Mais que bonjour !
Mes excuses pour ce retard, mais hier soir, j'ai présenté ma première plaidoirie, et pour fêter ça, je suis sortie avec des amis héhé ^^'
Et je vous avoue que quand je suis rentrée à 3h, j'avais la flemme de poster et je rêvais juste de mon lit !
Enfin bref, passons à la suite, ma vie n'intéresse personne !
Manon510 : merci pour ta petite review ! Ce chapitre devrait répondre à tes questions : tu as raison mais pas complètement... (j'aime faire durer le suspens)
ChocolateGirl : ta review était en retard, ce chapitre est en retard ! On est quittes ? Je suis ravie de voir que tu te tortures les méninges, et je crois que ce chapitre répondra mieux que moi à toutes tes questions ! Quand au niveau de l'âge, je fais un petit rappel rapide si ça peut te donner plus d'indices : Olympe a 36 ans, et Mycroft en a 45 !
Sur ce, on se retrouve tout à l'heure ! Bonne lecture !
Olympe ouvrit les yeux, encore déboussolée. Elle se redressa en se massant la nuque, grimaçant à cause de l'inconfort du canapé. Elle jeta un regard autour d'elle, ne se souvenant pas s'être endormie ici, et elle fut surprise de reconnaître la chambre de la personne qu'elle avait croisé par hasard la veille. Elle s'assit sur le bord de son sommier d'infortune, et croisa les yeux bruns de l'autre homme qui la fixait. Elle grommela en rougissant, détestant être dévisagée de la sorte, et il échappa un petit rire moqueur avant de lui faire signe de le rejoindre. Elle soupira, mais obéit néanmoins malgré ses membres encore tremblants de la veille.
Elle avait mal à la tête d'avoir autant pleuré. Il s'allongea tandis qu'elle s'approchait, et elle l'imita, le laissant passer un bras autour de ses épaules. Elle avait peur de cet homme. En tous cas, d'habitude, elle en avait peur. Mais là, il était normal. Il semblait tellement normal. Toute l'aura démoniaque qu'il expulsait habituellement semblait s'être diluée simplement pour la rassurer et la mettre à l'aise. Peut-être était-ce un piège. Ou peut-être pas. Elle s'en moquait. Pour l'instant, elle se sentait bien. Elle se sentait chez elle.
« - Je ne me souviens pas m'être endormie ici. » amorça-t-elle alors qu'ils fixaient tous deux le plafond du lit à baldaquin.
« - Tu t'es endormie pendant le trajet. »
« - Ah. Il est quelle heure ? »
« - Neuf heures. »
« - … Tant pis, mon cabinet sera fermé aujourd'hui. » ricana-t-elle après quelques secondes de réflexion. « Pourquoi m'avez-vous emmenée dans votre chambre ? J'aurais pu dormir dans la mienne. »
« - J'ai pensé qu'avoir de la compagnie te ferait du bien. »
« - Ça me fait du bien. » assura-t-elle aussitôt.
« - Pas trop dur de jouer la comédie tous les jours ? » demanda-t-il en daignant enfin poser un oeil sur elle.
« - Je ne joue pas la comédie. » nia-t-elle sans cesser d'observer le velours rouge. « Je leur cache juste quelques vérités. »
Il sourit, satisfait de cette réponse, et le silence s'installa entre eux comme si la situation était normale. Elle ferma les yeux, alors qu'elle sentait l'autre s'installer plus confortablement sur le matelas, le faisant légèrement grincer, bougeant de droite à gauche. Il finit par se stopper après quelques minutes, sûrement parce qu'il avait trouvé une position enfin confortable. Elle souleva difficilement ses paupières avant de murmurer d'une voix rauque :
« - Est-ce qu'il a essayé de m'appeler ? »
« - Quatre fois. » l'informa-t-il en comprenant qu'elle parlait de l'inspecteur. « Et après ça je pense qu'il a appelé les deux Holmes, parce qu'ils ont essayé de te joindre aussi. »
Elle ne répondit pas, se redressant néanmoins en position assise, mettant ses jambes en tailleur. Elle se tourna vers l'autre homme, et leurs regards se croisèrent aussitôt. Elle détourna les yeux, et échappa un petit soupir. Elle se frotta légèrement le front, puis se leva, enfilant ses chaussures et sa veste. Elle fit un signe de tête à l'autre homme qui se rendormait, et elle quitta la pièce sans rien rajouter. Elle traversa les couloirs de la grande demeure sans hésiter, ayant vécu ici pendant longtemps, et elle arriva finalement à l'entrée. Elle ignora superbement Sebastian qui était dans le salon, qui lui releva simplement un oeil par-dessus son téléphone. Elle ignora la déception qui passa sur son visage.
La porte se referma derrière elle alors qu'elle inspirait profondément l'air pur de la campagne. Elle était loin de la pollution londonienne, elle se sentait si bien… Elle ébouriffa ses cheveux pour leur redonner un peu de volume, puis repartit d'un pas vif en utilisant son téléphone pour appeler un taxi. Quand ce fut fait, elle attendit patiemment, laissant le vent jouer dans ses boucles rousses, alors qu'elle réfléchissait à ce qu'elle pourrait dire à Sherlock, avant de se décider à ne rien dire du tout. Après tout, elle ne lui devait rien. Elle n'avait aucune raison de lui raconter sa vie, et sa peur de l'engagement. Un baiser n'engageait à rien, me direz-vous, mais que voulez-vous… Elle avait tellement peur.
Elle grimpa dans le taxi quand ce dernier arriva, et donna l'adresse de Baker Street. Elle profita du trajet pour se démaquiller, et elle somnola un peu le temps d'arriver à Londres, tout en réfléchissant. Réfléchissant, car bientôt, tout serait fini. Bientôt, ils passeraient à l'action. Après trois heures de trajet, elle paya son taxi, et resta quelques secondes devant la porte. Finalement, alors qu'elle tendait la main après s'être enfin décidée à l'ouvrir, la porte s'ouvrit et une tornade brune se jeta sur elle en la serrant très fort contre elle. Surprise, Olympe resta figée quelques secondes, et finit par se détendre, allant jusqu'à l'entourer elle aussi de ses bras.
Angel se recula, les larmes aux yeux.
