Au bout de siècles à me demander dans quel ordre publier mes OS, je décide d'y aller au hasard. Bonne lecture !

-Je m'ennuie.

-Ah oui ? Bon...

-Je m'ennuiiiiiiiiiiiiiie...

-Je crois avoir entendu.

-Leeexaaaaaa ? Pourquoi tu me laisses m'ennuyer ?!

-Putain, John, t'es lourd. Quand Bellamy m'a demandé de te garder, je croyais qu'il choisissait mal ses mots !

-Mon homme ! Il arrive quand ?!

-Sais pas.

-C'est parce que je suis gay, c'est ça ? C'est pour ça que tu me prends pas au sérieux ?

-Tu as bu, quand j'avais le dos tourné ? Je te rappelle que je suis aussi lesbienne...

-J'ai pas bu. Pas encore. J'attends mon hoooooooomme...

-Tu es tout le temps aussi chiant ou c'est parce que c'est moi ?

-Je suis d'humeur ! Mais bordel que je m'ennuie...

John Murphy est affalé sur son fauteuil, il agite ses jambes en l'air et les observe plus ou moins distraitement. À côté de lui, la meilleure amie de son petit copain lit un bouquin de géo-politique tout en le surveillant du coin de l'oeil. Le petit copain en question est actuellement à une réunion d'urgence. Seulement, aujourd'hui, c'est leur un an de premier bisou, et Bellamy lui a promis de ne pas le laisser seul. C'est pourquoi, pour une période de durée indéterminée, il a appelé Lexa. Comme si elle pouvait le remplacer. Bellamy Blake est le seul à savoir et supporter, et contenter John Murphy. Lexa n'a clairement aucune chance.

-Tu sais toujours pas quand il revient, là, maintenant, j'imagine?

-Et si tu la fermais? Je relis la même page depuis vingt minutes.

-Tu es plutôt du style patiente, toi. Moins que Monty ou Clarke mais dix fois plus déjà que Raven...

Et oui. John Murphy a souvent droit à des baby-sitters.

-Blake va devoir me payer pour ça. Je jure sur la tête de Clarke que je le tue si...

-Pourquoi tu parles autant? Tu vois pas que je m'ennuie?

-Hé, pardon! Je savais pas que c'était une activité à plein temps, hein...

John sourit en continuant d'observer ses jambes. C'est drôle, il a moins de contrôle de la jambe droite... elle part plus facilement vers l'extérieur que vers l'intérieur. Étrange...

Non, en fait. Pas tellement.

-JE-M'EN-NUIE !

Et là, un bruit strident. Le bruit automatique que fait la porte d'entrée quand elle s'ouvre.

-Bellamy!

John se jette sur ses pieds, sous le regard blasé mais soulagé de Lexa. L'homme apparaît derrière la porte d'entrée, les épaules baissées, l'air crevé. Ses longs cheveux retombent devant ses yeux, il balance son sac dans le hall puis ferme précautionneusement la porte derrière lui.

-Rhaaa...Enfin à la maison.

Lexa reclaque son livre, prend sa veste, fait vite la bise à John puis rejoint son meilleur ami.

-Tu me dois un resto'.

-Pas de souci. Merci de t'être libérée...

-C'est ça, plus jamais. (Petit rire de la part de Bellamy) Repose-toi bien, t'as l'air mort...

-Je le suis. À plus, Lex'...

John et Bellamy se retrouvent face à face. John a ce grand sourire idiot sur son visage, Bellamy ne trouve même pas la force de lui sourire en retour.

-Tu... s'inquiète John. Ça ne s'est pas bien passé ?

-Hum... ? Si, je crois bien que si... C'est juste que... non. Tu sais quoi ? Je ne vais pas me plaindre. Pas aujourd'hui.

-Tu as le droit, tu sais... Tes horaires sont si compliqués, ces temps-ci... Et puis tu le fais si rarement...

-Toi, tu ne m'as pas l'air assez convaincu. Pas assez convaincant non plus, du coup...

Bellamy s'approche de son copain, l'embrasse tendrement sur le front avant de s'éloigner vers la cuisine. John l'observe, désarçonné et impuissant. Cette journée n'est pas censée se passer comme ça. Bellamy est censé être frais, plein d'énergie, impatient, désireux, désiré... mais là, il a juste l'air d'avoir besoin d'une pause de quelques mois. John observe l'amour de sa vie "s'activer" dans la cuisine. Se servir un verre d'eau, soupirer... boire un peu, redéposer son verre, se masser le bas du dos en grimaçant... finir son verre, réaliser qu'il est vide, soupirer à nouveau... ranger le verre dans le mini-lave-vaisselle, regarder brièvement son copain, soupirer une troisième fois...

Bellamy retire sa veste et va l'accrocher au porte-manteaux. Pour ce faire, il passe devant Murphy, qui l'observe faire, toujours immobile. En passant une seconde fois devant son copain, Bellamy soupire une nouvelle fois.

