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Chapitre 9 : Un dédale de pièges
Ginga avança vers le stadium creusé au centre de la pièce. Il s'arrêta à quelques pas de la zone de combat. De l'autre côté, se tenait un blader qu'il ne pouvait que reconnaître.
- Qu'est-ce que tu fais là Reiji ? demanda-t-il d'un ton froid.
Tithi s'approcha de lui.
- Tu connais ce type flippant ?
- Il travaille pour la Nébuleuse Noire et utilise le Beyblade pour faire souffrir les autres, lui expliqua Ginga.
Son poing se serra. Il avait fait souffrir plusieurs de ses amis – Hyoma, Yû, Kenta – et, même s'il l'avait déjà vaincu, il ne le lui pardonnerait pas. Il était soulagé que Yû ne soit pas avec eux. Il avait un comportement si lumineux d'ordinaire. Il détestait le voir assombri par de mauvais souvenirs.
- Tu n'as pas répondu, reprocha-t-il à Reiji. Qu'est-ce que tu fais là ?
Le Serpent fit un sourire dément. Il se tenait voûté, comme à son habitude, et ses cheveux retombaient devant son visage, ne parvenant toutefois pas à cacher son expression malsaine.
- J'ai eu besoin de temps pour me remettre de ccce que tu m'as fait ssssubir.
- Je t'ai seulement vaincu. Je suis prêt à recommencer s'il le faut.
- Tu n'as pas changé.
- Toi non plus.
Reiji commença à rire. Les sourcils de Ginga se froncèrent. Ça ne lui plaisait pas. Il ne comprenait pas pourquoi il réapparaissait maintenant, après toutes ces années d'absence.
Reiji leva lentement le bras et le pointa du doigt.
- Je veux me battre contre toi et finir cccce que j'avais failli réussssir la dernière fois.
- Tu peux toujours espérer. Je ne perdrai jamais contre quelqu'un comme toi.
D'une main, il prit son lanceur, de l'autre Pegasus. Il se prépara au combat.
- Je suis prêt. C'est quand tu veux.
Reiji siffla avant de décrocher son lanceur de sa ceinture et de le braquer devant lui.
- Trois ! Deux ! Un !
La main de Ginga se serra autour de la poignée du lanceur. Les muscles de son bras se tendirent tandis qu'il anticipait son futur mouvement, si familier.
- Hyper... !
- ...vitesse ! termina la voix de Tithi.
Un éclair jaune frôla Ginga et termina sa course dans le stadium. Quetzacoatl. Ginga suspendit son mouvement. Il ne projeta pas sa toupie. Il ne s'engageait jamais dans un combat inégal. Son honneur de blader le lui interdisait. Même si quelqu'un comme Reiji – il ne pouvait tout simplement pas le considérer comme un blader – ne méritait pas un combat à la loyale.
Tithi se jeta en avant et bouscula Ginga qui recula de quelques pas. L'adolescent sautillait d'un pied sur l'autre. Un énorme sourire fendait son visage d'ordinaire si réservé. Son esprit de blader s'enflammait déjà alors que sa toupie ne faisait qu'avancer sur les parois de l'arène.
- Désolé Gingy mais j'ai vraiment trop envie de combattre !
- Ce n'est rien... soupira Ginga.
À part que ça faisait des jours qu'il traquait la Nébuleuse Noire et qu'il attendait une occasion comme celle-là afin de se battre avec Pegasus. Au moins, vu l'enthousiasme de Tithi, il ne risquait rien de la part de Reiji.
- Merci, merci, merci ! Je te décevrai pas !
Les épaules de Ginga s'affaissèrent. Il ne lui avait rien demandé. Lui, tout ce qu'il voulait, c'était faire des combats et...
...et passer du temps avec Kyoya.
