Cela faisait à présent un peu plus d'une demi-heure qu'ils marchaient, ou plutôt qu'ils courraient. A bout de souffle, elle sentait sa gorge se serrer de plus en plus sur sa respiration sifflante. Devant elle, les deux semblaient avancer sans aucun problème. Le plus grand, Thomas, jetait régulièrement un coup d'œil derrière lui pour vérifier si elle était toujours là. Comme si elle aurait pu s'enfuir. Si elle n'avait fait ne serait-ce qu'un pas de travers, l'autre chintok lui aurait arraché la tête ! Ni tenant plus, elle s'arrêta pour reprendre son souffle. Son arrêt fut immédiatement remarqué. Ni une ni deux, ils se retournèrent dès qu'ils n'entendirent plus le bruit de ses pas.
"Je ne t'ai pas dit de t'arrêter, menaça l'asiatique en s'approchant à grands pas d'elle.
-Hé oh, du calme, vieux! s'exclama Thomas en le retenant. C'est déjà pas mal qu'elle ait réussi à tenir jusqu'ici sans s'effondrer, alors arrête de lui mettre la pression!
Le regard foudroyant de Minho passa d'elle à Thomas. Il dégagea brusquement son bras de la poigne de son ami, avant de leur tourner le dos et de s'éloigner de quelques pas. Thomas s'approcha alors d'elle, qui était toujours penchée sur ses genoux, le visage rouge.
-Tiens, tu veux de l'eau? lui proposa-t-il en sortant une bouteille en plastique de son petit sac à dos.
-Oh merci, fit-elle en se redressant, buvant avidement. Sa respiration s'était quelque peu calmée à présent, et elle pouvait désormais parler sans s'interrompre.
-Doucement, doucement, rigola-t-il. Ne bois pas trop ou bien tu risques d'avoir un point de côté quand on repartira.
-Parce que c'est possible d'en avoir plus de deux? se moqua-t-elle en détachant le goulot de ses lèvres.
-C'est toi qui me le diras, conclut-il, rieur.
La méfiance qu'elle éprouvait à son égard semblait s'être dissipée pour laisser place à une taquinerie amicale. Le fait qu'il prenne sa défense devant Minho l'avait rassurée, et elle ne percevait aucune hostilité venant de Thomas. Celui-ci rangea la bouteille dans son sac, puis ajouta :
-On est bientôt arrivé, mais on ne devrait tout de même pas tarder. Minho ne sera pas content sinon.
Arrivé où? Connaissaient-ils une sortie à ce maudit labyrinthe ? se demanda-t-elle. Cependant, bien qu'elle se sente plus en confiance avec Thomas, elle ne s'aventura pas à poser plus de questions. Elle acquiesça simplement de la tête et ils rejoignirent l'asiatique qui leur tournait toujours le dos à quelques pas de là. Ce dernier attendit que Thomas arrive à sa hauteur, hocha de la tête à sa présence et se remit en route sans même daigner glisser un regard derrière lui. L'enchaînement sans fin de couloirs et d'intersections reprit, chaque passage ressemblant au précédent. Toutefois, au bout de longues minutes, ils arrivèrent dans un couloir. Un couloir au bout duquel il n'y avait pas une intersection, non.
Un couloir qui débouchait sur une vaste étendue d'herbe.
N'en croyant pas ses yeux, elle se mit à accélérer le pas, jusqu'à se retrouver presque collée aux deux garçons devant elle. Avaient-ils réellement trouvé une sortie ? Enfin, ils atteignirent la limite séparant la grande plaine des murs de béton. Alors ils ralentirent, puis s'arrêtèrent pour retrouver leur souffle.
Fascinée, elle en profita pour embrasser du regard les environs. Elle semblait se trouver dans une vaste plaine, bordée par une forêt d'un côté. De l'autre, elle apercevait plusieurs constructions en bois. Elle n'avait cependant pas remarqué, derrière les deux personnes qui l'avaient amenée ici, qu'un nouvel individu se dirigeait vers eux. Elle le chercha du regard, surprise par le son d'une nouvelle voix. Elle ne pouvait cependant pas le voir, sa vue étant bloquée par les corps de Thomas et de l'asiatique.
