Note: Bonsoir à tous, un énorme merci pour les commentaires que j'ai reçu mais aussi pour les inscriptions en suivi et favoris. Voici donc la suite, en espérant que cela vous plaise.
« Il faut vraiment que je passe de l'autre côté ! insista Harry en haussant le ton, perdant patience depuis le temps qu'il négociait – tentait de négocier, plutôt – avec les personnages de cette fichue toile.
- C'est qu'il est aussi coriace qu'un sortilège de glue perpétuelle, ce mouflet ! vociféra celui qui portait une canne, la faisant claquer sur le sol.
- Combien de fois faudrait-il le répéter, gamin ? commença, agacé, celui au chapeau pointu et aux lunettes carrées.
- Pas de mot de passe, pas d'accès ! acheva le plus replet des trois alchimistes du tableau.
La dernière remarque eu pour résultat de les faire hocher vivement de la tête alors qu'ils marmonnaient – réunis en cercle, tel un conciliabule - des remarques désobligeantes à son encontre.
- Mais je suis envoyé par le professeur McGonagall ! enchérit le garçon.
Et ce n'était pas un mensonge. Ils avaient été interrompus par Rusard qui avait expliqué que sa présence était requise de toute urgence pour l'organisation du transfert des Mangemorts capturés au Ministère de la Magie. Harry s'était donc proposé d'aller récupérer des affaires propres pour le professeur Rogue, même si au-delà de l'altruisme de l'offre, reposait une once de curiosité quant à l'endroit où il avait pu vivre.
Quoi qu'il en soit, son argumentaire n'eut pas plus d'effet. Le trio de sorcier représenté, en pleine étude de parchemins et fioles,demeura unanime quant à sa décision.
- Vous seriez envoyé par Merlin lui-même que ça nous passerait bien au travers des poils de la barbe ! commenta le plus gras.
- Ecoutez, je vous dis que j'ai vraiment besoin d'aller de l'autre côté ! insista une énième fois Harry, après un soupir à fendrel'âme.
- Et nous, nous vous disons, jeune homme, que nul autre que le professeur Rogue n'est autorisé à passer ! grondèrent à l'unisson les trois personnages de peinture d'huile.
Harry se figea, comme si on l'avait stupéfixié. Même si ses appartements privés étaient situés à l'écart des couloirsprincipaux - aux tréfonds des cachots - il aurait pensé que tous les tableaux du château auraient été au courant de la démise, si ce n'était du décès, du concerné. De toute évidence, ce n'était pas le cas.
- Mais… Il… il ne reviendra pas, énonça-il peu assuré. Il est décédé cette nuit, capitula Harry.
L'atmosphère venait de changer. Les chuchotements réprobateurs des tableaux voisins, dus au tapage occasionné par l'altercation, se dissipèrent. Un silence de mort s'abattit sur le couloir.
- Comment cela, mort ? exigea de savoir une sorcière dont la potion frémissait à l'intérieur de son cadre.
- Assassiné par Voldemort, clama haut et fort Harry, l'homme qui a tenté de prendre le château cette nuit.
Une nouvelle salve de murmures s'éleva. Bien entendu, qu'ils savaient qui était le coupable dès lors qu'il eut donné son funeste surnom, songea sottement Harry. Il avait après tout évolué entre leurs murs, peut-être même avait-il parcouru ce même couloir lorsqu'il était plus jeune.
- Et pour quelle raison voulez-vous entrer chez Severus Rogue ? demanda-t-elle, impérieuse, les traits crispés.
- Je veux juste des vêtements propres pour ses funérailles, répondit Harry.
A l'instar des autres portraits, elle le jaugeait. Harry ne saurait dire pourquoi mais la présence qu'elle dégageait imposait le respect notamment ses prunelles sombres et exigeantes.
- Vous n'y songez pas sérieusement, Gretta ! s'engonça une voix.
- Mais si, Endemion… j'ose y songer, rétorqua-t-elle avec hargne. Bien ! Vous trois, laissez-le franchir le mur, adressa-t-elle à l'encontre des alchimistes avant de se détourner du couloir pour revenir à son chaudron.
