Les gardénias sont en fleurs, je m'approche pour sentir leur douce fragrance, je m'apprête à sortir dans la rue pour en faire le tour quand la voix de mon père, douloureux rappel à l'ordre, résonne:

"Draco, je te l'ai déjà dit, tu as l'interdiction de sortir du jardin"

Je soupire et je fais demi tour en traînant les pieds. De toute façon la rentrée est dans deux semaines je vais bien être obligé de sortir. Mon estomac se serre et si une fois de plus mes parents changeaient d'avis et si une fois de plus je devais faire cours à la maison.

Je n'ai que douze ans mais je peux déjà dire que je suis fatigué de tout ça. J'imagine très bien le tableau que je connais par cœur. De nouveau des candidatures pour me trouver un professeur à domicile puis pourquoi pas un autre déménagement.

Nous ne sommes jamais restés au même endroit plus d'un an. Mon père me dit que ma constitution fragile m'impose de changer d'air souvent mais je ne suis pas bête. Je sais bien que le problème vient en partie de moi, on me regarde étrangement.

Il y a pour la plupart du temps de l'admiration et des fois des regards étranges que je n'arrive pas à analyser mais qui me mettent incroyablement mal à l'aise.

Je suis tout petit, j'ai les cheveux long, trop long il me tombe en bas des reins mais je refuse qu'on les coupe. Quand je suis triste je penche la tête et il se dresse devant moi comme un lourd rideau qui me protège du monde. Ils sont fins et tellement blonds qu'on les croirait blancs selon l'éclairage. Mes yeux sont gris mais ils changent de couleur selon mon humeur. Maman dit que je suis une petite créature de conte de fée. Incroyablement beau et innocent. Je soupire amèrement. elle ne voit pas que je vieillis, le petit Draco change et bientôt je ne voudrais plus de tout ça.

Je ne manque de rien, mes parents sont aimants et tout ce que je souhaite je l'ai sauf la liberté. Je rêve d'être comme tout les gamins de mon âge, de pouvoir aller jouer aux ballons dans la rue, de pouvoir crier avec toute une bande, d'aller à l'école. Bientôt, si tout se déroule bien. Le collège saint Antoine va m'ouvrir ses portes.

Maman prépare chaque jour mes affaires avec un visage sérieux, elle me serine les même choses: ne regarde pas trop les gens dans les yeux, si quelqu'un veut devenir ton ami laisse toi le temps de la réflexion, personne n'a le droit de te toucher sans ta permission. ..

Je commence à croire que je suis atteint d'une maladie honteuse. D'aussi loin que je me souvienne mes parents n'ont jamais laissé personne m'approcher et quand il y a eu des tentatives nous deménagions.

Je regarde mes mains, fines on dirait des doigts de fille. J'ai quelque chose en moi qui ne va pas...

Il me manque. Je pense souvent à lui. j'étais tout petit quand il m'a emmené à papa et maman, ce sont ses parents aussi. Je crois que c'est pour ça qu'ils pleurent souvent et que contrairement à ce que dit maman rien ne va bien dans le meilleur des mondes possibles. Sinon Harry serait là, il serait mon grand frère, nous jouerions ensemble et il se moquerait de mon physique bizarre. Harry me protégerait.

J'avais deux ans. Je ne me rappelle pas de lui, il n'y a pas de photo à la maison, on ne prononce pas son nom. On me dit juste:

" C'est Harry qui t'a mené à nous, c'était notre fils."

Et à chaque fois cette angoisse. Il l'était et ne l'est plus? Pourquoi? Et qui sont mes vrais parents?

Quand je suis seul je parle à Harry mais je ne dois le dire à personne.

Je me rappelle ses yeux verts et son odeur de cuir. Je me rappelle de sa voix qui me disait: "Je t'emmène là où tu n'auras plus jamais froid".

Est-ce à cause de lui que nous déménageons ou est-ce à cause de moi?

Trop de questions. Bref dans tout les cas je suis bien décidé à faire ma rentré et que tout se passe bien.