser. J'ai du travail. Bonne chance. Amusez-vous bien !
- À bientôt Kakeru.
Le fond d'écran du bureau réapparut. Kyoya se tourna vers Ginga.
- Les États-Unis ? C'est pour voir tes amis bruyants ?
- Non, ce n'est pas pour voir l'équipe Dungeon et King.
Kyoya renifla. Il espérait que Ginga disait vrai. Il n'avait aucune envie d'avoir à les supporter ceux-là.
- C'est pour les hamburgers ?
- Quoi ? Tu me crois incapable de choisir une destination sérieusement, c'est ça ?
- Oui.
- Merci pour ta confiance. Ça me touche.
Kyoya posa sa main sur celle de Ginga qui ne put s'empêcher de lui sourire. Il l'embrassa.
- Nile et Damure nous attendent à la cafétéria. On ne devrait pas trop les faire attendre.
Kyoya remarqua qu'il n'avait pas répondu à sa question. Il l'embrassa une dernière fois, sans commenter, avant de se lever. Il alla récupérer son sac, le passa sur une épaule et attendit que Ginga rassemble ses affaires. Le rouquin fit de son mieux pour se dépêcher. Quand il eut fini son sac, il jeta un dernier regard à la chambre avant de refermer l'ordinateur portable et de le soulever. Ils purent enfin partir. Kyoya se sentait d'attaque pour cette nouvelle journée. À chaque instant, ils s'approchaient un peu plus du futur combat qui les opposerait à la Nébuleuse Noire et à sa vengeance.
Ils suivirent un couloir et atteignirent rapidement la cage d'escalier. Ils n'eurent qu'un étage à descendre avant d'arriver au rez de chaussée. Ginga se rendit à l'accueil. Il y rendit l'ordinateur avec des remerciements chaleureux. Il rejoignit Kyoya et, ensemble, ils allèrent à la cafétéria. Ils avisèrent immédiatement Nile et Damure. Ils s'installèrent à leur table. Les anciens Wild Fang se saluèrent sobrement tandis que, comme à son habitude, Ginga exposait sa joie de vivre. Ils partagèrent un bon petit déjeuner. Quand ils eurent fini, Nile et Damure leur proposèrent de les accompagner jusqu'à l'aéroport, ce que Ginga s'empressa d'accepter. Dès qu'ils mirent un pied dehors, ils s'enfoncèrent vers le cœur de la ville. Kyoya jeta un coup d'œil plein de regrets par-dessus son épaule, vers la savane sauvage. Il aurait voulu en profiter un peu plus. Il n'avait pas pleinement savouré sa traversée hier, perturbé par le combat qu'ils avaient livré.
Ginga posa une main sur son dos.
- Nous reviendrons.
Kyoya acquiesça. Ce serait merveilleux. Ils pourraient passer de nombreuses heures à s'entraîner, en pleine nature, sans avoir à se préoccuper de la Nébuleuse Noire ou de Doji. Après cette histoire, ils s'offriraient des vacances bien méritées.
- Vous comptez venir à la fête ? lança Ginga à Nile et Damure.
Kyoya se demanda de quoi il parlait. Ce n'était pas la première fois qu'il évoquait cette fête depuis le début de leur voyage. Ça avait un rapport avec Madoka, non ?
- Oui.
- Super. Tout le monde a l'air décidé à venir.
- C'est une occasion difficile à refuser, déclara Nile.
- N'est-ce pas ? répondit joyeusement Ginga.
L'aéroport apparut enfin. Le groupe s'arrêta devant le bâtiment même si Kyoya n'avait qu'une envie : partir au plus vite. Il ne détestait pas la compagnie de ses anciens Wild Fang mais le combat avant tout – surtout si ce combat visait à vaincre la Nébuleuse Noire.
- C'est ici qu'on se quitte, déclara Nile.
- C'est dommage, commenta Ginga.
- Nous nous reverrons vite, lui rappela-t-il ?.
- C'est vrai ! À bientôt.
Kyoya se contenta d'adresser un signe de tête sobre à ses anciens coéquipiers pour leur dire au-revoir.
Ginga et lui entrèrent dans l'aéroport. Il y avait moins de monde que dans les ceux qu'ils avaient traversé ces derniers jours. Ce n'était pas plus mal. Les lieux bondés lui déplaisaient toujours autant.
- C'est quoi cette histoire de fête ? demanda Kyoya.
- Une réunion organisée par Madoka. Il y aura tout le monde !
Il semblait heureux à cette idée. Évidemment. Il s'agissait de Ginga, après tout. Il adorait ce genre de trucs, contrairement à lui.
Qu'est-ce qu'ils faisaient ensemble déjà ?
- Ça va être barbant.
- Tu veux dire que ça va être génial !
- Ça m'étonne pas que ça te plaise.
- Ça veut dire quoi ?
- Que je te connais.
Ginga s'illumina d'un grand sourire. Il s'approcha de Kyoya et s'appuya un instant contre lui avant de s'écarter, sachant qu'il n'aimait pas trop les démonstrations d'affection en public – à part quand il devait faire comprendre à certains que Ginga était déjà pris ou que lui-même n'était pas intéressé.