Ce qu'ils firent, de mauvaise volonté - il fallait le reconnaître - permettant à Harry de franchir le dégagement. Il ne savait pas de qui le portrait était la représentation, mais la dame avait employé un ton si autoritaire qu'il la soupçonna d'avoir eu de l'influence ou du pouvoir car personne n'avait rien trouvé à redire après qu'elle eut donné l'ordre. Il s'engagea alors dans un étroit passage de pierres, où il faisait froid et humide. Harry faillitmême trébucher tant le sol était glissant, comme recouvert de vase ou de mousse. Il tomba devant une porte et en tourna la poignée avant de l'ouvrir. Elle donnait un accès direct sur ce qui devait être le salon des appartements.
Lorsqu'ils étaient en deuxième année, Ron et lui – après leurs escapades dans la salle commune de Serpentard – s'étaient demandés à quoi pouvait ressembler les dortoirs de Serdaigle et Pouffsouffle. Mais le plus amusant fut lorsqu'ils s'étaient amusés à imaginer les quartiers privés de leurs différents professeurs… Ils pensaient que ceux du professeur Rogue étaient d'atmosphère sombre : recouverts de tentures vert émeraude, agrémentés uniquement de meubles de bois noirs, décorés avec des chandeliers en argents « histoire d'apporter un peu de couleurs, et de lumière ! » avait plaisanté Ron. Selon les jeunes garçons qu'ils étaient à l'époque, le logis de l'enseignant tenait forcément plus d'une vaste et luxueuse crypte vampirique - à la décoration ostentatoirement Serpentard - plutôt qu'à une habitation à proprement parler.
La manière dont ils s'étaient imaginées la chose n'avait strictement rien à voir avec la réalité. Pas de tapisseries en velours. Ni de tapis verts. Encore moins de chandeliers en argent. Même s'il soupçonnait que leurs représentations devaient être exagérées,ce qu'il avait devant les yeux ne correspondait en rien à leurs élucubrations. Harry en resta pantois... Quand il raconterait ça à Ron…
Ce n'était ni grand, ni petit, ni chaleureux, ni triste. Les couleurs dominantes de la pièce étaient du beige et du gris clair : essentiellement présents sur les tapis ainsi que sur la pierre brute qui faisait office de murs. On retrouvait quelques touches de marrons ici et là, notamment grâce aux reliures de cuir des livres qui foisonnaient sur les étagères de la bibliothèque murale. Les meubles étaient simples : deux fauteuils club l'un en face de l'autre à proximité de la cheminée qui étaient séparés par une table basse, une chaise et un bureau brun qui se situaient près d'une fenêtre. Cette dernière était enchantée et donnait sur un paysage qui coupa momentanément le souffle à Harry. Le ciel y était nuageux, le sol verdoyant avec l'herbe balayée par une puissante brise de vent, le décor se situait au bord d'une falaise qui surplombait l'océan.
Il eut du mal à s'en détacher, mais y parvint finalement, laissant ses yeux se poser de nouveau sur la pièce. Tout était d'une sobriété déconcertante, songea Harry. Il fut néanmoins surpris par le froid régnant dans la pièce. Son regard revînt vers la cheminée dans laquelle aucun feu ne crépitait. A en juger par l'état de propreté de l'âtre,elle n'avait pas fonctionné depuis plusieurs mois.
Malgré sa curiosité manifeste, le jeune homme ne devait pas perdre son objectif de vue. Il ne s'attarda donc pas davantage et poursuivit son exploration en se dirigeant vers une porte qui donnait sur ce qui devait être la chambre, où il pourrait normalement trouver des vêtements.
Alors qu'il actionnait le loquet et entraità l'intérieur, il fut frappé par l'odeur qui flottait dans la pièce : douce, féminine, rassurante et enveloppante. Pris au dépourvu, Harry s'arrêta sur sa lancée. Il y avait quelque chose de voluptueux et rond dans cette senteur, comme un arôme de fleur d'oranger, de jasmin et de miel. Il ne s'était pas attendu à sentir une telle effluve dans un quartier masculin, surtout d'un homme qui portait si peu de considération au prendre soin de soi. Et quand bien même, la senteur était typiquement féminine… Que venait-elle faire ici ?
