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Je suis désolée… J'avais publié les deux derniers chapitres, mais je n'en étais pas contente… Donc j'ai préféré les retirer pour les réécrire… Merci Caro pour les conseils :)
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/ … Chapitre cinquante-huit …/
"Whatever You Give" - Demented Sound Mafia
Le jour du couronnement était arrivé et c'était un Aragorn faisant les cent pas que j'avais trouvé dans la chambre. Il se rongeait l'ongle en ne voulant pas sortir.
- Il est l'heure Estel, dis-je avec un sourire en passant la tête de la porte.
Nous n'avions pas eu besoin de mots. Il m'avait simplement regardé avant de faire un signe de tête et je lui ai tenu la porte. Je l'avais laissé dans la salle silencieuse, mais on entendait tout deux les cors sonner derrière les lourdes portes du château. J'ai fait ma plus belle révérence pour le laisser seul face à son destin.
- T'inquiète, c'est comme un examen, dis-je en souriant à pleine dents.
- Un examen ?
- Laisse tomber… Et merde ! dis-je en croisant les doigts.
Il pouffa un instant et je m'étais engouffrée dehors par la porte de derrière pour me poster aux côtés de Gimli sur les escaliers.
- Comment est-il ? me demanda le nain.
- Tendu comme un st… Un arc ! tendu comme un arc… dis-je du coin des lèvres.
- Vous m'en direz tant…
J'avais retenu mon souffle à l'ouverture des portes, mais finalement en apercevant son visage serein et droit, mes muscles s'étaient détendus d'un seul coup. Les mots de Gandalf avaient été simples, mais ils avaient résonné sur toute la terre du milieu.
- Voici venir les jours du roi.
C'est émue que j'avais vu la couronne passer sur son front et vibrant que je l'ai entendu fredonner dans le vent de la paix.
Je me tenais derrière lui avec Gimli et Gandalf quand il avait descendu les marches pour saluer chaque seigneur. Aperçue Eowyn aux côtés de Faramir j'avais esquissé un sourire en me disant que l'avenir était maintenant en marche…
Quand l'elfe de tous mes maux arriva finalement en face du nouveau roi en compagnie de Thranduil, j'avais retenue mon souffle. Il était encore plus lumineux que dans mes souvenirs, avec le fin diadème sur son front et son habit de cérémonie. D'un sourire élégant, il avait dévoilé la seule personne que le cœur d'Estel attendait, Arwen. Je crois que même Gimli avait versé une larme de joie en les regardant s'embrasser sans aucune gêne. Je ne pouvais pas abandonner le sourire niais et heureux de mon visage en applaudissant devant eux. Oui l'avenir était en marche…
C'est la main douce de Legolas contre mon bras qui m'avait ramèna à la réalité. Je m'étais perdue un instant dans ses yeux comme si je les voyais pour la première fois. Perturbée j'avais détourné les yeux avant de suivre le cortège à ses côtés en silence. Il nous avait quittés pour rejoindre son peuple sans un mot, mais j'avais appris la patience.
Portant son nouveau titre de roi, Estel s'était avancé vers les hobbits et sa première action fut certainement la plus louable de toute, ployer le genoux devant Frodon. Je crois que je n'oublierai jamais cet instant. Celui où le plus petit des hommes avait réalisé l'impossible et que le monde en serait à jamais reconnaissant. J'étais un Titan, ici pour réaliser les pires épreuves et pourtant face à lui et son courage, je n'étais rien… Au plus profond de mon cœur je souhaitais que des valeurs comme celle-ci atteignent mon monde. Un jour peut-être abandonnerions-nous l'égoïsme pour vivre la reconnaissance.
La fête battait son plein et j'étais sortie pour prendre un peu l'air. C'est le cœur libre que je regardais encore une fois la lune avancer doucement dans le vent d'une nuit presque chaude de printemps. Après deux ou trois verres et au moins cinq danses, j'étais sortie pour un peu de tranquillité. Pas que les hobbits dansant sur les tables n'étaient pas drôle, ou même voir Gimli hurler des chansons paillardes avec Pippin et Merry… Mais une séance de calme était de mise…
Je m'étais approchée des remparts pour savourer la vue plongeante de la pointe blanche. Les montagnes étaient dégagées et la vue imprenable. Un frisson m'a parcouru et j'ai entendu ses pas legé venir vers moi… Le moment était arrivé. Je ne voulais pas me retourner… Je n'en avais pas vraiment le courage… J'ai juste croisé les bras et soupiré en prenant un air détaché en suppliant la Lune d'être clémente.
