–… Bah merde alors.
Ce furent les premiers mots qui sortirent de la bouche de Matt lorsque Peter acheva son récit, lui expliquant dans les grandes lignes comment il en était arrivé là : son passé parmi les Avengers, ses missions, Mysterio, le sortilège de Strange ayant mal tourné, les failles générées dans le multivers, May, sa rencontre avec les deux autres Peter et enfin, sa disparition totale des mémoires des gens. Matt l'avait attentivement écouté sans l'interrompre, complètement absorbé par son histoire. Le plus jeune lui avait tout déballé et ça l'avait soulagé d'un poids colossal. Il en avait pus qu'assez de devoir porter ce fardeau sans avoir quiconque à qui se confier, et c'était désormais chose faite. Il n'était pas encore à cent pourcents certain d'avoir pris la bonne décision en dévoilant ainsi son passé à son ami, mais il ne le regrettait pas. Il avait fallu que ça sorte, qu'il extériorise ce qu'il avait sur le cœur, sur la conscience.
–Quand même, reprit le plus âgé des deux, quel connard, ce Mysterio.
–Je sais ! s'exclama Peter avant de baisser d'un ton, puisqu'ils se trouvaient dans la cafétéria et qu'il y avait du monde. Je sais, répéta-t-il, t'imagines pas les ennuis que j'ai eu après !
–Ah bah je crois en avoir une idée plutôt précise, d'après ce que tu m'as raconté, commenta Matt en s'enfonçant dans son siège, bras croisés et sourcils froncés. Mais tu n'as pas pensé à aller retrouver les Avengers, ou du moins ce qu'il en reste, juste après que le sort ait été jeté ? Tu sais, pour aller leur raconter comme tu viens de le faire avec moi ? Ils auraient pu comprendre et n'auraient pas forcément trouvé ça si étrange de ne pas se rappeler de toi.
–Bien sûr que j'y ai pensé, mais je me voyais mal me pointer au QG pour leur dire : « Salut, alors en fait, on est collègues, mais vous m'avez oublié. Oui, j'ai seulement dix-huit ans et non, je ne délire pas. ». J'en sais rien, Matt, peut-être qu'ils m'auraient cru mais je n'étais pas trop en état d'aller les retrouver, soupira Peter. Mais après ce qu'il s'est passé hier, à tous les coups, ce sont eux qui vont débarquer et demander pourquoi Spider-Man n'a pas réussi à stopper ces… Ces… Je ne sais pas, capitula-t-il. Je ne sais pas ce qu'ils étaient, je n'avais jamais croisé des gens comme eux.
–Est-ce qu'ils t'ont parlé ? l'interrogea son acolyte.
–Vite fait, affirma-t-il en se passant la main sur le front et chipotant ses restes de pancakes à l'aide de sa fourchette. Y'en a un qui a dit mon nom. Mais c'est juste… Impossible, puisque tout le monde doit normalement m'avoir oublié ! Je ne sais pas s'ils étaient juste dérangés ou s'ils avaient un véritable objectif, mais ils ont réussi à me faire encore plus peur que Thanos, avoua-t-il.
–Ils t'ont dit ce qu'ils voulaient ?
–Oui, ils cherchaient quelqu'un, lui apprit-il en plantant sa fourchette dans un morceau de pancake, qu'il ne mangea finalement pas et il reposa ses couverts. Un chevalier blanc, soi-disant. C'était super bizarre, déclara Peter, toujours aussi perturbé par cette rencontre. Je veux dire, je m'y connais quand même un peu dans le domaine des… dit-il avant de parler beaucoup plus doucement dès que quelqu'un passait à proximité de leur table. Des super-héros, et je n'avais jamais entendu parler d'un chevalier blanc avant. Enfin, ça se saurait, si ça existait, non ? Bon, ça, à la limite, ça m'inquiète moins. Je cherche surtout à comprendre comment ils ont su qui j'étais alors que j'ai fait hyper attention.
–Moi, je le savais.
–Toi tu l'as deviné parce qu'on vit ensemble, ce n'est pas pareil, réfuta Peter, fixé sur ses idées. Franchement, j'ai beau chercher, je ne trouve aps la moindre explication logique et rationnelle qui pourrait expliquer ça, à moins que ça ne soit des stalkers qui m'espionnent depuis que je suis arrivé ici, s'inquiéta-t-il. Tu crois qu'ils ont des photos de moi partout chez eux ?
–Je crois que tu balises un peu trop et que tu as tendance à te faire des films, lui répondit calmement Matt en épluchant une orange. Au moins, tu sais déjà que ce n'est pas après toi qu'ils en avaient. C'est une bonne nouvelle, non ?