« - Olympe ! Mais où t'étais ! Greg nous a appelés, j'étais morte d'inquiétude ! »
« - Tout va bien, maintenant. » murmura la jeune femme avec douceur. « Tout va bien, je suis rentrée. Pardon de vous avoir inquiétés. »
« - Greg est en haut avec Sherlock et John. Mrs Hudson est là aussi, elle avait peur qu'il te soit arrivé quelque chose. »
« - Oh… »
« - Viens, ils t'attendent. » insista la petite brune en voyant qu'elle ne bougeait pas.
Dépitée, la française accepta finalement de suivre l'adolescente jusqu'à l'étage, et s'arrêta avec embarras à la porte, observant les quatre personnes qui s'étaient retournées à son arrivée. La logeuse se précipita évidemment vers sa locataire, prenant doucement ses mains dans les siennes en disant qu'elle était contente de la revoir. Elle lui fit un petit sourire rassurant, et refusa poliment la tasse de thé qu'on lui proposait. John lui souhaita la bienvenue, lui aussi content de savoir qu'elle était de retour. Puis ce fut Greg qui se leva.
Il s'approcha de la jeune femme, passant une main dans sa nuque sans oser la regarder droit dans les yeux. Il resta planté là quelques secondes avant d'entrouvrir la bouche, hésitant sur la démarche à suivre. Il ne savait pas quoi faire. Elle était partie si soudainement la veille ! Il avait peur de l'avoir blessée, de lui avoir fait de la peine… Il releva ses yeux bruns vers elle, et elle rosit légèrement.
« - Je suis rassuré que tu sois là. Je… Est-ce que j'ai fait quelque chose de déplacé, hier soir ? »
« - Non ! Non… Je… C'est… Tu n'y es pour rien. Je suis désolée. » dit-elle en baissant les yeux.
Il tendit la main vers elle, posant délicatement sa main sur son épaule, ignorant tous les autres qui les regardaient. Il se sentait tellement bien avec elle que le reste, il en avait strictement rien à foutre. Ils avaient peut-être dix ans de différence, mais quand on ressentait quelque chose comme ça pour une autre personne, alors les chiffres ne voulaient plus rien dire. Elle releva la tête en lui souriant, et son coeur se défit doucement de l'étreinte qui l'avait étouffé. Il sourit tendrement à la jeune femme, lorsque la voix de Sherlock s'éleva dans son dos.
« - Tu étais avec un homme, cette nuit. » déblatéra-t-il d'une voix égale, sans réaliser qu'il allait lâcher une bombe.
Greg se figea sur place, stoppant tout mouvement, alors que les yeux d'Olympe s'écarquillaient d'horreur. Qu'il ne se doute de rien, pitié, qu'il ne se doute de rien… Le DI recula d'un pas, cessant le contact physique avec la jeune femme, avant de se tourner vers le détective consultant, ne comprenant pas ce qu'il insinuait. John jeta un regard meurtrier à son meilleur ami, alors que Mrs Hudson et Angelina échangeaient un regard inquiet.
« - Qu'est-ce que tu veux dire, Sherlock ? » articula difficilement l'inspecteur.
« - L'élite Scotland Yard est de plus en plus décevante. Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans « tu étais avec un homme cette nuit » ? » demanda celui aux boucles brunes en lui jetant un oeil indolent.
« - … Tu n'es qu'un crétin. » affirma tout à coup Olympe. « Un abruti qui ne comprend rien à rien. Et tu te prétends intelligent ?! »
Tout à coup insulté, le brun se redressa de son fauteuil de tout son long, alors que Gregory, dans la trajectoire de leurs regards, se décalait sur le côté près de John, qui posait une main sur Sherlock, l'incitant au calme. Angelina voulut faire de même pour Olympe, mais cette dernière bouillonnait sur place, les poings serrés et la mâchoire crispée, alors elle stoppa tout mouvement. Elle était complètement ivre de colère. Non mais c'était quoi son problème ?! Il voulait foutre la merde par plaisir ?!
« - T'es tout ce qu'il y a de plus stupide ! Oui, j'étais un homme cette nuit ! Et en quoi ça te regarde ?! En quoi ça t'es utile de dire ça devant tout le monde ?! Waaaah, bravo, t'es intelligent ! » cria-t-elle avec un rictus moqueur. « C'est ça, que tu veux ? Qu'on reconnaisse ton superbe intellect ? Mais personne en a quelque chose à foutre, Sherlock. Personne. Oui, j'étais avec un homme cette nuit. Et puis quoi ? Tu crois que j'ai couché avec ? »
Les regards embarrassés des autres personnes balayèrent le sol, alors que Sherlock continuait à fixer la rouquine droit dans les yeux.
« - Bah nan, on s'est pas envoyés en l'air. C'est con, hein ? C'est con, parce que t'as mal déduit. Tu t'es trompé. Parce que j'étais avec mon oncle, cette nuit. Et non, je me tape pas mon oncle. Alors quand tu sais pas, Sherlock, tu fermes ta gueule. »
Elle fit demi-tour en claquant la porte, disparaissant dans un bruit de tous les diables alors qu'elle dévalait les escaliers. Un long silence s'imposa pendant quelques minutes, lorsque John échappa un petit rire nerveux, qui lui valut un regard assassin de Holmes. Angelina passa une main dans ses cheveux, alors que le petit rire du médecin se transformait en fou rire. Greg fronça les sourcils. Il était encore sous le choc de la colère d'Olympe, mais d'un autre côté, il était soulagé que Sherlock ait fait erreur.
« - John, qu'est-ce qui t'arrives ? » finit par s'agacer ce dernier, tentant tant bien que mal de rester calme.
« - Elle t'a tellement mouché ! Oh putain ! Ça fait du bien que quelqu'un te remette à ta place ! »
Angel pouffa à son tour, alors que Mrs Hudson partait avec un petit rire dans la cuisine pour faire du thé. Greg se laissa retomber sur le canapé en ébouriffant ses cheveux, riant à son tour. Ça faisait du bien, ça laissait la tension qui s'était accumulée dans la pièce s'estomper. La nièce du détective s'assit sur son pouf, et jeta un regard à son oncle en reprenant son sérieux.