-Un problème ? s'inquiète à nouveau John en suivant du regard un Bellamy qui va s'affaler sur leur canapé.

-Non, pas vraiment... tu étais obligé de mener la vie dure à Lexa?

-Euh... c'est que... j'ai pas été si chiant que ça. Et puis c'est avec toi que je voulais passer la matinée, moi ! Pas Lexa. Aussi hot puisse-t-elle être, elle n'a pas de pénis...

Bellamy ne réagit pas à la plaisanterie. Il regarde sa montre, puis sa tête retombe lourdement en arrière.

-Elle a un examen hyper important la semaine prochaine, tu aurais pu la laisser étudier...

-Peut-être, mais... c'est Lexa, tu sais. Quoi que j'aurais fait, elle m'aurait trouvé emmerdant...

-Tu ne connais pas Lexa.

-Et tu lui as quand même demandé de venir "s'occuper" de moi.

-Tu aurais pu être cool, vous auriez pu faire connaissance.

-Je croyais qu'elle devait étudier pour son exam'?!

Bellamy lance un regard de feu à son copain, et c'est à son tour de soupirer.

-Okay, désolé...Tu sais bien que je n'aime pas quand le ton monte comme ça, entre toi et moi... Je suis désolé. J'aurais dû montrer ma plus belle facette à ta meilleure pote, et j'ai merdé. Mais là...

Bellamy jette un petit regard lassé à son copain et le coupe

-C'est notre un an de premier bisou... je sais. Quand on me parle pas de dossiers juridiques tous plus urgents les uns que les autres, j'entends parler de ça en boucle. Tu m'accordes une pause? Merci.

Murphy fronce les sourcils. Personne ne lui a parlé comme ça depuis des plombes. Ce ton désagréable, sec, sans amour... ça lui rappelle son père.

Okay... surtout, ne pas penser comme ça. Bellamy est tout l'inverse de mes parents, c'est pour ça que je l'aime. Il a juste eu une rude journée.

-Ouais, bon. T'as envie de boire un truc ?

-Nan, juste d'une pause.

John reste prostré. Qu'est-ce qui peut bien mettre Bellamy dans cet état ? Il ne s'est rien passé de spécial, ces derniers temps. Ça fait depuis un bon bout de temps que leur vie à deux ressemble à un long fleuve tranquille... Tiens. C'est peut-être ça qui agace Bellamy ? Peut-être ça qui le pousse à repousser John, à en avoir marre de tout.

John rentre dans la cuisine, fait chauffer un coussin de noyaux de cerise. Pendant ce temps, il pense à ce qu'ils auraient pu faire, tous les deux, sans cette crise subite...Puis le four à micro-ondes sonne, John ressort le coussin. Il s'approche à nouveau de son copain pour lui tendre l'objet. Objet immédiatement repoussé.

-Laisse tomber! Tu fais tout le temps ça...

-Pas de geste agressif, Bellamy. Ce que tu veux mais pas ça.

-Je... oui, excuse-moi.

-Tu veux me raconter ta réunion?

Bellamy s'apprête à remballer une fois de plus son copain, mais il ne le fait pas.

-Non, ça va aller...je suis juste pas d'humeur, John. Tout va bien.

-Permets-moi de te faire remarquer que ce n'est pas l'impression que ça donne.

-Et si tu me laissais tranquille, maintenant, Murphy?

Waw... j'ai droit à du Murphy maintenant. Sympa. Ça peut s'avérer fun.

-Bon.

Il faut prendre une décision. Faire quelque chose.

John quitte le salon pour rejoindre son bureau. Après avoir un peu fouillé, il tombe sur ce qu'il cherchait. Des craies. Épaisses et de couleur. C'est ce qu'il donne à ses élèves de primaire quand ils veulent dessiner une marelle sur la cour de récré, ou juste s'amuser un peu.

John poigne donc dans la petite dizaine de craies avant de disparaître de la vue de Bellamy. Celui-ci ne s'en formalise pas. Sa tête est lourde, c'est mieux pour lui de rester au calme. Il rejette sa tête en arrière, ferme les yeux et inspire un grand coup. Aujourd'hui, il en a marre de tout. Absolument tout. Il soupire une Xième fois. C'est bête, lui aussi aurait aimé profiter de cette journée... Il le montre peut-être moins que John, mais ça reste assez important à ses yeux. Il y a un an, ils concrétisaient leur amour. À l'époque, rien ne leur semblait infaisable, tout était possible. C'était magique et complètement surréel tellement tout était parfait. Puis ils s'étaient mis en couple, ils avaient squatté l'un chez l'autre, une certaine routine s'était installée... Aujourd'hui particulièrement, mais depuis quelques jours, Bellamy se lasse un peu du train-train quotidien. Se lever, embrasser son partenaire, vite déjeuner puis partir bosser. Embouteillages, travail, commérages au bureau, retour, embouteillages. Ré-embrasser son copain, manger en racontant sa journée, se mettre dans le canapé puis câlins sous la couette. Une nuit de sommeil et recommencer. Quand il venait d'y avoir une dispute, l'un faisait chauffer une bouillotte pour l'autre et lui apportait un verre de vin rouge. Un câlin puis la page était tournée.

