Chapitre 2 : Can't get much higher
Tout était sombre et calme autour de lui, silencieux comme les abysses. Il aurait pensé que la température serait glaciale dans ce genre d'endroit, mais la chaleur dans laquelle il se trouvait était étouffante, l'air frais avait du mal à entrer dans ses poumons, il avait besoin d'air.
Il pivota plusieurs fois sur lui-même à la recherche d'une sortie, n'importe quoi pour sortir d'ici mais il n'y avait que la noirceur pour l'accueillir. Était-il coincé de nouveau dans le monde corrompu de Shangri-La ou était-il mort ?
Un craquement sinistre le fit sursauter.
Derrière lui, l'abysse se brisait lentement en petits éclats de verres noirs avec des crépitements, laissant apparaître une lumière vive, entres les fissures, qui l'aveugla l'espace de quelques secondes tant elle était éclatante. Le mur se fissura un peu plus précipitamment puis se brisa brutalement, envoyant des morceaux de verres se loger dans la peau de l'Américain qui par réflexe avait ramené ses bras juste devant son visage afin de protéger ses yeux.
De la faille blanche, qui se trouvait devant Ajay, un homme portant un masque se matérialisa et enjamba le portail avant de se précipiter vers lui en courant, hurlant d'une voix déformée, inhumaine.
Les jambes de Ajay ne répondirent pas, comme paralysées alors que l'homme masqué vint entrer en collision avec lui, attrapant ses épaules dans ses mains afin de le jeter au sol avec une violence inouïe. Le choc fut tellement extrême que l'oxygène dans les poumons de Ajay fut chassé en un seul coup, laissant le garçon en panique car il n'arrivait plus à respirer.
"Comment as-tu osé, Ajay Ghale ? Raisonna la voix du démon tout autour de lui."
Le masque doré au visage de démon était juste à quelques centimètres du siens. Ajay peina à récupérer sa respiration mais en fut enfin capable au bout de quelques longues secondes douloureuses lorsque ses poumons se débloquèrent enfin, permettant au noiraud de prendre une goulée d'air avec précipitation, comme après une trop longue prise en apnée.
"Le kyrat était presque libre, Ajay. N'as tu donc pas compris ?"
Ajay écarquilla les yeux, était-ce possible ?
"Sabal ... ?
- Oh, tu n'as pas oublié mon nom, répondit le démon avec mépris.
- Sabal ... Attends !
- Fermes là, Ajay, rétorqua froidement le kyrati en plaçant ses deux mains sur la gorge du noiraud. Tu pensais que j'allais partir sans te rendre une dernière visite, n'est-ce pas ?"
La pression sur la gorge du plus jeune commençait à devenir plus forte, réduisant l'arrivée d'air dans ses poumons. Du sang s'écoula de l'œil gauche du démon, ruisselant lentement sur le masque en or jusqu'à ce qu'il perle sur le visage de Ajay.
"Après m'avoir assassiné comme tu l'as fait ... Si je tombe, je t'emporte avec moi, fils de Mohan.
- N-Non ... Sabal, arrêtes !
- "Arrêtes ?" Se moqua le démon qui d'une main vint arracher son masque. REGARDES MOI, AJAY, MON FRÈRE !"
Ajay n'avait pas osé regarder les dégâts qu'il avait causé à Sabal au temple Jalendu. Il l'avait laissé tel quel, allongé sur le ventre, une balle en pleine tête. Maintenant, il pouvait constater son acte, de très près. La balle qu'il avait tiré depuis l'arrière de son crâne avait dut ressortir par son orbite. Il n'avait plus d'œil gauche, juste un trou béant où la chaire était à vif. De sa position, Ajay pouvait très clairement voir le trou qui avait traversé son crâne. Il pouvait y voir les os, le système nerveux disposé en filament, son cerveau.
Le noiraud ferma les yeux face à cette vision d'horreur. Il souffrait. Sabal pensait réellement que ça avait été facile pour lui d'appuyer sur la détente ? Certainement pas. Mais une fois l'irréparable commit, il n'y avait plus de retour en arrière.
"Regardes ce que tu m'as fais ! Hurla le démon en faisant trembler de sa voix grave tout le corps du jeune homme.
- Sil te plait ... Commença Ajay d'une voix tremblante.