- Moi aussi, je te connais, souffla-t-il. Et je suis sûr que tu ne vas pas t'ennuyer tant que ça.
Kyoya renifla. Par moments – souvent même – l'optimisme de Ginga frôlait le ridicule. Comme s'il était du genre à aimer ce qui était festif, bruyant et plein de monde.
- Cette réunion va être pleine de bladers. Ça m'étonnerait qu'on s'ennuie longtemps, pas toi ?
Kyoya lança un regard surpris à Ginga qui se contenta de sourire. Effectivement, une réunion de bladers devrait s'avérer... mouvementée.
L'esquisse féroce d'un sourire étira ses lèvres. Ça promettait d'être intéressant.
XXX
Ginga comptait expliquer son idée à son compagnon dès qu'ils seraient dans l'avion. Au lieu de cela, il se retrouva avec un Kyoya à moitié endormi contre son épaule. Ce qui était tout simplement adorable. Il mourrait avant de le dire à Kyoya – sûrement de sa main d'ailleurs, il pouvait se montrer tellement susceptible des fois. Cette attitude prouvait à quel point Kyoya avait confiance en lui. Il ne se laisserait pas aller ainsi près de quelqu'un dont il se méfierait.
Ginga aurait tout le temps de lui expliquer son plan plus tard. Pour l'instant, il voulait simplement profiter de l'instant.
Il se blottit contre son compagnon.
- Ginga !
Le rouquin ouvrit les yeux. Il ne s'était pas rendu compte qu'il avait glissé dans le sommeil. En même temps, il s'était senti si bien, avec Kyoya tout contre lui.
- Tu vas te lever ? s'agaça Kyoya.
- Je n'ai pas dormi autant que toi ce matin.
Kyoya plissa le nez, vexé. Ginga glissa une main sur son bras avant de se mettre debout et de ramasser son sac. Kyoya grogna avec agacement avant de l'imiter. Il le doubla et marcha dans l'allée, entre les deux rangées de siège, sans se soucier des autres passagers qui s'écartaient sur son passage. Ginga avança sur ses pas. Ils descendirent de l'avion. De manière très enfantine, il sauta de la dernière marche.
- On est enfin aux États-Unis ! s'exclama-t-il. Le merveilleux pays des hamburgers !
Sentant un regard insistant sur son dos, il se retourna. Kyoya le toisait avec sévérité. Il déglutit puis se passa une main sur la nuque, gêné.
- Mais on va s'occuper de Doji et de la Nébuleuse Noire en priorité bien sûr.
Il rit, tentant de détendre l'atmosphère, mais sa gêne ne fit que transparaître un peu plus. Il se tut. Kyoya le fixa, le fixa, puis laissa échapper un soupir.
- Bien sûr.
Il ne semblait pas du tout convaincu. Apparemment, il le croyait incapable d'avoir choisi sérieusement les États-Unis comme destination. Pourtant, Ginga n'avait pas décidé de venir ici à cause des hamburgers. Ce n'était pas de sa faute s'ils servaient les meilleurs hamburgers du monde dans ce pays. Il s'agissait seulement d'un point bonus non négligeable.
- Je n'ai pas choisi ce pays pour les hamburgers !
Même si, à force d'en parler et d'y penser, il commençait à avoir faim.
- Si tu le dis.
- Tu ne me crois pas, n'est-ce pas ?
Kyoya se contenta de hausser les épaules. Ginga poussa un soupir déchirant. Ce manque de confiance était vexant mais pas vraiment surprenant. Surtout de la part de Kyoya. Il décida de ne pas s'en formaliser davantage. Il avait l'habitude.
Ils quittèrent l'aéroport et se retrouvèrent dans une ville fourmillant de vie. Les sourcils de Kyoya se froncèrent un peu plus, seul signe trahissant son agacement. Il préférait les lieux déserts, perdus au milieu de nulle-part, aux lieux civilisés. Comment avait-il réussi à s'adapter à leur nouvelle vie tout en restant si parfaitement lui-même ? Cela ne cessait de le surprendre.
- On aurait pu rester en Afrique pour réfléchir à notre stratégie.
Kyoya jeta un regard noir à un passant qui mettait un peut trop de temps pour s'écarter à son goût. Ginga le gratifia d'un coup de coude.
- Arrête ça.
Il ne tenait pas à ce que tout le monde se mette à fuir sur leur passage.
Kyoya lui adressa un regard ennuyé mais il obéit. C'était tout ce qui importait.
- En fait, j'ai déjà une idée pour combattre la Nébuleuse Noire.
- Pourquoi on perd notre temps à parler alors ?
- Parce qu'on doit trouver un endroit où s'entraîner. On va pas improviser ce coup-là.
Kyoya plissa les yeux, songeur.
- C'est quoi ?
- Tu connais le système Synchrome ? demanda Ginga pour le mettre sur la voie.
Kyoya fronça le nez.
- Leone n'est pas une toupie Synchrome.