Harry doutait que le professeur s'aspergeait de parfum pour femme. Un souvenir lui revînt immédiatement en mémoire, d'une époque lui semblant bien lointaine et insouciante, dans une salle de classe réservée à la Défense contre les Forces du Mal. L'Epouvantard de Neville prenant la forme de Severus Rogue,habillée en femme, en un ensemble absolument ridicule. C'était bien la seule et unique fois qu'Harry – et les autres élèves, sûrement - fut capable d'associer le professeur à quelque chose de drôle. Il revoyait encore le fameux chapeau, et le sac à main ! Qu'est-ce que les garçons avaient ri une fois dans la salle commune de Gryffondor… mais cela n'avait pas suffi à guérir Neville de sa crainte de l'homme, à l'époque. Harry secoua vivement la tête, il s'égarait.
Peut-être une femme était-elle bien venue ici ? Harry fut parcouru d'un frisson de gêne… on n'entrait pas à Poudlard comme ça, donc ça devait forcément appartenir à un professeur. Vu leurs âges proches, peut-être s'agissait-il du professeur Sinistra ou Trelawney… Il pouvait entendre la voix du professeur de potion s'exclamer un cinglant « Vous fabulez, Potter ! » ; ce qui n'était pas faux surtout compte tenu du fait que l'homme aimait sa mère. Elle et elle seule d'après ses souvenirs. Cela dit, il n'y avait pas besoin d'être amoureux d'une personne pour se livrer à quelques rapprochements plus ''physiques'', Ron pourrait en attester de part ce qu'avait été sa relation avec Lavande. Rien que de penser au professeur Rogue dans ce genre de circonstance… Le malaise monta graduellement en Harry. Il se faisait des idées. Forcément. Rien que de l'imaginer était invraisemblable… Outre ne pas être l'homme le plus attrayant du château, Severus Rogue n'était certainement pas la personne la plus aimable : pas de quoi faire rêver une femme. Aucune chance que ce soit ça, tenta-t-il de se convaincre fermement. Il y avait forcément une autre explication…
Peut-être était-ce les elfes de maison, une fois le ménage fini ? Harry préféra se dire qu'il s'agissait de cela. La pièce était d'ailleurs d'une propreté exemplaire, elle aussi, comme si elle n'avait pas été habitée régulièrement.
Un lit en bois massif trônait dans la pièce, Harry se questionna cependant sur l'absence de baldaquin… Simple préférence esthétique ou s'agissait-il d'autre chose ? Deux tables de chevet encadraient le lit mais il ne s'y attarda pas davantage, trop focalisé sur la parure aux couleurs brunes. Le linge était propre, sans faux plis ni froissements. C'était comme si personne ne s'y était couché Harry ne pensait pas qu'avec la débâcle de la bataille : les elfes aient pris le temps de venir faire le lit du professeur Rogue. Harry était pourtant arrivé en pleine nuit, théoriquement il aurait donc dû l'en sortir. Etrange… Peut-être que dans les derniers temps de son mandat, le professeur Rogue dormait dans le bureau du directeur ?
Alors qu'il s'avançait vers une armoire, son œil droit fut attiré par un petit tableau qui était encadré au mur. Le décor rappela immédiatement à Harry la fenêtre enchantée du salon, si ce n'était que le point de vue était différent. Une variante était présente : une maison – simple mais à l'allure accueillante - figurait sur la toile dont le paysage dégageait une impression de calme. Le tableau ne bougeait pas alors que la signature de l'artiste, elle, était enchantée, constata curieusement Harry. L'endroit représenté avait-il une importance particulière pour le professeur Rogue ? Harry le pensait, sans trop savoir pourquoi. Où cela pouvait-il se trouver ? Vu le paysage… En Ecosse ? Peut-être l'Irlande ? Etait-ce l'emplacement d'un souvenir précieux ? Un lieu l'ayant marqué au cours d'un voyage ? Harry se surprit à vouloir s'y rendre, pour en découvrir davantage. Pouvait-on transplaner en ayant pour seule visualisation de l'endroit le paysage d'une peinture ?
Harry entreprit d'aller ouvrir le placard qui devait contenir les vêtements du professeur. Comme il s'y était attendu : la garde de robe n'était constituée que d'une tenue, en plusieurs exemplaires. Sur des cintres étaient suspendues des pantalons noirs, sur d'autres pendaient les vestes sombres à col montant, et reléguée sur la droite, des chemises blanches.