- Sil te plait ? Sil te plait, insista le démon, incrédule. Non ... Non, Ajay. Non. Tu vas mourir, aussi. Je vais te tuer."
Sabal referma plus fermement ses doigts autour de la gorge de Ajay et cette fois, il fit en sorte de bloquer sa respiration, totalement. Tel un poisson hors de l'eau, le noiraud ouvrit la bouche sur une grimace, essayant à tout prix de respirer mais son visage prenait une teinte rouge sur l'effort.
"Je n'ai pas compris la première fois lorsque je me suis réveillé ici, commenta le démon. Je pensais que c'était un mauvais rêve, mais non. J'étais bel et bien mort. A qui la faute, d'après toi, hein ?"
Le démon au visage de son ancien frère d'armes n'attendait pas de réponses de la part de ce dernier, il attendait patiemment que Ajay cesse de se débattre, qu'il meurt entres ses mains. Mais le noiraud n'était pas de cet avis, il avait la volonté de vivre. Alors il attrapa les poignets du démon et le força à reculer, en vain.
Alors qu'il était en détresse respiratoire et que les ténèbres menaçaient de l'emporter, il relâcha d'une main la poigne de fer de Sabal sur sa gorge et fit glisser son bras jusqu'à sa hanche. Les yeux du plus jeune se révulsèrent, son cœur battait péniblement fort dans sa poitrine, pompant le sang et le peu d'oxygène qu'il transportait.
Pourvu que ça marche, pria le noiraud.
Il ramena brusquement sa main qui était restée au niveau de sa hanche, munie d'un kukri. Il serra le manche avec ses dernière forces et poignarda plusieurs fois le démon dans les cottes, visant le cœur et les organes vitaux.
Avec un râle, le démon relâcha complètement sa prise sur le mortel tout en laissant une marque de griffure sur sa gorge et recula de quelques pas en se tenant d'une main sa blessure sanguinolente. Ajay en profita pour se tourner sur le ventre et attrapa sa propre gorge alors qu'il toussait violemment, l'oxygène pénétrant de façon douloureuse dans son organisme.
"Tu te rendais pas compte ... Croassa le noiraud péniblement en se relevant, prenant quelques pas en arrière lui également afin de s'éloigner le plus possible de ce monstre aux traits familiers. Il fallait que je te stoppe, Sabal ! Tu te rendais pas compte à quel point tu t'enliser ! Quand je t'ai suivit la première fois avec Amita, c'était pour libérer le Kyrat de Pagan. J'ai apprit à vous connaitre, à voir que vous-vous battiez pour une juste cause. Mais ..."
La voix du jeune Américain se brisa et il releva un air peiné vers son ancien ami, profondément blessé. Les visions qu'il avait eut à cause des drogues de Yuma s'étaient réalisées, bien qu'il n'y ait pas cru au début. Elle avait dit la vérité.
"Ce que j'ai vu au temple Jalendu, ce n'était pas toi !"
Le démon en face de lui demeura silencieux mais Ajay était sûre d'avoir vu un détail changer sur le visage de ce dernier.
Du regret ?
"J'ai dut mettre un terme à tout ça ! J'ai pas hésité à le faire Sabal, j'ai pas hésité une seule seconde parce que je devais te sauver, comme je l'ai fait avec Amita ! Tu étais devenu sourd, tu allais plonger le Kyrat que tu aimais tant dans une folie encore plus grande que celle de Pagan ! Mais Pagan ... Tu as déjà lu le journal de mon père ?! Est-ce que tu as vu que tout ce qu'il a fait pour le Golden Path n'était que par vengeance ? Et toi ... Toi, jeune comme tu étais, tu as pris Mohan pour un héros ! Tu l'idolâtrais aveuglément !
- De quel droit tu te permets de juger ton père ? Aboya Sabal. C'est une légende pour ce pays !
- Parce que envoyer ma mère espionner Pagan, lui demander de le séduire était noble, peut-être ? Elle est tombé amoureuse de Pagan, elle a eut un enfant avec lui, Lakshmana ! Tu sais ce que Mohan a fait ? Il a tué cette fillette, ma demi-soeur et a juré de tuer ma mère pour trahison ! Voilà, ton noble héros, Sabal ! Un homme corrompu par la vengeance et le mal !"
Le visage du démon se décomposa. Incompréhension, désillusion, colère, haine, dans cet ordre exacte.