« - Dans tous les cas, elle avait raison, Sherlock. Ce qu'elle a fait cette nuit ne nous regarde que si elle se décide à se confier à nous. » accusa-t-elle, le regard lourd de reproches. « Olympe est une personne complexe, mais dans tous les cas, tu n'as aucun droit de raconter la vie des gens ainsi, même si tu le prends comme un défi. Et en ça, elle a complètement raison. »
Vexé, le brun se plongea dans son mutisme en ignorant les critiques qui lui revenaient dans la figure, alors que Greg jetait un regard à son téléphone. Il hésita une fraction de secondes, puis se décida -aujourd'hui était son jour de congé après tout-. Il se releva du canapé, et refusa gentiment la tasse de thé proposée par la logeuse avant de sortir à son tour, non sans embrasser le crâne d'Angel avec tendresse, et seulement après un dernier regard meurtrier à Sherlock. Alors que Mrs Hudson repartait elle aussi chez elle, Angel ébouriffa ses mèches brunes alors qu'enfin, John cessait de rire.
« - Je suis d'accord avec Angel et Olympe. Parfois, Sherlock, tu fourres ton nez où tu ne devrais pas. »
« - … »
« - Sherlock », soupira le médecin, « dis quelque chose. »
« - … »
« - Pour ta défense, au moins. » insista-t-il.
« - Laisse tomber », souffla Angel en levant les yeux au plafond, « il boude avec maturité. »
À cette phrase, ils échangèrent un regard, et repartirent tous deux dans un fou rire. Maintenant complètement piqué au vif, le surdoué se leva et se dirigea vers sa chambre pour s'y enfermer, alors que les deux autres tentaient tant bien que mal de se calmer. Surtout mal, en fait. Ils devaient se tenir les côtes, et des larmes de rire coulaient sur leurs joues. Après de longues minutes, ils réussirent à se calmer, et la filleule de Sherlock échangea un regard avec John.
« - Bon, se moquer était peut-être pas la meilleure façon de lui expliquer. »
« - Ouais, mais bon. Faut qu'il s'enfonce ça dans le crâne. » affirma le blond en croisant ses bras sur sa poitrine. « Il ne peut pas déblatérer la vie des gens à tout va. »
« - C'est vrai. J'espère qu'Olympe va bien… Elle semblait tellement fatiguée… Et le plus bizarre, c'est que ses épaules étaient plus tendues que d'habitude… Comme si elle était stressée… Ça m'inquiète. »
« - Sûrement la fatigue. » supposa John en retour.
« - Tu as sûrement raison… »
Et ils restèrent ainsi, tous les deux, se rappelant de bons souvenirs ensemble, ne repensant plus à la scène précédente, simplement rassurés d'avoir retrouvé leur amie.
« - Olympe ! » haletait Greg.
La détective privée se retourna, surprise. Elle était assise sur un banc, en face de la Tamise, et elle ne s'attendait absolument pas à voir le policier ici. Ce dernier lui sourit timidement, et s'assit à ses côtés sans lui demander son autorisation. Elle répondit à son sourire, et il posa délicatement sa main sur la sienne. Elle ne bougea pas, et il prit cela pour un accord, alors il entrecroisa ses doigts avec les siens. Elle sentit leurs coeurs s'accélérer en même temps.
« - Ne fais pas attention à Sherlock. » finit par dire le DI. « Il est toujours comme ça. »
« - Ce n'est pas une excuse. » cracha-t-elle aussitôt, et le silence s'installa rapidement.
Ils avaient tous deux figé leurs regards sur le fleuve, leurs mains toujours liées l'une à l'autre. Elle se sentait tellement bien qu'elle s'autorisa à fermer les yeux pour profiter de l'instant présent. Elle s'était promise de ne plus jamais s'attacher à qui que ce soit, alors pourquoi échouait-elle maintenant ? Pourquoi est-ce qu'elle aimait autant Angel, pourquoi est-ce qu'elle appréciait tant Mrs Hudson et Molly, pourquoi elle avait tant d'affection pour John, et malgré tout pour Sherlock, et pourquoi maintenant commençait-elle à tomber amoureuse de Greg ? Elle qui avait toujours réussi à s'interdire des attaches affectives, pourquoi fallait-il qu'elle n'y arrive plus maintenant ?
… Parce que c'était la bonne personne ? Les bonnes personnes ? Les bons amis, les vrais ? L'amour qui manquait à sa vie ? Elle souffla doucement, laissant ses yeux se rouvrir délicatement, alors que Lestrade tournait le visage vers elle. Elle lui sourit avec douceur, posant sa tête sur son épaule sans lâcher sa main, et l'inspecteur de Scotland Yard retint de justesse un sourire rempli de fierté en apercevant les regards envieux des autres hommes qui passaient dans la rue. Il posa à son tour sa tête contre la sienne, simplement heureux d'être avec elle. Elle rompit le doux silence qui s'était installé, gênée.
« - Tu as cru que j'avais couché avec un autre homme quand Sherlock a parlé, pas vrai ? »
« - Olympe… »
« - Pas vrai ? » répéta-t-elle, les lèvres tremblantes.
« - … Oui. Et ça m'aurait rendu malade. » admit-il d'une voix légèrement rauque.
Elle sentit son visage entier s'empourprer alors qu'il faisait de même. Elle baissa légèrement la tête. Mais quelle réputation avait-elle auprès de ses amis ? Elle ferma les yeux, sa gorge nouée, et elle prit une lourde inspiration tremblotante. Elle étrangla de justesse un sanglot, et se colla un peu plus contre lui, le coeur battant. Elle rouvrit les yeux lorsqu'il se redressa, et qu'il se tourna vers elle, comme si il attendait qu'elle ne dise quelque chose. Le coeur serré, la française détourna les yeux vers la Tamise. C'était douloureux de voir l'espoir dans ses yeux.
« - Pardonne moi, Gregory. Je ne suis pas une femme pour toi. Tu mérites quelqu'un de bien. » chuchota-t-elle avant de se relever.
« - Non ! » cria-t-il en resserrant son emprise sur sa main. « Ne dis pas ça ! Je ne te laisserai pas repartir, pas après avoir dit quelque chose comme ça ! »
« - Lâche moi, Gregory. » demanda-t-elle sans le regarder.
« - Olympe… »
« - Lâche moi. »
Il finit par obéir et la regarda partir, les bras ballants, le coeur serré. Elle marchait sans un regard en arrière, la gorge nouée, retenant difficilement ses larmes. Mais elle était déterminée, et elle continua sa route la tête haute, priant pour qu'il lui pardonne. Et Greg restait là, les poings serrés, n'arrivant pas à comprendre ce qui se passait. Il se laissa retomber sur le banc, la tête dans les mains, la mâchoire crispée pour retenir un hurlement de chagrin.
