Chères lectrices et lecteurs, bien le bonjour !
Contrairement à ce qui avait été annoncé dans l'introduction du chapitre précédent, cela ne fait pas un mois, mais plus d'un an depuis notre dernière publication. Toutes nos excuses, nous faisons de notre mieux ! (la vie d'adulte ...) On s'est lancées un défi de terminer ce tome-ci avant l'été 2024. Nous avons déjà quelques chapitres en poche, mais le travail va être acharné!
Bref, on s'excuse de l'attente infinie, et bonne lecture pour ceux qui sont encore là.
Chapitre 2 : Nettoyer, balayer, astiquer ...
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Entassés les uns sur les autres, ils formaient une belle pyramide humaine. L'amas était cependant plutôt instable.
- Tu m'écrases ! s'exclama Fred.
- Mais tu es trop grand, riposta Ginny.
- Chut, on n'entend rien, leur asséna Julia.
Elle se repencha vers son pot de yaourt, mais déjà le brouhaha recommençait.
- N'empêche, disait Fred, c'est un super système ce…
- Yaourtophone, le rattrapa Maureen.
- Vos gueules putain, aboya Sirius.
Pour une fois qu'ils pouvaient espionner une réunion de l'Ordre du Phénix, il était bête de rater ce qu'il s'y disait par manque de discipline. Matyss leur avait annoncé deux jours plus tôt qu'une nouvelle réunion allait avoir lieu, et, à sa plus grande surprise, les françaises s'étaient empressés d'aller acheter des yaourts. Mais lorsqu'elles conservèrent les pots vides, et expliquèrent aux Maraudeurs le concept des téléphones-yaourts, ils coururent en acheter à leur tour. Un petit sortilège de résonance, et le système avait été perfectionné.
Leur plan d'espionnage était simple, mais le débarquement des enfants Weasley, à savoir les jumeaux, mais aussi Ron et Ginny, avaient chamboulé le tout. Alors que tous les membres, y compris Arthur et Molly Weasley s'étaient enfermés dans la cuisine pour la réunion de l'Ordre ils s'étaient empressés de coller un pot de yaourt à la porte. Ils s'étaient tous cachés à proximité, avec leurs pots reliés à celui de la porte de la cuisine par un fil. Mais plutôt que d'être huit – les Maraudeurs, et les françaises –, ils se retrouvaient maintenant à douze autour de cinq pots. Et Merlin que c'était devenu compliqué.
- Devrait partir vers l'est…, géants, …, parvenait tout de même à comprendre Sirius.
- C'est une idée à exploiter Gred.
- N'est-ce pas Feorge.
Sirius grogna tel un chien menaçant et les rouquins se turent.
- On …rait t'y envoy... Hagrid, entendit Sirius.
Remus quant à lui ne semblait pas être perturbé par les conversations alentours. Son ouïe fine de lycanthrope lui permettait, avec un peu de concentration, de tout entendre de la réunion.
- Il réunit ses troupes. De plus en plus de personnes disparaissent, remarqua Arthur.
- Il trame quelque chose, ou il est à la recherche de quelque chose de plus, disait une autre voix plus profonde. Quelque chose qu'il n'avait pas la dernière fois. Il nous faut savoir quoi.
- Ou qui, fit remarquer Tonks. Il me semble qu'ils ont déjà des loups-garous.
- Un, pour l'instant, dit une autre voix que Remus ne connaissait pas. Fenrir Greyback.
A l'entente de ce nom, tout le corps de Remus se tendit. Comme un réflexe animal, il était sur le qui-vive, prêt à l'attaque.
- Ce n'est pas…, fit quelqu'un.
- Des oreilles à rallonges ! s'exclama soudain Fred.
Lui et George partirent dans des éclats concernant la construction de leur nouvelle création. Ils parlaient si fort que personne d'autre n'entendit ce qui se disait dans la cuisine.
- Oui, c'est bien lui qui a donné ses cicatrices au jeune Lupin, fit la voix de Rogue.
Rogue était au courant ? Merlin, ce serpent était en train de dévoiler sa…
- Heureusement qu'il n'en a pas gardé d'autres séquelles et c'est toujours un enfant normal, poursuivit le professeur de potions.
Bien que surpris, il grogna de satisfaction. Son secret était sain et sauf.
- En parlant de Remus, on ferait mieux de vérifier s'ils ne nous écoutent pas.
L'instant d'après, seules des résonnances se firent entendre via le pot de yaourt, il avait été arraché. Fort heureusement, ils s'étaient cachés dans une autre salle. Remus vit Estelle se lever.