"Pardon ...?
- C'est ça. Je t'ai dis la vérité. Pagan a beau être un monstre, Mohan n'est que l'autre face de la pièce.
- C'est impossible ... Tu mens, forcément !
- Non ... Non. Sabal. Tu étais tellement aveuglé par Mohan que tu as finis par devenir comme lui.
- TU MENS ! Mohan n'aurait jamais laissé Yalung le posséder ! Hurla le démon qui fit exploser l'espace noir tout autour d'eux sur un excès de rage.
-Et pourtant regarde où nous en sommes ! "
Ajay s'éloigna du démon qui se tenait la tête en hurlant. Les environs noirs tombaient en morceaux au sol comme des pétales de fleurs jusqu'à ce que les cris cessent enfin. Le démon était à genoux, le regard fixé sur le sol.
"Tu dois me purifier avec le feu ... Chuchota Sabal. Comme ton père, je veux partir dignement.
- Quoi ... ?
- Le feu, Ajay ! Tu dois retourner à Jalendu et brûler mon corps. Yalung ne pourra plus me corrompre, je pourrais partir en paix.
- Mais je ...
- C'est tout ce que je te demande, Ajay ! Gronda le démon qui s'approcha subitement du plus jeune en attrapant ses épaules. Tu as été un grand homme dans cette guerre mais tu dois finir le travail. Aide moi à trouver la paix, que mes hommes se souviennent de moi comme ils se souviennent de Mohan.
- Je ...
- Mon dernier souhait. Ne me laisse pas pourrir là-bas ...
- D'accord ... D'accord, je le ferais.
- Merci, mon frère, souffla le démon, reconnaissant. On se reverra."
Sabal vint lui toucher le front de la paume de sa main et envoya Ajay dans les abysses. Le garçon cria de surprise, son cœur se soulevant dans sa poitrine alors qu'il chutait dans le vide.
[...]
Les yeux de Ajay s'ouvrirent brusquement alors qu'il prenait une soudaine respiration. Il avait eut l'impression de tomber, son cœur battait la chamade dans sa poitrine. Presque tout de suite après avoir ouvert les yeux, il grimaça de douleur et porta sa main sur sa blessure au ventre, passant sa main sous le drap rouge pour l'atteindre. Il s'allongea un peu plus à son aise dans ce lit moelleux, très agréable. Mais Ajay n'avait aucune idée de ce qu'il faisait ici. Il transpirait beaucoup, trempait les draps qui lui collaient à la peau.
"Ajay ! Tu es enfin réveillé, louée soit Kyra !"
Bhadra.
"Hey ...
- J'ai cru que tu ne te réveillerais jamais ! Fit la fillette en venant le prendre dans ses bras mais elle le relâcha aussitôt qu'il grogna de douleur. Oops ... Pardon ...
- Ça va ... Comment vas-tu ?
- Je ... Bien ? Pagan m'a autorisé à rester jusqu'à ton réveil ! Il est moins effrayant qu'il n'y parait quand on le ... Côtoie.
- Mh ... Depuis combien de temps j'étais ... Mh, endormi ?
- Une semaine, fit une voix derrière Bhadra. Ajay, mon garçon, comment te sens-tu ?
- Heu ... Je ... Pas très bien ... Que s'est-il passé ?
- Hé bien, commença Pagan en s'approchant jusqu'à ce qu'il se pose aux pieds du lit, les jambes croisées. Après t'avoir ramassé dans cette horrible voiture, tu as contracté une infection au niveau de ta blessure. Mon docteur t'a placé sous antibiotique, assez costauds je dois dire puisque tu ne t'es pas réveillé. Enfin, si, mais ce n'était que pour quelques minutes. Tu veux manger quelque chose ? Dans ton état je pense que la question ne se pose même pas.
- Je meurs de faim, confirma le garçon qui se redressa un peu dans son lit.
- Parfait alors. Bhadra, puis-je te demander d'ouvrir les volets ? Il faut aérer cette chambre.
- Okay !
-Ajay, après ton repas, tu iras prendre une douche. Je ne voudrais pas te vexer mais une semaine sans une véritable toilette, c'est sale."
