Chapitre Trois { Un bourreau qu'on aime tant.

La volonté était une chose de particulière. Faire les choses jusqu'au bout même quand ça coinçait était compliquée. Le coach n'était pas un de ces cas qui abandonne facilement. Nous étions pourtant motivées. Nous avions usé de tous les mauvais procédés possibles pour le faire déguerpir. Les blagues de mauvais goût nous avaient valu des heures de courses à s'en raidir les jambes tout comme les prises de position. Je pense avoir pris office d'avertissement en ma propre personne. Et puis, j'ai fini par oublier que je le détestais. En fait, je le trouvais simplement antipathique. Mais que faire à part faire ce qu'il disait. Nous étions la veille de notre départ pour L.A. où nous devions jouer notre premier match avec lui contre UCLA. On était flippée. Ce n'était pas une habitude chez nous. En réalité, nous n'avions fait que des exercices combinés qui ne faisaient que répéter des phases type de jeu. L'attaque au centre qui tournait invariablement vers le fond droit ou bien, le service déviait toujours sur le coin gauche du terrain. Mais ce qui nous avaient mis la pression était son fameux six de base. Il avait changé tout le monde de position. Entre moi qui devenait une passeuse alors que j'avais toujours été une centrale aguerrie ou Nora qui prenait la tête des attaquantes ailières après une vie passée à jouer les liberos. Bon sang, on avait toutes l'impression d'être dans le pétrin. Le coach/King Cullen nous réexpliquait pour la millième fois sa décision de nous changer d'axe. Sarah n'avait jamais semblé aussi pâle. Alice fixait le tableau d'un œil sombre. Elle détestait l'attaque. C'était inscrit dans ses gènes. Pour elle, la réception était l'objet de toute sa convoitise. Nous en étions donc arrivées là. C'en était devenue par moment ingérable. Les filles tournaient en rond, je pouvais le sentir. On devait faire ce qu'il nous disait. Seulement, personne n'en avait envie. Alors, je me retrouvais encore au même point que le premier jour. A savoir quoi dire ou quoi faire quand les filles souhaitaient la révolution et que moi, eh bien, j'étais entre les deux. Si je réagissais encore, je savais que ce serait ma perte. Si je disais à Cullen ses quatre vérités, il allait me sortir pour de bon. Mais, aussi, je ne savais pas si ce que voulaient absolument les filles était juste.

-Des questions ?

Je relevais la tête pour croiser le regard de l'entraineur. Il semblait avoir fini ses explications. Nora souleva la main en fronçant les sourcils.

-Coach, je crois que ce n'est pas du tout du tout une bonne idée.

-De quoi ? D'oser penser que vous n'êtes pas à votre place, mademoiselle Rhodes ?

Elle se renfrogna en croisant les bras.

-Tout à fait.

Il était loin le temps où les filles étaient agréables à vivre. Cullen a soupiré puis s'assis en tournant son feutre entre les doigts avec cette mine sérieuse qui ne laissait trancher rien qu'il ne veuille. Il a longuement gardé ce silence qui n'augurait rien de bon si ce n'est la fin des haricots.

-Mademoiselle Rhodes, je comprends que vous soyez aussi perturbée par ces changements, tout comme le reste de vos comparses. Mais voilà, je voudrais vous demander de réfléchir une seconde. Qui a dit que vous étiez faite pour jouer à la passe ou bien comme attaquante ou libero ?

Les filles ont gigoté. A priori, ça leur demandait beaucoup de réflexions.

-Madame Jones au collège. Elle m'a dit que je devais jouer à la défense.

Il a regardé Nora en silence. Puis, il a hoché la tête avec un sourire en coin.

-Donc ça remonte. Je crois que vous avez toujours pensé que c'était normal et du coup, vous n'avez jamais pensé à jouer à un autre poste. Ce que je vous demande, c'est d'être ouverte d'esprit. De plus, ça vaut ce que ça vaut, mais je suis convaincue que vous toutes, vous serez bien mieux là où je vous ai placé.

-Mais c'est dingue…

-Pourquoi, mademoiselle Weber ?

-Parce que moi comme Isabella, nous n'avons pas de formation de passeuse. Je veux dire, on ne peut pas rattraper tout ça, c'est impossible.

-Pourtant, je vous ai observé toutes les deux et vous avez assuré tous les entrainements jusqu'ici. Alors dites-moi ce qui vous arrêtes à par vous-même ?

J'ai baissé les yeux quand il s'est tourné vers moi. Je savais qu'il avait raison. J'ai soupiré.

-Au point où nous en sommes, je pense qu'on peut au moins tenter le coup.