Malgré lui, l'inquiétude qu'il avait réussir à enfouir se réveilla. Il savait que Kyoya allait bien : non seulement il le sentirait s'il lui arrivait quelque chose mais Kyoya était parfaitement capable de se défendre seul et il se vexerait si jamais il apprenait que Ginga s'inquiétait tant pour lui. Il considérerait qu'il n'avait pas confiance en sa force, même si c'était faux. Pourtant, malgré tous ces arguments logiques, impossible de faire taire cette voix insistante qui lui demandait où son compagnon se trouvait et comment il allait alors qu'il était incapable d'avoir une véritable réponse.
Ginga secoua la tête. Il ne pouvait pas se permettre de rêvasser ici. Que dirait Kyoya s'il le voyait faire si peu attention dans l'antre de leur ennemi ? En fait, Ginga connaissait la réponse. Il le lui reprocherait et serait déçu par son attitude. Et il aurait raison. Il devait rester sur ses gardes. La Nébuleuse Noire était retorse. Elle risquait à chaque instant de lui tendre d'autres pièges. Il devait se tenir prêt. Il ne parviendrait pas à les éviter tous mais il pourrait les affronter en face et aurait ainsi bien plus de chances de s'en sortir.
Ginga s'obligea à se concentrer sur l'instant présent. Surexcité, Tithi bondissait sur place pendant que sa toupie pourchassait Serpent. Comme à chaque fois qu'il combattait, il s'était métamorphosé. Sa timidité habituelle était complètement effacée par sa passion du combat. Son enthousiasme mettait déjà à mal la stratégie – si on pouvait appeler ça ainsi – de Reiji qui ne pouvait ni l'effrayer ni abîmer sa toupie – celle-ci étant de constitution bien trop solide. Tithi était l'incarnation même de son pire cauchemar. Ginga le comprit en quelques secondes et il ne le plaignait pas. Reiji mériterait amplement sa défaite – et bien plus encore.
Reiji commençait à comprendre la situation lui aussi. Son expression se crispait et ses yeux allaient et venaient entre Tithi et sa toupie.
- Ssserpent ! Attaque de la Méduse !
Quetzacoatl s'immobilisa. Tithi fit de même. Il fixait sa toupie en clignant de ses grands yeux mauve. Une grimace triomphante déforma les lèvres de Reiji. À sa place, Ginga ne crierait pas victoire trop vite...
- C'est une attaque aux ondes sonores, c'est ça ? analysa Tithi. Elle n'est pas aussi puissante que les attaques de Libra.
Quetzacoatl se mit à vibrer, créant des ondes sonores différentes. Il repoussa sans mal les attaques de Serpent. Une fois libéré de son emprise, il se rua vers son ennemi et le harcela de coups. Les yeux de Tithi se remirent à briller.
- J'adore le Beyblade ! s'écria-t-il.
Ses coups successifs entamaient progressivement l'endurance de Serpent qui tourna de plus en plus lentement. Bientôt, sa vitesse ne fut plus suffisante pour assurer son équilibre. Il cessa tout simplement de tourner.
- C'est tout ? demanda Tithi, déçu. J'aurais voulu combattre plus longtemps.
C'était une fin de duel peu reluisante. Surtout que Quetzacoatl continuait de tourner avec vigueur.
- Tout le monde n'a pas fait de progrès.
Il semblerait même que Reiji n'ait pas du tout progressé ces dix dernières années. C'était étrange mais ça expliquait pourquoi Tithi l'avait battu aussi facilement.
Reiji tomba à genoux, l'air dévasté par cette défaite.
- Pas... encore...
Ginga avisa une porte derrière le vaincu, de l'autre côté de la salle. Peut-être menait-elle vers le centre du complexe, là où étaient réunis les informations importantes de la Nébuleuse Noire. Là où se trouvait Doji.
Il n'y avait qu'un seul moyen de le savoir.
- Allons-y Tithi.
Ginga contourna l'arène en trottinant. Il dépassa Reiji sans lui prêter attention. Il n'avait pas pensé une seule fois à lui pendant les dix ans où il avait disparu, ce n'était pas maintenant qu'il allait commencer à s'inquiéter pour lui.
