-Donc, voilà. C'était la révolution protestante. Je dois admettre être très fier de votre comportement cette semaine. Vous vous êtes impliqués, vous avez participé en classe, posé des questions….Je suis ravi que vous ayez pu trouver votre intérêt dans l'étude de cette matière. Même, même !, si aucun d'entre vous n'est protestant.
Le prof accompagna sa dernière phrase d'un grand sourire amusé. Son regard brillait de fierté quand il survolait sa classe. Il avait réussi. Il était conscient d'être un peu ringard, mais il avait réussi. C'était sa première année de cours et il avait déjà captivé la plus grande partie de ses élèves.
-Des questions pour le test de vendredi ?
-Moi, m'sieur !
-Oui, William ?
-Vous avez corrigé nos dissert's ?
-Celle que vous m'avez rendues hier ? Malheureusement pour ma vie sociale et ma vie de couple, oui. Je les ai corrigées, puis je les ai oubliées sur mon bureau. C'était plutôt pas mal, vous les recevrez demain. D'autres questions qui seraient vraiment à propos du contrôle ?
-Vous serez cool ?
-Je suis toujours cool, Phil, ne t'inquiète pas. Bon, en parlant de ça… C'est l'intercours. Ouste, fuyez ! Allez dehors et aérez-vous le cerveau. Le monde est à vous, tout est permis ! Vous avez cinq minutes puis je referme les portes de la classe. Et Dieu seul sait que quand je ferme ces portes, elles ne s'ouvrent à nouveau que cinquante minutes plus tard.
Les élèves rigolèrent alors que le regard du prof s'attardait volontairement sur Julie, qui avait déjà été la malheureuse victime de ce régime. Puis ils enfilèrent rapidement leur manteau et sortirent tranquillement de la classe, un sourire aérien aux lèvres. Bellamy Blake resta debout devant son bureau jusqu'à ce qu'il n'y ait plus personne en mouvement dans la classe. Ensuite il alla ouvrir deux fenêtres pour créer un courant d'air qui s'occuperait des mauvaises odeurs. Puis, seulement, il se dirigea vers le fond de la classe, où une masse informe s'était étalée.
Il s'assit alors sur le bureau en face du garçon et l'observa un moment. Ses cheveux bruns recouvraient tout son visage, il s'était appuyé sur ses bras pour optimiser le confort de sa position. Dans ce même objectif, son cours n'était pas encore ouvert.
Bellamy se racla la gorge, mais le type face à lui ne fit rien. Alors, presque brusquement, il tapa ses deux mains sur le bureau, de chaque côté de la tête de l'élève.
-John Murphy !
L'interpelé sursauta et, aussitôt ses cheveux dégagés de sa vue, il jeta un regard noir à son prof.
-Bien dormi ?
-Est-ce que je viens vous réveiller en pleine nuit quand vous dormez, moi ? Je crois pas.
-Est-ce que je viens dormir juste sous ton nez, alors que tu essayes désespérément de m'aider et de communiquer avec moi ?
Le silence de l'élève disait tout, Bellamy soupira.
-Tu devrais suivre mes cours, John. Je suis sûr que ça pourrait t'intéresser. Tu es intelligent. Les cours littéraires comme Philo ou Histoire sont taillés pour toi.
-Mais oui, c'est ça... fit le garçon en passant une main dans ses cheveux. Pour répondre à votre question: j'ai bien dormi, malgré une série de bruits parasites dans la pièce.
-Des bruits parasites, hein ? Bon. J'attends encore ta dissertation.
-Mon chien l'a mangée.
-John !
-Je m'appelle Murphy. Vous ne me croyez pas ? Z'avez raison. Ma grand-mère est morte hier, j'ai pas eu le temps de faire mon devoir.
-Par pitié...
-Non ? Bon... en fait je travaille sur un projet de voyage spacial et j'avais besoin d'isolant pour mon cockpit.
-Tu as tellement d'imagination, c'est un sacré gâchis.
Le cancre haussa les épaules. À vrai dire, il s'en fichait. Tout n'était que gâchis dans sa vie. Un autre enfant aurait pu naître à sa place, un enfant tellement mignon que sa seule tronche aurait convaincu son père d'arrêter de boire. Il aurait aussi pu être tellement sexy qu'il aurait dès son plus jeune été pris dans des publicités, et il aurait pu payer les médocs de sa mère. Il aurait pu être assez fort pour empêcher son père de fracasser le crâne de son petit frère au sol, alors que celui-ci était encore un nourisson. Mais non. Il était lui. C'était en soi un gâchis assez conséquent pour qu'il s'inquiète d'autres choses plus secondaires.
