Dans les années qui suivirent

Les nains ne tardèrent pas à savoir qu'Azog était toujours en vie et plus enragé, plus acharné que jamais à causer leur perte qu'il ne l'avait jamais été jusque là. La guerre embrasa les Montagnes Bleues et perdura pendant plusieurs décennies. Nombre de guerriers des deux peuples périrent au combat. Ni les nains ni les orcs ne faisaient preuve de la moindre pitié, ils avaient la haine au cœur et ne songeaient plus qu'à exterminer l'ennemi par tous les moyens. De cruels épisodes endeuillèrent régulièrement les deux camps.

Bilbon Sacquet fut bel et bien appelé à revenir dans les montagnes et à revoir les nains. Il joua tant auprès d'eux qu'auprès des elfes un rôle de médiateur qui ne fut pas sans conséquence sur l'avenir.

A vrai dire ce fut en grande partie grâce à lui que l'alliance à laquelle Gandalf et Cáolan avaient songé finit par voir le jour, mais pas moins de dix ans après qu'ils l'aient évoquée pour la première fois. Encore ne fut-elle jamais bien solide, car elfes et nains ne sont définitivement pas faits pour collaborer.

Bilbon vécut encore diverses aventures loin de la Comté et, un jour, il lui fut donné de trouver l'Anneau. Mais ceci est une toute autre histoire.

Fili, surnommé "Gauche-main", se maria et vécut jusqu'à l'âge de 213 ans. Il eut la chance d'épouser une naine qui comprenait ses sentiments et l'aida toujours de son mieux à supporter son fardeau. Les cheveux blonds de Fili avaient déjà commencé à se couvrir d'argent lorsqu'il eut enfin l'opportunité de tuer Azog. S'ensuivit une période difficile, durant laquelle les orcs se battirent à la fois entre eux, pour désigner un nouveau chef, et contre les nains, pressentant peut-être que sans une victoire définitive et surtout très rapide, leur cause était perdue. Fili fit de son mieux pour préserver les siens et leur territoire, comme il l'avait toujours fait jusque là.

Lorsque son heure fut venue il s'éteignit entre les bras de son épouse avec l'espoir de retrouver ses proches, tous ceux qu'il avait perdu au fil des années : son frère, sa mère décédée des années plus tôt, ses amis, son oncle tombé dans une embuscade dont il s'était tiré in extremis mais si grièvement blessé qu'il n'avait pas tardé à succomber… Il laissa à son peuple le souvenir d'un roi sage et bienveillant. Après lui sa fille Fradya prit la tête des nains, qu'elle dirigea d'une main de fer. Véritable walkyrie, elle fut la première naine à prendre les armes et à combattre à la tête de ses armées. Ce ne fut pas cela que l'on retint d'elle, toutefois : non, ce fut plutôt l'énergie et l'ingéniosité qu'elle déploya pour relever son peuple, très affaibli et très appauvri après plus d'un siècle de guerre. Elle réussit au-delà de ses propres espérances. Ainsi fut-elle appelée "Fradya la Grande" et la fin de son règne s'acheva dans l'opulence et la sécurité retrouvée.

Son fils lui succéda. Il portait le nom de Kili "le bien-nommé" car, disait sa mère, "si mon père avait eu un fils, il lui aurait donné le nom de son frère bien-aimé. Je suis fière de leur rendre à tous deux cet hommage : j'aurais tant aimé connaître mon oncle, tel que mon père me l'a toujours décrit. J'ai toujours été persuadée que nous nous serions merveilleusement bien entendus".

Les nains ajoutent -mais sans doute n'est-ce qu'une légende- que ce fut Fradya qui par son œuvre, œuvre de paix et de construction et non de guerre et de destruction, apporta la paix aux mânes de tous ceux qui étaient tombés dans ce cruel combat. C'est pourquoi elle est l'une des plus grandes héroïnes de la nation naine.