Tithi leva la main. Quetzacoatl vint se nicher dans sa paume. Il rejoignit Ginga, de nouveau sérieux et presque renfermé maintenant que le combat était terminé. Ginga attendit qu'il soit à côté de lui pour refermer ses doigts sur la poignée et appuyer. La porte s'ouvrit sur un autre couloir. Ginga regarda des deux côtés. Personne. Il s'y engagea, Tithi sur les talons. La porte se referma avec un claquement derrière eux.
- On fait quoi maintenant ?
- On avance.
Ils n'avaient pas vraiment le choix. Il espérait juste qu'ils tomberaient vite sur Kyoya. Et Yû.
Ginga se mit en route. Leur lente progression lui rappelait beaucoup celle qu'ils avaient terminé moins d'un quart d'heure plus tôt, avant de tomber sur la salle de Reiji. Tous les couloirs se ressemblaient tant qu'il lui était impossible de savoir s'il revenait sur ses pas ou s'il progressait. Il pourrait tourner en rond pendant des heures, sans même s'en rendre compte.
Cette pensée ne lui plaisait pas. Ils avaient perdu assez de temps dans leur traque de la Nébuleuse Noire avec des fausses pistes. Il se réconforta en songeant que Doji avait certainement mis au point un plan plus tordu pour l'arrêter que le laisser errer à l'infini dans des couloirs.
Même s'il ne savait pas qu'il pouvait exister autant de surface de couloirs en un seul et même endroit.
Alors qu'il marchait depuis une bonne dizaine de minutes et qu'il essayait de relativiser – ils n'avaient jamais été aussi près du but depuis le début de leur voyage –, son pied s'enfonça d'un centimètre dans le sol. Ginga se figea, n'osant plus bouger. Normalement, s'il ne bougeait pas, le piège ne pouvait pas se déclencher.
Il entendit un déclic. Ses épaules s'affaissèrent. Voilà. Ça lui apprendrait à prier pour de l'action alors qu'il se trouvait en terrain ennemi.
Un choc derrière lui le poussa à se retourner. Il y en eut un autre, puis un troisième, puis ce fut un déferlement toujours plus proche. De petits objets tombaient du plafond et traversaient le sol. Il fallut un moment à Ginga pour réaliser qu'il s'agissait de toupies. Un autre pour se rendre compte qu'elles se rapprochaient de plus en plus et qu'il ne leur faudrait pas longtemps pour le transpercer lui. Voilà qui ressemblait bien plus à la Nébuleuse Noire qu'il connaissait. Il devait être sur le bon chemin.
Il attrapa le bras et Tithi qui s'était lui aussi arrêté, fasciné par ce spectacle, et le poussa en avant.
- Cours !
Il s'empressa de suivre son propre conseil. Les bruits s'éloignèrent peu à peu. Ils parvenaient à les distancer. Plus que quelques mètres et ils seraient hors de danger...
Progressivement, les chocs gagnèrent du terrain. Ginga jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Il pouvait voir les couleurs des toupies et presque reconnaître leurs roues de fusion. Il ne comprenait pas. La cadence de lancement n'avait pas accéléré.
Pris d'un doute, Ginga baissa la tête. C'était une impression ou le sol se relevait peu à peu... ?
Tithi et lui prirent de la vitesse mais le sol se soulevait, les ralentissant de plus en plus. Bientôt, ils feraient machine arrière.
Les mollets douloureux, Ginga attrapa son lanceur d'une main et sa toupie de l'autre. Ce mouvement compromit son équilibre déjà fragile dans la situation présente. Il enclencha Pegasus dans son lanceur juste avant de tomber et de glisser vers le bas, bien trop vite à son goût. Il se retourna sur le dos et envoya sa toupie de toutes ses forces. Son coude heurta le sol mais il n'avait pas le temps de faire attention à la douleur qui se répercuta dans son bras. Pegasus décrivit un arc de cercle et fendit le plafond, où se trouvait le système qui contrôlait la projection des toupies. Il y eut un grésillement, des étincelles puis de la fumée. Les toupies cessèrent de pleuvoir. Ils avaient réussi à déjouer ce piège.