Bellamy soupira en voyant l'absence de réaction de son élève. Cela eut presque pour effet de le faire culpabiliser.
-Je m'excuse, Monsieur Blake. Vraiment. Mais ne perdez pas votre temps à attendre ma copie, elle n'arrivera pas.
Bellamy soupira à nouveau avec une emphase quasi théâtrale.
-Tu aurais dû naître en 1700, John. Tu aurais fait un parfait philosophe des Lumières…
Murphy en doutait fortement. Même quatre siècles plus tôt, il serait né dans une famille de merde lui fermant toute possibilité pour une belle vie.
-Si vous le dîtes.
-Tu ne veux pas prendre un peu l'air ?
-C'est vrai que vu que vous me bouffez tout mon oxygène...
Bellamy fit une petite moue, puis recula un peu. Prendre une décision... vite.
-Je resterai en classe, ce soir, pour travailler au calme. Et toi ? Tu fais quoi après l'école ?
-Si je vous le disais, je serais obligé de vous éliminer après.
-Super, alors. Tu resteras ici avec moi.
Bellamy observa attentivement son élève qui ne broncha pas. Pas tout de suite, du moins.
-D'accord. Sachez à quoi vous attendre si vous vous retrouvez accusé de pédophilie, hein.
-Je ne suis pas aussi vieux, et tu n'es pas mon style. Désolé gamin.
Dans le couloir, du bruit recommença à se faire. Bellamy se désinteressa de son élève, du moins en apparence, et partit refermer les fenêtres. Le reste de sa classe rentrait à nouveau dans le local, ils s'installèrent sans trop chahuter. Bellamy rejoignit son bureau pour s'asseoir dessus.
-Welcome back, tout le monde. Être, ou ne pas être ? Qui suis-je ? Quel est mon but ? Pourquoi… pourquoi tout ? Voilà d'excellents exemples de philosophie à deux balles. Être ou ne pas être, ne vient même pas d'un philosophe. Qui sait de qui ça vient ?
-Molière, non ?
-Presque ! Shakespeare. Shakespeare était un poète, les gars. Autant dire qu'il nous a tous baisés quand il nous a fait croire que "this is the question". Rambaud a pas essayé de philosopher, lui !
-Non, il s'est juste contenté de sucer des pipes.
-Bien vu, Colin. Bravo pour ta culture générale. Et puis tu viens de gagner le droit de quitter mon cours jusqu'à la semaine prochaine. Tu vas nous manquer. (Bellamy reprit son cours comme si de rien n'était, alors que le petit blond s'en allait en râlant) C'est pas comme les types de l'antiquité. Eux, ils faisaient dans tout, parce qu'ils s'y connaissaient dans tout ! Comment ça se fait, ça ? Et bien on va devoir aller voir jusqu'au système d'éducation de l'antiquité grecque. Vous connaissez Platon ?
-Oui !
-Moi aussi !!
-Et bien sachez qu'il n'a pas du tout créé ce fameux système. C'est bien que vous reconnaissiez son nom -même si c'est quand même plutôt normal – mais vous pouvez l'oublier pour l'instant.
Bellamy continua de donner son cours. Du coin de l'oeil, un peu désespéré, il observait John Murphy se rendormir.
OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO
-Tu vas bien, John ?
-On m'appelle Murphy.
L'adolescent était assis au bureau de Bellamy, juste à côté de lui. Le prof lisait un livre de décoration intérieure, il écrivait des notes entre les lignes. Patient, Murphy l'observait faire sans bouger d'un iota.
-Et donc, tu vas bien ?
-Je vous avoue que c'est pas l'éclate. Vous m'aviez pas dit que vous travailleriez ?
-C'est ce que je fais…
-Et vous voulez que je vous croie ? Ayez confiance en l'adulte, qu'ils disaient…
Bellamy sourit. Ce gamin était plus intelligent qu'il ne le laissait paraître.
-Tu vois, cet extrait, là ? "Pour faire entrer la lumière", patati patata… Ça revient tout le temps. Il y a ce besoin de lumière.
-C'est scientifique, on a besoin des vitamines qu'apporte le soleil. De la vitamine D, je crois.