Il se saisit d'un vêtement de chaque catégorie. Il aurait souhaité trouver quelque chose de plus raffiné, mais se dit qu'en fin de compte, ce ne serait pas représentatif de ce qu'avait été Severus Rogue. Sur un crochet était accrochée une robe de sorcier vaporeuse, Harry effleura le tissu dont la sensation était légère sous ses doigts… Il comprenait à présent que le professeur n'eut aucun mal à les faire tournoyer derrière lui tant l'étoffe était fluide. Cela ne lui serait plus d'aucune utilité à présent, il décida donc de ne pas l'emporter.
Il se dirigea ensuite vers la petite commode de la chambre. Il en ouvrit le premier tiroir et y trouva des chaussettes et des sous-vêtements. Etait-ce nécessaire ? Dans le doute, Harry en emporta aussi, tentant d'occulter l'inconfort manifeste à l'idée de toucher les sous-vêtements de celui qui fut son professeur. Il ouvrit le second compartiment et fut surpris d'y découvrir une multitude de petits écrins qui semblaient provenir de la même boutique, à New-York… De quoi pouvait-il s'agir ? Curieux, Harry ouvrit l'un d'entre eux pour y trouver deux bijoux de petites tailles. Il se pencha pour mieux observer : il s'agissait des boutons de manchettes. Y en avait-il dans chaque boîte ? Soif de réponse, il voulut en découvrir le contenu. Il s'avérait qu'il faisait face à une véritable collection : il y en avait de toutes sortes, de toutes formes mais toutes les paires étaient caractérisées par des lignes élégantes.
C'était étrange… Harry ne l'avait jamais remarqué. Hermione était bien plus observatrice, peut-être devrait-il le lui demander. Toujours était-il qu'il était original d'avoir eu une telle touche de coquetterie, de surcroît sachant qu'elle avait toujours été dissimulé entre les pans de ses vestes et chemises. Il se demanda quelle paire sélectionner, s'attardant à travers la prolifération de modèles devant ses yeux. Il opta pour des boutons en formes de globes terrestres, sculptés dans ce qui paraissait être de l'or blanc. C'était amusant : Harry avait beau faire tourner une des sphères sur elle-même : elle s'arrêtait toujours sur le continent américain, comme si elle avait été ensorcelée à cet effet. Enfin, il attrapa une paire de bottes propres sur le sol, comme si elles l'y attendaient.
Une fois les vêtements sa possession, il fit demi-tour, fermant derrière lui la porte en silence avec regret de quitter la douce odeur qui l'avait comme bercé durant sa mission. Il marcha de nouveau à travers le salon, et passa devant les rayonnages de la bibliothèque personnelle du professeur Rogue. Il ne fut pas surpris de trouver des ouvrages de potions, d'herbologie, de soins aux créatures magiques, de défenses contre les forces du mal. Il y avait un pan assez important consacré à la magie de l'esprit, notamment la légilimencie et l'occlumancie, mais aussi sur ce qui traitait de la mémoire. Il soupçonnait que certains des livres devaient traiter de magie noire et n'osa les effleurer.
Au fur et à mesure qu'il se rapprochait de la fenêtre et du bureau, Harry remarqua des lectures plus éclectiques. Il ne s'était certainement pas attendu à voir de la poésie : essentiellement française, et moldue de surcroît. Il n'aurait pas pensé que l'homme parler des langues étrangères. Il se demandait si, comme dans le vieux livre de potions du Prince de Sang-Mêlé, il y annotait des choses… Tenté de vérifier, il se saisit d'un volume au hasard : ''Le Fou d'Elsa'' d'Aragon. En ouvrant la couverture, il remarqua une dédicace, mais qui n'était pas de la main de Severus Rogue : « Nous dormirons ensemble. Gage de mon honnêteté pour tes trente-cinq ans. Roslyn ».Harry ne comprit pas le message mais l''écriture était fine, élégante et ronde il aurait pu parier qu'elle appartenait à une femme. Une bonne amie ? Ou peut-être celle à qui appartenait le parfum flottant dans la chambre ? Elle avait, après tout, évoqué le fait qu'ils puissent dormir - ou plus ? - ensemble. Il valait mieux que ce soit une inconnue que le professeur Sinistra ou Trelawney, songea Harry en remettant l'ouvrage à sa place.