Ginga se laissa glisser jusqu'à un pan de couloir qui était droit. Il se leva tandis que Tithi arrivait à côté de lui. Il ne leur restait plus qu'à revenir sur leurs pas...
Avec un soupir, Ginga marcha en prenant garde à éviter les trous laissés par les toupies. Il ne manquerait plus qu'il trébuche ou qu'il se coince quelque part, devenant à la merci de n'importe quelle attaque.
Il attrapa Pegasus sans cesser d'avancer. Tithi marchait à ses côtés. Le bruit de leurs pas de répercutaient dans le silence et leurs échos les précédaient.
Ils dépassèrent la porte qui menait au stadium et continuèrent leur route. Le couloir forma un angle qu'ils furent obligés de suivre. Ginga commençait à trouver le temps long. Ils devraient bien finir par arriver quelque part, non ?
Un éclair noir fusa devant son visage. Il fit un bond en arrière. Des cavités s'ouvrirent sur les deux murs, dévoilant des propulseurs de toupie automatiques. Ils les mitraillèrent. Ginga se jeta à plat ventre sur le sol, les mains plaquées derrière le crâne. Avec un cri, Tithi fit de même.
Cinq longues minutes passèrent avant que leurs réserves ne soient épuisées. Ginga se redressa vivement. Il attrapa le col de Tithi et l'obligea à se lever. Ils coururent de toutes leurs forces et franchirent une dizaine de mètres en une poignée de secondes. Un vrombissement leur indiqua que les propulseurs avaient rechargé leurs réserves. Ils se remirent à mitrailler.
Hors de danger, Ginga se retourna, le souffle court. Tant de toupies fusaient qu'il distinguait à peine l'autre bout du couloir.
En face de lui, Tithi prenait de grandes inspirations en essayant de retrouver son souffle.
- Est-ce que... c'est comme ça... à chaque fois ?
- Plus ou moins.
L'adolescent s'appuya contre le mur.
- C'est fatiguant.
Il s'y enfonça avec un grincement. Il ouvrit de grands yeux surpris et affolés. Ginga se crispa. Sa main se posa sur son lanceur. Qu'est-ce qui les attendrait cette fois ?
Il y eut un bruit sourd. Il tourna la tête vers son origine. Une gigantesque toupie venait dans leur direction avec un sifflement. Elle occupait tout l'espace du couloir. Derrière eux, les centaines de toupies continuaient de fendre l'air. Il n'y avait aucun moyen de lui échapper.
Tithi se mit à courir en rond. Ginga fit un pas en arrière pour lui laisser de la place. Est-ce qu'une attaque spéciale pourrait vaincre cette chose ? Il n'y avait qu'un seul moyen de le savoir.
Il prit son lanceur et le dirigea vers l'énorme toupie. Il n'aurait pas plusieurs chances de la vaincre.
Ginga entendit un craquement sec au loin. Il n'avait pas le temps de s'en préoccuper. Il devait attendre le bon moment pour lancer Pegasus.
Le sol céda sous ses pieds. Il tomba. Encore. Il était trop stupéfait pour crier. Il y avait combien de sous-sols dans ce complexe ?
Un bruit sourd indiqua que la toupies géante s'était écrasée. Ça leur faisait un problème de moins à gérer.
Il s'exclama à peine en percutant le sol malgré la douleur – il avait l'impression que son corps n'était plus qu'un immense bleu. Il serait dans un triste état demain.
En même temps, si tout se passait bien, demain il serait chez lui et Kyoya s'occuperait de lui – entre deux moqueries, bien sûr. Ce serait si bien...