Maintenant qu'il y pensait, pas étonnant qu'il se sente aussi transpirant. Avec cette infection, il avait dut avoir une fièvre de cheval qui l'avait cloué au lit pendant une semaine. C'était la première fois de sa vie qu'il avait été aussi impuissant face à son corps. Il était également connut que les fortes fièvres fassent halluciner les personnes. Avait-il rêver de Sabal ou était-ce une vision de Kyra ? Mais il avait bien réfléchit. Il devait revenir au Temple de Jalendu et aider Sabal à trouver le repos éternel en l'incinérant et non en le laissant se décomposer de cette façon ...
[...]
"Je dois retourner au temple de Jalendu, lança Ajay en plein milieu du repas.
- Ah, en quel honneur ?
- J'ai descendu des hommes, là-bas, dont Sabal et je dois-
- Sabal ? Le coupa rudement Pagan. Finalement, tu auras presque tué tout les grands chefs de ce pays, mh ?
- C'est pas le sujet ... Je dois y retourner et brûler les corps.
- Je peux envoyer mes hommes faire le sale boulot pour toi, mon garçon. Regarde-toi, tu tiens à peine droit dans ton lit.
- C'est une affaire personnel, insista le plus jeune alors que Pagan lui donnait une seconde assiette qui se composait d'un repas chaud. Sans rire ... Raviolis au crabe ?
- Comme c'est ironique, n'est-ce pas ? Se moqua le plus vieux. Je me souviens très bien t'avoir offert ce même plat le premier jour où tu as débarqué dans mon pays. Si tu avais sagement attendu que je revienne et juste profité de ce plat, je n'aurais pas tué mon cuisinier en pensant que c'était si mauvais au point de te faire fuir et tu n'aurais pas eut à tuer ce Sabal toi-même.
-Je ... Je ne savais pas ... Répondit le noiraud qui eut un gros soupir, comme après un chagrin. Je pensais que tu étais le mauvais dans l'histoire, mais en avançant, en trouvant des indices, j'ai réalisé que l'ennemi, ce n'était pas toi, mais le Golden Path. Sabal et Amita m'ont manipulé tout le long, mais j'étais perdu, je ne savais pas comment faire ... Mon but était seulement de ramener les cendres de ma mère à Lakshmana.
-Une bien tragique histoire mais elle nous a prouvé que tu es un survivant, Ajay. Un survivant qui a sut voir la vérité à travers les lignes. Je suis fier de toi, ta mère doit l'être aussi.
- Il n'y a pas de quoi être fier, soupira le noiraud qui déposa son assiette sur la table de nuit juste à coté. J'aimerais parler de tout ça avec toi plus tard. Tu veux bien ?
- Oh, bien sûr ! Rien ne me fera plus plaisir. J'ai presque tout perdu, Ajay. Mais tu es mon dernier trésor. La dernière chose pour laquelle je tiens encore débout. Mais ce sera pour plus tard. Je vais demander à une femme de te faire couler un bain. En attendant ... Le Roi Déchu s'approcha de lui et lui baisa le front avant de reculer. Repose toi un peu. On ira au Temple de Jalendu en fin d'après midi.
- D'accord ... Merci, répondit ce dernier un peu surpris."
Pagan venait-il réellement d'embrasser son front ? Il sentait encore la pression de ses lèvres sur sa peau et un étrange sentiment s'installa tout au fond de lui. Pagan était paternel avec lui et c'était ... C'était bon. Ajay ne connaissait pas ce sentiment. Son cœur se gonflait d'un tout nouvel oxygène.
[...]
"Ajay, tu es prêts ? Pagan entra dans la chambre une nouvel fois et aperçut Ajay qui se battait avec son T-shirt.
- Je crois que j'ai une tendinite à l'épaule, pesta le noiraud dont le bras était raide.
- Huh, laisse moi t'aider."
Lentement, le plus âgé s'approcha de lui et Ajay ne rechigna pas pour un peu d'aide. Il laissa son bras tendu au dessus de sa tête alors que Pagan s'occupait de le lui abaisser jusqu'à ce que le vêtement rejoigne ses hanches. Ils passèrent ensuite au sweat de sport noir à capuche et enfin sa veste verte. Ajay s'arrêta sur un petit détail.
"Tu as recousu ma veste ?
- Moi ? Non. Mais j'ai bien donné ta veste à une personne compétente. Malheureusement, la tâche de sang n'est pas partie. Je ne me suis pas permis de la jeter parce que je pensais que tu le prendrais mal mais franchement, tu devrais y penser.