- J'attend un peu et je vais remettre le pot sur la porte.
Lorsqu'elle partit, il décida de l'accompagner à pas de loup. Mais arrivés à la cuisine, ils eurent à peine le temps de ramasser le pot qui avait été abandonné au sol que la porte s'ouvrit sur un Matyss amusé.
Leur tuteur les regarda tour à tour, puis observa le pot de yaourt sans comprendre. Il le prit et alla le cacher plus loin tout en leur disant.
- Allez chercher les autres, on a quelque chose à vous dire.
Quelques minutes plus tard, les douze adolescents se retrouvèrent à nouveau entassés, mais cette fois-ci contre le mur de la cuisine.
Ils purent découvrir les membres présents. Sous leurs yeux, étaient attablés une quinzaine de personnes. Matyss se trouvait en bout de table. A sa droite se tenait Charlie Weasley, qui avait dû arriver séparément de ses parents. Les cinq jeunes filles ne manquèrent pas de le reconnaître à la constellation de taches de rousseur qui recouvrait son visage, ainsi qu'aux nombreuses traces de brûlures, dues à son travail auprès des dragons en Roumanie. Le professeur Rogue était assis à la droite d'une jeune femme aux longues boucles noires, certainement Hestia Jones ou Emmeline Vance, songea Estelle.
A la droite de Charlie était installée Tonks, qui leur adressait un immense sourire et un petit signe de main. Jessica aperçut, debout dans un coin, appuyé contre son immense canne, Alastor Maugrey, dont l'oeil magique ne cessait de faire des aller et retour dans son orbite. Près de la cheminée, affalé dans une vieille chaise à bascule, Ophélie sembla discerner une forme humaine tirant sur une longue pipe en bois, dont s'échappait une fumée verdâtre nauséabonde. Mondingus Fletcher, reconnu la Serpentard.
Un vieux sorcier aux cheveux argentés était assis dans un confortable fauteuil pourpre que Julia n'avait jamais vu dans la cuisine. Le vieil homme à la mine renfrogné ne pouvait être qu'Elphias Doge, vieil ami d'Albus Dumbledore. Elle remarqua également quelques visages inconnus. Le regard de Maureen fut quant à lui attiré par la robe de sorcier entièrement mauve que portait un homme de couleur, assis à la gauche de Matyss : Kingsley Shacklebolt. A côté de l'Auror, on pouvait voir Arthur Weasley, dont la mine fatiguée ne se dépâtissait pas de son sourire. Sa femme, Molly Weasley, fermait le cercle des personnes assis à table.
- Nous avons quelque chose à vous demander, engagea Tonks, pour disons, faciliter les choses.
- On voudrait savoir si vous seriez d'accord si certains membres de l'Ordre venaient s'installer à moyen-long terme.
Les adolescents eurent du mal à comprendre.
- Pour faire simple, disons que Molly n'a pas confiance en moi pour vous encadrer, et elle veut s'installer ici avec sa clique, lâcha Matyss.
Au vu de son ton, cela ne semblait pas lui plaire.
- C'est surtout que c'est plus facile en termes d'organisation, répliqua la mère de famille.
- Ce n'est pas de ma faute si ta maison se retrouve sans dessus-dessous après une réunion.
Les jumeaux Weasley semblèrent se faire bien petits suite à cette réplique.
- Quand bien même, fit Molly après une grande inspiration, pour le repos de tous, ce serait bien que cette immense demeure devienne un quartier général à part entière.
- Et surtout, ça nous éviterait des aller-retours, quand nous sommes à Londres pour plusieurs jours, intervint Charlie Weasley.
Ce dernier adressa un sourire qui se voulait rassurant à Matyss.
-De toute façon, c'est à eux d'en décider, céda le tuteur désignant les adolescents d'un signe de tête.
Pour les cinq françaises, la réponse était évidente. Elles s'entre-regardèrent et approuvèrent aussitôt. James haussa les épaules, mais Remus semblait réticent. Plus de personnes dans cette demeure, voulait aussi dire davantage de monde susceptible d'être mis en danger lors de ses transformations à la pleine lune. Il regarda Sirius qui était aussi hésitant.
- Ok pour moi, lâcha finalement le jeune Black pensant que ça ferait de l'animation, et certainement de bons petits plats de Molly au quotidien.
Remus donna son accord également. Après tout, il n'avait blessé personne, ni ici, ni à Poudlard, et son secret était toujours sain et sauf.
