Bonjour les gens. Il reste du monde, après le dernier chapitre ? J'espère, quand même. Que je n'ai pas fait fuir tout le monde.

"Guest" : merci pour la review, mais tu te doutes bien que je ne peux répondre à aucune de tes questions. Il faudra lire jusqu'au bout pour savoir.

Alors bonne lecture.

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Le mystérieux feu follet avait disparu. Il n'était plus guère utile du reste, les nains ayant retrouvé leur chemin. D'ailleurs cela valait peut-être mieux : cette lueur virevoltant dans l'obscurité aurait pu alerter les orcs.

C'est en silence et avec les plus grandes précautions que le commando de Thorin, une fois au pied de la falaise, avait longé celle-ci jusque sous le bastion ennemi. Là, toujours en silence, ils s'étaient dispersés : plusieurs ouvertures perçaient la muraille, tout là-haut (même si elles n'étaient pas faciles à distinguer dans l'obscurité), et ils ne savaient pas d'où le hobbit lancerait son échelle, si toutefois il le faisait. Ainsi, mieux valait les surveiller toutes. Assis dans le noir par groupes de deux ou trois, à présent ils attendaient fiévreusement le moment d'agir, formant des vœux pour que tout se déroule selon le plan prévu. Dès que l'échelle serait lancée, ceux qui s'en apercevraient les premiers devaient hululer deux fois comme une chouette effraie pour alerter les autres.

- Evitez de trop parler, avait recommandé Thorin. Il ne faudrait pas qu'on nous entende.

De son côté, il avait des fourmis dans tout le corps. Penser que Fili était là (du moins il l'espérait), si proche désormais, et qu'il fallait attendre dans la nuit sans rien faire ! Qui pouvait savoir ce que chaque minute écoulée représentait pour le prisonnier ? Et s'ils menaient à bien leur mission pour s'apercevoir que le jeune prince était déjà mort ? Le cœur de Thorin se serra si douloureusement à cette pensée qu'il la rejeta aussitôt. Non, il devait croire que son neveu était encore en vie. Il devait conserver l'espoir. Sans quoi, il ne serait plus bon à rien. Et les Valars savaient que ce n'était pas le moment de perdre son sang-froid. Le plus difficile et surtout le plus périlleux restaient à faire.

Penser à Fili ramena l'esprit de Thorin vers ce feu follet qui les avait guidés. Et vers ces manifestations étranges dont il était la proie (si l'on pouvait le dire ainsi) depuis que le garçon avait quitté les siens. Pourtant, ce qui lui paraissait presque plus étrange encore que les événements eux-mêmes, c'était la confiance qu'il avait placé dans... tout ça. Cela lui ressemblait bien peu. Si quelqu'un lui avait raconté pareille histoire, Thorin aurait considéré que ce n'était qu'un ramassis d'imbécilités. Il repensa à l'éventualité du poison qui peut-être était cause de toutes ces « visions ». Cette hypothèse avait le mérite d'être plausible, même pour un esprit aussi pragmatique que le sien. Mais comment, dans ce cas, expliquer l'apparition bien réelle (tous ses compagnons en avaient été témoins) de ce feu follet ? Exactement comme dans son « rêve ». Car Thorin savait bien qu'en fait il n'avait pas rêvé : il avait gardé les yeux ouverts, il avait été durant un moment hors de la réalité, ça oui, mais il ne dormait pas, il en était sûr. Ses amis devaient se poser pas mal de question à son sujet. Voire douter de sa santé mentale. Pourtant non, pas Dwalin, qui ne se serait pas gêné pour le lui dire. Et qui paraissait comprendre, mieux encore admettre, qu'il se passait quelque chose de pas très naturel. Même, certains parmi les plus sensibles de ses amis avaient manifestement senti cette présence invisible. La présence de... ?

Thorin secoua la tête avec irritation. Cela faisait des heures qu'il se demandait s'il devait prendre Balin à part et lui poser carrément la question. La question de savoir si une telle chose était possible. Seulement, Balin était si sage et si réfléchi... Thorin n'avait aucune envie de se rendre ridicule en abordant un sujet que lui-même trouvait absurde dès lors qu'il y pensait. Cependant, maintenant qu'il n'avait plus rien de précis à faire qu'à attendre, toutes les impressions des derniers jours lui revenaient une à une à l'esprit. Il avait été jusqu'à prendre une décision très importante sur la foi des images, dépourvues de tout fondement, qui se formaient dans sa tête… N'y tenant plus, Thorin se leva silencieusement et chuchota qu'il allait s'assurer que tout le monde était à son poste. Il savait que ses amis n'y croiraient pas mais cela lui était égal.

Etouffant autant que possible le bruit de ses pas, il finit par trouver Dori, Nori et Ori assis parmi les rochers, levant parfois, comme tous les autres, le nez vers la masse noire du bastion dans l'espoir de voir enfin une échelle dégringoler vers eux.

- Ori, souffla Thorin très bas. Viens avec moi.

- Où ça ? ne put s'empêcher de demander Dori, toujours inquiet lorsqu'il s'agissait de son petit frère.