Il s'était arrêté à quelques pas derrière moi et j'aurais juré sentir son souffle dans mon cou…
- Quand nous étions en Lorien, commença-t-il dans un murmure. J'ai été blessé et tu m'as ramené à Holorïn, tu te souviens ?
Bien sûr que je m'en souvenais… Comment aurais-je bien pu l'oublier… C'était un des pires jours de ma vie. J'ai fait un signe de tête affirmatif avant d'attendre la suite.
- Tu m'as dit quelque chose après m'avoir déposé sur la table en bois d'Holorïn… Je n'ai entendu qu'une partie de ce que tu m'as chuchoté… Tu as dit : je sais Legolas, et tu peux continuer aussi longtemps que tu le souhaites, …
- Parce que moi, de toute façon, je continuerai de t'aimer…
J'avais terminé cette phrase sans hésiter une seconde. Un silence passa, mais je ne voulais rien dire de plus et attendre la suite des festivités. Je n'avais rien à lui cacher et s'il fallait que je le lui dise encore et encore, je le ferai probablement. J'étais sincère avec mes sentiments et les avais accepté… Alors qu'importe ses mots, je ne changerai pas.
- Je t'ai dis quelque chose cette nuit-là à Meduseld, dit-il.
J'ai froncé les sourcils à cette phrase en ne sachant pas de quoi il pouvait bien parler… Nous n'avions pas parlé ce soir-là, du moins il n'avait rien dit sauf me faire part de son envi passagère…
- Que tu souhaitais être doux avec moi ? dis-je en marquant un sourcil.
- Non, dit-il avec humour. Non, bien après ça…
Je m'étais retournée à ces mots pour lui montrer que je ne savais pas vraiment de quoi il pouvait bien parler. Je n'aurai peut-être pas dû. Son diadème blanc brillait sous la lune et son aura d'elfe semblait m'écraser…
- Je t'ai dis que mon coeur t'appartenait.
La seule chose qui me tenait en vie à cet instant, c'était le cœur dans ma poitrine qui battait à tout rompre. Ces mots ne pouvaient pas être vrais… N'avais-je juste rien compris ? Avais-je refusé de les entendre à cette époque ?
- Dois-je te le dire encore Lucy ? dit-il.
D'un mouvement de tête, incapable de prononcer un seul mot, j'ai approuvé…
- Mon cœur t'appartient et t'appartiendra toujours. Tu seras la seule…
Je n'avais pas de miroir, mais je savais que l'image que je renvoyais était un sourire franc et sincère. Non… Je n'avais tout simplement pas entendu et j'ai laissé échapper un rire émotif.
- Alors nous sommes tous les deux sourds, Legolas.
Un sourire passa sur son visage en faisant un pas vers moi pour prendre ma main.
- Il semblerait en effet…
Le monde s'était arrêté de tourner… Après tant de doutes, de remords, de peines, de haine et d'insultes, nous avions juste refusé d'entendre.
- Lucy, fille d'Illuviné, m'autoriseriez-vous à vous faire la cour ?
Je m'étais retenue pour ne pas rire de nouveau, mais il fronça les sourcils à ma grimace.
- N'avons-nous pas dépassé ce stade ?
- Pas suivant les règles ma chère.
Il passa une main sur ma joue avant de la descendre à mon cou délicatement.
- Je ne faisais que l'effleurer à jamais, si tu me laissais gagner ce combat…
- Quel en est l'enjeu Legolas ?
- Une éternité paisible à mes côtés.
- Alors je m'avoue vaincue...
J'ai vu le lien se délier des doigts de son autre main et j'ai su que c'était une promesse véritable qu'il formulait. Celle de ne jamais me quitter quand ses doigts s'étaient enfoncés dans mes cheveux. De ne plus jamais me faire de mal, quand il les a tressées. De me chérir et de m'aimer dans l'éternité des âges, quand il a embrassé mon cou.