Ces développements soulevaient encore plus de questionnements… Il était partagé entre ne pas tenir à en apprendre plus par sentiment d'embarras, et paradoxalement vouloir - poussé par sa curiosité naturelle - en découvrir davantage. Il y avait comme un soupçon d'interdit, de secret qui s'échappait de ses appartements depuis qu'il y avait mis les pieds. Harry avait confessé à Ron et Hermione avoir vécu assez d'aventures pour toute une vie. Cependant, il devait avouer être tenté par le défi que lui offrait le mystère de cette exploration. Il avait trouvé des choses qu'il n'aurait pas imaginé associer à Severus Rogue et avait la vague impression qu'il devait y en avoir plus à découvrir.
Sur cette dernière pensée, il tourna doucement sur lui-même, comme pour scanner la pièce des détails qu'il aurait pu omettre. Et lorsqu'il revînt presque dans la même position, son regard se posa sur le bureau où trônait un encrier avec une plume ayant l'air d'excellente qualité. Juste à côté, sur la droite, se trouvait un cadre dont il ne voyait pas la photo, mais Harry en était sûr : ce serait Lily, sa mère. Il s'avançait le cœur battant un peu plus vite, avec la certitude de pouvoir admirer une photo inédite de sa mère, peut-être à l'époque où elle était elle-même élève ?
Après avoir fait le tour du meuble, son regard se porta sur l'image. Les vêtements lui échappèrent des mains, tandis que ses bras se retrouvait sur le long de son corps. Ce n'était pas sa mère…
Il observa, stupéfait, la scène sur la photographie. Le décor se plaçait dans une vaste étendue de verdure, sans doute un parc ou peut-être un grand jardin ? Il s'agissait d'un pique-nique, à en juger par la grande couverture sur le sol et les personnes installées dessus. Le professeur Rogue portait une chemise blanche et non pas noire, ce qui était déjà déroutant en soi, et arborait un visage que l'on aurait pu qualifier de décontracté. Il était assis en tailleur le dos droit face à un échiquier, attendant que son adversaire - un jeune homme aux cheveux longs, dorés et ondulés – joue sa prochaine pièce. Il y avait aussi une fille, avec une natte blonde, en pleine lecture d'une revue de potions mais qui lançait des regards ravis à un enfant à la chevelure sombre. Il devait être très jeune - moins d'un an sans doute - et se promenait à quatre pattes à travers son entourage. Une très belle femme – blonde elle aussi, décidément - se réjouissait de son avancée tout en mangeant une part de pâtisserie Harry distingua à côté d'elle ce qui devait être un gâteau d'anniversaire. Le bambin atteignit le professeur et tira à plusieurs reprises sur sa manche, ce dernier ne s'en formalisa pas et se contenta de l'installer assit sur ses genoux. Harry demeura interdit face à cette vision, et eut un sursaut de surprise lorsqu'un garçon au cheveux courts et blonds apparu soudainement dans le cadre pour les rejoindre. Il expliqua quelque chose au groupe en pointant sa baguette vers l'objectif, c'est alors que chacun stoppa momentanément ses activités pour regarder en sa direction. Le bébé chaparda une pièce d'échiquier comme pour la porter à sa bouche, mais le professeur la remit en place avant de dire quelque chose qui fit rire la femme aux éclats et pouffer les enfants. De son côté, il garda une attitude neutre mais Harry aurait pu jurer apercevoir l'esquisse de ce qui pouvait – venant de lui - se rapprocher le plus d'un sourire.
Harry éprouva le besoin de s'asseoir. Il se laissa mollement tomber sur la chaise. Il ne savait qu'en penser… Il s'était tellement attendu à voir une photo de sa mère et en fin de compte, il se trouvait face à ce qui ressemblait à… Une famille ? Le professeur Rogue. Une famille. Etrangement, cela lui semblait de pas coller voire même totalement fantasque. Mais il n'avait pas rêvé la scène se produisant dans le cadre, au contraire : cettedernière recommençait de plus belle. Il retourna le cadre et chercha à en sortir le cliché, se rappelant que Pétunia légendait chaque cliché photoqu'elle prenait de Dudley, et pria pour qu'il ait davantage d'informations. Mais rien, il ne figurait qu'une date – le 2 juillet 1996 – griffonnée par l'écriture si reconnaissable du professeur Rogue.
S'étirant pour se remettre les idées en place, il remarqua du coin de l'œil qu'il y avait deux tiroirs au bureau. Il se demanda s'il devait oser pendant quelques instants, avant de franchir le pas. Il fut cependant bloqué car les serrures étaient verrouillées. A chaque obstaclesa solution, et la sienne consisterait en un Alohomora bien ciblé. Lorsque le cliquetis caractéristique de la réussite du sortilège se fit entendre, il ouvrit le premier tiroir et fut intrigué par les documents qu'il contenait.