Thorin ne répondit pas, Ori se leva docilement et les deux nains s'enfoncèrent dans le noir. Le premier dirigea leurs pas un peu à l'écart, derrière une touffe de buissons épineux et rabougris, où nul ne pourrait les entendre et où aucun regard malveillant, là-haut, ne risquait de les repérer. Il hésita tout de même encore un instant. Thorin ne pouvait distinguer les traits de son compagnon dans le noir mais il se les figurait parfaitement. Ce petit Ori, qui depuis qu'il savait lire avait toujours le nez dans un livre. Ori qui avait l'âge de ses neveux. Rien à voir avec un nain comme Balin.

Le jeune nain de son côté, un peu intimidé, gardait lui aussi le silence, attendant la suite, ne pouvant s'empêcher de se demander ce que son roi pouvait bien avoir à lui dire en privé, surtout en un tel moment, pour vouloir ainsi l'éloigner des autres ?

- Ori, se décida enfin Thorin, toi qui es toujours fourré dans tes livres, as-tu jamais lu quelque chose sur... sur les morts qui pourraient communiquer avec les vivants ?

Voilà, c'était dit. Dans le noir, aucune chance de voir l'expression de son vis à vis et donc de savoir ce qu'il pensait de cette question aberrante et de celui qui pouvait la poser. Tant mieux. L'obscurité était propice. Parfois, il est plus facile d'aborder certains sujets sans voir son interlocuteur et sans en être vu soi-même. En pleine lumière Thorin n'aurait peut-être jamais franchi le pas. Cela ne l'empêchait pas d'être anxieux : Ori allait peut-être prendre peur ou croire à une mauvaise plaisanterie ? Mais le garçon, placé sur le sujet de ses lectures, répondit aussitôt, d'une voix certes basse mais aussi sérieuse que passionnée :

- C'est très rare mais il y a des témoignages, dit-il sans hésiter. Même si rien n'a jamais été prouvé et que...

Il parut hésiter.

- Continue.

- ... eh bien, beaucoup, qui ne sont pas concernés, pensent que ce ne sont que des chimères, naturellement. Le désespoir né de la perte d'un être cher, qui ferait croire à quelqu'un qu'il peut encore le voir ou l'entendre. Néanmoins...

Ori fit une pause. Il était étrange d'aborder un tel sujet avec Thorin, et plus étrange encore de parler de cela ici, au cœur de cette nuit si sombre, avec ce danger omniprésent qui planait.

- J'écoute, continue ! le pressa son interlocuteur.

- Les témoignages concordent tous et ne paraissent pas venir de gens que le chagrin aurait rendus fous. Au contraire, tous ces gens se posent beaucoup de questions. Ils racontent ce qu'ils ont cru voir ou entendre, tout en admettant que cela paraît insensé.

Il y eut un long silence.

- Bien, dit enfin Thorin.

Il ne savait vraiment pas quoi dire d'autre. Ce n'était pas qu'il soit totalement convaincu par ces quelques explications, mais enfin il se sentait soulagé de penser que d'autres avant lui avaient en tous les cas éprouvé la même chose. Les mêmes doutes, face à une expérience que la raison ne pouvait que réfuter. Cela rationalisait déjà un peu le phénomène. Ce fut Ori qui enchaîna :

- C'est Kili, n'est-ce pas ? Tout à l'heure j'aurais juré qu'il était parmi nous. Et cette lumière, elle nous a menés au bon endroit. Ce n'est pas un hasard, c'est évident.

- Tu y crois, murmura Thorin.

Ce n'était pas une moquerie, ni une accusation, même pas une question. Seulement un constat.

- Oui, dit Ori très simplement, j'y crois. Je suis sûr qu'il est ici, tout près, et qu'il essaie de nous aider. Mais c'est normal : c'est Fili qui est prisonnier des orcs. Kili ne peut pas être loin, n'est-ce pas ?

- Retournons là-bas, éluda Thorin.

Ils n'échangèrent plus aucun mot et se séparèrent très vite, chacun regagnant son poste respectif.

Thorin se rassit en silence, dos à la falaise, et demeura songeur.

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Le feu follet le guidait toujours. Bilbon n'avait même pas ramassé sa lampe inutile et l'avait abandonnée là où elle était tombée. Le passage se rétrécissait à nouveau, de plus en plus bas. Le hobbit dut progresser courbé durant quelques temps, puis il lui fallut carrément se mettre à quatre pattes. L'échelle qu'il traînait toujours derrière lui ne lui avait jamais paru plus lourde !

- Oh là là, pensa-t-il, j'espère qu'il n'y a plus de passage aussi resserré que celui de tout à l'heure !

Il continua à avancer, se meurtrissant les genoux et les paumes contre la roche, et enfin vit se découper dans la lumière qui émanait de son étrange compagnon de route une étroite ouverture triangulaire, si basse qu'il comprit avant même de s'en approcher qu'il allait devoir finir son périple à plat ventre.