Après tant d'années j'étais dans ses bras, non pas par mégarde, mais bien par amour. Je sentais ses bras m'entourer, ses lèvres contre les miennes m'embrasser comme si elle ne lui suffirait jamais. J'étais heureuse au-delà des mots… J'ai agrippé son cou pour ne pas le perdre et j'ai senti mes pieds quitter le sol pour entamer une valse tout en rirant au creux de son oreille.
Il passait ses mains sur mon visage, le caressant comme pour en mémoriser les lignes, embrassant mes joues, mon cou, mon front sans s'arrêter. Il finit par me serrer une dernière fois et poussa un soupir dans mes cheveux en me serrant contre lui.
Avais-je déjà été aussi heureuse ? Avais-je déjà aussi proche de toucher le bonheur ? L'avais-je finalement trouvé ? Après tant d'années je le méritais enfin ?
Qu'importe, maintenant j'allais commencer à vivre.
Quelques mois plus tard,
- Il me semble que nous sommes ici pour chasser les orcs… ronchonna le nain en tirant sur les reines de son poney.
J'avais rougie au-delà des limites, alors que la main de l'elfe quittait mon cou. Non, non, je devais me l'avouer, je n'aurai jamais pensé Legolas aussi tactile… Nous étions partit de Minas Tirith il y a un mois maintenant sous ordres d'Estel et j'avais le préssentiment que le voyage jusqu'à la Moria serait long… Voir même très long…
- Pardonnez moi mon ami… s'excusa l'elfe à côté de moi.
- Il a pas tort, tu devrais te tenir, tu es sensé être introvertie et pudique, dis-je en mimant de mes mains raides de gêne.
- J'ai des années à rattraper, dit-il.
- Tu ne sais même pas ce que c'est…
- Pardon ?
- J'AI, des années à rattraper ! j'ai crié à n'en plus pouvoir. Toi tu t'en fou de doute façon tu n'y a jamais goûté ! Mais moi… Moi, SI !
- Je n'aime pas la tournure de cette conversation, pesta le nain en lissant sa barbe.
- Une année de cour ! Une PUTIN d'année entière Legolas. Sans rien faire !? Tu as déjà dit quoi déjà, les règles de l'art ! Non, non, ça chez moi ça s'appelle de la torture ! Alors, tu ne me touches pas, tu ne me parles pas et tu ne me regardes pas !
Il a ri aux éclats et j'ai vu rouge… Je savais très bien qu'il prenait un malin plaisir à me pousser à bout… Toujours ce côté joueur que j'avais grandement sous-estimé..
- Sinon quoi ?
J'ai roulé des yeux avec indignation.
- ça, tu ne veux pas le savoir…
- Moi non plus ! lança le nain.
Une année plus tard,
L'air de Mirkwood était aussi lourd que dans mon souvenir. Mon regard se posait sur les branches couvertes de mousse et j'ai expiré mon stresse tout en écoutant les oiseaux chanter. Mon cœur battait la chamade… Je m'étais perdue sur le balcon pour y trouver un peu de réconfort, mais même le paysage ensoleillé de ce sous-bois calme et d'habitude si reposant, n'y faisait rien. J'ai regardé mes mains serrer la rambarde comme si elle pouvait me ramener à une réalité plus supportable. Mais non… J'ai essuyé une goutte de sueur froide sur mon front en traversant encore la largeur de ma cachette en faisant claquer mes ballerines blanches.
- Lucy ?
J'ai bondit sur la pointe des pieds, me retenant à la rambarde avec une main sur le cœur, en regardant l'elfe devant moi.
- Glorfindel…
- Il est l'heure. Tout le monde est en bas.
J'ai levé les yeux au ciel pour ne pas laisser couler les larmes de panique. Il tritura mes cheveux un instant et encercla mes joues de ses mains douces et chaudes.
- Hey, respire un coup, ça va bien se passer.
- Oui, oui.. Je sais, mais je ne pensais pas vivre ça un jour…
- Je t'avais dit un jour que tu ne connaissais rien de l'avenir. Et bien voilà.