- Je sais. Mais on pourrait s'inspirer de ce système pour surprendre la Nébuleuse Noire la prochaine fois qu'elle voudra nous affronter. Elle ne pourra pas prévoir nos coups si on change complètement de stratégie.
- Comme ce que Benkei et Kenta avaient fait ? Ou Yû et Kenta ?
Ginga sentit un immense sourire s'afficher sur son visage. Kyoya demandait des précisions. Ça se présentait plutôt bien.
- Exactement !
- Ça avait foiré les deux fois, non ?
Le sourire de Ginga disparut.
- Pourquoi tu vois toujours le mauvais côté des choses ?
- C'est toi qui es trop optimiste.
- Tu veux entendre mon idée ou pas ?
- Comme si j'avais le choix.
Ginga décida de se lancer dans son explication sans faire davantage attention à Kyoya et à son manque flagrant d'enthousiasme. Il savait que son plan était génial. Il ne plairait sans doute pas à Kyoya ou Kyoya ferait au moins semblant de le trouver nul. Il avait encore un peu de mal avec le travail en équipe, malheureusement – enfin, avec le fait d'admettre faire partie d'une équipe.
- J'ai pensé qu'on pourrait échanger les roues de fusion de nos toupies.
Kyoya haussa un sourcil.
- Ça changerait complètement nos manières de combattre, continua Ginga avant qu'il ne commence à protester. Nous connaissons suffisamment bien la toupie de l'autre pour pouvoir y arriver sans trop de problèmes, même s'il nous faudra un peu d'entraînement bien sûr.
- Ce sera une perte de temps.
- Comment ça ?
- On va suivre ce plan quoi ? Deux minutes avant de recommencer à nous battre normalement. Autant poursuivre notre chemin maintenant.
- Je suis sûr que ça va marcher !
- Hm.
Le manque d'enthousiasme de Kyoya était plus important qu'il ne l'avait imaginé. Tant pis. Il ne lui restait qu'une solution...
- Tu as raison. C'est peut-être un défi trop difficile pour toi.
- Comment ça ? se vexa Kyoya, découvrant ses crocs.
- Ça demande une grande capacité d'adaptation et... et une grande maîtrise du Beyblade.
Kyoya plissa les yeux. Ginga ralentit puis s'arrêta, le fixant de ses yeux miel. Il se sentait incapable de quitter son regard, même quand celui-ci était accusateur.
- Tu crois vraiment que cette tentative de manipulation ridicule va marcher avec moi ? Tu traînes trop avec Yû.
Ginga s'empourpra. Il avait un peu honte de son comportement et il ne pensait pas que Kyoya se rendrait compte de son but immédiatement.
- J'espérais...
- Si tu tiens tant à ton idée stupide que ça, t'as qu'à le dire.
Les excuses de Gina moururent sur ses lèvres. Il dévisagea Kyoya, clignant des yeux, puis un sourire s'afficha sur ses lèvres tandis qu'un sentiment d'attendrissement s'élevait en lui. Kyoya eut l'air agacé.
- Qu'est-ce que tu as encore ?
- Rien. Merci.
Kyoya leva les yeux au ciel.
- Tu es incompréhensible.
Ginga haussa les épaules, un sourire continuant de flotter sur ses lèvres, n'insistant pas davantage. Il savait qu'il avait une marge bien plus grande que les autres pour taquiner Kyoya mais il ne devait pas la dépasser s'il ne voulait pas le braquer. Surtout après les événements de la veille. D'habitude, il n'avait pas à s'inquiéter de ce genre de détail mais les circonstances n'étaient pas habituelles : Kyoya avait vraiment été contrarié. Ça n'avait rien à voir avec l'agacement qu'il ressentait la plupart du temps. Ginga devait se montrer prévenant quelques temps... Du moins, jusqu'au début de leur entraînement. Le Beyblade avait toujours le don de lui rendre sa bonne humeur – enfin, de lui en apporter.
- Ça n'explique pas pourquoi on est venus aux États-Unis.
- On ne pouvait pas rester en Afrique. Tu n'aurais pas voulu retourner en Asie alors qu'on sait que la Nébuleuse Noire n'y prépare rien et ce sera plus simple d'avoir des nouvelles de Madoka ici.
- Ça n'explique toujours pas pourquoi tu as choisi cette destination.
- Au fait, c'est toi qui m'as donné l'idée.
Le regard interrogateur le poussa à continuer.
- Tu sais, quand tu pensais que je rendais visite aux Wang Hu Zhong juste pour tromper la Nébuleuse Noire ?
- Je ne le pensais pas vraiment, marmonna Kyoya.
Apparemment, son désir de passer du temps avec ses amis déplaisait toujours autant à Kyoya. Dommage. Il était certain qu'il pourrait finir par les apprécier. Enfin, il ne serait plus autant agacé par eux. Peut-être. Sûrement pas.
- Là, ce sera vraiment une excuse pour cacher nos entraînements.
Kyoya fronça le nez.
- Tu veux dire qu'on va rendre visite à tes amis américains ?
- Il faut bien, pour être crédibles.
- Mais ils sont tellement... bruyants. Ce ne sont même pas des bladers intéressants.