Ce qu'il fit en effet. Pareil à une souris prudente, il passa bientôt la tête par la fente du rocher, tous ses sens aux aguets. Il sentait un vaste espace libre autour de lui, mais l'obscurité était totale et le silence absolu. La seule source de luminosité émanait de son "guide", qui se faufila près de lui pour sortir du boyau puis se promena ici et là, comme pour lui permettre de voir à quoi ressemblaient les lieux. Il s'agissait apparemment d'une cave et un grand nombre de barils y étaient rangés. Toutefois, étant donné l'odeur qui s'en dégageait, Bilbon préférait ne pas savoir ce qu'ils contenaient. Sinon, il semblait qu'il n'y ait personne dans les environs.

Le semi homme s'extirpa tant bien que mal de la faille qui l'avait mené jusque-là et, en dépit du danger qui le menaçait maintenant qu'il était dans la citadelle orc, il s'en sentit soulagé. Il abandonna sans remords sa pioche et hala mètre par mètre l'échelle hors du boyau. Oh, cette échelle, pourtant essentielle à leur plan, il la haïssait ! Il se faisait l'impression d'être un revenant traînant ses chaînes après lui en punition des crimes commis durant sa vie de mortel. Il dut cependant prendre le temps de replier plusieurs fois sur lui-même son interminable fardeau puis de le lier une nouvelle fois avec la corde enroulée autour de sa taille (ce qui ne se fit pas sans mal), jusqu'à ce que le ballot ainsi constitué ne mesure plus que deux mètres de long. Dans le cas contraire, il l'aurait immanquablement fait repérer très vite. N'empêche : imaginer les nains braver le vide sur ce fragile assemblage de cordes nouées lui fit éprouver un tel vertige qu'il dut s'adosser un instant à la muraille en chassant cette image de sa tête. Pour en changer, il jeta un coup d'œil circonspect sur la petite faille du roc par laquelle il était arrivé. Vu d'ici, elle ne payait pas de mine. En fait, elle ressemblait vraiment à un trou de souris. Un peu plus gros, bien sûr. Sans doute était-ce heureux : si elle avait été plus grande, ou plus haute, les orcs l'auraient probablement murée. Le hobbit se secoua : il avait de l'ouvrage et les nains l'attendaient, ce n'était pas le moment de philosopher sur les différents possibles.

- Bon, fit-il à mi-voix, c'est maintenant que les choses vont devenir compliquées. Il faut que je trouve l'arrière du fort et les fenêtres.

A cet instant, Bilbon réalisa quelle improbable mission lui avait été confiée. Voyons, il ne connaissait absolument pas les lieux, ne savait où diriger ses pas, l'ennemi était partout et il devait en outre tirer après lui cette maudite échelle qui pesait des tonnes ! Il envisageait de la laisser cachée ici dans la cave et d'aller effectuer une petite reconnaissance quand il avisa le feu follet qui, encore une fois, semblait l'inviter à le suivre. Bilbon se sentait inexplicablement rassuré par la présence de cette petite flamme virevoltante. Tellement rassuré qu'il était enclin à lui faire confiance.

- Eh bien, soupira-t-il. Allons-y. Soyons fou jusqu'au bout.

Au début tout alla bien. Ils montèrent des marches, longèrent deux longs couloirs sans voir ni lumière ni âme qui vive. Le feu follet sautillait allègrement, deux mètres devant Bilbon, lui éclairant le chemin. Ce phénomène n'avait rien de naturel, le hobbit en était conscient, mais il n'avait pas le temps de chercher des explications ou des réponses. Dans l'immédiat, tout ce qu'il savait c'était que sans cette étrange luciole il ne serait pas ici. Il serait resté coincé dans la faille et un jour son squelette y aurait reposé, ignoré de tous jusqu'à la fin des temps. De plus, il avait à présent autre chose à penser : il se trouvait en territoire ennemi et avait une mission difficile à accomplir. Sans compter que si un danger survenait, il serait incapable de fuir : il était paralysé par le poids de l'échelle qu'il traînait de plus en plus péniblement après lui.

Justement, voilà qu'ils parvenaient à un couloir éclairé. Bilbon retint son souffle et tendit l'oreille. Les lieux étaient parfaitement sinistres, jugea-t-il. Il serait très content de pouvoir sortir de là ! Encore une fois, il n'aurait pas su quelle direction prendre sans son curieux guide qui semblait, lui, parfaitement savoir où il allait. Un moment, le hobbit se demanda s'il ne le conduisait pas dans un piège. Après tout, qui prouvait qu'il n'était pas du côté des orcs ? Au début il avait imaginé qu'il pouvait être suscité par le pouvoir de Gandalf mais, après tout, qui lui disait que, tout au contraire, il ne s'agissait pas d'une manifestation de magie noire ? Bilbon secoua la tête. Il n'y croyait pas et, de toute façon, il était trop tard pour s'interroger. Il réalisa très vite que même s'il ne parlait pas, son petit compagnon lumineux savait s'exprimer. Il faisait demi-tour et tournoyait à toute vitesse quand quelqu'un approchait, par exemple. Dans ces cas-là, généralement il désignait lui-même une cachette à Bilbon. Une fois, ce dernier eut vraiment très peur : en fait de cachette il se put que se blottir dans un angle, certes assez sombre, serrant l'échelle de corde dans ses bras. Deux orcs passèrent à quelques pas de lui en se disputant mais ils ne le virent pas.