Les jumeaux, à qui on n'avait pas vraiment demandé leur avis, donnèrent aussi leur accord. Maureen les entendit dire qu'il y avait tellement d'espace qu'ils pourraient installer un laboratoire secret pour leur futur commerce dans le grenier. Ginny et Ron se laissèrent entraîner, bien que la jeune fille déplore l'absence de jardin, ce qui l'empêcherait de pratiquer le Quidditch.
La décision fut prise que les Weasley s'installeraient sous peu, et que d'autres pourront également venir occuper les lieux quand cela serait nécessaire. Cela mit fin à la réunion du jour, et l'heure étant tardive, les membres quittèrent rapidement les lieux, replongeant la demeure des Blacks dans le calme précédant la tempête.
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Le samedi suivant, la famille Weasley arriva plus tard que prévu, c'est-à-dire en fin d'après-midi. Certains avaient mis plus de temps à rassembler leurs affaires, étant donné le délai qui avait été donné pour ce déménagement intempestif.
Molly arriva la première, par la cheminée de la cuisine du square Grimmaurd. Elle avait emmené une grosse malle mais ses bras étaient chargés d'affaires. Ginny la suivait de près. Tandis qu'on les aidait à libérer l'antre en allant poser leurs affaires dans le hall d'entrée, Charlie fit son apparition. Matyss l'aidait à monter ses affaires lorsqu'il fut interpellé par Molly, qui lui demanda de lui présenter la demeure, afin qu'ils décident de la répartition des chambres.
Il s'engagea dans les escaliers et lui fit le tour des chambres des deuxième et troisième étages. A chaque ouverture de porte, la mère de famille s'exclamait « Milles gorgones », « Par les cheveux de Morgane » et autres expressions de stupeur. En effet, aucun de ces endroits n'était habitable. Abandonnés depuis de nombreuses années, les lieux n'avaient été ni nettoyés, ni préparés à l'accueil d'invités. Là, des araignées avaient établi une colonie impressionnante, ici les rideaux étaient rongés, et on y devinait des Doxys. Et ainsi de suite.
- Et c'est dans cet état depuis combien de temps ?
Elle n'attendit même pas la réponse.
- J'espère au moins que vous logez dans des pièces salubres ! fit-elle en s'engageant dans les escaliers.
Matyss n'eut pas le temps de la retenir que déjà elle ouvrait la chambre que Sirius occupait lorsqu'il était petit, et où les trois Maraudeurs vivaient à ce jour. Au-delà du désordre, la chambre paraissait saine. Elle ouvrit une seconde porte, ornée d'une plaque où était inscrit « Défense d'entrer sans l'autorisation expresse de Regulus Arcturus Black », qu'elle devinait être le frère de Sirius. Sauf que ce nom avait été barré et remplacé par « MH ». La chambre qu'occupait Matyss était en moins bon état que celle des adolescents. Seuls le lit et l'armoire avaient été dégagés, mais le reste était en piteux état.
Molly poussa presque un soupir de soulagement en voyant que la troisième et dernière chambre du dernier étage était en bonne condition. Les françaises avaient fait un travail miraculeux de nettoyage et désinfection. Quelques piles de linge en désordre apparaissaient par-ci, par-là, mais ce n'était que des adolescentes après tout. Elle observa le nombre de lit qui occupait la majeure partie de la pièce et demanda.
- Et elles dorment toutes ici ?
- C'est ça.
Elle fit un claquement de langue avec un regard appuyé sur Matyss.
- Bon, on va changer ça aussi. Ce n'est pas l'espace qui manque dans cette maison.
- Mais... On a enlevé la goule de la salle de bain ! tenta de se rattraper Matyss.
- Et vous en avez fait quoi ?
Il se tut pour ne pas avoir à lui répondre qu'elle était relogée juste au-dessus, dans le grenier. Son silence lui valut un nouveau soupir de la part de Molly. Ils redescendirent pour savoir où en était le reste de sa progéniture. A peine eurent-ils posé le pied dans la cuisine que la tête de Ron apparut dans la cheminée. S'ensuivit un défilé de têtes rousses, et bientôt Fred, George et Arthur se bousculèrent dans l'âtre pour dégager leurs affaires.
- Bien, venez ! ordonna Molly sans leur laisser le temps de se débarrasser de la suie qui les recouvrait.
Elle entraîna l'ensemble de la maisonnée au travers des étages, y compris les Maraudeurs, les françaises, et à son grand dépit Matyss qui devait subir à nouveau les remarques agacées de Molly. Elle affecta des chambres aux nouveaux arrivants tout en déclarant.