- Tu es un peu dur là, tu ne crois pas ? demanda Ginga, même s'il appréciait la politesse dont il avait fait preuve.
Kyoya secoua la tête.
- Je n'ai envie d'affronter aucun d'entre eux. J'ai seulement combattu King parce que c'était un blader légendaire et que j'avais promis que je les affronterais tous avant de te défier. Dans d'autres circonstances, je ne l'aurais pas défié.
- À ce point ? s'étonna Ginga.
Kyoya ne prit pas la peine de répondre. Ginga savait qu'il ne les appréciait pas. Kyoya ne s'embarrassait pas de faux-semblants et il disait toujours franchement ce qu'il pensait. Ginga se demanda une énième fois comment il se débrouillait en tant que chef d'entreprise puis il repoussa cette question dans un coin de son esprit – il se doutait comment.
Il donna une tape sur l'épaule de Kyoya puis se remit en route.
- On ne restera pas longtemps : juste le temps de les saluer. Ne t'en fais pas.
Kyoya le suivit, l'air pas du tout convaincu.
- Si tu commences à bavasser avec eux, j'me casse.
- Marché conclu !
Ils marchèrent côte à côte. Ginga faisait attention à leur itinéraire. Ça faisait un moment qu'il n'était pas venu aux États-Unis, plus encore qu'il n'était pas venu au Dungeon. Il ne voulait pas se perdre. De temps à autre, il jetait un coup d'œil à Kyoya. Il regrettait qu'ils aient dû quitter l'Afrique aussi vite. Kyoya ressemblait toujours autant au leader qu'il était mais ce n'était pas aussi flagrant qu'au milieu de la savane où il avait l'air d'être un véritable roi.
Le Dungeon apparut enfin à sa vue. Il s'était agrandi depuis que Masamune, Toby et Zeo l'avaient pris en charge. Le Coach Steel leur avait confié des responsabilités graduellement et, quand il les avait jugés dignes de prendre sa suite, avait pris une retraite anticipée. Quant à King, il partageait son temps entre le Dungeon, où il avait ses premiers amis, et voyager autour du monde pour affronter des bladers puissants.
Ginga ouvrit la porte et se glissa à l'intérieur.
- Salut les gars !
Une vingtaine de paire d'yeux se tourna vers lui mais aucune n'appartenait à ses amis. C'étaient les élèves du Dungeon, entre enfance et adolescence, qui le dévisageaient avec insistance. Ginga se crispa. Il ne put s'empêcher de faire un pas en arrière, se souvenant malgré lui du piège que lui avait tendu Baihu – un gamin bien plus jeune qu'eux – avant de se reprendre. Il jeta un regard noir à Kyoya. C'était de sa faute ! Il l'avait rendu parano avec ses taquineries.
Rassemblant toute sa dignité, il leva la tête et fit un pas dans la pièce, ignorant le sourire moqueur qui avait courbé les lèvres de Kyoya. Au moins n'était-il plus focalisé sur l'attaque de Theta.
- Salut, est-ce que vous savez où se trouvent vos entraîneurs ?
Toujours pas de réaction. Apparemment, il allait devoir les chercher seul – il était certain que Kyoya ne lèverait pas le petit doigt pour l'aider : l'accompagner jusqu'ici était déjà un grand effort de sa part.
Des murmures s'élevèrent peu à peu et emplirent toute la salle. Soudain, les élèves se mirent à bouger puis Ginga se retrouva encerclé sans savoir comment. Le brouhaha se fit de plus en plus important. Il parvenait à grand peine à discerner quelques mots. Il croyait entendre son nom ainsi que celui de son ancienne équipe les Gan Gan Galaxy. Difficile d'être sûr.
- D-Du calme. Je comprends rien du tout !
Les enfants se turent tous en même temps, ce qui était bien plus effrayant que s'ils avaient continué de parler. Ginga déglutit.
- Vous êtes Ginga Hagane, déclara l'un d'eux.
- C'est ça.
Les yeux des enfants se mirent à briller.
- Vous avez fait équipe avec notre Coach pendant les Championnats du Monde ! Il nous en parle souvent.
- C'est vrai ?
- Oui ! Il dit que vous n'êtes pas trop nul et que vous avez gagné quelques matches importants.
Ginga fut tellement choqué qu'il faillit perdre l'équilibre. Il se redressa aussitôt.
- Quoi ? se vexa-t-il.
Quelques ? Seulement quelques ? C'était lui qui avait fait la plus grande partie du boulot ! Il ne s'était pas perdu dans les steppes de Russie, risquant de faire perdre toute l'équipe, ni n'était tombé dans les pièges ridicules de Sélène Garcia.
- Ce Masamune... il ne changera jamais... soupira-t-il.
- C'est rare de rencontrer des bladers qui ont participé aux Championnats du Monde. Vous voulez bien nous en parler ?
- Je n'ai pas le temps. Je suis juste passé voir de vieux amis.
- S'il vous plaît !
- Il vient de dire non. C'est pas assez clair pour vous ? grogna Kyoya, les fusillant du regard.