-Bien sûr, bien sûr. Mais si ça allait au-delà du domaine scientifique ? On retrouve six pages plus tôt, cette notion d'énergie qui circule et qui est nécessaire. Regarde, j'ai fait un schéma pour visualiser leur proposition de disposition de meubles. Ils ne le disent pas mais l'énergie circule là où il y a de la lumière. C'est ce que le miroir, là, et celui, là, impliquent. C'est important, la lumière ! On retrouve cette importance de la clarté, même dans des livres de cuisine ! Regarde… attends… ah, voilà : "pour un aspect plus savoureux, favorisez un glaçage clair". Notre cerveau associe le blanc et le noir, au bien ou au bon et au mauvais. Depuis quand ça date, au fond ?
-Il fut un temps où on vivait dans des grottes…
-Exactement ! C'est sombre, une grotte. Au Moyen Âges, la noirceur n'était pas un problème non plus.
-À la révolution industrielle, est-ce qu'une conducteur de train était plus malheureux que quelqu'un avec un autre job ? Avec tout ce charbon sa vie devait être bien noire…
-Et l'expression "broyer du noir", c'est quoi son origine ? Quand notre obsession du lumineux a-t-elle commencé ?
-Et est-ce présent partout dans le monde ? Ou bien certaines sociétés échappent à la règle ?
-La femme de mariée, en blanc, et l'homme en noir et blanc. Ça a un rapport avec la thématique ?
-Le yin et le yang ! Sommes -nous seulement sûrs de quelle couleur est le bien et laquelle est le mal ? Si on l'est, on aurait déjà fait un pas vers la réponse…
-Pour la date ! C'est très vrai.
John marqua un arrêt, un peu choqué. Il venait de s'intéresser à quelque chose. Il s'y intéressait encore. Pendant quelques minutes, son esprit avait été occupé par autre chose que des piques sanglantes et des remarques acerbes. Son professeur le regardait, des étoiles dans les yeux.
-Vous donnez ça en cours ?
-Un jour, j'espère... pour l'instant je dois répondre à toutes les questions qu'on s'est posées et d'autres encore. Après j'essayerai de faire passer le programme auprès du directeur.
-Il y a des risques qu'il refuse ?
-Des risques, hein ?
-Oh c'est bon, me regardez pas comme ça. Répondez, plutôt.
-Disons juste que mon projet devra être canon.
Murphy ne dit rien. Il réfléchit. Lentement, il dépose ses bras sur le bureau puis y appuie son menton.
-Tu dors, la nuit, John ?
-Je passe la nuit à me masturber.
Bellamy haussa un sourcil.
-Bien sûr que je dors. Mais j'ai d'autres soucis à régler, donc les nuits peuvent être courtes.
-Tu souhaiterais m'aider, peut-être ?
-Quoi ?
-Pour mon projet, tu pourrais m'aider ?
-Quel intérêt y voiriez-vous ?
-Mon projet avance plus vite et le seul élève que je n'avais pas encore apprivoisé s'intéresse à mon cours.
-Au cours que vous ne donnez pas encore.ií
-Oui, c'est ça… alors ?
-On verra…
-Tu es malin, John. Tu peux utiliser ton cerveau pour rendre ta vie plus belle.
-Et bla bla bla, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants…
-Arrête de faire le malin, prends un bic et ouvre la Torah. Allume la radio, aussi. La musique classique aide à la concentration.