« - Putain Maurice ! Rend moi mon téléphone ! »
Le batteur courait dans la pièce, mort de rire, tenant le téléphone d'Angel hors de sa portée. Cette dernière le poursuivait en criant, sous les regards amusés des trois autres qui regardaient faire les deux bruns du groupe. Alors qu'il montait sur le canapé, Maurice déverrouilla le téléphone de son amie -bien sûr qu'il connaissait le code, il avait regardé par-dessus son épaule-, et prit le parti de fouiller dans ses photos. Il se stoppa tout à coup, et la nièce du détective en profita pour le faire tomber et récupérer son téléphone.
« - Mais t'es vraiment un gamin ! » se plaignit-elle en regardant ce qui l'avait stoppé dans son ânerie. « Qu'est-ce que tu foutais dans mes photos ? »
« - Je regardais, c'est tout. » geignit-il en se massant l'arrière de la tête. « C'est qui la rousse avec toi sur la photo ? »
« - Oh ! C'est Olympe. Pourquoi ? »
« - Elle est française, non ? Elle s'appellerait pas Olympe Deschamps, par hasard ? »
« - Comment tu sais ça ? » s'écria-t-elle avec surprise alors qu'Arthur et les deux autres musiciens s'approchaient, soudainement intéressés par la conversation.
« - Bah… C'était une détective très connue à Paris. » expliqua le brun en haussant les épaules. « Elle a résolu bon nombre d'affaires en France, et elle était très appréciée. Mais elle est aussi connue pour son histoire, c'est vraiment triste ce qui lui est arrivé… »
« - Ah bon ? » demanda Agatha en se penchant vers le garçon pour l'aider à se relever.
Acceptant la poigne de main avec une moue appréciative, Maurice se redressa pour s'assoir dans le canapé, la jolie blonde assise à côté de lui. Toujours sur le sol, Angelina s'était assise en tailleur, attendant la suite de l'histoire, surprise de la célébrité de son amie. Affalé dans un fauteuil, Donald jouait avec une boucle de cheveux alors qu'Arthur s'asseyait sur le rebord du-dit fauteuil, faisant un geste de main pour inciter son ami à continuer.
« - Ouais. » soupira-t-il. « Ses parents et sa petite soeur se sont fait tués dans un incendie criminel, quand elle habitait à Londres. On a jamais retrouvé le coupable, et on raconte que c'est pour ça qu'elle est devenue détective. »
« - Attend », le coupa Angel, « tu as dit sa petite soeur ? »
« - Oui, elle avait une soeur. Victoire, je crois. Elle n'avait que 10 ans quand elle est morte, Olympe en avait 17. Et ses parents s'appelaient… Justin et… Ruby, je crois. »
« - J'ignorais qu'elle avait une soeur… » se murmura la jeune fille aux yeux translucides en se plongeant dans son palais mental.
La regardant faire, les trois autres se penchèrent à nouveau vers le garçon aux cheveux ébènes qui était, à vrai dire, plutôt content d'être au centre de l'attention malgré lui. Laissant leur amie réfléchir, Arthur croisa ses bras sur sa poitrine, désireux d'en savoir plus. Donald posa ses yeux chocolats sur son ami, agacé qu'il ne s'amuse à faire monter le suspens alors qu'Agatha lui donnait finalement un violent coup de coude dans les côtes.
« - Allez, accouche. » ordonna Donald en levant les yeux au ciel. « Arrête de faire ta drama-queen. »
Maurice soupira, mais reprit néanmoins son récit.
« - On raconte aussi que ses parents étaient agents secrets pour la Grande-Bretagne, et même qu'ils travaillaient directement pour le MI-6 ! C'est un truc de fou, hein ? Olympe se serait sortie de justesse de l'incendie, courant dehors alors que la maison était déjà en feu. La presse française en fait toute une affaire, parce que ça va faire vingt ans dans deux semaines, et mes parents entendent tout ça à la télé et à la radio. »
« - Des agents secrets ? » le stoppa Arthur, sa trompette maintenant entre ses doigts, peignant un grand sourire moqueur sur ses lèvres. « Sérieux ? Les français ont beaucoup d'imagination. » se moqua-t-il gentiment.
« - Moi j'y crois ! » le contredit le français de la pièce avec une moue boudeuse. « La mère d'Olympe était anglaise, et son père français. Et quoi de mieux qu'un français, espion pour l'Angleterre, pour détourner les soupçons ? Ça fait du sens, désolé. » protesta-t-il en se détournant.
« - Papa doit savoir. »
Tous se tournèrent vers Angel, qui venait de sortir de son mutisme pour relever ses yeux clairs vers Maurice, qui lui jetait un regard surpris du fait qu'elle ne se moque pas, elle aussi. Elle s'était légèrement redressée, et l'ombre d'un sourire venait de se peindre sur ses lèvres roses. Un grand mystère entourait le passé d'Olympe, et cette dernière était quelqu'un de si discret concernant sa vie qu'il était difficile d'en savoir plus.
« - Et après l'incendie », insista tout à coup la jeune Holmes, « où s'est-elle retrouvée ? Chez de la famille ? »
« - Non, elle n'avait personne. Ses parents étaient tous deux enfant unique, et ses grands-parents étaient tous décédés. »
« - Impossible… » se murmura-t-elle pour elle-même.
Elle leur avait menti, ce matin ? Si elle n'avait pas d'oncle, comment aurait-elle pu voir son oncle ? Et si elle n'avait pas de grands-parents, alors pourquoi avoir dit qu'elle avait vécu chez eux après le décès de ses parents ? De plus, pourquoi leur avoir caché l'existence de sa soeur ? Ses yeux commencèrent à briller de curiosité, et Arthur poussa un bruyant soupir dépité qui les firent tous sursauter.
« - Bon, vu comme c'est parti, je suppose que la répèt est fichue ? »
« - Je suis désolée, Arthur. » s'excusa Angel en se redressant, se penchant pour ramasser son saxophone. « Mais je dois savoir. Olympe nous a caché beaucoup de choses, et je veux savoir pourquoi. Maurice », reprit-elle en se tournant vers ce dernier, « sait-on chez qui elle est allée vivre ? »
« - Non, cette période de sa vie est très obscure… Elle a disparu du monde pendant sept ans avant de réapparaître et de devenir détective privée. »
« - D'accord. Merci, Maurice. Arthur, tu nous tiens au courant pour la prochaine répétition ? »
« - Bien sûr. » la rassura le garçon. « Attend, je te raccompagne. »
Ils marchèrent tous deux d'un pas vif vers la sortie alors que la nièce du célèbre détective enfilait sa veste, prête à chercher un taxi des yeux à la seconde où elle serait sortie. Le garçon aux yeux gris la saisit délicatement par le poignet, et surprise, elle se tourna vers sa main avant de relever les yeux vers lui, rougissant légèrement lorsque leurs yeux se croisèrent. Il se pencha vers elle et l'embrassa délicatement sur la joue.