Le feu follet le mena ainsi jusqu'au pied d'un escalier massif qui montait vers on ne savait où. Mais à peine le semi homme avait-il posé son pied nu sur la première marche que la flammèche se figea brutalement, comme pétrifiée. Et tout à coup, elle disparut.

- Oh non ! se lamenta le hobbit, soudain terrifié. Qu'est-ce que je vais faire, moi ?

Personne ne répondit et la luciole ne revint pas. Bilbon estima qu'il n'avait guère le choix et, rasant les murs, le cœur battant à grands coups sourds, il entreprit de monter les marches en retenant son souffle. C'était définitivement stupide, car il n'était pas plus en danger à présent que quelques minutes plus tôt, mais la présence du feu follet l'avait rassuré. A présent qu'il était seul, il sentait sa peur monter en flèche et se sentait environné d'ennemis invisibles.

Aussi faillit-il dégringoler cul par-dessus tête dans l'escalier en arrivant à un palier sur lequel il se trouva brusquement presque nez à nez avec un orc. De saisissement, le pauvre hobbit fit un pas précipité en arrière, ne trouva que le vide sous ses talons, battit l'air de ses bras et ne recouvra son équilibre que de justesse. Il s'attendait à ce que l'autre se jette sur lui lorsqu'il réalisa qu'en fait, adossé au mur près d'une niche de pierre qui abritait un grossier candélabre, l'orc dormait.

Bilbon sentit mille picotements parcourir son corps. Il empoigna son échelle à bras le corps pour la soulever un peu du sol (elle était trop lourde pour qu'il la porte vraiment) et avança sur la pointe des pieds.

Personne ne sait être plus discret qu'un hobbit. Malheureusement, pour donner le meilleur de lui-même en la matière, il vaut mieux qu'il ne croule pas sous le poids d'un fardeau aussi lourd qu'encombrant. Le vaillant cambrioleur (c'était ainsi que l'avaient appelé Gandalf et Balin et c'était en effet ce qu'il lui semblait être, à se glisser ainsi sans bruit dans le fortin ennemi dans le but de permettre aux nains de subtiliser un prisonnier), parvenait tant bien que mal à la nouvelle volée de marches qui s'amorçait de l'autre côté du palier quand il trébucha. Malencontreusement, le fourreau de l'épée que Gandalf lui avait donnée heurta le mur.

Le hobbit sentit son estomac se liquéfier. Aussi immobile qu'une statue, il attendit que le pire se produise. L'orc il est vrai avait ouvert les yeux. Il grogna, bâilla, puis ses paupières retombèrent.

N'osant croire à sa chance, Bilbon attendit quelques instants puis repartit en s'écartant du mur pour éviter de s'y cogner à nouveau. Ce ne fut qu'une fois que l'escalier eut formé un coude, lui cachant le palier, qu'il s'autorisa à respirer. Un peu prématurément peut-être : l'orc qu'il laissait ainsi derrière lui ne dormait désormais plus aussi profondément qu'au début. Tandis que le cambrioleur poursuivait son périlleux chemin, il ouvrit à nouveau les yeux, se demandant ce qui l'avait éveillé. Il grommela, se frotta la tête et soudain, les narines dilatées, il se mit à humer l'air comme un chien de chasse.

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- Kili, excuse-moi. Je ne voulais pas te blesser, tu le sais bien.

Tant pis pour le ridicule. Fili était bien conscient de ce que Cáolan l'entendait mais, au point où il en était, ça lui était égal. Et s'il était devenu complètement idiot et parlait au vide, il s'en fichait aussi. En revanche, s'il y avait ne serait-ce qu'une minuscule, une infime possibilité pour que vraiment tout soit vrai, alors l'idée d'avoir repoussé Kili sans ménagement tout à l'heure lui faisait horreur.

Mais soit que son petit fantôme personnel soit vraiment vexé, ou pire peiné, soit qu'effectivement tout cela ne soit que chimère, le prisonnier ne vit ni n'entendit plus rien. Jusqu'à ce que, au bout d'un certain temps, des bruits de pas se fassent à nouveau entendre dans l'escalier.

Les deux captifs échangèrent rapidement un regard. Tout les séparait et pourtant, leur sort commun avait fait qu'en deux jours ils étaient devenus relativement proches. Ils se sentaient solidaires l'un de l'autre et au fond, heureux de n'être pas seuls dans un contexte aussi sinistre. Tous deux avaient peur d'être ramenés une fois encore en salle de torture. Et pourtant aucun d'eux ne le souhaitait non plus à son compagnon d'infortune. Pour qui venaient-ils cette fois ?

Comme cela s'était produit quelques heures plus tôt, les orcs ouvrirent les deux cachots. Ce fut à coups de pied qu'ils contraignirent l'elfe à se lever. Ils essayèrent bien avec Fili mais ses genoux démis ne lui auraient pas permis de se se redresser, même si sa propre mère avait été en danger devant lui.

Soulevés, poussés, bousculés, les captifs furent entraînés dans les couloirs. Ils reconnurent l'un comme l'autre le chemin. On les conduisait bien, cette fois encore, dans la salle de torture de la forteresse. Tous les deux ? Ensemble ? Cela paraissait présager pire que le pire.