J'ai osé regarder mon équipe qui était un peu surprise de ce retournement de situation. Puis petit à petit, elles ont commencé à opiné bien malgré elles.

-Bien, je crois qu'il vaudrait mieux en finir maintenant. Nous avons de la route à faire dès demain. Je vous conseille de rentrer vous coucher sans passer par la case soirée étudiante, on est d'accord ?

J'ai été la plus lente à bouger. Le coach m'arrêta de nouveau dans mon élan.

-Isabella, je ne vais pas t'applaudir pour avoir été juste mais je peux au moins te dire que je suis assez content que tu acceptes de me laisser une chance.

J'eu un sourire. On pouvait dire ça comme ça, en effet.

-Je crois qu'il n'est jamais trop tard pour évoluer. Juste un peu, hein.

Il a souri franchement. Genre pour la première fois depuis que je le connaissais. Autant dire que ça tenait de l'évènement. Je me suis retournée et je m'apprêtais à partir.

-Bonne nuit, Isabella.

J'ai tourné la tête et avec un petit sourire.

-Bonne nuit, coach.

En me dirigeant vers la sortie, je suis tombée sur le doyen de l'université. Je me suis figée parce que ce n'était pas du tout dans ses habitudes de venir ici. Il m'a salué et s'est dirigé vers le coach. Le doyen était un vieux sans prétention qui vivait son existence sans chercher quoique ce soit. On avait juste l'impression qu'il attendait sa retraite avec impatience. C'était aussi pour ça qu'on ne le voyait jamais. Mais ce jour-là, c'était intéressant de le voir apparaître. Alors j'ai regardé Rosalie. Elle m'attendait sur le pas de la porte.

-Tu as vu ?

-On dirait qu'il est sorti de sa grotte. On espionne ?

J'ai ri.

-Bien sûr. Allez, on va se planquer derrière le gradin.

Discrètement, on s'est faufilé derrière les gradins. On pouvait parfaitement entendre ce qu'il se disait.

-J'espère que ça se présente bien pour samedi.

-J'ai entièrement confiance en elles.

J'étais franchement étonnée mais bon, passons.

-Elles sont prêtes selon vous ?

-Pas à cent pourcent mais je sais que ce sera suffisant pour gagner ce match.

-Stanford n'a plus gagner le championnat universitaire de volleyball depuis dix ans. Mr Andrews semble avoir perdu de sa motivation au cours des dernières années. Savez-vous la raison de son absence ?

-Oui, en effet.

Il était clair que le doyen était curieux.

-Mais je n'en dirais rien. J'ai trop de respect pour le coach Andrews. Tout ce que vous avez besoin de savoir est qu'il a beaucoup de confiance pour cette équipe.

-Je le sais que trop bien. C'est aussi pour ça qu'il tenait à ce que vous occupiez le poste.

-Je sais très bien que vous ne m'appréciez pas beaucoup, Mr le doyen.

-Détrompez-vous, Edward. Je suis juste surpris. Vous êtes si jeune. Vous avez à peine terminé votre cursus à l'école.

-Je n'ai peut-être pas beaucoup d'expérience mais en tout cas, je suis plus motivé que la plupart des gens que vous aviez rencontré dans mon dos.

Malaise…

-Je vois que vous êtes au courant de tout.

-En effet.

-Edward, quoi qu'il en soit, ne nous disputons pas. Je vous propose de me prouver que j'ai tort de ne pas vous octroyer ma confiance. Qu'en dites-vous ? Si vous gagnez le championnat, je pourrais vous donner ce poste que vous briguez depuis longtemps.

-Et si je ne gagne pas le championnat avec les filles ?

Je voyais bien le rictus apparaître entre les sourcils du coach à la vue du petit sourire du doyen.

-Vous serez congédié sans cérémonie. Mais comme je vous le dit, si vous parvenez à cet exploit, vous serez l'entraineur de l'équipe masculine. Etant donné que le coach Ferland prend sa retraite à la fin de la saison.

-Je peux y réfléchir ?

Le doyen avait l'air surpris mais tendit sa main.

-Très bien, je veux votre réponse avant la fin du mois. En tout cas, je vous souhaite un bon match.

Le coach hocha la tête et le doyen partit sans attendre son reste. Je tournais la tête vers Rosalie qui avait suivi cette conversation sans être sûre de comprendre la tournure.

-Est-ce que tu as pigé la même chose que moi ?

-A savoir qu'on est des pigeons ?

Je hochais la tête. Au fond, le volcan se réveillait. Je n'allais pas aller jusqu'à dire que je m'y attendais mais en tout cas, j'étais certaine que j'allais le détester. Mieux, le haïr.