- Je sais que les chambres ne sont pas… viables. Apparemment les résidents permanents – regard appuyé envers Matyss – n'ont pas jugé utile – roulements des yeux vers le ciel – de lever le petit doigt. Nous allons dégager ne serait-ce que les lits pour cette nuit. Mais croyez-moi que les prochains jours nous allons nous affairer comme des elfes de maison !
Plusieurs gémissements de réticence s'élevèrent, mais lorsque les Weasley virent l'état des pièces où ils allaient passer la nuit, ils se mirent directement au travail. Mais celui-ci dura plus longtemps que prévu. La poussière et les bestioles s'étaient accumulées sur les lits, si bien qu'il leur fallut jeter plusieurs fois différents sortilèges de lessivage, pour ceux qui pouvaient utiliser la magie. Lorsqu'ils finirent, minuit était déjà passé. Toute la maisonnée se réjouit de pouvoir recouvrer leurs forces avec des pizzas, gracieusement commandées par Matyss, mais désapprouvées par Molly, avant d'enfin trouver un sommeil bien mérité.
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L'ensemble de la demeure fut réveillé après sept heures de sommeil plus ou moins reposantes, en fonction des craintes de chacun de se faire attaquer par quelconque créature durant la nuit. Même Ophélie se leva lorsqu'elle sentit l'odeur de pain perdu qui montait de la cuisine. Arrachée à sa grâce matinée du dimanche matin, elle dévora son petit déjeuner sans trop se poser de question, mais se rabougrit lorsque Molly posa un long parchemin sur la table.
- Nous avons beaucoup de travail ! fit-elle.
Sur le parchemin, une liste détaillée des pièces dont il fallait s'occuper en premier, des tâches à y faire pour les rendre vivables, ainsi que les personnes affectées à chaque secteur. Ceux pouvant pratiquer la magie avaient été associés aux autres mineurs. La mère Weasley avait quasiment sauté de joie en apprenant que les cinq jeunes filles étaient épargnées par la Trace du ministère, et pouvaient donc user de leur magie hors de Poudlard. Ainsi, tous se mirent au travail, excepté Charlie qui devait partir ce soir pour une mission de l'Ordre et qui bénéficierait bien de quelques heures de sommeil supplémentaire.
Les adolescents se déployèrent tel un bataillon dans le manoir pour s'occuper des deux chambres du deuxième étage, occupées par Ron ainsi que par Molly et Arthur. Le second étage fut également pris d'assaut, et bientôt trois des quatre chambres et une des salles de bain du troisième étage ressemblèrent davantage à un lieu occupable.
Le rangement était la tâche la plus ardue, aussi s'étaient-ils tous contentés de déplacer le désordre dans la salle à manger du rez-de-chaussée, qui serait attaquée en dernier lieu. Tout au long de la journée, Molly leur prodiguait des conseils bienvenus, et elle n'épargna pas Matyss, qui apprenait autant de sorts qu'il n'avait jamais pratiqué. L'usage de la magie, et les bons conseils de la mère Weasley leur permis de bien avancer en ce premier jour, mais il était évident que cette corvée se poursuivrait dans les prochaines semaines, voire jusqu'à la fin des vacances.
Avant d'aller se coucher, Molly Weasley avait décidé de déplacer dans la cuisine le miroir qui à l'origine faisait face à son lit dans la chambre qu'elle occupait. Elle estimait que le miroir était plus utile là, afin qu'elle puisse surveiller sa progéniture, et notamment les bêtises de Fred et George, tout en cuisinant. Personne n'avait opposé de résistance au déplacement du miroir, mais cet événement eut des retombées bien étranges.
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En effet, le lendemain de la pose du miroir, aux heures où la maisonnée se réveillait à peine, Jessica, encore ensommeillée face à son bol de chocolat chaud, vit entrer James dans la salle à manger. Il se gratta la nuque sans remarquer la présence d'un public, et s'arrêta devant le miroir, comme s'il avait oublié qu'il était là. Ravi de pouvoir admirer sa divine personne dans une glace de si bon matin, il resta là quelques instants avant de s'ébouriffer les cheveux pour se donner cet air de poursuiveur qui lui allait si bien.
Jessica, sans le savoir, l'observait toujours. Estelle, avec un sourire en coin, se moquait intérieurement de son amie. James remarqua le regard de la rousse, et lui adressa un clin d'œil, accompagné de ce sourire charmeur qui lui était propre. Etant découverte, la rousse rougit légèrement, puis plus encore, maudissant ce premier rougissement, et enfouit aussitôt son visage dans son bol, retournant à sa contemplation de la mousse chocolatée qui avait soudain perdu tout intérêt.