–Pour moi, peut-être. Mais pas pour ceux qui subiront leurs prochaines attaques, ni pour ce chevalier qu'ils traquent, si jamais il existe.
–Tu t'inquiète pour lui ?
–Un peu quand même. Je n'ai pas envie que ces gars s'en prennent à lui alors que j'ai eu l'occasion de les stopper.
–Navré de te décevoir mais je doute que tout seul, tu puisses faire quoi que ce soit, d'autant plus que c'était la première fois que tu les voyais. Tu n'aurais pas pu les affronter hier soir sans savoir ce dont ils étaient capables, tu n'étais pas préparé, dit Matt en mangeant tranquillement son fruit. J'peux te poser une question ?
–Je t'en prie.
––En fait, j'en ai plusieurs. Premièrement, comment tu les fabriques, tes toiles ?
Cela fit sourire Peter, qui avait découvert, en rencontrant ses variants, que l'un d'entre eux, n'avait pas besoin de tout un laboratoire de chimie pour concevoir ce fluide incroyablement pratique et devenu indispensable pour compléter le personnage.
–C'est tout un processus qui me demande de trouver les composants adéquats et les assembler pour créer un matériau suffisamment résistant pour s'accrocher un peu partout et me permettre de me déplacer via la voie des airs sans problème. Je m'en étais constitué une bonne réserve avant de venir ici, mais je vais finir par en manquer, tôt ou tard.
–Je peux peut-être t'aider ? proposa Matt, et Peter écarquilla les yeux, intrigué mais intéressé. Je sais m'infiltrer dans les labos de chimie du bâtiment sept. 'Me demande pas comment parce que si on te pose des questions, tu dois être capable de dire sans mentir que tu ne sais rien, l'avertit-il d'un ton grave, ce qui les fit rire dans la seconde qui suivit. Nan, en gros, Richards m'a autorisé plusieurs fois pendant l'été à rester là-bas pour terminer quelques travaux pratiques et expériences, d'où le fait que Savannah ne puisse pas me saquer.
–… C'est quoi le lien ?
–J'ai… Potentiellement, précisa-t-il, fait fondre toute une rangée de bureau en me trompant dans mes mélanges… C'est arrivé seulement deux fois, se défendit-il comme il le put. Mais ça a quand même foutu Savannah en rogne et maintenant, il ne veut plus que je reste seul dans ce genre de salle tout seul. Heureusement pour toi, ton super coloc' ici présent sait comment s'y infiltrer en pleine nuit pour concocter d'incroyables mixtures improbables.
–Je pense que tu me fais peur, plaisanta Peter en acceptant le quartier d'orange que lui tendait Matt. Juste un peu.
–Je suis le plus grand sociopathe que tu rencontreras de toute ta vie, Parker, déclara l'autre d'un calme olympien. Méfie-toi, tu ne sais jamais à quoi t'attendre avec les gens… souffla-t-il d'un air qui se voulait inquiétant.
–Je crois tout de même pouvoir te faire confiance.
–Cool ! s'exclama Matt, à nouveau pétillant et souriant.
–Tu avais d'autres questions ?
–Ouep, confirma ce dernier. C'est quoi le truc, avec ces deux-là ? lui demanda-t-il en désignant quelque chose.
Peter tourna la tête et, pour l'énième fois depuis qu'il les apercevait, son cœur loupa un battement. A une vingtaine de mètres de là, assis autour d'une table ronde identique à la leur, Ned et MJ partageaient leur repas en discutant gaiment et riant aux blagues et anecdotes de chacun. Ils avaient l'air heureux. Sans lui. Ils souriaient et profitaient de leurs journées sans lui et cela semblait leur convenir parfaitement. Cela lui fit un pincement au cœur. Une pointe de jalousie montra le bout de son nez et, pendant un instant, cela ne lui plut pas trop qu'ils puissent être aussi heureux alors que lui ne l'était pas totalement sans eux, mais rapidement, ce sentiment disparut. Il ne pouvait pas leur en vouloir de continuer à vivre sans lui puisque, techniquement, ils ne s'étaient jamais rencontrés.
–J'ai remarqué qu'à chaque fois qu'on les croisait, ton regard s'assombrissait, déclara Matt. Je ne crois pas me tromper en affirmant que ce doivent être les fameux Ned et MJ avec qui tu étais à l'école avant ? devina-t-il sans peine, ce à quoi le plus jeune acquiesça silencieusement. Ouais, je vois. Ça crève les yeux qu'ils te manquent. Je suppose qu'eux non plus, tu n'as pas été les voir pour leur expliquer la situation ?