Bellamy adore cette vie. Vraiment. John est sans aucun doute l'homme de sa vie et tout est confortable, rassurant, délicat pour la plupart du temps. Seulement... des fois, il voudrait rentrer du boulot et recevoir un immense bouquet de fleurs. Ou bien voir John en kilt, apprendre qu'il a décidé d'apprendre la cornemuse ou qu'il compte l'emmener voyager ! Certes, d'un certain point de vue, ça a quelque chose de ridicule... Bellamy a aussi un rôle important, dans leur couple. C'est peut-être lui, au fond, qui doit se bouger le cul.

Enfin bon. Tout ça n'a aucun sens, notez bien, vu que cette mauvaise humeur n'est que passagère. Demain ça ira mieux. Oui. Demain. En attendant... en attendant, John a disparu depuis plus de quinze minutes. Bellamy fronce les sourcils, il re-dépose son journal sur la table basse et se lève.

-John... ?

Pas de réponse. Bellamy fait une grimace, est-ce qu'il vient d'offenser son copain ? Par pitié, pas une crise existentielle ce soir...

-John, je suis désolé. Tu veux pas me dire où tu es ? J'ai été con...

La salle à coucher est vide, tout comme la salle de bain et le bureau. Bellamy commence à sérieusement s'interroger, est-ce que son mec est en train de mourir dans un placard, ou enfermé dans les toilettes ? Là, le brun voit que la fenêtre de son salon est ouverte. Elle donne sur l'escalier de secours de l'immeuble. Elle est toujours fermée, d'habitude, John est sûrement passé par là. Bellamy passe la tête par l'ouverture.

-John ! Allez, réponds ! JOHN !

-Bellamy... ? Monte, je suis sur le toit.

Le toit... qu'est-ce que John peut bien foutre là ? Bellamy enjambe avec précaution l'appui de fenêtre, il se retrouve soudainement à plus de six étages de hauteur. Merde... Lentement mais sûrement, Bellamy monte les escaliers de secours. Il tremble un peu et, c'est sûr, quand il verra John, il lui passera un savon. Quelle idée de monter tout là-haut ! Ce n'est peut-être même pas légal...

-John, tout va bien ? Qu'est-ce que tu fous ?

Pas de réponse.

-John...?

Toujours rien.

-JOOOHN !

-Oh, par pitié, arrête de gueuler ! Les voisins vont finir par se plaindre.

Bellamy soupire, un peu soulagé, un peu agacé, un peu amusé. Alors, enfin, l'adulte arrive sur le toit. Et... surprise!, John n'y est pas. Bellamy grince des dents. Et si son copain était tombé ? Il est plutôt haut, après tout, cet immeuble.

-John...

Ce n'est plus qu'un murmure. Le beau blond n'est pas sur le toit principal, mais il y en a aussi un secondaire, plus bas. Se peut-il que...?

Oui. Bellamy voit enfin son copain. Il est quatre mètres plus bas que lui, accroupi et lui tourne le dos. Il s'affaire à frotter quelque chose contre le sol... Bellamy aurait besoin qu'il se retourne pour en voir un peu plus. Il reste, quelques secondes, voire quelques minutes, immobile, à observer l'homme de sa vie à l'oeuvre. Il fait de grand mouvements, se lève assez souvent pour prendre du recul sur ce qu'il fait. L'air est doux, l'attente n'est pas désagréable. Au bout d'un assez long moment, John se lève et s'éloigne de sa zone de travail.

Alors, Bellamy peut enfin voir ce qu'il lui a réservé. Un immense dessin, de plusieurs mètres carrés, représentant un bouquets de fleurs sauvages dessiné à la craie. C'est tout simplement magnifique.

-John...

La voix de l'homme est trop basse, son copain ne l'entend pas. Par contre, il l'observe avec un grand sourire, guettant sa réaction. Bellamy n'est pas sûr d'avoir jamais reçu un cadeau aussi beau. Il est tout engourdi, touché par la beauté de son cadeau. Surtout par l'initiative, en fait... allez, Bellamy, tu vas pas pleurer. Si ?

Voyant que Bellamy ne dit rien, John écarte grand les bras et les tend vers le beau brun. Il les ramène ensuite à sa bouche, pour former un cornet qui amplifierait son cri.

-Je t'aime, Bellamy !

La phrase résonne partout sur le toit de la ville. Un immense sourire barre le visage de Bellamy.

Bonne anniversaire, Blondie !