Ginga lui effleura le bras.
- Calme-toi Kyoya...
- Vous êtes Kyoya ? Kyoya Tategami ?
Kyoya leva la tête et les toisa avec tout le mépris dont il était capable.
- Pourquoi ? Ça vous pose un problème ?
- Vous êtes le blader qui n'a pas pu faire partie de la sélection japonaise ?
Ses yeux s'inondèrent de colère. Une grimace dévoila ses crocs. Ginga se plaça devant lui, prêt à l'arrêter si besoin. Il ne tenait pas à ce qu'une bagarre éclate maintenant. Encore moins à ce que Kyoya envoie Fang Leone contre des gamins qui n'avaient aucune chance contre lui.
- J'ai refusé de faire partie de la sélection japonaise. J'aurais pu. Vous le sauriez si vous faisiez des recherches vous-mêmes au lieu d'écouter...
- Kyoya.
Ginga sentait que ça allait dégénérer. Il lui prit le bras et le tira vers l'extérieur.
- On repassera plus tard ! Donnez le mot à vos coach !
Il entraîna Kyoya vers l'extérieur. Son compagnon jeta un regard noir au Dungeon. Il avait envie de réduire le centre d'entraînement en miettes. Ginga l'en éloigna avant qu'il ne mette sa menace silencieuse à exécution.
- Ce ne sont que des gamins...
- Ça ne leur donne pas le droit de me parler comme ça !
- Ils écoutent les histoires de leur coach...
- Justement ! Ça ne t'énerve pas qu'il te présente comme un simple faire-valoir ?
- C'est assez vexant, convint Ginga. Mais ce n'est pas une raison pour vouloir détruire le Dungeon.
- Tss ! Je pourrais vaincre tous leurs entraîneurs. En même temps.
- Kyoya...
- Quoi ? Tu ne me crois pas ?
- Je sais que tu en est capable, avoua Ginga en toute sincérité. Ce n'est pas une raison pour détruire le Dungeon, c'est tout.
Kyoya releva la tête.
- J'espère bien que tu le sais. Tu es mon rival : tu es censé savoir de quoi je suis capable mieux que personne.
- Et ton compagnon, ajouta Ginga, joueur.
Kyoya fit un geste de la main, signifiant que cela n'avait aucune importance. Une vague d'amusement envahit Ginga. Un sourire s'afficha sur son visage.
- Et si on cherchait un endroit où s'entraîner ?
Kyoya opina, tout son agacement s'étant envolé à la simple évocation de leur futur entraînement.
Ils s'éloignèrent du Dungeon à la recherche du terrain idéal. Il valait mieux qu'il soit désert et sans bâtiments, pour éviter les dégâts collatéraux. Pas facile quand on se trouvait dans une ville aussi habitée et moderne. Ils finiraient bien par trouver.
Ils entrèrent dans un parc. Ginga le balaya du regard. Il y avait de l'espace et peu de monde. L'endroit presque idéal. Ils s'en contenteraient.
Ginga conduisit Kyoya un peu plus à l'écart de la foule jusqu'à ce qu'ils soient seuls. Il s'arrêta.
- C'est bien ici.
- Hm.
Il donna un coup de coude taquin à Kyoya.
- Tu préfères qu'on continue de faire le tour de la ville jusqu'à ce qu'on trouve un endroit qui te convienne ?
- Ça ira, marmonna Kyoya.
Ginga tendit la main. Kyoya se crispa. Ginga haussa un sourcil.
- Tu te souviens de notre plan ?
- Oui.
Pourtant, il ne fit pas mine de bouger. Ginga le comprenait mais il pensait qu'il avait davantage confiance en lui.
- Tu veux qu'on change de plan ? lui proposa-t-il même s'il avait vraiment envie d'essayer son idée – ce serait tellement bien !
Kyoya secoua la tête. Il ouvrit sa sacoche et en sortit Leone. Il hésita un instant avant de le lui remettre. Ginga lui sourit, à la fois de remerciement et d'encouragement. Il entreprit de démonter Leone puis Pegasus. Il les remonta en échangeant les roues de fusion. Il prit un moment pour les regarder. Ça les changeait totalement, pourtant, leurs toupies restaient familières.
Ginga tendit Leone à Kyoya qui le prit précautionneusement. Il l'observa, les sourcils froncés, puis hocha lentement la tête.
- On commence l'entraînement ?
- Ouais !
Ginga courut sur quelques mètres puis fit volte-face, faisant face à Kyoya. Il lui montra son Fang Pegasus.
- Tu es prêt au combat ?
Un sourire souleva les lèvres de Kyoya tandis que Ginga prenait conscience de ce qu'il venait de dire. Il venait de zapper la partie entraînement. Bon. Tant pis. De toute façon, ils auraient fini par l'oublier. Autant déclarer franchement que c'était un combat dès le début.
Kyoya enclencha Samurai Pegasus dans son Lanceur.
- Toujours.
Ginga prit une profonde inspiration, l'adrénaline courant dans ses veines.
- Trois ! lança-t-il.
Le sourire de Kyoya s'accentua.