–C'est compliqué.
–La vie est compliquée, rétorqua Matt à la manière d'un moine thibétain.
–Ils ont failli ne pas pouvoir venir étudier ici à cause de moi, juste parce qu'ils me connaissaient, mentionna-t-il, amer. J'ai l'impression de ne leur avoir apporté que des problèmes. Peut-être que c'est mieux comme ça… soupira Peter, qui récolta une tape à l'arrière du crâne de la part de son ami. Hey !
–Pas de ça, Parker, le gronda-t-il. Ce gars-là est ton meilleur pote, ne va pas me faire croire que t'es prêt à tourner la page comme ça, sans même avoir essayé de… De… Je ne sais pas, moi, au moins d'aller lui parler ?
–Pour lui dire quoi exactement ? C'est la même chose que pour les Avengers, je n'ai aucune idée de la façon dont je pourrais aborder un sujet pareil ! T'imagines, du jour au lendemain, voir un parfait inconnu débarquer pour te dire que vous êtes amis depuis des années, que vous avez passé des heures à étudier ensemble et travailler sur des projets scolaires ou persos, comme par exemple construire minutieusement l'Etoile de la Mort, que vous aviez même mis au point un check personnalisé pour se dire bonjour tous les matins et que vous vous en fichiez d'être des laissés pour contre parce que vous étiez là l'un pour l'autre et que le reste n'était pas important ? Qu'au final, être les deux « intrus » de la classe n'était pas si mal, du moment qu'on pouvait trainer ensemble et profiter du lycée à notre manière et laissant couler les insultes et les critiques ? Surtout que lorsqu'MJ a transformé notre duo en trio, ça n'a fait que s'améliorer et qu'on avait l'impression d'avoir enfin de l'importance pour quelqu'un d'autre que simplement l'un et l'autre, qu'elle n'a fait qu'égayer nos journées et me faire sentir invincible, carrément capable de faire tout et n'importe quoi et qu'ils me manquent tellement que j'en dors à peine la nuit ?
–… Ouais, c'est sûr que si tu vas le leur dire comme ça, ils vont légèrement flipper.
–Tu vois…
–Mais ça ne veut pas dire qu'il n'existe pas une meilleure façon de traiter la chose, l'interrompit Matt avant qu'il n'aille plus loin. Si tu essayais d'y aller en douceur, en commençant peut-être par te présenter ? Ensuite, tu pourrais mentionner des points communs et peu à peu intégrer des moments que vous avez vécus ensemble pour tenter de les aider à se souvenir de toi, lui proposa-t-il.
–Ca semble tellement simple quand tu le dis.
–Peut-être que ça l'est, affirma-t-il. Peut-être pas, ajouta-t-il ensuite. J'imagine que tu ne seras fixé que lorsque tu auras tenté le coup. Rien ne t'oblige à te lancer maintenant, précisa-t-il en constant que l'idée d'aller les voir paraissait inquiéter Peter. Mais te tardes quand même pas trop. Quand on tient à quelqu'un, il ne faut pas hésiter à le lui dire.
Une fois encore, Peter sut qu'il faisait allusion à sa sœur, dont il était apparemment très proche. Son regard resta verrouillé sur le duo installé plus loin, duo qui se fit rejoindre par un troisième protagoniste qui eut le don de surprendre Peter.
–… C'est une blague, souffla-t-il.
–Quoi ? lui demanda Matt, toujours aussi avide de potins divers et variés. Quoi, dis-moi !
–Lui aussi, j'le connais.
Matt se mit à regarder dans la même direction que lui, étant jusqu'à présent resté focalisé sur son ami et la tristesse qu'il lisait dans ses yeux. Il vit alors un jeune homme qui devait avoir le même âge que ceux qu'il venait de rejoindre. Il avait le teint halé et ses cheveux noirs étaient tirés vers l'arrière. Il s'installa à la table en souriant et saluant les deux autres, qui eurent chacun une réaction différente sur plusieurs points. Ned lui serra volontiers la main et lui demanda comment il allait après que le nouvel arrivant lui ait lui-même posé la question tandis que MJ se contenta d'un bref « salut » en levant à peine les yeux du livre qu'elle était en train de lire, alors que Ned avait justement délaissé le sien pour accueillir l'autre étudiant.
–C'est Flash, apprit Peter à Matt.
–Le « Flash » du lycée ? Celui qui n'avait apparemment aucun respect pour l'être vivant que tu es ?