Il se leva, le corps douloureux, et leva la tête vers le plafond avec défi. L'agacement commençait à se faire sentir en lui – et pas seulement à cause de l'influence de Kyoya.
- C'est tout ?! Pas d'autre pièges ?
Des jours qu'il les pourchassait – et espérait combattre – et voilà comment il était récompensé. Par des pièges. Innombrables et successifs. Si ça continuait ainsi, Doji aurait le temps de lui échapper. Peut-être que c'était déjà fait même.
Tithi se remit sur ses pieds d'un bond, l'air inquiet.
- Tu es sûr que c'est une bonne idée de les provoquer Gingy ?
Tous les pièges qu'ils avaient traversé avaient quelque peu refroidi son enthousiasme. Sa victoire écrasante contre Reiji semblait déjà bien loin.
Les épaules de Ginga s'affaissèrent. Il ferait mieux de se concentrer sur leur objectif. C'était tout ce qui comptait pour l'instant.
- Peut-être pas.
Il soupira.
- D'accord. Il nous reste plus qu'à repartir.
Ils n'avaient pas d'autres choix de toute façon. Ils s'éloignèrent. Ils traversèrent une succession de salles plutôt vastes. La méfiance de Ginga, toujours alerte, s'accrut peu à peu. Tout était trop calme. Il n'y avait pas une personne, même pas un bruit hormis ceux de leurs pas et de leur respiration. Ce calme, après tout ce qu'ils avaient traversé, ne présageait rien de bon.
Enfin, son oreille capta un bruit. Il s'arrêta pour pouvoir mieux l'identifier. Des bourdonnements d'ordinateur. Il se remit en route, cherchant leur origine. Il arpenta la pièce en long, en large et en travers. Ils provenaient de l'autre côté d'un mur où il n'y avait aucune porte. Ginga laissa ses mains courir sur les carreaux jusqu'à en trouver un qui lui parut différent. Il appuya dessus. Il se tendit en attendant sa réaction. Il pouvait s'agir d'un nouveau piège, après tout.
Plusieurs carreaux fondirent dans les autres avec un chuintement, créant une ouverture assez haute et assez large pour laisser aisément passer un adulte.
Ne se posant pas plus de questions, Ginga entra. Une faible luminosité bleutée occupait la salle. Elle vacillait selon les crépitements des ordinateurs qui occupaient chaque espace de la pièce.
Ginga enjamba un paquet de fil et progressa dans la salle. Il eut beau regarder tout autour de lui, il n'y avait rien qui pourrait l'aider. Il n'était pas Madoka. Il n'y connaissait rien en informatique. Il ne pourrait extraire aucune information de ces machines. La pièce dans laquelle il se trouvait, cependant, devait être importante. Elle ne serait pas si bien protégée et équipée sinon. C'était sans doute pour ça tous les pièges : Doji ne voulait pas que les personnes non-autorisées y accèdent. Il avait tendance à surprotéger ce qu'il considérait comme important.
Mais quelque chose clochait. Il le sentait.
Ginga regarda tout autour de lui. Il n'y avait rien d'autre que des ordinateurs. Peut-être qu'il devenait parano. Ou alors Merci se cachait dans l'un d'eux prêt à leur tendre une embuscade ?
Il se pencha vers l'un des écrans. Celui-ci continua de grésiller sans changements notables. Il se redressa, perplexe. Ça ne pouvait pas être aussi calme.
Un immense fracas retentit. Le mur opposé au sien s'effondra sur lui-même. Ginga fit un bond en arrière tandis que les gravas roulaient jusqu'à ses pieds. Des ordinateurs éventrés et des câbles lacérés laissèrent échapper quelques étincelles. Un nuage de poussière et de fumée rampa sur le mur, camouflant l'ouverture. D'un geste vif, Ginga prit son lanceur, y enclencha Pegasus et le brandit devant lui. Si quelqu'un – ou quelque chose – tenait à l'attaquer, il réagirait aussitôt.