Ainsi leurs deux cœurs firent pareillement un bond en arrivant sur place et en reconnaissant Bolg, debout au milieu de la pièce, arborant ce qui pour un orc devait être un sourire éclatant (même si à leurs yeux son rictus était aussi laid qu'inquiétant).

Il prononça quelques mots. Aussitôt, Cáolan fut rudement poussé contre un mur et enchaîné. L'elfe ne put s'empêcher de crier quand on l'obligea à lever son bras cassé pour refermer un anneau de fer sur son poignet. L'os brisé déchira un peu plus la chair pour darder comme une épée, le visage déjà pâle de l'elfe devint livide. Fili eut mal pour son compagnon mais il n'eut guère le temps de se demander ce que cela pouvait bien conjecturer : ses propres gardiens le débarrassèrent de ses haillons sanglants et boueux avant de le jeter plus qu'autre chose sur une table épaisse, tachée de sang, dont le bois rugueux fut, sur son dos tailladé par les lanières cloutées et cautérisé à la poix, comme une énorme râpe. Fili comprit très vite qu'en plus du reste, il allait devoir endurer cela un certain temps, quand des bracelets de métal, fixés par des chaînes sur les côtés du plateau, furent renfermés sur ses poignets et ses chevilles. Le jeune nain sentit ses entrailles se retourner. Il avait supporté deux séances de torture, son corps était brisé, déchiré, et son courage vacillait. Personne ne subit tant de tourments sans crainte ni réaction.

De son côté, Cáolan tira presque instinctivement sur ses propres chaînes, ce qui lui arracha d'ailleurs aussitôt un gémissement de douleur. Il n'aimait pas cela, oh non, mais alors pas du tout. Il était à peu près dans les mêmes dispositions d'esprit que Fili et quelque chose lui disait que là, les orcs avaient décidé de frapper un grand coup. Dont ni lui ni le nain ne sortiraient vivants, il en avait la certitude. A ceci près qu'à ce stade, la mort, si elle avait pu survenir rapidement, aurait presque semblé enviable. Or il était malheureusement évident que tel ne serait pas le cas. Un elfe ne laisse pas volontiers deviner ses sentiments, cela ne l'empêche pas d'en éprouver. Si Cáolan n'avait eu autre chose en tête en cet instant, il se serait sans doute avoué que la peur lui nouait les tripes.

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Trempé de sueur et soufflant comme s'il avait couru pendant des kilomètres, Bilbon parvint enfin au sommet des escaliers. A son grand soulagement, il arriva alors dans un long couloir désert, percé ici et là d'ouvertures plus ou moins étroites. Il s'approcha de celle qui était la plus proche de lui et s'y pencha, espérant de toutes ses forces avoir atteint son but. Oui, ce ne pouvait être que cela. Au-dessous de lui s'ouvrait un vide vertigineux.

Priant en silence pour que les nains soient bien à leur poste et le rejoignent sans tarder, Bilbon défit les cordes liant cette maudite échelle, qu'il avait traînée derrière lui avec tant de peine depuis ce qui lui semblait être la moitié d'une vie, en trouva l'extrémité et la jeta dans l'ouverture.

L'interminable assemblage de cordes était toujours bien trop lourd pour que le hobbit puisse le soulever à hauteur de fenêtre. Il le hala donc, tronçon par tronçon, pour le laisser filer par à-coups dans le noir. En formant des vœux ardents pour que rien n'entrave sa chute, que l'échelle ne s'accroche pas quelque part en chemin et donc n'atteigne jamais le sol. Au bout d'un instant, il se fit la réflexion que comme elle était toujours attachée par une corde à sa taille, s'il continuait comme ça, le poids aidant il allait se retrouver collé contre le mur sans pouvoir bouger. Et que serait-ce quand les nains commenceraient à grimper ?

Le hobbit regarda autour de lui et ne tarda guère à trouver ce qu'il lui fallait : de repoussants candélabres de métal noir portant chacun six chandelles de suif éclairaient le couloir à intervalle régulier.

Bilbon s'empara du plus proche, souffla les bougies et traîna l'objet (c'était là encore affreusement lourd) jusqu'à la fenêtre. Jamais de toute sa vie il n'avait déployé autant d'efforts physiques que cette nuit. Avec précautions (et quel soulagement !) il détacha l'échelle de sa taille et la fixa aussi solidement qu'il le put au candélabre, couché le long du mur sous la fenêtre.

Ensuite, il recommença à faire descendre l'échelle. Il se sentait léger, mais léger ! Certes, sa peau à hauteur de ceinture le brûlait et il n'avait pas besoin de soulever sa chemise pour savoir qu'elle était écorchée à force de tirer ce poids, mais combien il était agréable d'en être débarrassé ! Les forces de Bilbon en étaient décuplées. Laissant filer son fardeau mètre par mètre, il constata qu'au bout d'un moment le léger assemblage ne paraissait plus constitué de corde rugueuse mais de laine étroitement tressée et nouée. Cela lui rappela la conversation qu'il avait entendu, et trouvé si étrange, à son arrivée parmi les nains. Mais après tout, ce n'était pas vraiment son problème.