Plus tard dans la matinée – un peu trop tard en fait – Ron dévorait son petit déjeuner habituel, à savoir, des saucisses et des œufs au plat. Il avait été littéralement arraché de son lit par Molly et ses cris qui le reprochaient d'être un flemmard si lève-tard qu'un Moremplis aurait pu le tuer sans qu'il ne s'en aperçoive – ce qui est chose tout à fait possible dans cette si glauque demeure. Mais Ronald n'était pas l'adolescent le plus lève-tard de la maison.
En effet, Ophélie semblait jouir de l'immunité Mollynéenne car ce ne fut qu'une heure plus tard, alors que le roux terminait son petit-déjeuner, que la française fit son apparition. Ophélie ne put s'empêcher de s'arrêter devant le miroir pour vérifier l'absence de cernes sous ses yeux, et la perfection de ses cheveux. Ron, en la regardant, se demanda comment cela se faisait qu'elle soit si apprêtée à peine levée. Avant qu'il n'ait de réponse, Ophélie éleva la voix.
-T'aimes ce que tu vois, Weasley ?
C'était le seul Weasley de la salle. Au lieu de répondre, il baissa les yeux pour finir son œuf au plat, et se leva pour aller jeter son assiette sale dans l'évier.
Si Ophélie et Ron finissaient à peine leur petit déjeuner lorsque onze heure sonna, tout le reste des adolescents avait déjà enfilé leur plus belle tenue de travail, et s'était séparés pour continuer le ménage du manoir. Des petits groupes de trois ou quatre personnes déambulaient ainsi au travers des étages. Julia, Jessica et Estelle s'étaient dirigées vers l'une des salles de bain du troisième étage, alors que Ginny aidée par Maureen essayait de rendre forme humaine à la chambre dans laquelle la jeune Weasley dormait.
Les jumeaux quant à eux, s'ils avaient essayé de s'intéresser au produit ménager, s'étaient rapidement éclipsés au grenier prétextant faire un tri parmi tous les artefacts dangereux. Cela laissa le champ libre à Molly pour traîner de force dans une chambre désertée, les deux lève-tard qu'étaient Ophélie et Ron. Molly, ayant aperçu une montagne de linge plus grande que Buck à côté de leur porte lors de son inspection du premier jour, avaient ordonné aux Maraudeurs de rendre leur garçonnière plus vivable. Les trois garçons passaient cependant leur temps à vagabonder entre les étages pour rendre visite à leurs amis donnant une distraction bienvenue à tout le monde.
Ophélie venait d'ailleurs de voir les trois adolescents quitter la chambre du deuxième étage où elle se trouvait quand le rideau de la fenêtre qu'elle essayait de dépoussiérer la mordit.
- Par les bretelles tordues de Salazar, qu'est-ce que... ?
Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase, qu'une nuée d'insectes indéterminés l'entoura et commença à l'attaquer.
- Des Doxys, s'écria-t-elle
Molly les avait pourtant prévenus qu'ils rencontreraient ce genre d'indésirables, et elle même en avait fait l'expérience l'an passé. Mais la lassitude de la tâche avait fait relâcher son attention à l'adolescente. Sortant tant bien que mal sa baguette Ophélie lança un « Accio Doxycide », mais rien ne se passa. La jeune fille tout en essayant de se débarrasser de ces petites fées venimeuses par tous les gestes possibles, fulminait. Ce n'était pas possible de ne pas être capable de lancer un simple Accio.
- Accio Doxycide, Accio Doxycide! répéta-t-elle en boucle.
Puis voyant Ron dans un coin de la pièce, les bras ballants, c'est contre lui que sa colère se dirigea.
- Ben fait quelque chose Weasley tu vois bien que je suis en train de me faire bouffer.
Ron, qui avait la Trace sur lui et ne pouvait lancer aucun sortilège, commença à fouiller dans toute la pièce frénétiquement à la recherche d'une solution.
Alertés par le bruit, presque tous les adolescents du manoir vinrent voir ce qui se passait, suivi de près par une tornade rousse du nom de Molly Weasley.
- ACCIO DOXYCIDE et TORCHONS, s'écria la sorcière qui avait immédiatement compris la situation.
Une paire de secondes plus tard, un flacon ainsi que deux torchons arrivèrent tout droit dans la main de la mère de famille qui vola à la rescousse d'Ophélie un torchon sur le visage, un autre sur celui de l'adolescente afin de limiter les risques de paralysie dus à l'insecticide sorcier.