« - Angel, sois prudente. Je la sens pas, cette affaire. » chuchota-t-il avec douceur.
« - Ça va aller. J'ai l'habitude. »
« - Promet moi que tu feras attention à toi. » insista-t-il néanmoins.
« - Promis. » murmura-t-elle, pas sûre de comprendre.
Il lui sourit timidement une dernière fois, avant de retourner dans la cave. Encore étonnée de ce qu'il venait de se passer, elle resta figée quelques secondes avant de secouer la tête et d'héler un taxi. Elle grimpa à l'arrière et fronça les sourcils, se penchant vers le taxi pour finalement lui donner l'adresse de Gregory. Elle croisa ses bras sur sa poitrine. Si tous savaient que l'incendie ayant tué la famille d'Olympe était criminel, alors c'est qu'il y avait eu enquête. Et si il y avait eu enquête, Greg pourrait trouver quelque chose dans les archives de Scotland Yard.
Elle descendit à l'adresse, paya rapidement et se dépêcha de sonner au nom de son ami. Ce dernier mit quelques secondes à répondre.
« - … Oui ? » grommela-t-il, la voix hésitante et beaucoup trop rauque.
« - Greg, c'est Angel. J'ai des trucs à te dire, je peux monter ? »
« - Viens. » dit-il simplement en raccrochant.
Il ouvrit la porte sans un mot de plus, et inquiète, la jolie brune se dépêcha de monter à son étage. Elle ouvrit sa porte sans sonner, et elle regarda autour d'elle avec étonnement. Greg n'avait jamais été un pro du rangement, mais là, c'était catastrophique. Des tas d'objets étaient fracassés sur le sol, et la table basse était retournée. Plusieurs bouteilles d'alcool, toutes entamées ou finies, jonchaient le sol et les meubles de son appartement. Il était affalé sur une chaise dans la cuisine, un whisky à la main, les yeux fatigués, les traits tirés. Tétanisée, Angel oublia de bouger pendant quelques secondes avant de courir vers l'inspecteur.
« - Greg ! Mon dieu ! Qu'est-ce qu'il s'est passé ?! Mais… » elle inspira l'air. « Tu as tellement bu que je peux le sentir ! Bon sang, Greg ! »
À la fois furieuse et paniquée, elle lui arracha le verre des mains, prenant son visage dans ses mains pour qu'il la regarde. Il avait les yeux rouges, ses vaisseaux sanguins étaient complètement éclatés. Elle se jeta dans ses bras pour le serrer contre elle, et lui, comme dans un état second, plaça mécaniquement ses bras autour de ses petites épaules. Il posa sa tête sur son épaule, et nicha son nez dans son cou. Il était heureux qu'elle soit là. Ça le soulageait un petit peu. Ça apaisait les marteaux qui frappaient avec hargne dans ses tempes. Et ça le rassurait.
« - Greg, qu'est-ce qu'il s'est passé ? » chuchota-t-elle avec bienveillance. « C'est à cause d'Olympe ? »
« - Elle a dit que je méritais quelqu'un de bien… » expliqua-t-il après quelques secondes de silence, avant de resserrer son emprise sur elle. « Mais moi je m'en fous. Je la veux elle… » geignit-il de plus belle.
« - Greg… »
« - Angel, c'est quoi mon problème ? Pourquoi ça peut jamais marcher ? » déplora-t-il.
« - Ne dis pas ça. » protesta-t-elle d'une toute petite voix.
Elle n'avait plus du tout envie de rigoler, là. Ça lui brisait le coeur de voir le DI dans cet état. Mais il fallait qu'elle lui parle, il fallait qu'il l'aide.
« - Greg, je vais t'aider à ranger tout ça, et après ça, il va falloir que tu m'aides, ok ? »
Il hocha la tête comme un enfant à qui l'on donne un ordre, et tous deux, ils redressèrent la table, ramassèrent les objets tombés, jetèrent les bouteilles de verre, puis passèrent l'aspirateur, et enfin, Angel vida ses bouteilles d'alcool dans l'évier malgré ses protestations. Elle l'assit sur le canapé en lui tendant un verre d'eau avec une aspirine, et le fixa boire. Après quelques secondes, il lui rendit le verre qu'elle mit dans l'évier, puis elle s'assit à côté de lui, plongeant ses yeux clairs dans les siens.
« - Greg, j'ai appris de nombreuses choses sur Olympe, et… Non, écoute moi ! » s'écria-t-elle en voyant qu'il s'apprêtait à se lever du canapé. « C'est important, c'est peut-être même grave, alors je veux que tu m'écoutes. »
En grommelant, l'homme aux cheveux argentés se rassit dans la canapé, appuyant sa tête dans sa main.
« - Ta tête est lourde ? » se moqua-t-elle avec un petit rictus, espérant le détendre un peu.
« - La ferme, sale gamine. » répliqua-t-il, le coin de sa lèvre droite trahissant son envie de sourire.
« - Bref, revenons-en à nos moutons. Olympe nous a menti. Elle n'a pas d'oncle. »
« - Donc tu es venue me dire qu'elle s'était bien tapée un homme cette nuit ? » la coupa-t-il avec un petit rire jaune. « Génial, merci Angel, je me sens beaucoup mieux. »
« - Greg, s'il te plaît. J'ai découvert par mon ami Maurice qu'elle n'avait pas d'oncle. Et elle n'avait pas non plus de grands-parents, donc personne ne s'est occupée d'elle à la mort de ses parents, et à ce niveau-là, elle nous a encore menti. De plus, il s'avère qu'elle est très connue en France, mais que dans sa biographie, il y a une période à vide de sept ans juste après l'accident. Elle nous a aussi caché l'existence de sa petite soeur, Victoire, et d'après les rumeurs, ses parents étaient espions pour le MI-6. »
« - … Et ? » demanda-t-il après avoir digéré toutes ces informations.
« - Je ne sais pas pourquoi elle tient tant à nous cacher tout ça, mais ça m'inquiète. Je crois qu'il s'est passé quelque chose pendant ces sept années où elle a disparu de la surface de la terre, et j'ai besoin de savoir quoi. On a besoin de savoir quoi. J'ai besoin des archives de Scotland Yard, qui est intervenue pour découvrir qui a lancé l'incendie. »
« - On a pas trouvé le coupable ? » interrogea-t-il, enfin concentré.