- Deux, gronda-t-il.
- Hé Ginga !
Les deux bladers se crispèrent. Ils échangèrent un regard. L'agacement transparut bien vite dans celui de Kyoya, qui dévoila ses crocs et se redressa. Ginga brisa leur contact visuel pour se tourner dans la direction de la voix. À quelques mètres de là, Masamune lui faisait de grands signes de la mai. À côté de lui se tenait King et derrière eux Toby et Zeo. Ginga fit la moue. Il était heureux de les voir mais ils auraient pu choisir un autre moment pour signaler leur présence. Il était sur le point de combattre Kyoya là !
- Tu ne dis pas bonjour à tes amis ? s'exclama King.
- Bonjour, répéta Ginga sans la moindre once d'enthousiasme.
Kyoya désigna la direction opposée au groupe d'un signe de tête. Ginga secoua la tête imperceptiblement. Il n'allait pas fuir juste après les avoir salués.
Une moue agacée s'afficha sur la visage de Kyoya. Dommage. La journée s'annonçait bien pourtant.
- Qu'est-ce que vous faites là ?
Kyoya croisa les bras avec agacement.
- Les élèves du Dungeon nous ont parlé de votre visite. En posant des questions aux passants, ça a été facile de vous retrouver.
- Vous n'êtes pas très discrets, se moqua Masamune.
- C'est toi qui dis ça ? marmonna Ginga.
- Vous vouliez nous parler ?
- Pas spécialement, contra Kyoya. Nous allons combattre. Vous nous dérangez.
Ginga réprima un sourire. Il avait toujours autant de tact.
- Ça ne vous dirait pas de nous affronter plutôt ? proposa King. Vous passez déjà tout votre temps ensemble ! Vous allez finir par vous ennuyer.
- Ça risque pas.
- Alors ?
- Hors de question.
Ginga ne répondit pas, plongé dans ses pensées. Kyoya fronça les sourcils.
- Tu n'es pas d'accord ?
- Ginga a envie de nouveaux adversaires, lui.
Un éclair blessé s'alluma dans les yeux de Kyoya. Ginga le rejoignit à grands pas. Il voulait lui parler avant qu'il ne s'énerve et qu'il n'en ait plus l'occasion.
- Ce n'est pas une mauvaise idée de se battre contre eux. C'est une bonne occasion de découvrir ce dont nos toupies sont capables.
- Nous n'avons pas besoin d'eux. On peut le découvrir nous-même.
Kyoya laissait transparaître une certaine animosité. Ginga lui frôla le bras pour attirer son attention. Lorsque Kyoya tourna son attention sur lui, sa colère s'amoindrit. Ginga n'en attendait pas tant. Il leva la main vers lui pour lui caresser la joue mais il rétracta son geste. Kyoya n'aimait pas les démonstrations d'affection en public. Ça lui donnait l'impression de dévoiler ses faiblesses aux autres.
Ginga serra le poing pour s'empêcher de toucher Kyoya et lui sourit, complice.
- On n'arrivera jamais à se contenter d'un entraînement et on se donnera à fond. Nous savons tous les deux comment ça va finir : nos toupies seront très abîmées et nous serons obligés de faire appel à Madoka.
Une lueur amusée brilla dans les prunelles de Kyoya. Le sourire de Ginga s'élargit et il se sentit fondre.
- Ça va nous ralentir pour vaincre la Nébuleuse Noire. On ne peut pas se le permettre.
Kyoya haussa les épaules. Malgré son indifférence apparente, il se laissait convaincre.
- Et puis, il n'y a pas si longtemps, tu voulais te battre contre eux.
Enfin, il voulait les éclater quelques minutes plus tôt.
- Je veux leur rabattre leur caquet, acquiesça-t-il.
- Tu vois ?
Un soupir bruyant se fit entendre. Masamune.
- C'est quoi toutes ces messes basses ?
- Rien. On se mettait d'accord. C'est tout.
- Alors ?
- Nous acceptons votre défi.
- Tout ça pour en venir là ? Vous auriez pu dire oui dès le début, tu ne crois pas ?
- Masamune, le réprimanda Zeo.
- Bah quoi. J'ai raison.
Ginga jeta un coup d'œil à Kyoya dont l'expression était partagée entre agacement et mépris. Il se demanda si quelqu'un d'autre détenait le secret de ces expressions nuancées. Kyoya donnait l'impression de pouvoir tout coupler avec l'agacement – heureusement vu que c'était l'expression qu'il arborait la plupart du temps.
- Il faut décider qui va combattre, déclara Toby avec un sourire. Nous sommes quatre après tout.
- Je peux tous vous affronter si vous y tenez, répliqua froidement Kyoya.
Le sourire de Toby disparut.
- Arrête ça Kyoya.
Le vert fronça le nez. Il avait visiblement quelque chose à ajouter.
- Kyoya.
Il soupira mais s'abstint de faire un commentaire.
- Je veux bien laisser ma place aux deux excités, déclara Zeo. Ça les calmera peut-être.
- À ta place, je n'espérerais pas, rit Toby. Mais je veux bien suivre ton idée : ça les occupera au moins.