- Je vous avais pourtant dit de faire attention ! s'exclama Molly.
Puis se radoucissant soudainement elle se pencha vers Ophélie.
- Comment ça va ? Tu devrais aller passer un peu d'eau sur ton visage, ma chérie.
Ophélie jeta un coup d'œil à l'assemblée qui s'était formée. Elle s'était rarement sentie aussi humiliée, tout le monde avait assisté à son incapacité à lancer un simple sort. Relevant la tête elle essaya de garder le peu de dignité qui lui restait.
- C'est normal, c'est un sort de cinquième année, tenta de la rassurer Ron qui avait compris son désarroi.
- Bon, c'est pas tout, lâcha la française ignorant sa remarque, mais je dois me débarbouiller, et je suis de corvée cuisine ce soir. Je crois que vous n'avez pas encore goûté notre plat typique réunionnais. Bon courage pour continuer cette chambre Weasley.
Sans finir la tâche qu'elle avait commencé, elle s'engouffra dans les escaliers. Par chance, la cuisine se vidait d'une réunion impromptue, de l'Ordre du Phénix. Elle se mit rapidement aux fourneaux pour préparer le fameux rougail saucisse, apercevant à travers la porte de la cuisine l'ombre claudicante de Maugrey parler avec virulence à une Tonks silencieuse. Détachant son regard des deux Aurors, Ophélie se remit à la découpe des saucisses, bientôt aidée d'une Molly qui semblait déjà épuisée.
Après le dîner, Charlie Weasley força sa mère à quitter la cuisine pour aller se coucher, tant elle semblait fatiguée. Mais en passant devant le fameux miroir, l'inévitable se produit. Il s'arrêta devant la glace et admira son reflet.
Une brûlure due à un dragon mécontent, qui allait de son épaule à son cou, n'avait toujours pas disparu, mais il s'en fichait. Il s'attarda sur ses tâches de rousseur, si nombreuses qu'on aurait dit qu'il était bronzé. Il se compara discrètement à Julia, et se rassura : elle restait plus mate que lui. On le bouscula. Matyss venait de prendre sa place devant le miroir. Charlie voulut riposter, mais n'en eut pas le courage.
- C'est ma place, dit Matyss à propos du miroir.
Charlie ne répondit pas. Les deux hommes échangèrent un long regard que bon nombre d'occupants de la pièce eurent du mal à saisir. Un sourire s'étira sur leurs lèvres, et lorsqu'ils se retournèrent d'un même homme vers les françaises, elles comprirent.
- On a fait quelque chose pour vous ! s'exclamèrent-ils.
- Gné, fut la seule réponse qu'ils obtinrent.
- Vous vous souvenez du plan de répartition des chambres de Molly ? fit Matyss.
- Eh bien on l'a fait pour vous ! s'exclama avec joie Charlie.
Surprises de cette annonce, alors qu'elles étaient prêtes à s'occuper de cela le lendemain, voilà que cela était déjà fait. Elles découvrirent que les hommes avaient non seulement nettoyé et rangé la chambre qu'occupait Matyss à l'origine, mais qu'ils y avaient aussi déménagé les affaires de deux des françaises. En outre, deux lits avaient été installés aux opposés de la pièce. Chacun avait une malle à son pied portant les noms de Maureen et Ophélie.
Charlie leur montra la plaque de la porte de la chambre qui affichait maintenant « Défense d'entrer sans l'autorisation expresse de M&O ». La chambre d'origine des réunionnaises quant à elle se trouvait bien plus aérée. Débarrassée de deux couchages, moins de chaos y régnait. Enfin, si l'on oubliait la pile de linge sale de Jessica qui traînait au pied de son lit.
Les jeunes filles remercièrent grandement Charlie et Matyss, non sans demander où ce dernier était relogé.
- A l'étage juste en dessous, à côté de chez Charlie.
Heureuses qu'il ne soit pas trop éloigné, elles sautèrent à nouveau de joie. Les deux hommes redescendirent discuter autour d'un verre dans le salon, laissant les jeunes filles prendre possession de leurs nouveaux quartiers. Le sommeil tomba sur elles sans difficulté, épuisées par cette journée de ménage.
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Le lendemain matin, Julia et Estelle discutaient encore de la nouvelle proximité de Charlie et Matyss. Lassé des messes basses des françaises, Sirius se leva et s'apprêtait à quitter la cuisine. Le miroir attira fortuitement son regard.