Une toux se fit entendre.
- T'étais obligé de faire ça, Yoyo ?
Le cœur de Ginga manqua un battement puis l'espoir fleurit en lui. Il baissa les bras, sans lâcher son lanceur – on n'était jamais trop prudents. Ses yeux grand ouverts fixaient le nuage de poussière. Il ne comptait pas manquer un seul détail.
- Arrête de m'appeler Yoyo, soupira la voix de Kyoya avec agacement.
Une silhouette qu'il connaissait parfaitement apparut dans le nuage de fumée.
- Si je ne l'avais pas fait, on aurait dû faire demi-tour.
Puis Kyoya se matérialisa devant lui. Ginga le détailla avidement. À part des vêtements froissés, il semblait aller parfaitement bien. Aucune blessure ne transperçait sa peau, aucune douleur ne transparaissait dans son expression. Le soulagement de Ginga fut si intense et brutal qu'il vacilla. Ce fut à ce moment que Kyoya le remarqua. Ses yeux d'un bleu intense le parcoururent, vérifiant son état. Ginga eut un sourire attendri. Il n'était visiblement pas le seul à s'être inquiété.
- Tu comptes m'attaquer ? demanda Kyoya en désignant son lanceur d'un signe de tête.
Ginga baissa les bras un peu plus.
- Je n'étais pas sûr que c'était toi.
Yû choisit de moment pour sortir du nuage de fumée. Il prêta à peine attention au couple, préférant se ruer vers son ami.
- Tithi !
- Yû ! Tu n'as rien ?
- Non. Même si ça n'était pas de tout repos de voyager seul avec Yoyo. Enfin, tu sais ce que c'est.
- Oui, soupira Tithi. Yoyo a vraiment un mauvais caractère.
- Ne m'appelez pas Yoyo.
Ginga ne pouvait qu'admirer sa persévérance : dix ans qu'il connaissait Yû et il s'obstinait à refuser le surnom qu'il lui avait donné – pendant que Yû, évidemment, continuait joyeusement à l'utiliser.
- Ça a dû être plus sympa pour toi avec Gingy.
- Oui ! En plus j'ai pu me battre tout à l'heure !
- Ah oui ?
- Ouais. C'était contre un certain Reji ou Leji. Je sais plus.
Les yeux de Yû s'écarquillèrent.
- Reiji ?
- C'est ça.
- Nous, on a rencontré Damian.
Ginga ressentit une vague de surprise. Il retourna son attention sur son compagnon. Ils n'avaient plus entendu parler de lui depuis des années. C'était étrange, ces anciens ennemis qui réapparaissaient d'un coup.
- Vraiment ?
- Il a été facile à battre, déclara Kyoya avec une pointe de déception dans la voix. En même temps, je ne vois pas ce que Doji peut espérer en nous mettant face à des bladers qu'on a déjà écrasé. Ils ne peuvent pas gagner. Même pas nous ralentir. C'était vraiment trop facile d'arriver ici.
Ginga tiqua.
- Facile ?
- Ça manquait de pièges.
- Comment ça "ça manquait de pièges" ? Vous êtes passés par où au juste ?
- Par les escaliers.
- Des escaliers ? Il y avait des... escaliers ?
Les sourcils de Kyoya se froncèrent tandis qu'il le scrutait. Il essayait de comprendre son ton affligé. Il n'eut pas besoin d'explication : son regard s'éclaira et se lèvres tremblèrent avant de s'incurver légèrement en un sourire moqueur.
- Tu veux dire que tu es tombé deux fois de suite dans le même piège ?
- Tombé est bien le mot, murmura Tithi en se frottant le bras.
- Tu essayes de battre un record ?
- Ça n'a rien de drôle.
- Je me demande dans quels ennuis tu serais si je ne t'avais pas accompagné.
Ginga résista à grand mal à son instinct premier qui était de croiser les bras et de faire la moue. Les insinuations de Kyoya étaient vexantes, même s'il s'y attendait.