- C'est déjà ça de pris.
Les "deux excités" ne semblèrent pas le moins du monde vexé par leur échange.
King s'approcha de Kyoya.
- Ça te dirait de combattre contre moi ? Tu me dois une revanche il me semble.
- Tu rêves.
Kyoya et King s'éloignèrent. Il parvenait à donner l'impression que c'était une corvée d'aller le combattre.
- On a fait quelque chose de mal ? s'inquiéta Toby.
- Non, le rassura Ginga. Notre étape en Afrique ne s'est pas aussi bien passée que prévu. Ça n'a rien à voir avec vous.
- Il s'est passé quoi ?
Avant que Ginga ne puisse répondre, Masamune jaillit devant lui. Il sursauta.
- Tu dois m'affronter. Tu auras tout le temps de discuter après.
- Si tu y tiens.
Ginga et Masamune s'éloignèrent de Toby et Zeo. Le rouquin en profita pour jeter un coup d'œil à son compagnon. Celui-ci avait déjà commencé son combat contre King. Il se concentrait entièrement sur Leone. D'après ce que Ginga voyait, il le maîtrisait bien. Il détacha difficilement son regard de lui. Il voulait voir son match et comment il se débrouillait avec son nouveau Leone mais il devait se concentrer sur son propre duel et sur son nouveau Pegasus.
Il s'arrêta et regarda sa toupie, prêt à faire des étincelles. Il était sûr qu'ils pourraient y arriver.
Empli d'assurance, il releva la tête.
- On y va ?
- Quand tu veux.
Masamune et lui se mirent en position d'attaque. Ils scandèrent leur décompte puis lancèrent leurs toupies. Ginga ne quitta pas Pegasus des yeux. Son équipier était similaire à d'habitude et pourtant différent. Ginga ne lutta pas contre cette différence. Il l'intégra au duo parfait que Pegasus et lui formaient habituellement.
Striker frappa Pegasus qui ne sembla pas subir de dégâts. Évidemment. Il avait pris le type défense.
- Qu'est-ce que tu as fait à Pegasus ? s'étonna Masamune.
- Kyoya et moi avons décidé de tenter une nouvelle tactique.
- Tu crois que tu peux te permettre ce genre de légèreté dans un combat contre moi ?
- Sans problème !
Alors que Striker voulait de nouveau frapper Pegasus, ce dernier esquiva et l'attaqua. Ginga eut un sourire fier. Ils formaient toujours une aussi bonne équipe. Alors qu'il voulait fanfaronner, Pegasus repoussa son adversaire jusqu'à un arbre. Ginga tenta de faire dévier Pegasus mais il continua d'attaquer sans l'écouter. Il tenta d'enfoncer son adversaire dans l'écorce.
- À quoi tu joues ? s'agaça Masamune.
L'expression de Ginga s'assombrit. Il ne répondit pas. Il devait se concentrer. Il pouvait y arriver. Ils y arriveraient. Pegasus et lui formaient la meilleure des équipes.
Il prit une profonde inspiration puis souffla lentement.
- Pegasus.
Son bey recula puis vint se placer devant lui pour attendre ses instructions. Ginga eut un sourire.
- Le combat peut commencer, déclara-t-il.
- Ça fait un moment que le combat a commencé, s'agaça Masamune. Striker !
Le spectre d'une licorne apparut et se mit à galoper vers eux.
- Pegasus !
Le spectre de sa toupie apparut. Pegasus baissa la tête et rentra son cou dans ses épaules. Il fixait Striker comme un félin guettant sa proie. Sa queue fouetta l'air. Il étendit ses ailes aux plumes hérissées, se donnant un air plus imposant. Sa crinière plus ébouriffée que jamais partait dans tous les sens. Il faisait un bruit étrange... comme un grognement. Pegasus grognait.
Quand Striker se trouva près de lui, Pegasus esquiva le coup et lui mordit la nuque. Il le secoua entre ses mâchoires et le jeta au loin.
Ginga se demanda si son idée était si bonne finalement.
XXX
- Leone !
Le bey se jeta sur Vari-Ares avec sa nouvelle puissance, bien différente de celle qu'il possédait d'ordinaire. Kyoya s'y était habitué, il gagnerait avec elle mais ce n'était plus vraiment Leone. Il ne voulait se battre qu'avec lui et n'utiliser que sa force. L'idée de Ginga était bonne mais elle ne leur correspondait pas.
- Bouclier d'Ares !
Leone percuta la défense puissante de son adversaire. Kyoya grimaça. King éclata de rire.
- Tu es toujours un adversaire aussi intéressant !
Kyoya plissa les yeux. Il ne pouvait pas utiliser les techniques habituelles de Leone pas plus que celles de Pegasus. Il devait trouver autre chose...
Une étincelle l'électrisa. C'était un véritable défi. Il le relèverait et écraserait King. C'était ainsi qu'il se battait.
Vari-Ares reprit son mode attaque et frappa Leone qui recula. Son spectre apparut. Il portait une armure. Kyoya en fut perplexe. Quel genre de lion portait une armure ? La pièce dorsale arborait deux motifs d'ailes. Les ailes de Pegasus...