- Hum…
J'ai regardé un instant le bras qu'il me tendait. Il était si élégant, dans sa longue robe de soie grise. Un sourire franc passa sur son visage et j'ai fait un pas vers lui pour répondre à son invitation terrifiante. Il m'accompagnait une dernière fois… Non il n'était pas mon père, mais lui seul avait le droit de fouler ce chemin avec moi. Le droit d'offrir ma main à un autre… Le droit de lui dire de me protéger et de me chérir, car il avait été le premier à le faire avant lui.
Ils étaient tous là… Le regard tranquille d'Estel, le sourire éblouissant d'Arwen, la barbe tressé de Gimli, les petites têtes bouclés des hobbit, le bâton blanc de Gandalf, le torrent blond d'Eowyn, ainsi que tout ceux qui avait une fois croisé notre route. Ma main serrait le bras de Glorfindel et j'ai remarqué ses lèvres forcer mon calme. Je lui labourait le bras, mais je n'avais pas d'autre choix... Il m'aidait à gravir les marches d'un avenir imaginaire et inespéré … J'ai croisé le regard dur de Thranduil, qui n'avait rien pu faire d'autre que d'accepter, avant d'avoir le souffle coupé...
Parce qu'aux côtés de Galadriel, il était là, devant moi… Lui, avec son diadème, ses mains, ses lèvres et les yeux qui m'avaient ensorcelée.
Quand j'ai vu la fine commissure se marquer et les légé plis se former au coin de ses yeux, mon mal s'était apaisé et l'elfe à côté de moi enfin libéré de sa douleur. Glorfindel s'était arrêté devant lui et d'un geste gracieux, il a pris ma main.
- Que les Valars m'en soient témoins, commença-t-il d'une voix profonde. Aujourd'hui moi, Glorfindel de la Fleur d'Or, accorde le droit à Legolas Thranduilion, de prendre la main de celle qui était sous ma protection. Je vous ferais don de celle qui m'est la plus précieuse, si vous vous promettez de la protéger, de la chérir et de l'aimer jusqu'à ce que les lumières de ce monde s'éteignent. Me faites-vous cette promesse ?
Ma respiration s'était perdue dans l'espace autour de nous. Il fit un pas vers nous et tendit la main vers les nôtres. J'ai regardé sa peau clair, les lignes si bien tracées, les marques faites par la cordes de son arc et j'ai réalisé… J'ai réalisé que maintenant mon monde était partagé avec celui d'un autre. Celui que mon coeur réclamait depuis tant d'années… Celui qui m'avait tant tourmenté… Celui qui m'avait finalement accepté… Que je ne serais plus jamais seule… Que j'allais pouvoir aimer sans limite…
- Que les Valars m'en soient témoins. Moi Legolas Thranduilion, je jure de la regarder comme je regarde les étoiles, de l'aimer au-delà du temps et de la chérir comme la vie elle-même, jusqu'à ce que les lumières de ce monde s'éteignent.
Qu'avais-je dit un jour ? Que chez moi le mariage n'avait aucune valeur ? Oui, c'était ça… Que nous avions perdu le sens de sa signification. La peau chaude de Glorfindel quitta la mienne, j'ai eu froid avant d'être envahie par l'âme dorée de celui qui venait de promettre. Non, nous n'avions pas oublié la signification du mariage, mais peut-être juste son importance. Quand il déposa le fin diadème sur mon front. Quand il frôla ma joue du doigt et m'embrassa comme si mes lèvres étaient du cristal, j'avais réalisé ce que signifiait le mot "lien".
Valars, faite que cela ne s'arrête jamais.
Cinq ans plus tard,
Après la Moria, cinq ans plus tôt, nous avions décidé de parcourir le monde avec Gimli. Il nous avait accueilli comme des rois dans les monts de fer et guidé dans les méandres de la montagne en nous faisant découvrir les galeries scintillantes de son peuple. Legolas avait été subjugué, il s'était émerveillé devant tant de beauté et je devais bien avouer que c'était vrai. Après plusieurs mois chez le nains nous avions décidé de partir vers Fongorn, car Legolas souhaitait à son tour faire découvrir ce qui lui tenait à cœur. Gimli était devenue comme son meilleur ami, car sous les regards silencieux qu'ils s'échangeaient, se lisait une complicité sans faille. Legolas le voyait vieillir, mais il ne voulait pas encore penser à l'heure où il l'accompagnerait au bâteau..