Lorsque l'échelle fut entièrement dévidée, il attendit anxieusement. Et si les nains n'étaient pas là ? Et s'ils ne s'étaient aperçu de rien ? Et si l'échelle était trop courte ? Ou bien encore…

Loin en contrebas, il entendit retentir deux fois le cri de la chouette. Quelques minutes s'écoulèrent encore, interminables. Et soudain, les cordes de l'échelle se tendirent, le candélabre grinça contre le mur, remonta, finalement se coinça en travers de la fenêtre. Parfait, il ne bougerait plus. Douce Yavanna, que cet objet était laid ! Massif, lourd, grossier... Bilbon n'aurait pour rien au monde voulu voir pareille horreur chez lui. Mais d'un autre côté, c'était du solide. Et c'était là ce qui importait dans l'immédiat.

Regardant les cordes de l'échelle, tendues, plaquées au mur et frémissant régulièrement, Bilbon s'autorisa quelques secondes de vrai soulagement. Il avait réussi ! Il avait mené à bien sa difficile et dangereuse mission. D'ici peu, les nains l'auraient rejoint. Il serait heureux de les voir, ça oui. Après tout ça !

Ce fut bien sûr à ce moment précis, alors qu'il commençait presque à sourire, qu'il entendit un pas lourd derrière lui dans l'escalier. Alors là, ce fut la panique qui l'envahit. Que faire ? Durant une seconde, une folle seconde, Bilbon s'imagina s'élancer à toutes jambes dans le couloir, aussi loin et aussi vite que possible. Désormais libéré de son pesant fardeau, il volerait vers un abri illusoire... Mais c'était impossible. Il ne pouvait pas faire ça. L'orc qui montait verrait fatalement le candélabre en travers de la fenêtre, les cordes tendues, il comprendrait tout de suite ce qui se passait. Et s'il coupait l'échelle ? Ou s'il alertait ses semblables et que tous attendent ici que les nains atteignent la fenêtre ? Rien à faire, Bilbon ne pouvait pas s'éloigner. En fait, il lui fallait veiller à présent à ce que le commando puisse atteindre le fort sans encombre.

Plusieurs dizaines de mètres en contrebas, Thorin montait aussi vite et silencieusement que possible, ses amis derrière lui. Le hobbit avait réussi, le plan de Gandalf semblait fonctionner. Incroyable. Ce petit bonhomme de la Comté n'avait l'air de rien mais il avait accompli un exploit. Si, c'était vrai. Un exploit. Le meilleur des guerriers n'aurait pu mieux faire.

Soudain, comme surgissant de nulle part, le feu follet qui les avait guidés auparavant surgit à côté du nain et, comme affolé, se mit à tourner, en une sarabande folle, autour de sa tête.

- Du calme ! grogna Thorin à voix basse, sans trop y réfléchir. Que veux-tu encore ?

Alors il entendit, parfaitement distincte mais emplie d'urgence et de terreur, la voix de Kili :

- Fais vite Thorin, je t'en prie ! Fais vite ou il sera trop tard. Ils vont le tuer. Je t'en supplie, dépêche-toi !

Pour le coup, Thorin manqua lâcher prise et dégringoler dans le ravin. Il n'avait pas encore réellement, pleinement accepté ce curieux phénomène, alors entendre à nouveau cette voix, en un tel moment...

Lorsqu'il eut repris sa maîtrise de lui-même, il tenta de monter plus vite. Ce n'était pas facile : malgré lui, il était sous le choc non seulement de ce qui venait de se produire mais encore de ce que "la chose" avait dit. Le temps devenait court. Fili... Thorin se félicita d'avoir enfilé des gants en prévision de l'escalade : dessous, ses mains devenaient moites d'anxiété.

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Bilbon dégaina l'épée que lui avait donné Gandalf. La lame flamboyait férocement d'un vif éclat bleu. Silencieusement, le hobbit alla se coller au mur juste à côté de l'escalier, hors de vue de celui qui montait, et il attendit.

Il entendit les pas se rapprocher, devina que l'autre atteignait les dernières marches et, dès qu'il entrevit sa silhouette, il se jeta sur lui l'épée brandie. Malheureusement, même en tenant compte de l'effet de surprise (en supposant que celui-ci ait joué), il ne pouvait pas espérer surprendre un guerrier rompu à toutes les ruses du combat et qui en outre se doutait qu'il se tramait quelque chose d'anormal. La pointe effilée de Dard entailla à peine le flanc de l'orc qui bondit de côté puis, d'un grand coup de pied, faucha les jambes du semi homme. Ce dernier tomba de tout son poids et sous le choc son arme lui échappa des mains. Déjà son adversaire se penchait, le saisissait par ses vêtements et le soulevait à hauteur de tête :

- C'est quoi, ça ?! fit-il, manifestement surpris.

- Un hobbit de la Comté. Monsieur, lâchez-moi. Je... je peux vous expliquer beaucoup de choses, mais posez moi d'abord à terre.