Harry attrapa un tas des prospectus de papiers lisses rassemblés par un trombone. Il s'agissait de brochures d'informations pour des écoles : la Felician University dans le New Jersey, la Siena Heights University dans le Michigan et un institut privé en Californie. Une petite note figurait sur un post-it dont on ne pouvait que sentir la taquinerie du ton : « L'avais-tu senti venir ? Certainement pas Maman, en tout cas ! Autant être anticonformiste jusqu'au bout… A combien de gallions chiffrerais-tu la tête d'oncle Lucius, tante Narcissa et Drago quand j'annoncerai mon intention d'entrer dans une université d'arts moldue ? Emmerson ». Harry fut interloqué par la mention des Malefoy mais davantage surprit que qui que ce soit puisse se montrer aussi familier envers le professeur Rogue.
Il se saisit d'une autre liasse de documents. Il tourna les pages les unes après les autres. Il s'agissait de bulletins scolaires datant de 1992 jusqu'à cette année. Bulletins si épatants, qu'ils en feraient pâlir d'envie Hermione. Cet Evander, mentionné sur les carnets de notes, avait tout l'air d'être un petit génie à la vue des excellents résultats comme des élogieux commentaires qui lui étaient destinés. Harry aurait pu parier que c'était le garçon aux cheveux longs malgré ses airs de jeune premier. L'entête qui figurait sur les documents était celui d'Ilvermony, la fameuse école de magie américaine. Il se rappelait d'ailleurs qu'Hermione aurait aimé pouvoir y étudier… une histoire de choix d'options plus conséquent qu'à Poudlard… elle n'en aurait jamais fini de jouer avec son Retourneur de Temps. Occasion manquée ou non, elle avait toujours affirmé qu'elle voyagerait aux Etats-Unis pour pouvoir jeter un œil à leurs bibliothèques.
Il repensa aussi à la collection de boutons de manchettes venant d'une boutique new-yorkaise. Il y avait forcément un fil rouge. Au moins, Harry savait où devait se trouver cette famille inconnue : aux Etats-Unis. Bien que cela suscitait encore plus d'interrogations sur la manière dont le professeur les avait rencontrés ou encore quels étaient leurs relations. Il semblait que la femme et les enfants mystérieux aient des attaches avec la famille Malefoy… La sœur de Lucius Malefoy, éventuellement ? Le fameux Emmerson s'y était référencé comme à un oncle, après tout. Ce serait sûrement auprès d'eux qu'Harry pourrait avoir la réponse à sa question.
Le tas de feuillets rejoignit le précédent sur le bureau et le jeune homme continua son exploration.
La curiosité lui tiraillaitle ventre. Ou peut-être était-ce le choc suite à ses certitudes qui volaient peu à peu en éclats ? Sa conscience lui souffla qu'il s'agissait sûrement davantage de culpabilité. Il était partagé entre l'envie de glaner davantage de renseignements sur Severus Rogue et entre la furieuse impression de n'être qu'un pilleur de mémoire, de tombe. Si le professeur l'avait autorisé à se saisir des souvenirs de sa mère, ce n'était pas le cas concernant cette fouille. N'était-il pas en train de lui extorquer des bribes – précieuses, sinon elles n'auraient pas été sous verrou – de son intimité ? Ayant conscience de l'incorrection de son comportement, il se figea plusieurs minutes. Il soupira : le mal était déjà fait, et à présent il était trop fasciné et friand d'en apprendre plus pour reculer.