-Berk…
OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO
Chaque semaine, trois fois par semaine, John et Bellamy passaient du temps côte à côte. Ils travaillaient. Des fois en silence, des fois en parlant, des fois l'un des deux dormait. Bellamy apprenait à connaître son ténébreux élève – Il semblait apprécier ce qu'il découvrait -, et le plus jeune apprenait ce que pouvait être un ami. Bellamy l'écoutait, il le faisait rire, il lui apprenait des choses et lui donnait de la valeur. Lors de ces scéances, Murphy se sentait bien, il avait envie de sourire. Depuis combien de temps ça ne s'était plus passé ? Au bout de plus de quatre mois, alors que l'année touchait à sa fin du bout des doigts, Murphy n'était plus le même homme. Il avait une bonne raison de se lever le matin. Il avait envie de prendre soin de lui, de sourire un peu plus à ses voisins. Surtout les lundi, mardi et jeudi. Il avait une haine de l'humanité plus diluée qu'auparavant. Oui, un bébé ça pue et ça fait du bruit, mais ça reste assez mignon. Les élèves étaient certes stupides mais il restait une lueur d'espoir : certains s'habillaient vraiment bien, d'autres seraient très utiles à la société, plus tard, quand ils ramasseront les poubelles les lundis matin. Murphy allait mieux, vraiment mieux. L'énergie de son idiot de prof de philo restait dans un coin de sa tête, pour illuminer progressivement sa vision du monde. Oui, ça veut aussi dire que Murphy pensait sans cesse à son prof... Mais peu lui importait. John ne dormait plus en cours, il travaillait sur le projet de Bellamy. Le sujet était vaste, il y avait bon nombres de livres à lire et de compte-rendus à écrire. Et John adorait ça. Il y avait la jubilation intellectuelle totale quand on travaillait sur une conclusion, la soif de découverte quand on venait de trouver un nouvel aspect à la thématique, la douce impatience quand on analysait phrase par phrase un bouquin de quatre cents pages. Et puis il avait cette douce chaleur dans son bas ventre, quand son professeur lui souriait un peu trop longtemps ou lorsque leur coude se frôlaient. Peut-être que oui, c'était un peu fort gnangnan, mais tant pis. Peu importait ce que l'ancien Murphy pouvait bien penser de cette situation, le nouveau était bien plus heureux.
Ce jeudi-là, Vivaldi faisait plus de bruit que les grognements de réflexion de Bellamy Blake. John sifflait au rythme de la mélodie, il retapait une synthèse qu'ils avaient fini trois jours plus tôt sur son ordinateur.
-Tu vas bien ?
Bellamy avait presque tout de suite demandé à Murphy de le tutoyer, il ne se sentait clairement pas assez vieux pour entendre du "vous" en dehors des heures de cours.
-Qui ça ? demanda distraitement l'homme.
-Toi, Bellamy. Tu vas bien ?
-Pourquoi ?
-Tu ne mets jamais "l'hiver" des quatre saisons de Vivaldi. Tu ne l'écoutes jamais, tu dis que tu te la réserves pour les jours de déprime.
-Je l'ai dit une fois.
-Je n'ai que ça à retenir, que veux-tu ? Ma vie est ennuyeuse. Alors ?
-Je t'avais parlé de cette fille, hein ? Celle que j'avais rencontré chez le véto, la fois où Coddy avait une infection ?
-Oui… je l'aime pas, elle, y a rien à faire.
Bellamy arrêta de travailler pour s'appuyer contre son siège. Il se mit à jouer avec une boule anti-stress, le regard porté au-delà de la fenêtre.
-Faut croire que mes parents pensent pareil. Ils ont pas validé, comme on dit…
-Personne ne dit ça.
-…et elle l'a mal vécu. Elle m'a demandé du temps pour réfléchir.
-Ouch. Mauvais signe, ça.
-Elle a dit qu'elle voulait pas me blesser, ni rien… mais bon. Je lui ai dit qu'on se fichait de mes parents, tout ça, mais elle semblait déterminée. Elle m'a accusé d'être trop ici, dans ce local, avec toi. Je serais pas assez présent ni attentif, d'après elle.
-Ça sent la rupture, ça… fit remarquer Murphy en croquant dans un muffin qui trainait par là.
-Hé ! C'est mon muffin, ça !
-C'est ta copine qui l'a fait ?
-Ma mère…
-Tu lui feras savoir que quelqu'un de presque dix huit ans est disposé à l'épouser. Ta mère, hein, pas le muffin. Au cas où ton père serait impuissant…
-Je lui dirai.
-C'est pour ça qu'on ne s'entend plus parler, alors ? Parce que tu t'es fait larguer ?
-Ça doit être ça ... Au fait, tu as fait ta dissert' sur les sociétés et les communautés ?
-Oh ! Ne reporte pas ta frustration sur moi, je te prie. Je peux aller te chercher la Lune, ou même une déclaration des droits des noirs écrite par Jefferson, mais ne me demande pas un devoir complet…
Bellamy éclata de rire, John en fut fier. Il était facile de faire rire le bouclé, il suffisait de mélanger humour noir, culture générale et d'ajouter un brin d' absurde.
-T'as prévu quoi pour ce soir ?
-À part parler à mon chien et me morfondre sur une vieille pizza ?