Malgré sa peur, Bilbon avait réussi à parler d'un ton à peu près normal. Il réfléchissait frénétiquement. Tant que l'orc serait occupé avec lui, il ne toucherait pas à l'échelle de corde. S'il parvenait à retenir son attention suffisamment longtemps, peut-être que les nains parviendraient au terme de leur escalade. Malheureusement, l'orc venait d'aviser le candélabre et les cordes qui y étaient attachées et il comprit immédiatement ce qui était en train de se passer. Il portait sa main à son épée quand le feu follet surgit et se mit à se trémousser devant son visage, bondissant de côté, puis de l'autre, revenant encore. L'orc tenta de le chasser comme il l'aurait fait d'une mouche importune, en vain. Cela permit à Bilbon de se ressaisir. Et de penser à Frodon : il lui avait promis de revenir. Pas question que son neveu soit orphelin une seconde fois ! Le hobbit prit appui sur le poignet de l'ennemi, dont la pogne était toujours serrée sur ses vêtements, et lança une ruade, de ses deux pieds réunis, dans le ventre de son agresseur. Le résultat ne se fit pas attendre : l'orc le lâcha aussitôt et se plia en deux.

Le hobbit ne prit pas le temps de réfléchir. Il agit autant dire d'instinct. Il se jeta sur son épée toujours à terre, se retourna et, dans le même élan, enfonça Dard jusqu'à la garde dans le ventre de l'orc qui poussa un beuglement avant de s'effondrer sur les genoux. Après quoi, haletant, ébahi d'avoir fait preuve de tant de hardiesse, Bilbon recula en faisant deux bonds en arrière. Il n'était cependant pas au bout de ses émotions, car ce fut alors qu'une voix jeune et impérieuse parut retentir à l'intérieur même de sa tête :

- Achevez-le.

- Quoi ? balbutia le hobbit à voix haute, en tournant la tête dans tous les sens et en fouillant les lieux du regard sans rien découvrir.

Ses yeux étaient tellement écarquillés qu'ils lui donnaient l'air d'une grenouille. Oh Valars, il entendait des voix à présent ! Et plus incroyable encore : bien qu'il ait eu l'impression qu'elle était née directement dans son cerveau, il avait vu "son ami" le feu follet mimer les mots et ne pouvait s'empêcher de penser que cela provenait de lui. D'ailleurs, de qui d'autre ? Il n'y avait absolument personne ici en dehors de lui-même et de l'orc blessé. Or il était certain que ce n'était pas ce dernier qui avait parlé.

- Faites vite. Ne le laissez pas ameuter les autres, ordonna la voix mystérieuse.

Horrifié, Bilbon regarda son adversaire qui se traînait en rampant vers l'escalier, laissant derrière lui une large traînée de sang noir. Oui, bien sûr, évidemment. Il n'eut aucun mal à rejoindre sa victime, saisit à deux mains son épée dont la lame jetait de vives lueurs bleues, la leva très haut et frappa.

Il aurait bien fermé les yeux mais il devait absolument voir ce qu'il faisait. Même s'agissant d'un orc, Bilbon ne pouvait se résoudre à le faire souffrir inutilement. L'autre poussa un faible cri, se tordit un instant sur le sol puis s'immobilisa à jamais. Le hobbit sentit ses mains trembler et considéra avec dégoût le sang noir qui maculait sa lame, dont l'éclat avait subitement diminué. Frémissant, il l'essuya sur les vêtements du mort puis fit quelques pas mal assurés en arrière en regardant sa victime. Personne en Terre du Milieu ne considèrerait que tuer un orc s'assimile même de loin à un meurtre. Quand même, Bilbon ne se serait jamais cru capable de tuer de sang-froid. Il en était fort ébranlé.

Les jambes un peu flageolantes, il s'approcha de la fenêtre et jeta un rapide regard dans le vide pour voir si les nains arrivaient. Il ne vit strictement rien qu'un gouffre d'obscurité. Evidemment, cela représentait une belle hauteur. Ils ne pouvaient pas arriver ici en deux petites minutes.

Bilbon était en train d'espérer que plus rien d'inattendu ou de désagréable ne surviendrait plus jusqu'à ce que Thorin et les siens l'aient rejoint quand le feu follet, qui avait disparu après que le semi homme ait tué l'orc, reparut dans un faible sifflement. Il paraissait complètement affolé et bondissait en tous sens, l'air crépitant derrière lui.

- Oh non ! gémit Bilbon. Que se passe-t-il encore ?

Son étrange compagnon fila comme un trait vers l'escalier, sautillant d'impatience au-dessus des premières marches, revint vers Bilbon, repartit encore...

- Tu veux que je vienne avec toi ? Mais où ça ? Gandalf a dit que je devais attendre Thorin et les autres ici. D'ailleurs ils ne vont sans doute pas tarder.

Le feu follet parut se tordre de désespoir et reprit son manège, encore plus frénétiquement qu'auparavant. Un sentiment d'urgence envahit Bilbon.

Désespérément, il regarda à nouveau par la fenêtre et ne vit toujours rien. A vrai dire il estimait avoir connu bien suffisamment d'aventures comme ça depuis son départ de la Comté (il avait bien du mal à se persuader que ce n'était que quelques heures plus tôt, il lui semblait que cela faisait des années). Pourtant il devait beaucoup à ce feu follet, ou quoi que ce puisse être, alors il pensa soudain qu'il ne pouvait pas l'ignorer quand il paraissait avoir si terriblement besoin de sa présence ailleurs. Il devait y avoir une très bonne raison pour qu'il agisse ainsi.