Soudain, Harry resta surpris sur ce qu'il tenait entre ses mains. Il s'agissait d'une lettre adressée au « Monsieur à la barbe longue et aux petites lunettes, qui est habillé très bizarrement ». Il sourit à cette formulation : il ne fut pas bien difficile d'associer le professeur Dumbledore comme étant le destinataire originel. Il commença sa lecture en parcourant la première phrase du contenu : « Même si vous n'avez pas de rennes, ni de gros ventre, et que vous ne portez pas de rouge : je suis sûre que vous êtes le Père Noël, en vrai ». Harry se demanda bien quel âge pouvait avoir l'enfant, mais son écriture était plutôt lisible et appliquée. En tout cas, elle ne manquait pas d'assurance. « Cette année, je voulais demander un chaudron pliable, tous pleins d'ingrédients à mettre dedans et des livres de potions ». Il fit immédiatement le rapprochement avec l'adolescente à la revue. Il lui traversa l'esprit que cette petite avait eu la folie des grandeurs d'en exiger autant, compte tenu du prix des ustensiles et fournitures pour les potions. « Mais j'ai bien réfléchi. En fait, ce que je veux le plus : c'est qu'Oncle Severus puisse passer les fêtes avec nous. L'an dernier, il n'a pas pu car il était à son travail. Donc vous pouvez oublier ma liste pour le faire venir à la place, d'accord ? » Oncle Severus ? Il s'agissait donc en fait de la sœur du professeur Rogue sur les photos ? Harry secoua négativement la tête. Peut-être ne s'agissait-il que d'un surnom affectif ? Mais alors, quid de Lucius Malefoy ? « Si vous m'exaucez, je serai encore plus sage que cette année, je promets. Merci d'avance. Evie. » Donc la fille de la première photo, dont l'intérêt pour les potions n'avait pas disparu, s'appelait Evie, pensa-t-il songeur. Il s'arrêta quelques secondes et fut ensuite secoué de soubresauts aux épaules avant de réaliser qu'un rire sortait de sa bouche à cause du post-scriptum de la missive : « PS : N'oubliez pas trop le chaudron pliable quand même. ».
Les minutes passaient : des dessins, des trésors d'enfance, de courtes missives affectueuses, d'autres réclamants la visite du professeur se succédant sous ses doigts. Le premier tiroir fut rapidement vide. Il était de plus en plus perdu, ne sachant qu'en penser ou quelles théories retenir, ou alors si de nouvelles devaient être élaborées. Il remit précautionneusement tout en place et décida d'ouvrir le second compartiment. Il y découvrit plusieurs tas de photos - seize précisément - rassemblés par des élastiques. Il détacha le premier et fit glisser les images dans ses mains. Longuement. Les photos s'étendaient de décembre 1981, qui devait correspondre à la naissance des enfants les plus âgés qui s'avéraient en fait être des triplés. Vu l'époque : impossible que le professeur en soit le père… il était en plein deuil de sa mère, Harry l'avait vu dans la Pensine…
Il jeta de nouveau un œil sur la dernière photographie du tas de 1997, celle datant du 6 décembre. Ce cliché-là semblait plus officiel : un véritable tableau de famille, comme ceux que Pétunia, Dudley et Vernon faisait faire une fois par an. C'était la seule photographie de ce style. Les deux garçons se tenaient entre Severus Rogue, alors que la femme blonde dont le ventre était rebondi était assise sur une chaise. La jeune fille à ses côtés, dans la même position, avec le bambin aux cheveux noirs sur ses genoux.
Harry attrapa la seule photographie restante, qui n'était reliée à aucune autre. Datant du 14 février 1998, il se demanda furtivement si elle n'était pas seule de cette nouvelle année à avoir été prise puisqu'il n'y en avait aucune autre… Il n'y en aurait plus avec le professeur dessus, remarqua-t-il comme avec regret alors qu'il la retourna et l'observa. Le professeur Rogue y était assis, le dos droit et l'air fatigué mais concentré, en pleine lecture. La mystérieuse femme, les mains posées sur son ventre rond qui avait grossi depuis le cliché de famille. Elle semblait dormir, allongée de tout son corps sur le canapé bien que sa tête reposât sur les genoux du professeur. S'apercevant de la présence d'un intrus, il lança une œillade courroucée vers l'objectif, faisant se sentir Harry comme l'indiscret qu'il était à ce moment précis. Ses yeux, semblant reconnaître la personne derrière l'objectif, se radoucirent instantanément. Ses lèvres tressautèrent, il eut un regard pour la femme puis ses yeux revinrent vers le photographe. Il porta alors son index devant sa bouche, en un geste intimant le silence.
Note: Voilà, voilà. La grande découverte passée, je pense que vous devez vous sentir aussi trahi et destabilisé qu'Harry. Néanmoins, j'espère que cela ne vous découragera pas de lire la suite (et donc le dernier chapitre de cette mini-fiction). N'hésitez pas à me laisser vos impressions en tout cas, afin d'avoir un retour et que l'on puisse échanger ^^