Nous avions prévu de faire un détour par la Lorien et… Oui je faisais la gueule… Purement et simplement… La gueule… Legolas me questionnait parfois d'un œil discret, mais je lui répondais qu'un visage froissé de reproche.
- J'ai comme l'impression que cette visite ne t'enchante pas, ma bien aimé ?
J'ai regardé les oiseaux dans le ciel en essayant d'oublier la question stupide. Il était un elfe, mais sa mémoire était bien courte…
- Ma bien-aimée… Je suis certaine que tu as déjà prononcé ses mots en Lorien, dis-je d'un ton amer.
- Je ne vois pas de quoi tu parles, dit-il d'un ton neutre et innocent.
Gimli à ronchonner lui aussi avant de parler à ma place… Car non, je n'avais pas la force de m'expliquer…
- ça commence par un "Ri" et ça finit par un "më", dit-il en le pointant du doigt.
- Je vois…
- Ah, la mémoire lui revient, j'ai balancé en même temps qu'une main accusatrice.
Ce n'est que le soir, alors que, moi et mes bras croisés, avions décidé de regarder le soleil orangé se coucher, que les mains de mon elfe détestable s'étaient posés sur mes épaules.
- Il n'y a que toi qui possède mon coeur et ça a toujours été ainsi.
- Je vous ai vu tant de fois ensemble, dis-je en serrant mes doigts.
Il ne dit rien.
- Toi, elle, sur ce balcon à lui caresser la joue comme tu caresses la mienne.
- Que devrais-je dire de ton regard sur le seigneur Eomer à Meduseld ? dit-il avec malice à mon oreille.
- Quoi ?! j'avais presque crié de surprise.
- Tu crois que je ne t'ai pas vu… Toi, et ton petit sourire en coin, tes yeux regardant plus bas que son dos avec le…
- Tais-toi, dis-je en posant une main sur ses lèvres.
J'avais envi de rire, mais lui montrer aurait été ma défaite et je n'avais aucune envie de le laisser gagner à ce jeux là.
- Legolas, tu n'as jamais vu le regard que je pouvais poser sur toi, dis-je avec une délicatesse redoutable.
Ses oreilles s'étaient empourprés…
- Tu ne sais pas combien de fois je t'ai déshabillé des yeux. Combien de fois …
Il ne me laissa pas le temps de continuer.
- Comment dis-tu déjà, "travaux pratiques"?
- Tout juste.
Cinquante années plus tard,
Avait-ce été une bonne décision ? Avais-je eu raison de l'espérer ? De laisser faire ? De le souhaiter ? Moi qui, il y a bien longtemps, avait rayé l'idée de ma tête… J'ai rongé mes ongles un par un, mais je devais le lui dire aujourd'hui… J'avais trop attendue. Arwen m'avait également conseillé de le faire sans tarder, sinon je recevrai les foudres de ses yeux bleus…
Je m'étais engagé dans la grande salle de Minas Tirith en triturant le bout de mon kimono un peu trop serré au niveau de la taille… Oui, ça allait commencer à se voir, alors autant effectuer le grand saut. Je m'étais attablée à côté de lui à la grande table du Gondor pour un repas de fête. Estel avait maintenant les cheveux gris, mais il lui restait encore beaucoup d'années à vivre. Mon regard s'est posé sur l'enfant qu'il tenait contre lui et j'ai esquissé une mine heureuse. Malicieux était l'œil d'Arwen en face de moi et j'ai répondu que le plongeon était pour aujourd'hui et pas pour demain… Je jure devant les Valars de lui avouer son futur tourment… Enfin, le nôtre en l'occurrence.
Il bavardait avec Faramir quand il prit mon verre pour le remplir de vin… C'était maintenant ou jamais. J'ai inspiré mon courage en le lui prenant délicatement du bout des doigts.
- De l'eau pour moi, s'il te plaît, j'ai murmuré à son oreille discrètement.
Il me dévisagea curieux. Oui… D'habitude je ne n'étais pas du genre à rechigner, même pas du tout… Combien de fois m'avait-il ramené complètement saoule sur son épaules ? Je ne saurai le dire…
- De l'eau ?
- Oui de l'eau… Et pendant encore neuf mois.