-J'y penserais ... Ajouta pensivement le garçon en tâtant la tâche."
[...]
Alors que Pagan et Ajay montaient sur un bateau, l'américain sentait l'angoisse monter progressivement dans son organisme. Qu'allait-il trouver une fois sur l'île ? Sûrement des cadavres en décompositions, mais Ajay avait fait une promesse au démon, il devait l'aider à rejoindre les cieux.
"Je te trouve bien silencieux, Ajay. Quoique, tu l'as toujours été, même étant petit, mais là ... C'est différent. Quelque chose te tracasse ?
- Je voudrais juste en finir au plus vite.
- Oh, je comprend. Alors dépêchons nous d'en finir avec cette histoire. Vous deux, fit-il à l'intention des gardes. Une fois que nous accosterons, préparez du bois à l'extérieur, prenez même des planches du temple si ça vous chante.
- Non ... Fit Ajay. J'ai une meilleur idée.
- Ah bon, quoi donc ?
- Nous allons placer les corps dans le temple, puis nous y mettrons le feu. Le Temple doit disparaître, aussi."
Le temple qui aurait dut brûler la première fois tenait encore débout. Seul le coté gauche avait été dévoré par les flammes et tenait par on ne sait quel miracle.
"Sans temple, plus de Tarun Matara. Bhadra sera définitivement hors d'atteinte, pour toujours, ajouta Ajay.
- Super. Voilà une idée grandiose ! J'ai toujours voulut mettre le feu à cette immondice."
L'Américain hocha alors la tête et se prépara à son arrivé sur l'île. Une fois le bateau près du rivage, il se hissa hors du véhicule et mit pieds à terre. Mais ses jambes se stoppèrent net à l'entrée lorsqu'il senti une odeur nauséabonde lui agresser les narines. Son estomac se retourna mais il tint bon.
"Cherchez les corps et déposez les dans le temple, demanda faiblement Ajay qui se mit à la recherche d'une seule personne mais une main amicale vint se déposer sur son épaule, les doigts le massèrent un peu.
- Tu n'es pas obligé de faire ça toi-même.
- Je dois le faire, insista Ajay. Avant de sombrer, c'était un ami. Je sais que je n'étais pas du bon coté de la barrière mais je n'arrive pas à le détester. Il était ... Simplement perdu, depuis le départ.
- Alors rend lui hommage. Je ne déteste pas spécialement ce singe sans manières, c'est juste la guerre qui m'a forcé à tenter de le liquider.
- Pagan ...
- Oh, pardon."
Pagan lui adressa un sourire avant de le pousser gentiment en avant. Ajay ne savait pas si le plus âgé comprenait ce qu'il ressentait, mais dans la tête du jeune homme, c'était un véritable champs fané.
Il s'avança un peu plus aux alentours du temple et commença à ralentir le pas lorsqu'il aperçut le bout des chaussures de Sabal. Il n'avait même pas envie de penser à quoi pouvait ressembler son ancien ami. Il s'approcha doucement et fit en sorte de laisser son regard fixé sur ses chaussures qu'il attrapa au niveau des chevilles, sur le jean.
L'odeur qui se dégageait du cadavre était insupportable. Les habits de Sabal étaient raides à cause du sang séché et avaient été grignoté par endroits, des morceaux de chaires manquaient sur quelques parties de son corps. Des oiseaux charognards avaient dut commencer à se nourrir avant leur arrivée. Son estomac en prenait un sérieux coup mais Ajay prit sur lui en faisant de l'apnée aussi longtemps qu'il le pouvait. Il traîna le corps sur quelques bons mètres jusqu'à l'entrée du temple et vint enfin le déposer à l'intérieur. Les hommes de Sabal y étaient également entreposés.
Ajay déposa le corps du défunt et évita jusqu'au dernier moment de regarder le visage de ce dernier. Il ne voulait pas voir ça et garder cette image à vie dans son crâne. Alors une fois qu'il eut finit sa tâche, il sorti du temple d'un pas pressé, un frisson remontant le long de son échine.
"Tes hommes peuvent faire le reste ?
- Mh, comme, mettre de l'essence et puis jeter une allumette ? Oui, certainement. Tu ne restes pas ?
- Si ... Si. Je vais ... Je vais simplement prier pour lui, ici.