La première chose qu'il remarqua était qu'il avait grandi. Sauf si le miroir avait été accroché dans un angle étrange, il ne reconnaissait plus sa taille. Il observa ses yeux et admira leur gris insondable. Son visage était beau, quoique peut-être un peu empreint de cette hautaineté propre aux Black, et une fossette s'était creusée dans sa joue droite, ce qui lui donnait bien sûr plus de charme. Il se sourit à lui-même. Il fallait avouer qu'il était plutôt beau. Ce que Julia confirma.
- Pas mal Black.
- Ouais, t'as bien raison, répondit-il.
Il se tourna vers la jeune fille qui s'était approchée de lui, et lui adressa un haussement de sourcil à caractère séducteur. Julia, impassible, le lui renvoya, et ils se sourirent. Sur ce, il se retourna vers le miroir pour se passer une main dans les cheveux, et s'en alla tel un Sirius satisfait, croisant Kingsley sur sa route, signe qu'une réunion bien matinale de l'Ordre allait avoir lieu.
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Cela faisait maintenant trois jours que Molly Weasley tenait sous son joug tous les adolescents domiciliés au square Grimmaurd et ordonnait ses troupes d'une main douce mais ferme, afin de donner un semblant de vie au QG de l'Ordre du Phénix. Ils s'étaient occupés des chambres à coucher durant les deux premiers jours. Bien que le travail fût harassant, il fallait admettre que le fait de pouvoir rejoindre son lit et dormir tout son soul sans s'inquiéter d'une quelconque invasion de nuisibles dans son sommeil, était fort agréable.
Après le petit déjeuner Julia, Estelle et Jessica s'étaient vues réquisitionnées par Molly pour s'occuper de l'immense salle de bain à l'abandon du deuxième étage.
Lorsque la petite troupe ouvrit la porte de la pièce d'eau, elles retinrent un haut-le-cœur face au décor qu'elles avaient sous les yeux. Les murs, qui autrefois avaient dû être d'une blancheur immaculée, étaient à présent recouverts d'une fine toison verte de moisissure. Les porcelaines du lavabo, ainsi que celle de la baignoire, semblaient avoir disparu sous une pellicule craquelante de rouille et de saletés mélangées. Le sol à leurs pieds laissait imaginer un dallage marbré vert, qui devait être somptueux, s'il n'avait pas été aussi encrassé.
Figées face à l'ampleur du travail que représentait la pièce, les trois jeunes filles se retournèrent la mine atterrée vers Molly Weasley. Avec un sourire rassurant la femme sortit sa baguette et dit.
- Mes chéries, à vos baguettes, à nous quatre nous allons venir à bout de toute cette saleté en un rien de temps.
Septiques les trois jeunes filles sortirent tout de même leur artéfact magique.
- Allons ne me regardez pas ainsi, vous allez voir, avec les bons sortilèges cette salle de bain retrouvera son éclat d'antan. Le fait que vous puissiez utiliser votre magie va grandement nous faciliter les choses, mes chéries. Souvenez-vous : le sortilège de Récurvite s'utilise avec un mouvement fluide en forme de 'S' du poignet, et pour Tergo c'est un coup sec de la baguette vers l'objet à dégraisser.
Le petit commando s'engouffra alors dans la spacieuse salle de bain et les sortilèges commencèrent à fuser. Après une demi-heure, la salle de bain avait retrouvé un aspect décent. Il ne restait plus que l'immense miroir à polisher et les placards sous le lavabo à inspecter. Julia pointa sa baguette vers les deux petits battants de bois.
- Ostium !
Une étincelle sortit du bout de sa baguette et obligèrent les portes à s'ouvrir.
Une nuée de Doxys s'échappa alors du placard et fonça, toutes dents dehors vers la jeune sorcière. Cherchant à chasser les petits êtres mordeurs, la jeune fille secoua sa baguette en tous sens au-dessus de sa tête, faisant fuser des gerbes magiques au travers de toute la salle de bain. L'une d'elle rebondit sur la tuyauterie apparente de la baignoire qui explosa. Un bourdonnement inquiétant se fit alors entendre, il courut le long du mur et dégringola dans les étages du manoir pour finir en un énorme grondement sourd, qui ne présageait rien de bon pour la vieille chaudière.
-AAHHH !
