Note d'auteur : Dernier texte de la nuit du 15 décembre aujourd'hui, sur le thème "Elégance", et qui comporte trois passages sur les trois soeurs. J'espère que ça vous plaira !
Bellatrix a toujours été une personne brutale, même lorsque Mère a tenté de lui mettre une tasse en porcelaine dans la main. Elle n'a jamais été très délicate.
Cependant, elle a sans cesse mis un point d'honneur à être précise et consciencieuse. Entièrement dévouée à ses croyances et ceux en qui elle place ses ferveurs.
Et dévouée, elle l'était jusqu'au bout des ongles. Envers ce Seigneur qu'elle adulait, ce Lord Nord puissant qu'elle vénérait de tout son être.
Quand elle accomplit le bon vouloir de son Maître avec toute sa dévotion, elle se sent revivre. Quand sa baguette fend l'air, que les Sortilèges Impardonnables se vomissent en flots de ses lèvres vermeilles, elle est animée d'une puissance qu'elle-même peine à s'expliquer.
C'est comme une flamme qui se ravive à l'entente des cris et des hurlements, à l'odeur du sang et à la vue des corps torturés. Le supplice sonne comme une douce mélodie à ses oreilles.
Et lorsqu'elle est sur le champ de bataille, distribuant ses coups comme un véritable chef d'orchestre, Bellatrix est élégante.
Un qualificatif que jamais sa Mère n'aurait songé à lui appliquer.
Andromeda n'a jamais été la préférée de la famille. Bellatrix est la plus puissante, la plus talentueuse, la plus douée. Narcissa la plus jolie, la plus douce, la plus accomplie. Elle n'est qu'un peu des deux, pas totalement parfaite ni totalement imparfaite. Le vilain petit canard de la fratrie.
Elle ne l'a jamais réellement ressenti, jusqu'à ce jour où elle a eu le déclic. Elle ne se souvient plus trop de la date ni même des circonstances. Mais elle se souvient que ça l'a frappée d'un coup. Bella est la préférée de Père, Cissy la préférée de Mère. Et elle, qui a-t-elle ?
Personne.
La réponse était évidente à l'époque, elle l'est toujours maintenant. Elle n'est que le membre en trop, le troisième bras un peu encombrant qu'on aimerait amputer. On ne lui a jamais fait clairement comprendre, mais c'est ainsi qu'elle le ressent.
Elle-même ne sait pas comment se décrire. Elle est insipide, invisible, inexistante, à côté de ses deux sœurs. Qui regarderait Andy alors que Cissy et sa blondeur sont juste à côté ? Qui ferait attention à Andy alors que Bella et sa confiance en elle inébranlable l'écrasent de leur supériorité ?
Elle n'est qu'une pâle copie, un fantôme muet, un clown qui n'entre jamais en scène. Elle n'a rien de chic, de raffiné ou de distingué. Mère le lui a souvent rabâché.
Peut-être est-ce pour cela qu'elle s'est enfuie. Parce qu'elle n'a jamais réellement eu le sentiment d'appartenir à sa propre famille. Parce qu'on lui a suffisamment fait comprendre, à demi-mots, qu'elle n'est pas assez bien. Pas à la hauteur des deux autres.
Le jour de sa disparition est le seul où Andromeda a fait preuve de la distinction de sa classe. Elle s'est évaporée sans qu'on ait à le lui demander, avec la discrétion d'une dame. Plus élégante qu'elle ne l'a jamais été en société.
Un qualificatif que jamais sa Mère n'aurait songé à lui appliquer.
Petite dernière, Narcissa a toujours été choyée par une famille qui l'adorait. Elle a tout de suite compris qu'on plaçait de grands espoirs en elle. Qu'elle se devait d'agir conformément à son apparence de poupée. Telle une marionnette dont on tirerait les fils.
Alors elle a obéit, au doigt et à l'œil, à tout ce que Mère lui a enseigné. Elle s'est conduite comme la fille parfaite. De son plus jeune âge jusqu'à son mariage, en passant par son adolescence bien plus calme que ne l'ont été celles de ses sœurs.
Elégante, Narcissa l'a été toute sa vie. De de la pointe de ses cheveux jusqu'au bout de ses orteils. Elle est l'incarnation même de la délicatesse. Des poignets fins, un sourire doux, des manières irréprochables.
Une poupée glacée, qui s'expriment avec des mots qui ne sont pas les siens, mais avec les expressions toutes faites qu'on lui a mises à la bouche.
Narcissa a toujours été la fierté de la famille Black. Elle n'a pas sombré dans la folie furieuse comme Bellatrix. Elle n'a pas jeté l'opprobre sur leur nom comme Andromeda. Elle est celle qui est restée parfaite en tout point.
Jusqu'à aujourd'hui. Jusqu'à ce qu'elle jette ses principes aux orties et enterre l'éducation de sa Mère avec l'acharnement et l'obstination d'une enfant rebelle.
Elle n'a pas à être élégante ici. Nul besoin de courtoisie ou de raffinement. Elle a juste besoin d'être elle-même. C'est sûrement ça, le plus dur. Faire tomber le masque qu'elle a façonné toutes ces années et qui est devenu comme une seconde peau. Si ancré sur son visage qu'il fait presque partie d'elle à présent.
Et pourtant, son vernis s'effrite lorsque sa sœur ouvre la porte. Les années, la colère, la rancœur, tout disparaît pour ne plus laisser que de l'émotion et des larmes.
Narcissa s'effondre dans les bras d'Andromeda. Plus triviale et ordinaire qu'elle ne l'a jamais été.
Des qualificatifs que jamais sa Mère n'aurait songé à lui applique.
Mais elle est heureuse et soulagée. Alors qu'importe.
Note de fin : Et voilà, c'était le dernier texte de 2017, merci beaucoup pour votre lecture ! Je n'ai écrit qu'un seul texte lors de la Nuit de janvier, sur Narcissa, espérons que la Nuit de février soit plus productive. Bonne fin de semaine à tous et à la semaine prochaine ! :D