-Minho, tout va bien? Pourquoi est-ce que tu es rentré si tôt? fit la voix, définitivement masculine mais inquiète, du nouveau venu.
Minho prit une grande inspiration et leva les yeux vers lui d'un air sombre.
-Voilà la raison.
Et il s'écarta.
L'adolescent qu'elle pouvait désormais voir en face d'elle prit une brusque inspiration, les yeux écarquillés. De la même taille que Thomas, il avait une stature un peu frêle, mais était néanmoins musclé. La peau de ses épaules et de son visage était halée, comme s'il avait passé de nombreuses heures au soleil. Ses cheveux blonds-châtains se bataillaient sur son crâne, assez longs pour pouvoir se dresser en épis par endroits. Les yeux écarquillés sur des prunelles d'un marron caramel, il avait l'air stupéfait de la voir et restait planté devant elle, les bras ballant et la bouche légèrement entrouverte. Autour d'eux s'étaient attroupés d'autres adolescents, ayant l'air d'avoir tous à peu près le même âge, et affichaient tous une stupéfaction et une surprise sans bornes. Une fois l'étonnement passé, certains la regardaient avec envie, d'autres avec méfiance ou encore avec sympathie, mais aucun ne réagissait. L'attroupement semblait grossir au fil des secondes, et elle sentit une sensation de malaise monter en elle tandis qu'elle se retrouvait encerclée. Puis les questions fusèrent. Au départ des murmures, elles se firent entendre de plus en plus tandis que l'agitation gagnait l'attroupement.
-Une FILLE ?
-Mais c'est qui ?
-D'où est-ce qu'elle vient ?
-Comment est-ce que vous l'avez trouvée ?
-Je la veux bien, moi !
Les interrogations continuèrent à être formulées jusqu'à former un brouhaha oppressant qui l'écrasait de plus en plus. Le garçon qui s'était inquiété du sort de Minho essayait désormais de calmer les autres, mais sans succès. Soudain, une voix grave et imposante fit régner le calme en un instant :
-TAISEZ VOUS ! MAINTENANT !
La foule se fit aussitôt silencieuse, et s'écarta pour laisser place à un adolescent à la peau noire un peu plus vieux que les autres. Grand et de carrure imposante, il affichait une expression de mécontentement très prononcée. Au vu de la réaction des autres suite à ce qu'il avait crié, il semblait avoir une autorité manifeste sur eux. C'était peut-être leur chef ? songea-t-elle. Cependant, l'aura négative qui se dégageait de lui commençait à l'effrayer, surtout qu'elle semblait être dirigée contre elle. En effet, depuis qu'il l'avait aperçue au centre de l'attroupement, il n'avait pas détaché son regard d'elle, ses yeux se rétrécissant en l'espace de quelques secondes. Tout le monde était figé, semblant attendre une réaction du nouveau venu. Une voix se fit entendre au beau milieu du silence tendu qui régnait.
-On l'a trouvée dans le labyrinthe, déclara Minho.
Elle ne pouvait pas voir l'expression de son visage quand il prononça ces mots, mais vu le ton de sa voix, il éprouvait toujours autant de sympathie à son égard. En face d'elle, elle vit les traits de celui qui semblait être le chef se durcir encore plus.
-Qu'on la mette au gnouf.