Kyoya eut une idée.
- Vari-Ares : épée tonnerre du King !
Le bey rouge frappa Leone et le propulsa dans les airs. Un demi-sourire féroce étira les lèvres de Kyoya. Parfait.
Leone bondit sur son adversaire, percutant violemment le bord de la roue de fusion qui s'enfonça dans le sol. Vari-Ares fit de son mieux pour garder l'équilibre. Sans succès. Leone prit de l'élan et lui porta des coups successifs, l'empêchant de reprendre son souffle. Il s'éleva à nouveau dans les airs puis frappa son ennemi de toutes ses forces, aidé par la gravité.
Kyoya regarda avec attention Vari-Ares cesser de tourner avant de récupérer Leone d'un mouvement vif.
- J'ai perdu ? Oh...
Un bruit fracassant se fit entendre. Un nuage de poussière s'éleva. Kyoya leva instinctivement son bras devant son visage et plissa les yeux. Quand la poussière se dissipa, il baissa le bras. Un arbre gisait de tout son long sur le sol, séparant Ginga de Masamune. Le rouquin adressa un regard surpris à sa toupie avant de se percher sur la pointe des pieds pour tenter de voir son adversaire. Kyoya ne le voyait pas non plus.
- Masamune ? Ça va ?
- T'es complètement cinglé ou quoi ? s'énerva l'interpellé. Où t'as vu que c'était une façon de combattre ?
Ginga glissa un regard accusateur vers Kyoya qui ne se sentit nullement concerné. C'était sa manière de combattre et alors ? Il était un lion, le roi de la nature : il devait se battre avec toute la force et toute la sauvagerie dont il était capable. Quelques dégâts étaient inévitables. C'était même une bonne manière de déstabiliser l'adversaire et de prendre l'avantage sur lui.
- Et dire que Pegasus a pris le type défense, soupira Ginga.
- C'est quoi cette toupie défense qui détruit tout sur son passage ? continua de s'énerver Masamune.
- C'est toujours mieux qu'une toupie attaque qui n'est pas foutue de faire un minimum de dégâts, s'agaça Kyoya.
Personne n'avait le droit de critiquer son Leone ni sa manière de combattre.
Ginga se tourna vers lui, un air interrogateur sur le visage. Kyoya lui indiqua un arbre du pouce.
- Je voulais le détruire.
- Pourquoi ?
Kyoya leva les yeux au ciel. C'était d'une telle évidence.
- Pour le faire tomber sur Vari-Ares.
- Tu peux pas te battre normalement ?
Ginga regarda Pegasus, songeur.
- Maintenant que j'y pense... Pour les systèmes Synchrome, il faut que les deux bladers mettent leur volonté dans la même toupie. C'est pour ça que Pegaus n'a pas tout le temps obéit à mes ordres : il écoutait les tiens aussi. Évidemment. Ça ne peut fonctionner que si nous combattons le même ennemi avec la même stratégie.
Il posa un regard joueur sur Kyoya.
- J'imagine que tu n'es pas prêt à faire équipe à ce point.
- Je ne joue pas les seconds rôles.
Ginga eut l'audace de rire.
- Je me doutais que tu dirais un truc comme ça.
- Parce que tu le ferais toi ?
- Peut-être, pour faire équipe avec toi.
Sa sincérité troubla Kyoya, comme toujours. Il détourna légèrement les yeux, incapable d'affronter son regard plus longtemps.
Ginga s'approcha de lui.
- C'était intéressant.
- Tu es le seul à penser ça, maugréa Kyoya.
- Au moins, on a réussi à déstabiliser nos adversaires, déclara Ginga sans conviction en regardant le paysage désolé qui l'entourait.
Il semblait déstabilisé lui aussi.
- Tu sais que Pegasus a mordu Striker ? Il se prenait pour un grand fauve. Il grognait et tout.
Kyoya essaya de se représenter la scène. Ça aurait été divertissant à regarder, un Pegasus comme ça. Il aurait bien aimé le voir en action si ça ne signifiait pas attendre avant de récupérer Fang Leone. Il regarda avec autant de méfiance le paysage presque intact autour de lui.
- Je veux récupérer mon Leone.
Ginga opina lentement. Kyoya lui tendit Leone. Après quelques manipulations, Ginga le lui rendit. Le véritable Leone. Kyoya se détendit.
Il le serra entre ses doigts et leva les yeux vers Ginga qui souriait.
- Et si on allait manger des hamburgers ?
Kyoya renifla, mi-amusé mi-résigné.
- Pourquoi pas.
Il savait bien que leur visite aux États-Unis finirait comme ça.
Fin du chapitre 6
J'avais trop envie d'imaginer ce que donnerait le système Synchrome avec Leone et Pegasus. J'y ai pensé dès que j'en ai entendu parler. Ça aurait été la toupie ultime. Dommage que Leone n'ait pas évolué en toupie Synchrome (même si j'adore Fang Leone, Samurai Pegasus est devenu superbe!).