- Tu devins prévisible, marmonna-t-il.
Kyoya le regarda avec un air supérieur avant de se remettre à observer la pièce. Il devint songeur.
- Quand même, pourquoi nous pousser à affronter des gens que nous avons déjà vaincu ?
Ginga soupira.
- Je vois ce que tu veux dire. Ça paraît un peu trop facile.
Un rire résonna dans la pièce. Ginga se crispa. Malgré les grésillements, il ne pouvait que le reconnaître. Il leva la tête. Tous les écrans clignotèrent. Ils s'éteignirent, plongeant la salle dans le noir. Ginga était tendu. Ça ne pouvait signifier qu'une chose : Doji savait où ils étaient.
Le rire continua de se répercuter entre les murs. Il n'avait rien de joyeux – seulement une moquerie froide. Ginga s'avança dans la pièce. Les ordinateurs s'allumèrent tous en même temps et formèrent en une immense mosaïque le visage de Doji. Ginga grimaça. Ce nouveau face à face ne se passait pas comme prévu. Doji pouvait être n'importe où. Peut-être qu'il n'avait jamais été dans ce bâtiment, que tout ceci n'était qu'un immense piège particulièrement élaboré.
- Qu'est-ce que tu mijotes Doji ? s'agaça Ginga.
- Tu n'as donc toujours rien compris ? Je veux la même chose que la dernière fois : ta destruction totale. Ça a été si simple de t'amener ici.
Il regarda Kyoya puis Yû et Tithi.
- En plus, tu as amené des amis à toi. Ce n'en sera que plus amusant. Ha ha ha !
Il les dévisagea avec un rictus de mépris.
- Ne t'en fais pas : je ne serai pas loin pour te voir ne pas sortir de mon piège. Ha ha ha !
- Doji ! grogna Ginga.
Soudainement, le sol se mit à vaciller. Ginga se campa sur ses deux pieds pour assurer son équilibre. Des craquements résonnèrent au-dessus de leurs têtes. Des fissures lézardèrent le plafond, formant des figures complexes prêtes à se détacher et à leur tomber dessus.
- Hyper vitesse !
Ginga sursauta. Leone détruisit les écrans, faisant disparaître Doji, puis se réceptionna sur le sol.
- Partons. Nous n'avons pas de temps à perdre.
- Tu as raison.
Kyoya se précipita hors de la salle, Leone avançant à ses côtés. Yû et Tithi le suivirent. Ginga ferma la marche. Il voulait s'assurer que tout le monde s'en sortirait indemne. Derrière eux, le plafond s'effondrait.
Kyoya les conduisait sans une seule hésitation parmi les salles et les couloirs jusqu'à des escaliers. Ginga entendit des craquements sur leur gauche. Il envoya Pegasus réduire en miettes un pan de mur qui voulait s'effondrer sur eux.
Ils grimpèrent les marches, lui et Kyoya à l'affût du moindre danger. En tête de leur groupe, Kyoya se figea. Yû et Tithi l'imitèrent. À moins de deux mètres des escaliers, le sol était effondré. Leone percuta le mur le plus proche et le perfora. Ils passèrent par l'ouverture ainsi créée et se remirent à courir. Ils n'avaient pas un instant à perdre.
Ils s'engagèrent dans un nouveau couloir. Il ne leur restait plus qu'un étage à gravir pour se retrouver à l'extérieur et être de nouveau en sécurité. Ginga ne reconnaissait pas du tout l'endroit dans lequel ils progressaient mais il avait une confiance aveugle en Kyoya et en sa capacité à les sortir de là.
Ils débouchèrent dans un immense hangar, baigné de lumière naturelle. Le toit avait été rétracté. Deux hélicoptères s'y trouvaient, bien qu'il y ait suffisamment de place pour beaucoup d'autres. Ginga s'en inquiéta. Peut-être qu'il y en avait eu d'autres mais que Doji et ses hommes les avaient pris pour s'enfuir.
