Si Fili avait douté des compétences des orcs en matière de torture (ce qui n'était pas à proprement parler le cas mais était toujours resté pour lui assez abstrait), il lui aurait suffi de regarder l'elfe emprisonné dans le cachot voisin du sien pour comprendre. En fin de compte, il y avait bel et bien un domaine dans lequel le peuple des Destructeurs excellait.
Malgré tout, entre voir et subir il y a un gouffre. Le jeune nain ne se considérait pas vraiment comme une mauviette mais jamais jusque-là il n'avait eu affaire à un tortionnaire professionnel. Et Bolg (dont la seule vue était déjà une torture pour les yeux) était bien plus que ça : en la matière, c'était carrément un artiste. Un artiste doué et inspiré, qui savait faire en sorte que jamais sa victime ne perde connaissance, ce qui aurait tout gâché. Qui savait en outre prendre son temps pour faire durer les choses. Tout ça, Fili l'avait compris dès les premières secondes et son propre hurlement lui avait arraché les cordes vocales. Ses premières pensées avaient été de remercier les Valars que Kili n'ait pas eu à endurer cela : hormis les blessures ayant provoqué sa mort, quelques bleus ici et là et les coupures superficielles que lui avait infligé Azog, son corps était intact.
Après ça, Fili n'eut plus vraiment le loisir de penser. Pourtant, assez rapidement il eut l'impression que son esprit se scindait en deux parties. L'une était consciente, bien trop consciente hélas de ce que son corps endurait. L'autre par contre... était-il déjà en train de mourir ? se demanda confusément le garçon.
- Kili, gémit-il d'une voix rauque, étranglée par la douleur. Kili !
Son bourreau leva la tête, croisa le regard d'Azog, et tous deux ricanèrent. Et on parlera encore de la bravoure des nains. Quelle loque, oui ! Qui ne cessait de prononcer un nom, toujours le même. Comme si celui qui le portait pouvait l'entendre et venir à son secours, ah ! Quelle blague !
- Kili...
- Tiens bon, mon frère ! Tiens bon. Thorin va venir avec nos amis. Ils te tireront de là.
- Tu es vraiment là ?
- Je suis là. Je ne te quitte pas. Rassemble tes forces, tiens le coup. Le salut est au bout.
C'était la voix de Kili, son visage, sa silhouette. Presque aussi réelle que celle des orcs. Oui presque : car c'était impossible, n'est-ce pas ? Et cependant, il semblait à Fili que si ses mains avaient été libres, il aurait pu le toucher. Les yeux de Kili étaient assombris et jetaient parfois des regards de haine à Bolg et à son père, mais ils retrouvaient de la tendresse lorsqu'ils se posaient sur son frère aîné. Car Kili n'était pas là pour les orcs, mais pour leur prisonnier. Il ne pouvait pas le secourir, mais le soutenir moralement, oui. L'encourageant sans cesse. Lui répétant que le secours allait venir. Lui rappelant d'autres moments de leur vie commune qui avaient paru si difficiles sur le moment. Mais l'ombre avait fini par passer, rappelait cette singulière apparition, elle passerait cette fois encore.
Bien entendu, tout cela était ridicule. Pourtant, ça marchait. Par instant, Fili se surprenait presque à y croire. A croire à la présence de son frère (qu'il était le seul à voir et à entendre, manifestement, ce qui prouvait bien l'absurdité de la chose, mais passons) et à s'accrocher à l'espoir de voir arriver de l'aide. Lui qui était tellement persuadé que plus jamais il n'entendrait cette voix ni ne verrait ce visage… par instant, l'illusion était si forte qu'il en oubliait presque Bolg. Ce dernier hélas ne se laissait pas oublier longtemps, et les cris du jeune nain couvraient alors les promesses de salut de Kili.
Combien de temps cela dura-t-il ? Une éternité, sans doute. Impossible à dire. Fili était au bord de l'inconscience quand les orcs le ramenèrent à son cachot et l'y jetèrent, ensanglanté et douloureusement meurtri.
- Tiens, le nain, lança l'un de ses ennemis d'un ton goguenard. Si tu veux changer de vêtement, prends ça.