- Je ne te pensais pas croyant.
- Je ne le fais pas pour moi, mais je peux au moins le faire pour lui ...
- Très bien. Nous partirons lorsque tu le désireras. Au fait, comment te sens-tu ? Ta blessure ?
- Bien ... J'ai eu un peu mal en bougeant le corps de Sabal jusqu'au temple, comme une raideur, mais rien de bien méchant.
- C'est normale. D'ici une semaine, tu n'auras presque plus mal."
Pagan lui tapota doucement l'épaule avec un sourire avant que tout deux ne pose leurs yeux sur le temple de Jalendu qui commençait doucement à prendre feu. Ajay se mit à genou en ramenant ses mains devant son visage. Il ne savait pas tellement ce qu'il fallait dire dans ce genre de prière. Devait-il parler directement à Kyra et lui demander d'accueillir comme il se doit Sabal, un enfant de ses terres sacrées ? Lui demander de pardonner Sabal pour ses pêchés ? Que devait-il dire ?
"Repose en paix mon frère."
Ajay ne pouvait pas faire mieux. Il n'avait aucune idée de ce qu'il faisait mais ... Le geste y était. Il voulait vraiment que Sabal trouve la paix, que son âme soit purifié. Les Kyrati croyaient en la réincarnation alors ... Peut-être qu'ils se reverraient ?
La chaleur du brasier qui consumait le temple atteignait Ajay maintenant. Il ouvrit les yeux et aperçut les flammes consommer l'intégralité du temple. Les flammes dansaient devant ses yeux et chuchotaient des choses inaudibles pour le commun des mortels. Le noiraud se releva en époussetant son pantalon couvert de poussière avant de regarder une dernière fois le monument en feu.
"On y va ? Demanda Pagan qui commençait à s'impatienter.
- Ouais ... Encore un peu ... Ajay plissa les yeux pour ajuster sa vue. Il eut un bond au coeur lorsque dans les flammes, il aperçut la silhouette de Sabal."
La silhouette en question était translucide mais Ajay pouvait clairement voir que c'était son ami. Il portait un sourire serein sur le visage. Sabal hocha doucement la tête et leva sa main en la remuant un peu avant que le vent ne l'emporte, effaçant sa présence.
Ajay ne savait pas pourquoi, mais son coeur se remplit d'une tristesse qui le submergea aussitôt. Des larmes coulèrent le long de ses joues sans qu'il ne puisse faire quoi que ce soit. Son cœur était lourd mais il ne sentait rien au niveau de son visage, comme si son corps était divisé en deux parties. Pagan attrapa ce petit moment et se pencha sur lui, concerné.
" Ça va aller ?
- Je ... Je crois ... Je suis simplement ... Soulagé ? Ajay s'essuya l'œil droit avec le flanc de sa main avant de renifler, le cœur lourd.
- Viens par ici."
Pagan l'invita avec les bras grands ouverts et Ajay n'hésita pas une seule seconde avant de venir enlacer l'ancien roi. Il colla son front sur son torse tout en faisant passer ses mains sous les bras de l'ancien Tyrant, accrochant ces dernières au niveau de ses omoplates.
Depuis qu'il avait posé ses pieds au Kyrat, Ajay n'avait jamais pleuré. Mais tout ça, c'était trop pour un seul homme.
Pagan lui caressa patiemment le dos pour le calmer puis une fois que Ajay fut fin prêt à le lâcher, le roi lui attrapa le menton avec douceur.
" Que vas-tu faire maintenant, Ajay ? Tu n'as plus de raison de rester ici. Tu veux rentrer chez toi, en Amérique ?"
Le plus jeune considéra la question. Retourner en Amérique ? Non ... Pourquoi ? Il n'avait aucune attache à ce pays. Sa mère n'y était plus, il n'avait pas de racine, aucune famille et quelques amis de lycée qu'il ne voyait plus, des collègues de travail. Il n'était personne. Ici, il avait dompté la nature, gagné les faveurs d'un pays et puis, il avait Pagan.
"Non ... Souffla l'américain.
- Non ?
- Je ne veux pas rentrer, je veux rester au Kyrat, avec toi.
- Alors qu'il en soit ainsi, conclut l'ancien roi. Je suis content que tu dises ça, on va pouvoir rattraper le temps perdu ! Toi et moi, on a des choses à se dire."