-Tu ne feras rien des deux. Sortie bowling ? Ne me regarde pas comme ça ! C'est dans le cadre du projet, hein.
-Et dans la relation prof/élève ?
-Hum… je sais pas ? Carré ?
Bellamy éclate une nouvelle fois de rire.
-Je prends ça pour un oui.
OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO
Bellamy et John déambulaient dans le parking du bowling. Ils avaient joué quatre parties (toutes, à part une, gagnées par Bellamy) puis ils avaient bu un, puis deux, puis trois verres. Ils avaient passé un super moment, à rire comme des gamins à chaque fois que la boule se perdait dans la rigole. Puis plus tard, à se regarder longtemps yeux dans les yeux. Au bout de quelques secondes de ces précieux moments, Murphy faisait une blague et toute la tension retombait. Bellamy riait à nouveau.
-Tu aurais du me dire que c'était un bowling fluorescent, j'aurais changé de chemise ! Là, j'ai eu l'impression que tout le monde me regardait… enfin, mon torse. En tout cas c'était super, John, merci. Et puis je savais pas qu'il existait plus nul que moi au bowling ! Je suis heureux de l'apprendre… t'as pensé quoi de cette soirée, toi, John ?
Bellamy regarda sur sa droite, Murphy n'y était plus. L'adulte fit un tour entier sur lui-même, il n'y avait personne.
-John ? T'es parti pisser ? C'est pas très citoyen, comme acte.
Toujours pas de réponse. Bellamy commença à sérieusement se poser des questions… est-ce que John venait vraiment de disparaître ? Merde.
-John ? Réponds, merde !
Bellamy continua d'avancer, le regard porté partout à la fois. Enfin, pas vraiment partout, vu qu'il ne vit pas Murphy qui, caché derrière une voiture, s'apprêtait à le surprendre.
Bellamy avançait, incertain, vers la source d'un probable arrêt cardiaque.
-John, fais pas le con… t'es passé où ?
-ICI !
John sauta hors de sa cachette pour s'agripper brusquement aux épaules de son prof. De ce dernier s'échappa un cri seulement vaguement viril. Puis il se reprit un peu et :
-Oh ! Bordel de merde, John !
Le garçon avait un immense sourire aux lèvres, ses yeux brillaient, il semblait trouver sa blague terriblement drôle.
-Oh, allez… tu aurais vu ta tête ! "C'est pas très citoyen" ! J'ai eu du mal à me retenir de rire, j'avoue.
Bellamy regardait maintenant John. Son sourire l'embellisait vraiment. Comment Bellamy avait-il pu ne pas remarquer à quel point son élève était beau ? Là, au clair de vieux lampadaires, personne ne lui avait jamais semblé aussi charmant et désirable. Bellamy sentait comme un poing frapper régulièrement contre la paroi de son bas ventre, une envie inarrêtable de s'approcher u peu plus de Murphy le harcelait. Mais ce dernier sembla comprendre la teneur du moment. Son sourire de bonheur s'attrista un peu, il reprit ses bras le long de son corps et recula d'un pas. Dans son regard, de la résignation. Celui d'un élève qui décide de ne pas outrepasser les limites, qui préfère la survie de la carrière d'un autre à sa propre satisfaction.
Bellamy savait qu'en le voyant partir, il devrait se sentir rassuré. Plus de tentation, plus de risque de céder. Oui mais non. Parce qu'il avait vraiment envie de céder. Parce que, bordel de merde, que vaudra sa vie s'il ne cédait pas maintenant ? Il méritait John, John le méritait, ils avaient tous les deux envie l'un de l'autre. Bellamy est célibataire, maintenant, et John sera bientôt même plus son élève.
-John ? Attends.
-Non…
-Reviens.
John hésita, un moment. Son regard passa des yeux de Bellamy, à ses lèvres, à nouveau à ses yeux. Il finit par faire un petit sourire presque gêné. Bellamy lui prit la main, il se laissa faire. Le bouclé le tira contre lui, leurs torses s'entre-choquèrent. Bellamy réalisa qu'il n'avait jamais espéré mieux qu'enfin faire ce qu'il s'apprêtait à faire.
John, lui, ne réalisa absolument rien. Il ne pensait plus. Il voyait Bellamy si près de lui, et ces lèvres qui finiraient un jour ou l'autre par rencontrer les siennes.
OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO
Donc voilà. C'était pas du tout la révolution protestante.Bon anniversaire Blondie.