- C'est bon, je viens, soupira-t-il.

Il avait gardé son épée à la main et la remit au fourreau : la lumière bleue émise par la lame lui semblait un peu trop repérable. Il inspira à fond et se dirigea vers l'escalier. Son guide partit comme une flèche.

- Eh ! Pas si vite !

Bilbon dévala les marches en courant, priant pour ne pas tomber à l'improviste sur un ou plusieurs orcs. Lorsqu'il atteignit le palier où il en avait vu un dormir plus tôt dans la soirée, il n'y avait plus personne. Le hobbit subodora qu'il s'agissait de celui qui gisait mort là-haut.

Lorsqu'il parvint au pied des marches, sa luciole de compagnie s'enfonça résolument à l'intérieur de la forteresse. On la sentait pressée, pourtant, comme auparavant, elle prévenait le semi homme chaque fois qu'il lui fallait s'arrêter ou se dissimuler dans un coin. Rasant les murs et marchant aussi silencieusement que possible, Bilbon se demandait où tout cela allait le mener. Plus il avançait, plus les lieux se peuplaient.

- Je ne pourrais pas passer inaperçu pendant très longtemps, pensa anxieusement le hobbit.

Il vit le feu follet se glisser dans l'ouverture d'une porte entrouverte. Un brouhaha de voix retentissait derrière le battant. Bilbon jeta un coup d'œil circonspect dans la pièce. Elle était pleine d'orcs. Inutile de se leurrer, il ne pouvait pas passer sans être vu. Quoique. Tout à coup, tous les occupants des lieux se levèrent et se mirent à courir en tous sens : le feu follet tournoyait au milieu d'eux, se posait sur un nez, sur une tête, paraissait narguer celui-ci avant de se jeter sur celui-là... Les orcs juraient, grognaient et s'efforçaient de l'attraper ou de le frapper de leurs armes (deux d'entre eux y parvinrent, sans le moindre résultat. Frappé par une lame, la flammèche faisait entendre un étrange grésillement aigu, se séparait en deux, puis se reformait, parfaitement identique à ce qu'elle était auparavant, pour reprendre sa course bondissante). Un orc reçut en pleine face le poing de l'un de ses comparses : ce dernier avait tenté d'atteindre le feu follet, qui s'était esquivé à la dernière seconde. L'orc touché recula en beuglant, porta ses deux mains à son nez dont giclait le sang, puis se jeta en rugissant sur celui qui l'avait frappé. Parmi leurs compagnons, plusieurs prirent aussitôt parti pour l'un ou l'autre des combattants, quitte à en venir eux-mêmes aux mains lorsqu'ils n'étaient pas d'accord et, en quelques secondes, le chaos fut total.

Bilbon déglutit, prit son courage à deux mains et se faufila dans la pièce. Il avait vu la porte en face de lui, de l'autre côté. A quatre pattes, sa petite taille aidant, s'aplatissant au sol ou se cachant derrière ou sous un meuble tandis que son « ami » continuait à distraire l'attention des orcs chaque fois que l'un d'eux risquait de l'apercevoir, encore une fois effaré par sa propre audace, il entreprit de traverser la salle. Soudain, en dépit de ses précautions l'un des orcs s'avisa de sa présence et, poussant un beuglement l'alerte, se rua sur lui. Le feu follet surgit comme de nulle part et s'écrasa en crépitant sur sa face.

- Aaaaaah ! hurla l'orc.

La luciole était parti depuis longtemps, continuant à attirer l'attention de ses compagnons, qu'il était encore en train de se frotter les yeux en grognant et gémissant tour à tour.

Dès que le hobbit eut gagné la sortie et se fut éclipsé, le feu follet fit mine de disparaître par la cheminée. Haletants, quelques-uns des orcs cessèrent de se battre et se regardèrent les uns les autres, ennuyés et même un peu inquiets :

- Mais qu'est-ce que c'était ?

- On aurait dit une flamme mais ça ne brûlait pas quand elle m'a touché.

- Mes yeux ! Mes yeux ! gémissait toujours celui avait reçu la mystérieuse entité en plein visage et qui larmoyait tant et plus, les rétines encore fortement éblouies.

- Tu as déjà vu une flamme se déplacer comme ça dans l'air, toute seule ? jeta l'un de ses comparses à celui qui avait parlé avant lui. Pauvre idiot !

- Gros idiot toi-même !

Le ton était lancé. Les insultes fusèrent et la bagarre redevint générale. Pendant ce temps-là, Bilbon avait retrouvé son guide et poursuivait son chemin à l'intérieur du bastion.

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Eh oui, les secours sont proches, tout proches. Mais pour Fili, c'est en seconde que ça se compte à présent. La question est donc : l'aide lui parviendra-t-elle à temps ? Servira-t-elle à quelque chose ? Tout ça, vous le saurez dans les deux prochains chapitres (qui ne constituent pas encore la fin de l'histoire pour autant, chaque chose en son temps).

Oh et pendant que j'y pense : je vous souhaite à tous de très, très bonnes fêtes de fin d'année.