–Techniquement, c'est grâce à lui qu'on a pu intégrer le M.I.T., alors j'ai tendance à penser que je lui suis un peu redevable. Je ne m'attendais pas à ce qu'il les rejoigne, mais… En un sens, c'est logique, soupira-t-il. Ils se connaissaient avant de venir, alors ça leur fait au moins un repère dans une ville qu'aucun des trois ne connait vraiment… J'avais oublié qu'il avait été accepté ici aussi… C'est juste que ça fait bizarre de les voir ensemble.
–« Bizarre », en bien ou en mal ?
–… Un peu des deux, je crois. Mais surtout en bien. Parce que ça fait toujours du bien de revoir un visage familier. Aussi dingue que cela puisse paraitre, je crois que lui aussi il m'a manqué. A sa façon, précisa-t-il.
–C'est l'Univers qui t'envoie un message, commenta vaguement Matt.
–Hein ?
–Tu hésitais à te lancer et voilà qu'une troisième personne de ton passé se pointe juste devant nous, détailla-t-il. Tu veux un conseil ? lui proposa-t-il en se penchant vers lui. Va les voir, dis-leur bonjour et engage la conversation sur le premier truc qui te passe par la tête. Ça peut être n'importe quoi, vraiment, le rassura-t-il, et si jamais t'as besoin que j'intervienne avec mon charisme légendaire, j'suis là, je guette.
–Ce n'est pas toi qui m'as dit il y a deux minutes que je n'étais pas obligé d'y aller maintenant ? s'offusqua le plus jeune.
–J'ai changé d'avis, rétorqua Matt en poussant gentiment Peter pour l'inciter à se lever de sa chaise, ce que celui-ci dut se résoudre à faire un peu contre son gré. Plus tu tardes, plus tu auras du mal à te lancer. Aller, motivation, Parker, on y va ! lança-t-il en le poussant dans le dos pour qu'il y aille avant d'avoir eu le temps de protester contre cette idée avec laquelle il n'était pas particulièrement en accord, mais au vu du regard que lui lança son ami, il n'avait pas tellement le choix.
Il fit donc quelques pas, plus stressé d'un matin d'examen, en direction de la table occupée par Ned, MJ et Flash. Il jeta un discret coup d'œil derrière lui pour capter le regard de Matt, qui leva un pouce en l'air afin de l'encourager dans sa démarche légèrement imposée. Il secoua la tête de désarroi et se prit en main. Il fallait impérativement qu'il prenne confiance en lui et ose une bonne fois pour toutes y aller sans réfléchir et se torturer le cerveau pendant des heures. Matt disait vrai, et lui-même s'était déjà fait la réflexion : plus il repousserait l'échéance, plus cela serait dur de trouver les mots. Quoi que, il n'avait absolument aucune idée de ce qu'il allait dire une fois qu'il aurait parcouru les quelques derniers mètres restants. Sa démarche était mécanique et peu assurée mais au moins, il avançait, ce qui était déjà un exploit en soi.
De l'endroit où il se trouvait, il essaya tant bien que mal de trouver un sujet de conversation qui ne le ferait passer ni pour un psychopathe, ni pour un demeuré. Il s'agissait de faire une bonne première impression, c'était le plus important. C'était même essentiel. Il vit alors le titre du livre qui se trouvait posé devant Ned, que ce dernier avait laissé de côté lors de l'arrivée de Flash. Il s'agissait tout bonnement du Seigneur des Anneaux, que lui et Ned avaient déjà lu et sur lequel ils avaient longuement débattu et argumenté par le passé. Tous deux adoraient ce roman fantastique, alors Peter se dit qu'il pourrait peut-être essayer d'amorcer la conversation en citant une réplique importante de l'ouvrage, à laquelle, il espérait, son meilleur ami réagirait. Une fois posté juste devant leur table, il inspira profondément et se lança :
– … « Tout ce qui est or ne brille pas. »
–Tous ceux qui errent ne sont pas perdus, compléta immédiatement Ned en levant la tête vers lui, des étoiles plein les yeux, alternant le regard entre Peter et le livre sur lequel il posa sa main.
Flash et MJ regardèrent à leur tour Peter, mais seul le jeune homme ne détourna pas les yeux. L'étudiante, elle retourna à sa lecture, se désintéressant de la situation, ce qui peina un peu Peter, qui était conscient que cela pourrait prendre du temps avant que les choses redeviennent potentiellement comme avant.
–Mon sixième sens m'indique que nous avons affaire à un autre fan de Tolkien, commenta Flash en examinant Peter de la tête aux pieds.
–J'adore ton t-shirt, reprit alors Ned, alors seulement Peter se rappela qu'il portait un haut où étaient inscrits les mots « Join the Dark Side », tiré de leur saga de science-fiction favorite. T'es en première aussi ? l'interrogea-t-il, désormais curieux.