« - Jamais. Ça va bientôt faire 20 ans. »
« - Ça fait vingt ans qu'elle ignore tout du travail de ses parents, et de qui a cherché à tous les tuer ? » s'étonna-t-il.
« - Il faut croire. » renchérit Angel avec embarras.
« - … Demain, je passe te chercher à 8 heures. Sois prête. »
« - Je serai prête. »
Il était 7h55. Elle était assise sur son pouf, le regard décidé, alors que Sherlock l'observait avec curiosité. Olympe était enfermée dans sa chambre, et depuis qu'elle était rentrée, elle n'avait adressé la parole à personne. N'ayant pas envie que son oncle fasse tout rater, Angel avait gardé pour elle ses découvertes, et actuellement, elle attendait le policier, la tête dans les mains, concentrée.
« - C'est rare que tu sois levée si tôt. » releva son oncle. « Tu fais quelque chose de spécial ? »
« - Je vais à Scotland Yard avec Greg. »
« - Pour quoi faire ? »
« - Je vais aux archives. »
« - Pour quoi faire ? » répéta le brun, de plus en plus curieux.
« - Ça, ça me regarde. » rétorqua la jeune fille avec un sourire moqueur.
« - Mais… » voulut-il protester.
Elle entendit la sonnette retentir, et elle siffla Bilbo qui se dirigea joyeusement vers elle, langue sortie. Elle fit un geste de la main à Sherlock qui la regarda filer, sourcils froncés. Il s'enfonça un peu plus dans son fauteuil pour réfléchir, perplexe. Il n'aimait pas du tout quand elle ne lui disait rien, comme ça. Elle cachait actuellement quelque chose, et généralement, quand elle faisait ça, c'était un quelque chose d'important. Il s'assit en tailleur, redressant ses doigts sous son menton en fermant les yeux pour se plonger dans son palais mental.
C'est cet instant que choisit Olympe pour rentrer dans la petite pièce, observant à droite et à gauche pour finalement apercevoir le brun plongé dans ses pensées. Satisfaite par ce fait, elle se dirigea vers la cuisine pour se faire un café, se massant doucement l'arête du nez. Elle n'avait cessé de penser à Greg et aux mots de son « oncle ». Elle devait se préparer. Mais pour ça, elle avait besoin d'en savoir plus. Elle se redressa, bien décidée à chercher dans les archives de Scotland Yard pour retrouver ce qu'il fallait savoir sur cette voix qu'elle avait haï et maudit toute son enfance. Et dont elle connaissait à présent le propriétaire.
Elle prit sa tasse entre ses mains, se réchauffant ainsi doucement. Elle but doucement sa boisson chaude, observant Sherlock du coin de l'oeil. Il était presque plus agréable quand il la mettait en veilleuse. Elle finit le liquide de caféine, et lava tranquillement sa tasse, avant de s'habiller. Elle ne savait toujours pas comment elle allait faire pour accéder aux archives de la police, mais en plaidant qu'elle était sur une enquête en tant que détective, peut-être pourrait-elle se débrouiller.
La porte claqua derrière elle, et elle ne vit pas Sherlock entrouvrir un oeil curieux.
Dans les archives de Scotland Yard, Angelina était assise à même le sol, jambes croisées, fouillant dans les dossiers qui concernaient l'incendie ayant provoqué la mort de la famille de son amie. Bilbo était endormi sous la table plus loin, et ronflait sagement. Elle remit une mèche brune derrière son oreille, et tourna une nouvelle page, avant de froncer les sourcils, étonnée. Le dossier était censuré concernant le travail de Justin et Ruby Deschamps, et ce, sur ordre du…
« - MI-6 ? … Papa… »
Elle referma brutalement le dossier avant de le remettre à sa place pour se plonger dans son labyrinthe mental. Elle devait chercher si son père avait déjà parlé de cet incendie, à son insu ou non. Elle fouillait entre les murs végétaux, observant les souvenirs qui prenaient place dans certains coins de sa mémoire, que son subconscient avait transformé dans un endroit dans lequel elle se sentait bien et en sécurité.
« Plus loin, encore plus loin… »
Elle s'enfonçait de plus en plus profond, le coeur battant jusque dans ses tempes. Elle devait chercher, et elle s'arrêta devant un souvenir très flou, beaucoup trop flou. Elle était très jeune, sa mémoire ne devait pas avoir fini sa formation à cet instant. Tant pis. Elle devait tenter le coup. Elle se plongea dans son souvenir, rouvrant les yeux pour apercevoir les yeux inquiets de sa mère posés sur Mycroft. Quelle âge avait-elle ? Elle-même devait être à peine âgée d'un an… Et son cerveau avait quand même recueilli ce souvenir ? Quelle découverte fascinante… Elle se re-concentra sur la scène.
« - Mycroft, en France ? » s'inquiétait Jane. « Mais pour quoi faire ? »
« - Je dois vérifier quelque chose pour mon travail… Je t'expliquerai. »
« - Pas question, Mycroft Holmes ! » protesta aussitôt la jeune femme blonde en croisant ses bras sur sa poitrine. « Angelina a à peine un an, et toi tu veux partir ainsi pour ton travail ! Tu m'as promis que tant que notre fille n'aurait pas trois ans, tu ne partirais pas à l'étranger ! »
« - Je vais juste en France… » soupira-t-il, désespéré.
« - La France est juste à une mer d'ici ! »
« - Jane… J'ai enfin retrouvé sa trace. »
« - … Quoi ? » s'étrangla-t-elle. « Tu parles de… »
« - La fille de Justin et Ruby. Elle est reparue à la surface, en France. Je dois m'assurer qu'elle aille bien. » (1)
"- Tu vas lui parler ? » demanda Jane d'une voix tout à coup beaucoup plus douce.
« - Non, je ne pourrai pas. Je vais juste m'assurer de sa bonne santé physique et mentale, et après ça, je la laisserai vivre sa vie. Je n'interférerai plus. Mais ta question est-elle synonyme d'une autorisation de ta part ? »
« - Si c'est pour elle, c'est d'accord. Mais sois prudent, et reviens moi vite. »
« - Ça ira, Jane… Je la reconnaîtrai facilement. Elle ressemble beaucoup à sa mère, d'après les photos… »
« - Alors ce sera une femme magnifique. » trancha-t-elle en se faufilant dans les bras de son mari. « Je t'aime. »
« - Moi aussi, Jane… » murmura-t-il tendrement avant de l'embrasser.
