Chapitre Douze { La fuite du cœur en pleine expansion.

Parfois, j'avais l'impression de détester le monde entier. Le pire jour de ma vie était le jour où ma mère m'a annoncé que mon père était parti. Sans un mot. Je me souviens n'avoir pas compris le sens que ça avait. Il était parti mais il allait revenir ? J'étais jeune et naïve. Finalement, le temps a fait son effet et j'ai vu que non, ce père était en réalité un fantôme. Alors, je me suis promis de ne plus laisser qui que ce soit me faire du mal parce que plus personne n'aurait l'occasion de m'abandonner encore une fois. Je m'étais un peu trompée. Il y a d'abord eu ma mère. Elle s'en est aller une nuit après un long combat. Et j'étais de nouveau seule. Ma tante Annie a été là pour moi. Usant de sa bonté pour rendre la vie moins dégueulasse. J'ai tenu bon jusqu'à Edward. Lui c'était l'exception à la règle. Mais dans son cas, il n'était qu'une victime sur ma route. C'était moi qui avait pris le rôle de mon père et qui l'avait livré à son sort comme s'il n'était rien de plus qu'un déchet. J'en éprouvais beaucoup de honte. J'étais à un point où je ne savais plus quoi faire. Je ne savais plus ce que je voulais.

- S'il faut que j'abandonne l'équipe pour toi. Je n'hésiterai pas, Isabella.

Je crois que j'avais mal entendu. Je regardais Edward comme s'il avait complètement perdu la tête. J'avais peut-être raison ? Il était fou.

-Si tu fais ça, je te détesterai.

J'avais l'impression d'enfin reprendre possession de moi. De ma tête. Je me calmais doucement. Je voyais tout un peu mieux. Je l'aimais plus que je ne voulais pas l'admettre, j'aimais cette équipe plus que tout.

-On va faire ce qu'on a dit. On va s'oublier tous les deux. Même si ça fait mal. Je suis désolée de tout ce que tu dois endurer.

J'ai marqué une pause pendant laquelle il s'est assis et s'est penché sur ses genoux. Il devait comprendre.

-Edward, j'aime vraiment cette équipe. Et elle, elle t'apprécie vraiment. Grâce à toi, on a des résultats qu'on aurait jamais rêvé obtenir auparavant. Quitter ce groupe alors que tu as enfin l'approbation de tout le monde, ce serait vraiment du gâchis.

Il a glissé un regard vers moi fendu de larmes. C'était possible tout ça ?

-Je vais cesser de me comporter comme je le fais. Je vais me ressaisir.

Il a hoché la tête difficilement.

-Nous deux, je voudrais que ça reste quand même un beau souvenir.

Il n'y avait rien de beau pourtant. Il m'a regardé en silence parce qu'il n'y avait rien de plus à ajouter. Il y avait, semble-t-il, une lassitude qui prenait beaucoup d'altitude entre nous deux. J'ai voulu le regardé une dernière fois comme j'avais l'habitude de le faire quand personne n'était là pour nous voir. Il était vraiment beau, vraiment gentil. Trop gentil pour quelqu'un d'impitoyable. J'avais envie de lui souhaiter tout l'amour du monde mais je ne pouvais pas alors, j'ai déposé un baiser sur sa joue et je suis partie. Cette rupture sonnait faux comme la pire idiotie du monde entier. J'avais trop honte pour pleurer encore. Du coup, j'ai décidé de mon plonger dans ce que je savais faire de mieux. Mes études et le volleyball.

Les premiers jours m'ont semblé difficile. J'arrivais à oublier quand j'étais en cours. Reprenant du poil de la bête. Je devais regarder Alice qui m'ignorait depuis quelque semaine. Je ne savais pas ce qui était judicieux. Lui parler, essayer de voir le temps faire son effet ou simplement, me faire oublier. J'ai décidé de m'excuser après notre cours en commun. Je me suis tournée vers elle au moment de sortir de la salle mais aussitôt qu'elle a remarqué ma présence, elle a détourné les yeux sèchement. AU lieu de la laisser fuir, j'ai attrapé son bras.

-Alice, je suis terriblement désolée. Je me suis mal comportée avec toi et les filles.

-Ah oui ? T'es sûre de toi ?

J'ai haussé les sourcils. Je n'étais pas surprise par son agressivité mais bien parce qu'elle semblait parler d'autre chose. J'en étais certaine. Mais comme je ne voulais plus prendre de risque inconsidéré, j'ai persisté.

-Il se passe parfois tant de chose dans ma tête qu'il m'arrive de péter un câble. Et le plus souvent, je me défends en insultant les gens, principalement ceux que j'aime le plus. C'est juste une peur infondée. Ça arrive quand je ne contrôle plus rien.

Elle m'a dévisagé un moment, sans doute pour déterminer si j'étais sincère ou juste loin de la vérité. Mais, elle a semblé se radoucir. Elle a levé les yeux au ciel avant de sourire autant qu'elle put.

-Ecoutes, je ne t'en veux pas vraiment. Je te connais très bien et je sais qu'il t'arrive de te sentir ainsi. Je dois bien admettre que je t'ai poussé à boue mais, il faut me comprendre, Isa'. J'ai l'impression que tu ne me dis pas tout et je trouve ça frustrant lorsque mon amie me cache quelque chose.

J'avais l'impression qu'Alice attendait que je lui dise la vérité pour me pardonner. Bien qu'elle fût prête à le faire. J'ai baissé les yeux. Je ne me sentais pas apte à autant d'honnêteté. Je savais que j'allais la perdre si je lui disais tout. Je l'avais dit à Rosalie sans avoir vraiment le choix parce que Rosalie était capable de tout deviner quand il s'agissait de moi. Mais Alice, elle n'était pas ainsi. Elle n'était pas bête et elle pouvait savoir quand on lui cachait quelque chose sans pouvoir me tirer les vers du nez. A ma grande surprise, elle a pris ma main et m'a fait un sourire de chaleur. Ceux qui veulent dire « je suis ton amie ».

-Tu n'es pas forcé de me le dire maintenant, mais je voudrais que tu me promettes de me le dire un jour, quand tu auras trouvé le courage…

Je n'en croyais pas mes oreilles. Elle était si pleine de bonté ? Et je ne m'en étais jamais rendu compte. Je l'ai prise dans mes bras et je lui ai murmuré un merci. Je ne pouvais pas mieux exprimé ma reconnaissance. Mais tout au fond de mon ventre, j'avais la nausée. Je savais qu'elle ne serait plus aussi gentille le jour où elle apprendrait que j'avais entretenue des relations totalement déplacées avec son coach, notre coach. Après nous avons rejoint les filles dans la cafétéria bondée. J'ai passé dix minutes à m'expliquer. A m'excuser pour mon comportement.

-On a été aussi très chiante, capitaine. C'est normal que t'ai pété une durite là-haut.

Tout le monde a ris. Sauf moi parce que bien sûr, elle ignorait le vrai. Rosalie m'a glissé un regard compatissant et a bougé son sac près d'elle pour m'inviter à m'assoir près d'elle. Quand je me suis assise, elle a passé une main dans mon dos aussi discrètement que possible.

-Ça ira, tu verras.

Si seulement elle avait raison. J'ai tenté de rester calme et positive. J'avais fait ce qu'il fallait, du moins pour le moment. Qui avait dit que tout était toujours simple ? Pas moi, ça c'était certain.