Il lui lança une boule d'étoffe au visage. Fili n'était plus en état de réagir. Il tourna péniblement la tête et comprit. Un élan de douleur lui tenailla le cœur. C'était la tunique de Kili, que les orcs lui avaient arrachée sur les remparts. Elle était encore imprégnée de l'odeur de son frère. Mêlée hélas à celle des orcs ainsi qu'à celle, minérale et humide, des cachots.
- Fili ? Fili ?
- Kili.
- Je suis près de toi. Oh mon frère, je n'ai pas de mot... pas de mot. Ce sont des monstres. Les pires des bêtes sauvages ne se comportent pas comme ça.
Qu'est-ce qui était réel, qu'est-ce qui était du domaine de l'imagination ? Fili n'avait plus la force de chercher à discerner le faux du vrai. Pourtant, cette main douce qui passait un linge humide sur son visage, qui soulevait sa tête avec précaution pour lui faire un oreiller de la tunique qu'on lui avait lancée, et puis ce mince filet d'eau qui coulait dans sa bouche... Non, tout cela ne se passait pas seulement dans sa tête, c'était trop concret, trop tangible.
- Kili… murmura à nouveau le blessé.
- Je suis là, grand frère. Courage ! Tu dois tenir.
Péniblement, Fili parvint à remuer et à lever sa main (celle dont les doigts n'étaient pas brisés) vers celle qui continuait (croyait-il) à tamponner délicatement son visage. Il toucha d'abord de l'étoffe, bien réelle sous sa peau, puis une chair tiède.
- Ne craignez rien. Vous sentez-vous un peu mieux ?
La voix cette fois lui était totalement inconnue. Fili battit plusieurs fois des paupières et ne vit rien. Rien d'autre que le plafond gris de son cachot. Il tourna la tête, non sans difficulté. La désillusion fut cruelle. Oui, la main qu'il avait touchée était réelle. C'était celle de l'elfe emprisonné dans le cachot voisin du sien, qui avait passé son bras droit (l'autre pendait tristement contre son flan et une esquille d'os perçait la peau) entre les barreaux et s'efforçait de lui prodiguer les maigres soins que la situation lui permettait. Il avait déchiré un morceau de ses vêtements (combien d'efforts cela avait-il du lui coûter dans son état ?) et humecté celui-ci avec l'eau douteuse contenue dans une petite cruche sale déposée dans sa cellule.
Bien entendu, pensa Fili avec une immense lassitude. Kili était mort. Il avait tenu son corps privé de vie dans ses bras. Kili ne pouvait plus rien pour lui. Thorin non plus d'ailleurs. Il avait affabulé depuis le début. Dire qu'il avait failli y croire. Idiot. Pauvre idiot. Pauvre fou.
- Encore un peu d'eau ? Il n'en reste plus beaucoup mais vous pouvez boire encore un peu.
Fili secoua faiblement la tête. Non, plus d'eau. Elle avait un goût de croupi qui se mélangeait à celui du sang, c'était écœurant.
- Pourquoi faites-vous ça ? demanda-t-il avec effort.
- Parce que vous en avez besoin.
- Je suis un nain. Nos deux peuples ne sont pas alliés.
- Vous êtes un captif, tout comme moi. Vous souffrez. Il n'y a plus d'antagonisme, ici.
Fili referma les yeux. S'il seulement il pouvait s'évanouir, si seulement il parvenait à échapper à la douleur et, surtout, à retourner dans un monde illusoire où, peut-être, il parviendrait à nouveau à croire que Kili était encore à ses côtés, que rien de définitif n'avait jamais eu lieu, qu'il reverrait les siens… Il ne lui restait rien d'autre, après tout. Alors quel mal y aurait-il à s'évader de la sorte et à bercer son cerveau de si douces chimères ? Malheureusement, son imagination semblait avoir épuisé toutes ses capacités. Fili sentait chaque aspérité du sol nu sous son corps et il sentait avec une cruelle acuité chacun de ses os brisés, chaque parcelle de chair mise à mal. Surtout, au-delà de l'odeur de son propre sang, il percevait l'odeur familière de Kili, émanant de sa tunique, et les abominables souvenirs de la veille défilaient à nouveau derrière ses paupières closes. Ces images-là par contre, comme il aurait voulu pouvoir les oublier ! Non même pas, mais au moins les tenir à l'écart !