Son sourire avait disparu, ses narines s'étaient ouvertes et ses yeux dévoraient mon visage comme le jour de notre mariage.
- Depuis combien de temps ? demanda-t-il discrètement.
J'ai esquissé un sourire en lui exposant trois doigts sous le nez. Il les prit un instant avant d'embrasser ma joue avec tendresse.
- Enfin tu t'es décidé à me l'avouer…
- Hein ?!
- Son âme est digne des couleurs d'un coucher de soleil.
Plus d'un siècle plus tard,
J'avais engendré la vie… La chose la plus précieuse à nos yeux… Mais aujourd'hui c'est la mort que nous regardions. J'entendais les larmes silencieuses de l'âme de mon amie résonner comme si c'était la mienne. Même les mains de Legolas sur mes bras ne pouvaient apaiser ma perte… Je regardais le visage de marbre blanc en ne pouvant y croire. Il venait de nous quitter… Je serrai la main d'Arwen comme pour la garder en vie à côté de moi. Je ne pouvais pas parler, pas penser, serrant juste les dents en attendant que l'acceptation fasse son travail.
Ce jour devait arriver et même si j'avais essayé de me préparer, en le voyant là, j'ai su que je n'aurai rien pu faire pour contenir une telle tristesse. L'âme de Legolas était dans le même état… Le visage fermé et le regard triste, il avait posé la main sur celles de pierre qui tenait l'épée des rois.
Il avait mené à bien son devoir et aujourd'hui les peuples étaient libres et la paix embrassait chacun de nous. Ces choix avaient été justes et ses décisions sages. Aujourd'hui je perdais le frère que je n'avais jamais eu. Je perdais l'enfant que j'avais serré dans mes bras. Je perdais mon confident, mon ami. Aujourd'hui le présent devenait passé et mes joies souvenirs…
- Tu es allé là où nous ne pourrons pas te suivre Estel… Veille sur nous, où que tu sois… Tu restera toujours dans notre mémoire, murmura l'elfe.
Tout comme le départ de Glorfindel avant lui, j'avais maudit le temps… Et quand Arwen s'en était allée à son tour, j'ai hurlé l'injustice contre lui. S'il n'avait pas été là… S'il n'avait pas eu la force pour nous deux, j'aurai peut-être sombré. Il m'en avait fallu des années pour accepter leurs pertes… Regarder le temps défiler avec méfiance, puis compréhension, joie et enfin amour. Et quand ce fut à mon tour de le prendre dans mes bras. Quand se fut à mon tour de le soutenir, j'avais répondu présente.
Notre lien était devenu indestructible et éternel.
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Bien des siècle plus tard,
- C'est lui.
J'ai regardé la plaque de verre que me tendait ma fille par-dessus le canapé en faisant la mou…
- Aimé… Tu peux trouver mieux non ?
- Mais maman…
- Si ton père savait ça… dis-je en levant les yeux au ciel. Tu devrais supprimer cette photo avant qu'il ne le découvre.
Je l'ai entendu trépigner des pieds en ramenant ses cheveux blancs derrière ses oreilles pointues. Puis regardé les créoles d'or, les traits marron et fins sous ses yeux en poussant un soupir…
- Papa ne comprend jamais rien, il pense que je suis toujours une enfant alors que je vais bientôt atteindre la majorité… Nous sommes au cinquième âge… Il porte encore ses tuniques démodées.,TU devrais faire quelque chose, maman…
- Ton père aime l'ancien temps, ne lui en veux pas, ça finira par lui passer ma chérie.
Elle fit la moue en plissant ses yeux bleus.
- Pfff… Bon, alors, regarde il a de beaux yeux verts non ? Il m'a proposé de l'accompagner au bal demain soir.
- Il n'est pas un peu trop petit pour toi. Regarde, tu fais la même taille que lui !
- Ce n'est pas la taille qui compte, dit-elle avec malice.
- Tu es bien ma fille tient…
- Il est vraiment gentil et…
- Qui est vraiment gentil ?
J'ai vu le compagnon glisser pour se retrouver dans la main douce de mon cher et tendre sans avoir eu le temps de réagir.
- Et merde…
Oui… Si notre fille avait bien hérité d'une chose, c'était de mon vocabulaire…
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