A ces mots, elle sentit plusieurs mains s'emparer d'elle, lui maintenant fermement les bras. La peur l'envahit. Qu'allait-ils lui faire subir ? Pour qui se prenaient-ils pour la traiter comme un objet que l'on peut déplacer à sa guise ? Les adolescents commencèrent à la trainer, et elle se débattit du plus beau qu'elle pu pour échapper à leur emprise. Elle lança des coups de pied dans toutes les directions, mordit ceux qui osaient lui toucher le visage, s'arc-bouta, et parvint à se libérer des mains qui l'emprisonnaient. Alors, elle se mit à courir, mais fut immédiatement plaquée au sol, atterrissant la tête la première dans l'herbe. Elle fut tout de suite relevé et fortement maintenue par deux types. Terrorisée, la respiration erratique, elle leva les yeux vers celui qui l'avait jetée à terre. Minho, encore une fois. Il avait lui aussi le souffle court, mais ne paraissait absolument pas désolé de son acte. Au contraire, il la regardait durement, le visage fermé, ne manifestant aucune émotion. Un flash passa dans ses yeux, et elle cru y apercevoir de la colère. Un peu plus loin, Thomas la regardait d'un air désolé. Il semblait l'avoir prise en pitié.
Cela faisait à présent plus d'un heure qu'ils l'avaient jetée sans ménagement dans ce trou. Assise contre un mur, les genoux relevés, elle luttait contre le sommeil et la faim qui s'emparaient petit à petit de son corps. Elle commençait à avoir mal là où ces brutes l'avaient maintenue tout à l'heure, et frissonna en y repensant. L'idée de se retrouver de nouveau face à eux l'effrayait. S'ils avaient été capables de s'acharner contre elle de la sorte , que feraient-ils par la suite ? De toute manière, elle n'avait aucune idée de quand est-ce qu'elle pourrait enfin sortir de cette prison, le gnouf comme le supposé chef l'avait désigné. L'humidité de la terre commençait à imprégner ses vêtements déjà sales, la ramenant à d'autres préoccupations. Son esprit dériva vers d'autres horizons, repensant à l'endroit qu'elle avait eu le temps d'apercevoir avant qu'ils ne la confinent ici. La plaine qu'elle avait contemplé quelques instants n'était pas si grande que ça après réflexion. Elle était délimitée par quatre murs. Des murs de béton, comme ceux du labyrinthe. Finalement, contrairement à ce qu'elle avait pensé au tout début, cet endroit n'était sûrement pas une issue. Plutôt une prison, certes accueillante, au beau milieu du labyrinthe. Ainsi, elle se trouvait dans une prison elle-même dans une prison. Sympathique, la petite mise en abyme ! Elle laissa échapper un soupir. Elle ne pouvait même pas s'empêcher d'être sarcastique...
-Hé oh ? La bleue ?
Elle sursauta au son inattendu qui parvint à ses oreilles, la tirant de sa rêverie. En face des grilles de bois se tenait Thomas, accroupis à sa hauteur. Elle se releva et s'approcha vers lui. Peut-être venait-il pour la faire sortir d'ici ? Cependant, vu l'air désolé qu'il affichait, elle doutait que cela soit le cas.
-Salut Thomas, fit-elle en soupirant.
Il lui sourit gentiment.
-Je suis venu t'apporter à deux trois trucs. Je me suis dit que tu aurais faim après toute une nuit sans manger. Oh, et voici Chuck. C'était le nouveau avant que tu n'arrives.
Sur ses mots, elle aperçu aux côté de Thomas un garçon qui n'avait pas l'air d'avoir plus de douze ans. Un peu rondouillet et de petite taille, ses cheveux châtains bouclé se balançaient autour de son visage alors qu'il lui adressait un signe de la main amical. Pendant ce temps, Thomas avait sortit de son sac plusieurs sandwichs ainsi qu'un pomme et une bouteille d'eau. Attrapant le premier sandwich qu'il lui tendait, elle le remercia et mordit avidement dedans, goûtant au moelleux du pain mêlé au jambon, aux œufs et à la salade fraîche et croquante. Elle ferma un instant les yeux, redécouvrant le plaisir d'utiliser ses papilles. Elle s'assit en tailleurs, regardant Thomas droit dans les yeux. Elle avait quand même quelques petites questions, et la colère qu'elle éprouvait était toujours bien vive.