- Je vous ai pris pour mon frère, fit-il à mi-voix. Un moment, j'ai cru qu'il était revenu à la vie. J'aurais préféré ne pas reprendre mes esprits si je pouvais le croire vivant.
- Mais il est vivant, répondit l'elfe avec une tranquille certitude, tout en continuant à éponger le sang qui s'échappait des plaies de son interlocuteur. On ne perd jamais ceux que l'on aime. Même morts, ils restent avec nous. En nous. Ne dit-on pas que l'on ne meurt vraiment que le jour où plus personne ne pense à vous ?
Fili était trop mal en point pour discuter, mais cela ne le consola pas du tout.
0o0
Chaque heure s'écoulait avec une lenteur exaspérante. Chacune lui paraissait aussi longue que la moitié d'une vie. Ces deux jours allaient être les plus interminables de toute son existence, songeait Thorin. Ses amis, il le voyait, partageaient son impatience, bien qu'il les soupçonne d'avoir d'autres raisons que les siennes. Pourtant, ils avaient tous largement de quoi s'occuper jusqu'au lendemain : des préparatifs à faire, leur plan à peaufiner.
Sauf qu'à chaque instant, Thorin se demandait ce qu'il en était de Fili, et alors les secondes devenaient pesantes comme du plomb fondu. Azog ne chercherait pas à se servir de Fili comme monnaie d'échange. Les nains n'ayant pas cédé la première fois, il savait désormais qu'il n'y avait rien à gagner de ce côté-là. Autrement dit, Fili n'avait aucune valeur à ses yeux. Sinon celle d'être son neveu, hélas. Et ça, Azog allait le lui faire payer cher. Très, très cher.
Plongé dans ses pensées lugubres Thorin lança un violent coup de poing dans le mur sans même s'en rendre compte. La douleur le fit grimacer, mais il avait la tête ailleurs.
Se sentir aussi impuissant alors que Fili était peut-être à l'article de la mort, devoir attendre, alors que tant de choses pouvaient se passer à chaque seconde écoulée, supporter les images atroces que son imagination ne cessait de susciter, c'était tellement abominable que le prince nain devait se tenir à quatre pour ne pas se précipiter là-bas, comme il l'avait tout d'abord envisagé, quoi qu'il puisse arriver ensuite, juste pour échapper à ce cauchemar qu'il vivait tout éveillé.
Comme si ce n'était pas suffisant, il était rongé par la culpabilité et le doute. Avait-il eu raison d'attendre ? De faire confiance à Gandalf ? A bien y repenser, son soi-disant plan paraissait totalement chimérique. Et si, en l'écoutant, il avait condamné Fili ? S'il était déjà trop tard ? Deux jours ! Par tous les valars, DEUX JOURS ! C'était énorme ! Une éternité pour celui qui se trouvait là-bas et qui... Thorin passa une main moite sur son front et repoussa énergiquement toutes ces images morbides.
- Si ce magicien ne revenait pas à temps, se disait-il cependant, j'aurais perdu ces deux jours en vain.
Alors pour chasser ses idées noires, il se replongeait à corps perdu dans les préparatifs.
- Il me faut des volontaires pour l'opération commando, dit-il aux siens. C'est trop dangereux, je ne veux pas ordonner à quiconque de venir.
Il n'eut même pas besoin de poser la question à Dwalin : un simple regard suffit.
- Je viens évidemment, fit Balin.
Dwalin et lui-même ne seraient pas de trop, estimait-il. Le vieux nain craignait les réactions de Thorin et les décisions qu'il pourrait prendre sous le coup de la colère. Ou de l'émotion si leurs espoirs de sauver Fili s'avéraient nuls. Oui, Balin préférait être là. Il pourrait peut-être empêcher un nouveau drame.
Oïn, Gloïn, Dori, Nori, Ori, Bifur, Bofur et Bombur complétèrent le « commando ». Ceci déterminé, il fallait encore préparer le matériel, à savoir une échelle de corde suffisamment longue pour atteindre le fond du ravin. Quelques cordes supplémentaires au cas où. Et puis, il fallait encore qu'une importante troupe armée se tienne prête à se mettre discrètement en route. A ceci près qu'elle ne devait surtout pas avoir l'air de s'y préparer ! Car avant toute chose, il fallait faire preuve de la plus grande prudence. Azog avait des espions et des patrouilleurs disséminés un peu partout dans les montagnes et la plus grande peur des nains était de voir se reproduire l'épouvantable scène qui avait eu lieu la veille avec Kili. Les orcs ne devaient rien soupçonner. Pour Fili cela pouvait faire la différence entre vivre ou mourir.