Angel revint brusquement à la réalité. Elle était en nage, des gouttes de sueur dévalaient son front comme si elle avait couru un marathon. Note pour plus tard : éviter de s'enfoncer aussi loin dans son palais mental. Elle se redressa sur ses membres tremblants, quand elle entendit des pas derrière elle. Elle s'apprêtait à se retourner, mais ses jambes refusèrent catégoriquement l'effort supplémentaire et elle commença à chuter, avant d'être rattrapée par deux bras.
« - Angel ? » s'étonna une voix féminine qu'elle connaissait bien.
« - Olympe ! Mais qu'est-ce que tu fais ici ? »
- Je pourrai te poser la même question. » rétorqua la rouquine en l'aidant à s'assoir sur une chaise. « Que t'est-il arrivé ? »
« - Je suis allée trop loin dans mon palais mental… » expliqua-t-elle en haussant les épaules comme si ce n'était rien.
« - Mais que fais-tu aux archives de Scotland Yard ? »
« - Hé bien, j'ai vu Greg hier, et il n'avait vraiment pas l'air bien. Alors j'ai voulu l'accompagner à son travail aujourd'hui, mais je le dérangeais pendant qu'il rédigeait son rapport sur l'affaire Middleston, alors je suis venue ici voir si il y avait des affaires non résolues. » mentit-elle effrontément, ce qu'Olympe accepta sans broncher, un voile de chagrin devant les yeux. On aurait dit qu'elle ne s'en était pas rendue compte.
« - Qu'entends-tu par « il n'avait vraiment pas l'air bien » ? »
« - J'entend qu'il était à moitié saoul et que son appartement ressemblait à un champ de bataille. Et toi, » renchérit-elle rapidement, « que fais-tu ici ? »
« - … J'avais envie de voir le dossier de mes parents… »
« - Oh… »
Gênée, Angelina espéra qu'elle n'allait pas se rendre compte qu'elle l'avait fouillé juste avant. Elle se mordilla la lèvre inférieure, et passa une main dans sa chevelure brune. Olympe haussa les sourcils en remarquant son embarras, mais ne fit aucun commentaire, se contentant de l'observer en silence. Sentant que son corps s'était remis de sa plongée dans son palais mental, elle fit un petit sourire à la française avant de se relever de la chaise.
« - Je suppose que tu préféreras être seule, alors je vais te laisser, Olympe. Je rentre à Baker Street. À plus ! … Bilbo ! » appela-t-elle, et elle commença à partir, son chien sur les talons.
« - À plus… » répondit la rouquine d'une voix absente, son esprit déjà focalisé sur sa lecture future.
Elle commença à fouiller dans les dossiers. Le jeune homme de l'accueil avait été facile à convaincre. Gros plan sur le décolleté, les yeux doux, explications sur son travail de détective, et le tour était joué. Il l'avait laissée passer. Elle avait certes été surprise de retrouver Angel ici, mais maintenant, elle était quand même seule.
Ses yeux cherchèrent quelques secondes de plus avant de repérer le dossier tant attendu, et elle le saisit avec délicatesse, presque émue. Elle retourna à la table qu'elle avait quitté quelques secondes plus tôt avant de poser le dossier dessus. Elle s'assit sur la chaise, puis prit une lourde inspiration avant d'ouvrir les papiers. Son coeur rata un battement quand elle vit les photos de sa famille s'afficher. Ils étaient magnifiques sur les photos. Et elle, elle avait l'air si heureuse… Elle effleura du bout des doigts le visage de sa petite soeur, et les larmes lui montèrent aux yeux.
« J'espère que tu sauras me pardonner, Victoire… »
Elle secoua la tête, et frappa ses joues de ses deux mains pour se remettre d'aplomb. Elle commença à rapidement déchiffrer le dossier, et finalement, elle arriva à la page qui l'intéressait. Mais, comme Angel, elle ne put que voir la censure du dossier, et ses poings se crispèrent de rage, et dans un excès de colère, elle jeta le dossier par terre. Alors elle avait bel et bien deviné la réalité il y a bien longtemps. La voix au téléphone, le MI-6 qui censurait le dossier, ses parents qui disparaissaient souvent plusieurs jours sans prévenir… Tout était lié. Tout avait toujours été lié.
« - PUTAIN ! »
Juste une fois dans sa putain de vie, elle aurait aimé se tromper. Juste une.
« - PUTAIN, PUTAIN, PUTAIN ! »
Elle ramassa le dossier et l'emporta avec elle, tremblante. Elle passa sans un regard devant le jeune homme de l'accueil, et elle appela un taxi, une colère sournoise envahissant tout son coeur. Elle tentait de reprendre une respiration normale, mais la haine qu'elle ressentait transcendait son être tout entier, et elle n'arrivait pas à se calmer. Elle continuait à fixer cette page censurée, cette page qui cachait le secret de ses parents. Elle aurait voulu hurler. Elle n'en fit rien. Le texto qu'elle reçut de son oncle confirma que tout venait de basculer.
Cachée derrière une porte, Angelina avait observé la fuite d'Olympe avec curiosité. Elle hésita, et se décida à finalement appeler son oncle pour lui annoncer tout ce qu'elle avait trouvé. Il allait être furieux qu'elle ne lui ai rien dit auparavant, mais tant pis. Le téléphone sonna quelques secondes, et quelqu'un décrocha. Elle prit une lourde inspiration, se mordillant légèrement la lèvre pour réfléchir à comment aborder le sujet.
« - Angel ? » s'enquit une voix au téléphone, mais ce n'était pas son oncle.
« - John ? Pourquoi tu décroches sur le téléphone de Sherlock ? »
« - Ton oncle boude comme le gamin puéril qu'il est car il pense que tu lui caches quelque chose qui concerne Olympe. J'ai essayé de lui dire qu'il se trompait, mais tu le connais, il… »
« - Dis lui qu'il avait raison. » le coupa Angel. « Et dis lui que j'arrive tout de suite. »
« - Mais… »
« - Je suis désolée. »
Elle raccrocha sans un mot de plus. La réaction d'Olympe prévoyait danger. Et ça lui faisait peur.