-Je peux savoir ce que je fais là ? interroga-t-elle sèchement. Car à ce qu'il me semble, nous sommes au beau milieu d'un labyrinthe, et moi dans ce foutu gnouf, où vous m'avez jetée sans aucune raison. Alors maintenant je veux des explications. De quel droit est-ce que vous m'avez enfermée ici ? Pour qui vous prenez-vous ? termina-t-elle d'un ton plein de colère, ses yeux lançant des regards noirs.
-Ohoh, je pense que je vais aller faire un tour, moi, s'exclama Chuck. Tu sais, demander si les mecs ont besoin d'aide, ce genre de truc. Allez, à plus !
Thomas le regarda s'éloigner d'un pas rapide l'air quelque peu désespéré. Il avait beau être celui qui s'était montré le plus agréable envers elle, il lui fallait tout de même des explications. Il reporta son attention sur elle dans un soupir. Elle lui rappelait un peu lui-même à son arrivée, toujours à poser des questions et à chercher à en savoir plus.
-De toute manière, tu finiras par tout savoir d'une manière ou d'une autre, alors autant que ce soit moi qui t'en dise une partie, commença-t-il. Ici, cet endroit, s'appelle le bloc. C'est ici que nous vivons, travaillons et dormons. De l'autre côté des murs, comme tu l'auras deviné, se trouve labyrinthe. Les portes qui nous permettent d'y accéder se ferment chaque nuit.
-Je n'ai vu aucune porte, fit-elle en fronçant les sourcils tout en continuant de manger son sandwich.
-Tu verras ce soir, répondit-il. Cela paraît vraiment inconcevable la première fois, mais on finit par s'y habituer. Bref, seuls les coureurs sont autorisés à se balader dans le labyrinthe de toute manière.
-Se balader ? Si c'est réellement ce que tu fais toute la journée je veux bien échanger, annonça le blond qui les avait accueilli à leur retour du labyrinthe, s'approchant d'eux d'un ton moqueur, un sourire au coin des lèvres. En observant d'un œil attentif, elle remarqua qu'il boitait légèrement.
-Newt ! s'exclama Thomas en se relevant d'un bond l'air paniqué. Qu'est-ce qu-
-Du calme Tommy, je me doutais bien que je te trouverais avec la bleue. Je ne pourrais pas te reprocher de lui avoir apporté à manger, détend toi, le rassura-t-il en posant une main sur son épaule.
Il se tourna ensuite vers elle, qui tenait à présent debout, en grimaçant.
-Ecoute, enfermer les gens c'est pas trop mon truc... je suis désolé pour ce qui est arrivé. S'il n'en tenait qu'à moi les choses se seraient passées autrement, termina-t-il. Je suis Newt, second en chef.
Elle hocha la tête. Ce type avait l'air amical, et elle sentait qu'elle pourrait bien s'entendre avec lui.
-Moi c'est...
Elle s'interrompit-elle en réalisant qu'elle ne connaissait toujours pas son nom.
-T'en fais pas, tu te souviendras de ton prénom dans quelques jours, la réconforta Newt d'un sourire. On est tous passé par là, tu t'en sortiras. Il reste juste à savoir comment est-ce que tu es arrivée ici. Tu te souviens de quelque chose ?
-Pas vraiment, non. La dernière chose dont je me souviens c'est de m'être réveillée dans le noir, alors que des murs s'apprêtaient à se refermer sur moi.
Elle frissonna en se remémorant ces instants tout en attrapant un autre sandwich posé au sol de l'autre côté de la grille de bois.
-D'accord, acquiesça-t-il. En attendant...le conseil aimerait en savoir plus sur toi. On doit décider quoi faire de toi, trouver quelqu'un dans le labyrinthe n'est pas quelque chose qu'on a l'habitude de voir.
-Elle va passer devant le conseil ? s'enquit Thomas, les bras croisés. Quand ça ?
-Eh bien, répondit Newt en sortant les clefs permettant d'ouvrir le cadenas verrouillant la porte du gnouf, maintenant.