0o0
Avec bien des peines, il était parvenu à se traîner jusqu'à la paroi de son cachot et à s'y adosser. Il n'y avait pas une seule position dans laquelle il n'ait pas mal, alors autant s'asseoir. Fili était à peu près certain que sa cheville gauche, blessée lorsqu'il était tombé des murailles, était désormais brisée. Bolg ne s'était pas gêné pour la tordre dans tous les sens. Juste en guise de préambule. Après, ç'avait été pire. Le garçon savait qu'aucune de ses blessures n'était mortelle à court terme. Evidemment non. S'ils avaient voulu le tuer, ce serait fait. C'est à dire plus précisément : s'ils avaient voulu le tuer tout de suite. Non, c'était seulement terriblement douloureux et invalidant. Le pire de tout, c'était de savoir que ça n'était pas terminé. Dans un jour, une heure, une minute, ils reviendraient et ça recommencerait. C'était voulu, bien sûr. Ils auraient pu le torturer jusqu'à la mort dès cette première séance. Mais laisser à leurs victimes le temps de souffler, de se remettre un peu, surtout leur laisser anticiper ce que serait la prochaine fois, c'était une autre forme de torture, sans violence cette fois, bien dans la manière des orcs. Ces derniers, après tout, avaient tout leur temps.
Histoire de distraire son esprit de pensées aussi sombres et de ne pas s'appesantir sur son corps malmené, Fili avait entamé la conversation avec son voisin de cellule. Et pourquoi non ? Cet elfe avait raison, le véritable ennemi ici, c'était les autres. Azog, Bolg et toute leur clique infernale. De plus, ils étaient tous deux exactement dans la même situation. Tous deux avaient subi de graves sévices. Tous deux étaient en sursis.
Fili avait donc appris que son compagnon se nommait Cáolan et qu'il était un ménestrel itinérant, qui profitait de ses incessants déplacements pour se charger de très importants messages entre les différents clans elfiques, les différents peuples parfois.
- J'ai été capturé il y a quelques jours, alors que je traversais ces montagnes avec un sage compagnon. J'ignore totalement ce qu'il est devenu, j'espère qu'il a pu s'échapper.
- Echapper aux orcs ? Peu probable, soupira Fili.
- Il ne s'agit pas de n'importe qui, murmura Cáolan. Il avait plus de chance qu'un autre.
Il y eut un petit silence puis il poursuivit :
- J'espère sincèrement qu'il n'a pas subi le sort que les orcs ont réservé à ma cithare et à ma harpe. Ils les ont réduites en morceaux. En copeaux de bois. Quels sauvages ! Comment peut-on détruire un instrument de musique ? Un objet serait-il un ennemi pour qu'on le traite avec une telle violence ? Je n'irai pas jusqu'à dire que ça m'a fait plus mal que quand ils m'ont torturé, mais tout de même.
Fili jeta un coup d'œil à son interlocuteur et estima que son état était encore plus critique que le sien, bien qu'il semble doué d'une grande faculté de récupération. Son œil gauche était fermé, couvert de croûtes, et Fili eut la certitude qu'il ne se rouvrirait plus jamais. Outre le sang, une sanie jaunâtre en avait coulé qui avait séché sur la peau. Le nez était cassé et la bouche horriblement gonflée, ainsi que les pommettes. Sûrement des dents cassées. Voyant le regard du jeune nain, l'elfe dit doucement :
- Les orcs sont jaloux de la beauté des elfes. Ils croient que nous le sommes aussi. C'est la raison pour laquelle ils se sont acharnés sur mon visage. Ils pensaient ajouter la torture psychologique au reste. De la même manière qu'avec mes instruments de musique.
Il désigna la tunique bleue, froissée, que Fili serrait toujours contre lui de sa seule main valide.
- Comme pour vous avec ce vêtement. Qui manifestement représente quelque chose de douloureux.