Il tendit l'oreille. Il n'y avait plus aucun bruit. Cet endroit ne semblait pas atteint par la destruction méthodique du complexe. Sûrement pour laisser à la Nébuleuse Noire le temps de fuir.
L'idée énervait Ginga. Ça voulait dire qu'ils avaient fait tout ce chemin pour rien. Mais, au moins, Kyoya et ses amis n'étaient plus en danger.
Kyoya s'immobilisa. Ses yeux se plissèrent et fixèrent l'un des hélicoptères. Il ramassa Leone et prit son lanceur.
- Sortez de votre cachette.
La menace était limpide même si elle n'était pas formulée à voix haute.
- Je vois que nous sommes repérés.
Ginga reconnut la voix de Theta. Il se tint sur ses gardes. Le soldat de la Nébuleuse Noire contourna l'hélicoptère et se plaça face à eux. Son visage n'exprimait rien, comme toujours.
- Nous avons pour mission de protéger Doji.
- Nous ?
- Moi et mon équipier. Viens maître de Persei.
Un garçon de son âge sortit de l'ombre et apparut à ses côtés. Il portait le même uniforme que Theta et devait avoir le même âge qu'elle mais leur ressemblance s'arrêtait là. Il arborait un sourire suffisant.
- Je suis content que vous ayez échappé au piège du Maître. Ça aurait été tellement dommage de ne pas avoir l'occasion de me battre contre l'un de vous.
Du coin de l'œil, Ginga vit le poing de Kyoya se crisper et la colère marquer ses traits. Il était sur le point de les défier. Ginga le lisait dans son attitude. Il fit un pas en avant et se plaça légèrement devant lui pour l'en empêcher.
- Tu n'es pas censé vouloir que Doji réussisse tout ?
- Si, mais je veux surtout me battre contre toi. Tu imagines ? Vaincre Ginga, le plus grand blader de tous les temps, le héros qui a sauvé le monde ! Ça va faire une sacrée impression, et pas seulement sur la Nébuleuse Noire. Je serai au sommet, juste grâce à un petit combat de rien du tout.
Il ne doutait pas un seul instant de le vaincre. Ginga aurait voulu le faire taire mais un combat bien plus important l'attendait. Doji avait dit qu'il resterait dans les parages pour les voir être détruits. Il s'y trouvait peut-être encore. Il ne pouvait pas perdre une autre occasion de l'arrêter.
- Yû, Tithi, occupez-vous d'eux, ordonna-t-il malgré son envie de répondre à la provocation. Kyoya et moi allons chercher Doji.
- C'est d'accord, répondit Yû, les yeux brillants.
- Chouette, un combat !
Il se tourna vers son compagnon. Deux envies se tiraillaient en lui : se venger de l'affront de Theta et écraser enfin Doji. Il finit par acquiescer. Ginga se mit à courir vers le fond du hangar. Les pas de Kyoya résonnaient juste derrière lui.
- Tu ne crois quand même pas que je vais vous laisser faire ? demanda Theta.
Le chuintement caractéristique d'une toupie propulsée se fit entendre, suivi d'un choc métallique.
- Tu n'as pas entendu ? intervint Yû. Ce sera moi ton adversaire.
Ginga n'aimait pas laisser ses amis se battre à sa place mais il n'avait pas le choix s'il voulait arrêter Doji. Alors, il continua de courir.
Fin du chapitre 9
Bravo Nicori. Tu avais bien deviné pour Reiji ;)
Il n'y avait pas assez d'anciens méchants bladers pour toutes les étapes prévues dans l'histoire : l'attaque dans les Ruines du Conflit et la fin de ce chapitre. C'est pour ça que j'ai inséré Theta et son équipier qui n'a même pas droit à un nom. Il fallait de nouveaux bladers qui intrigueraient Kyoya et Ginga, pas des personnes qu'ils peuvent battre en deux secondes.