« - Je suis vraiment désolée, Sherlock… Mais j'avais vraiment peur que tu ne gaffes avec Olympe, vu votre dispute hier, et je… »
« - Tais toi. Là n'est plus la question. Toutes ces informations sont fascinantes, mais cela signifie que Mycroft est lié à notre chère détective privée d'une façon ou d'une autre. » Il se tourna vers sa nièce, le visage concentré. « Tu dis qu'il connaissait les parents d'Olympe, et tu m'as aussi dit qu'il s'est inquiété en sentant l'odeur de son shampoing. Et tu m'as dit que le dossier concernant la mort de ses parents et de sa soeur a été en partie censuré par le MI-6. Donc, il est impliqué. »
La jolie brune hocha la tête, penaude, enfoncée dans son pouf et plus rouge qu'une tomate. L'oeil noir de Sherlock lorsqu'il l'avait accueillie à Baker Street n'avait pas été là pour la rassurer. John s'était montré bien plus conciliant, et avait ramené le calme dans la pièce sous tension, afin que la petite musicienne puisse raconter son histoire plus sereinement. Et elle leur avait relaté tout ce que lui avait raconté Maurice la veille, et ce qu'elle avait découvert le matin même.
« - Et Olympe ? » demanda tout à coup John. « Elle a disparu en courant de Scotland Yard, et avec un dossier, en plus ? Elle va avoir toute la police à ses trousses ! »
« - Oui, sûrement. » affirma Angel. « D'ailleurs, Greg n'a pas appelé, mais ça veut dire qu'il va sûrement passer à l'appartem… »
La sonnette retentit, suivie de pas lourds montant les escaliers quatre à quatre, puis la porte s'ouvrit brutalement pour laisser apparaître l'inspecteur qui reprenait son souffle.
« - Timing parfait. » nota-t-elle avec un sourire triste. « Salut, Greg. »
« - Vous êtes tous là ! C'est Olympe, elle… »
« - On sait déjà. » le coupa Sherlock. « Et on a une petite idée d'où elle a pu aller. »
« - Ah bon ?! Où ça ?! Elle s'est enfuie avec un dossier, on doit la retrouver au plus vite, je ne veux pas qu'elle soit arrêtée ! »
« - Calme toi, Greg. » affirma le médecin en posant une main rassurante sur son épaule. « Ça va aller, on va la retrouver. »
Le DI hocha la tête, refusant néanmoins le verre de whisky sous le regard rassuré d'Angelina. Elle lui expliqua les détails qu'il ne connaissait pas encore, et il l'écouta religieusement. Lorsqu'enfin elle se tut, un silence se fit quelques secondes dans le salon, rompu par Sherlock qui se levait théâtralement de son fauteuil.
« - Hé bien, qu'est-ce qu'on attend ? Je pense qu'on peut se diriger vers le MI-6 dès maintenant ! » s'écria vivement le détective consultant avant de sortir de la pièce.
Angel ordonna à Bilbo de rester là, avant de partir à la suite des trois hommes. Ils foncèrent dans la voiture de Greg, qui alluma ses gyrophares lui permettant ainsi de filer à toute allure entre les véhicules de la ville londonienne. Sherlock avait la pupille dilatée, son sang battait dans ses tempes alors que son coeur frappait violemment dans sa poitrine. Il était surexcité, et il mourait d'envie de résoudre le secret que lui cachait la jolie rouquine rentrée dans sa vie un mois auparavant.
Ils allaient à toute vitesse, et le blond de la voiture observait à tour de rôle chacun de ses amis avec inquiétude. Sherlock était presque en train de sautiller d'enthousiasme dans son fauteuil, alors que Greg avait les jointures de ses mains blanches de serrer aussi fort son volant, et ses yeux fixant la route montraient malgré tout toute son inquiétude. Angel, quand à elle, semblait particulièrement calme. Elle avait les yeux fermés et les mains posées sur ses cuisses dans une mimique de réflexion.
« - Angel ? »
« - Je vais bien. » répliqua-t-elle aussitôt sans rouvrir les yeux. « Je suis en train de méditer. »
« - Je vois ça… Je te trouve juste particulièrement détendue. »
« - Ce n'est pas le cas. C'est pour ça que je médite. » commença-t-elle à s'agacer.
Agacement transparaissant par le biais de sa lèvre qui commençait à trembler, alors John choisit de la laisser tranquille. Il avait laissé Rosie à Molly, mais il était inquiet concernant Olympe. Elle avait toujours laissé apparaître une femme douce, calme, très intelligente mais aussi très humaine. Sa dispute avec Sherlock, et les dires de la jeune Holmes concernant sa fuite avec le dossier, tout ça ne correspondait pas du tout à son personnage. Il souffla, commençant à sentir le stress le gagner lui aussi.
Ils arrivèrent devant les locaux du MI-6 et rentrèrent rapidement. Ils couraient dans les couloirs sous les regards surpris des agents du gouvernement, et furent surpris de trouver le bureau de Mycroft complètement vide. Lestrade commença à râler, alors que John réfléchissait. Et Sherlock… Il souriait de toutes ses dents, ses yeux à présent presque noirs. Il cria qu'il devait être au club Diogène, et que c'était sûrement là qu'Olympe était partie elle aussi. À nouveau, le schéma se reproduisit. Ils montèrent dans la voiture, remirent les gyrophares, roulèrent jusqu'au bâtiment aux murs immaculés.
Encore une fois, ils coururent, cette fois sous les yeux désapprobateurs des membres du club qui reconnaissaient sans difficulté la fille de Mycroft, le frère de ce dernier, le meilleur ami du détective, et l'un des meilleurs inspecteurs de Scotland Yard. Ils se stoppèrent devant la salle vide, et le coeur d'Angel rata un battement alors que Sherlock poussait un cri rageur, ne comprenant pas pourquoi il s'était trompé une fois de plus. La petite Holmes ferma les yeux avant de les rouvrir presqu'aussitôt, tétanisée.
« - Seigneur. » chuchota-t-elle. « Je sais où ils sont. »
(1) : Il prononce "Justin" à l'anglaise, alors que le prénom se prononce normalement à la française !
Le suspens monte ! Je pense que ce chapitre répond à vos questions en partie.
La semaine prochaine, dernier chapitre, et petit épilogue ! J'espère que ça vous plaira !
Merci beaucoup d'être là, vous êtes plus de 200 à être passé(e)s par ici ! Merci à toutes !
J'espère que ce chapitre vous plaît. N'hésitez pas à me proposer de nouvelles théories, ça me ferait plaisir !
Sur ce, à la semaine prochaine !