Instinctivement, le jeune nain resserra ses doigts sur le tissu.
- C'était à mon frère, laissa-t-il brièvement tomber. Les orcs l'ont tué. Hier.
Et les mots provoquèrent à nouveau une telle douleur qu'elle éclipsa presque la souffrance physique. L'elfe paraissait doté d'un caractère affable et il inclina doucement la tête pour montrer qu'il compatissait, et respectait le deuil de son interlocuteur.
- Les orcs, reprit Cáolan, aimeraient me faire parler. Ils savent qui était mon compagnon de voyage et ils aimeraient savoir ce que nous faisions par ici, où nous allions et pourquoi.
Fili aurait bien demandé qui était ce mystérieux compagnon mais il jugea que cela ne le regardait pas. Si l'elfe souhaitait garder le silence sur cette question, c'était son droit. Et c'était plus prudent aussi : leurs ennemis pouvaient très bien interroger Fili là-dessus, subodorant que l'elfe le lui avait révélé. Or, on ne peut pas dire ce qu'on ne sait pas.
- Moi, soupira-t-il, ils n'ont rien à me demander. Oh bien sûr, ils tueraient n'importe quel nain tombant entre leurs mains. Mais à travers mon frère et moi, Azog cherche avant tout à atteindre mon oncle. Ce sont de vieux ennemis.
A son tour il déclina son identité et expliqua comment il en était arrivé à la situation présente, pour avoir voulu reprendre aux orcs le corps de son jeune frère. Il évoqua brièvement la mort de ce dernier, l'impossibilité dans laquelle s'était trouvé Thorin de sauver son neveu. L'elfe hocha sombrement la tête :
- Il n'est pas tous les jours facile d'être roi, soupira-t-il.
Les yeux de Fili durent trahir ses sentiments car il vit la compassion s'inscrire sur le visage saccagé de Cáolan. Le garçon parla aussi de ses regrets vis-à-vis de sa famille, de ses remords pour la souffrance occasionnée à son oncle et à sa mère, juste après qu'ils aient déjà perdu Kili.
- C'était cependant un geste noble de votre part, répondit l'elfe. Et je suis sûr qu'ils le comprennent.
- C'était stupide. Cela ne ressuscitera pas mon frère, hélas. Et pourtant, j'ai beau me dire que ma place était auprès des miens, que ma mère aurait eu besoin de moi, qu'il vaut mieux penser aux vivants qu'aux morts, je n'arrive pas à me persuader que j'ai eu tort.
Fili soupira :
- J'aimerais pouvoir me convaincre que mon oncle et ma mère seront tellement en colère contre moi qu'ils oublieront leur peine. Malheureusement...
- Vous voulez dire, fit l'elfe avec gravité, que vous voudriez qu'ils vous considèrent comme un ingrat et arrivent à la conclusion que vous avez bien mérité ce qui vous arrive ?
- Quelque chose comme ça. Si cela pouvait les empêcher de souffrir.
- Je n'ai pas la prétention de bien connaître les nains, Fili. Et je ne cherche pas à vous désespérer. Cependant j'ai beaucoup voyagé à travers toute la Terre du Milieu et partout où je suis passé, une mère était toujours une mère. Aucune d'entre elle ne pourrait se réjouir, ou même rester indifférente au mal qui advient à son enfant. Je suis persuadé qu'il n'y a absolument aucune, aucune chance pour que ce que vous espérez arrive et qu'elle nourrisse de telles pensées. Votre oncle non plus, d'ailleurs. Ou alors, cela signifierait qu'il n'éprouve aucun sentiment à votre égard, ce dont je doute. J'ai entendu parler de Thorin Ecu-de-Chêne. Ce n'est pas n'importe qui. Je suis certain que s'il le peut, il viendra à votre aide.
- Oui, dit Fili, s'il le pouvait il le ferait. Je le sais aussi. Quitte à me traiter de tous les noms après et m'agonir de reproches, ajouta-t-il sans pouvoir s'empêcher de sourire. Mais c'est impossible. Le bastion est imprenable et Azog n'acceptera rien. Du moins, rien que mon oncle puisse lui offrir. Sinon, nous aurions sauvé Kili.
A cela, l'elfe ne trouva rien à répondre.