–Oui, affirma-t-il. J'vous ai vus discuter et… Et j'me suis dit que… Que je pourrais… Venir vous dire bonjour. On a… Plusieurs cours en commun, se justifia-t-il.
–C'est toujours cool de rencontrer quelqu'un qui a de bonnes références littéraires et cinématographiques ! déclara joyeusement son meilleur ami. Je m'appelle Ned, se présenta-t-il en lui tendant la main, qu'il serra comme si c'était la première fois qu'ils se voyaient.
–Peter, dit-il en retour avant de se tourner vers le troisième jeune homme, à qui il serra également maladroitement la main.
–Moi, c'est Flash, ça roule ? lui dit naturellement celui-ci sans utiliser le ton moqueur auquel Peter avait longuement été habitué pendant ses années de collège et lycée.
Enfin, il pivota vers la dernière personne du petit groupe qui, enfin, releva les yeux vers lui. Il ne retrouva pas l'étincelle qui brillait autrefois dans son regard mais au moins, ils étaient face à face et avaient l'occasion de se parler.
–On… S'est croisés, commenta Peter. Une fois, au café où tu travailles… Dans le Queens, précisa-t-il, un peu mal à l'aise.
–'Me rappelle pas, répondit-elle en retournant à sa lecture.
–Excuse MJ, elle est un peu trop antipathique avec les gens qu'elle ne connait pas, commenta Flash en employant enfin ce ton caractéristique qu'il n'utilisait qu'avec lui auparavant.
–Pas qu'avec eux, marmonna-t-elle d'un air plein de sous-entendus.
–Tu viens du Queens, alors ? répéta Ned, ayant enregistré l'information. Nous aussi ! On s'y est peut-être croisés sans s'en rendre compte, dit-il avec tant d'enthousiasme que la peine de Peter s'envola pendant une seconde.
–Hey une seconde, s'exclama Flash en tapant la table du plat de la main. J't'ai déjà vu, toi ! affirma-t-il, et Peter eut un instant l'espoir vain que ce dernier se rappelle soudainement de lui –ce qui, bien entendu, n'était pas le cas–. J't'ai vu trainer avec le gars ultra-sportif qui écrase tous les records depuis le début de l'année ! Tu l'connais ?
–Matt ? devina Peter, ne connaissant quasiment personne en dehors de lui. Ouais, c'est… En fait, c'est mon coloc', lui expliqua-t-il en faisant volte-face pour désigner le concerné, toujours assis à leur table et désormais accompagné d'un duo de filles qui semblaient boire chacune de ses paroles, mais lorsque l'étudiant aux cheveux clairs se rendit compte qu'il était épié, il leur fit un signe de la main pour les saluer. On s'est rencontré le premier soir et on est dans la même branche alors on… On traine pas mal ensemble…
–Cool, commenta sincèrement Flash avec une pointe d'admiration.
–Ca vous dit de manger avec nous de temps en temps ? proposa spontanément Ned.
–Grave ! confirma Flash avec enthousiasme.
–Parce qu'on est obligés d'accueillir toutes les brebis galeuses du campus, maintenant ? ronchonna MJ, toujours plongée dans sa lecture et même si le commentaire n'était pas particulièrement sympathique, il fit sourire Peter, qui reconnut qu'il s'agissait de MJ tout craché. Oui, je faisais aussi référence à toi, poursuivit-elle en jetant un bref coup d'œil en direction de Flash, après quoi elle se focalisa sur Peter. Je plaisante. Venez si vous voulez, déclara-t-elle platement.
–Alors on viendra avec plaisir ! répondit Matt, débarquant de nulle part et faisant sursauter son colocataire, sur l'épaule duquel il appuya son coude. S'cusez moi de me pointer sans prévenir mais il fallait absolument que j'échappe à ces dames, se justifia-t-il en baissant d'un ton. De quoi vous parliez ?
Peter se fit un facepalm mental, bien que la remarque du plus grand l'amuse beaucoup. Il lui était reconnaissant de l'avoir poussé vers ses anciens camarades de classe, avec qui le courant était plutôt bien passé pour un « premier » contact. Bien sûr, il était stressé quant à l'avenir de cette relation qui allait se développer entre eux. Est-ce que les choses allaient être comme avant ou prendraient-elles une tournure totalement différente, maintenant qu'ils n'étaient plus au lycée ? Il n'en savait rien, et ça le terrifiait.
Il ne savait plus s'il devait espérer retrouver sa vie passée ou tenter de modifier certains éléments pour se bâtir un futur –certes incertain– rempli de surprises.