Ah, il semblerait que quelqu'un n'avait pas encore fini de prendre sa douche. A pas pressés les trois jeunes filles grimpèrent au troisième étage où elles tombèrent nez-à-nez avec un Matyss dégoulinant. Il portait une simple serviette rapidement attachée autour de sa taille, laissant apparaître beaucoup de choses à la vue des trois jeunes filles. Des abdominaux seyants se dessinait finement sous son torse trempé, et les gouttelettes qui y ruisselaient semblaient accentuer plus encore leur tracé. D'une main maladroite, Matyss tentait de retenir sa serviette en place alors que de l'autre il s'évertuait à dégager ses longs cheveux blonds humides de son visage.
-Par Merlin…, souffla une voix dans le dos des trois jeunes filles.
Molly qui venait d'arriver en haut des escaliers semblait figée sur place face à la vision d'un Matyss aussi… séduisant.
Mais la mère de famille se reprit bien vite et c'est le rouge aux joues qu'elle dénoua le long châle qu'elle portait sur les épaules avant de le lancer brusquement sur le sorcier à moitié nu.
- Mais on n'a pas idée de sortir à la vue de tous aussi peu vêtu ! Allez ! File te mettre quelque chose sur le dos !
Un peu hagard face au flot de paroles de la femme, Matyss s'enroula tant bien que mal dans le vêtement et se dirigea vers sa chambre. Manque de bol, lorsqu'il passa devant celle de Charlie Weasley, il tomba nez-à-nez avec ce dernier. Réveillé par le remue-ménage, il venait voir ce qui faisait criser sa pauvre mère. La situation était des plus cocasse. Les deux jeunes hommes autant à moitié nu l'un que l'autre – Charlie en simple pantalon de pyjama – se faisaient face, une délicieuse teinte rosée empourprait désormais leurs visages.
Les adolescentes pouffèrent de rire face à la scène et suivirent une Molly grommelante dans les escaliers. Restés là, Matyss et Charlie s'adressèrent un sourire avant de disparaître dans leurs chambres respectives. Fort heureusement, la chaudière fut réparée avant la nuit, et tous purent prendre une douche bien relaxante avant de se mettre au lit. Chaque jour de ménage intensif ne faisait que les fatiguer de plus en plus, et chaque jour ils étaient plus heureux de retrouver les conforts d'une bonne douche et d'un lit bien moelleux.
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Au quatrième jour, il ne restait plus beaucoup de salles à nettoyer. Toutes les chambres et salles de bain du manoir avaient retrouvé une salubrité décente, mais Molly Weasley avait jugé que, tant qu'à faire, autant profiter de la présence de tout ce petit monde au square Grimmaurd pour nettoyer de fond en comble toutes les pièces de la maison. Ce qui signifiait donc pour les cinq française de s'occuper de la salle de la tapisserie aujourd'hui.
C'était une petite pièce située au deuxième étage près de la chambre parentale. Elle était couverte au sol d'un immense tapis vert olive poussiéreux. Le mur en face de la porte était habillé de l'immense tapisserie représentant l'arbre généalogique de la famille Black et en dessous trônait un long canapé en cuir noir, terni par les années d'abandon. Contre le mur mitoyen à cette pièce et la chambre, se trouvait un petit secrétaire, encadré par deux grandes vitrines rendues opaques par l'accumulation de poussière.
Sur tous les autres murs de la pièce étaient accrochés les portraits de différents membres éminents de famille Black, comme notamment celui de Phineas Nigelus Black, ancien directeur de Poudlard, qui semblait avoir déserté son tableau depuis de longues décennies déjà.
Les cinq adolescentes firent un rapide tour de la pièce afin de se répartir les tâches. Maureen qui s'occupait de dépoussiérer l'une des vitrines de verre s'aperçut que le petit secrétaire à côté était secoué de légers soubresauts. Curieuse, mais prête à se débarrasser de Doxys, elle tendit sa baguette vers ce dernier et murmura.
- Alohomora.
Un clic signifia l'ouverture du petit bureau et avant même de voir quoique ce soit, une voix s'éleva, glaçant le sang de la Poufsouffle.
- Maureen... c'est toi ?
Au milieu de la salle se tenait Babeth, la mère de la jeune fille.
- Mais où étais-tu passé pendant tout ce temps ? reprit Babeth.
Maureen tremblait, tétanisée face à sa mère. Aussitôt se matérialisèrent à ses côtés le reste des membres de sa famille.
- Maureen, c'est toi ! demanda son père.
- Enfin te voilà, s'exclama son frère. Bon sang tout ce temps sans nouvelles.
L'expression sur le visage de sa mère se durcit alors et elle reprit, la voix hargneuse.
- Pourquoi tu nous as abandonnée ? Tu nous as si vite oubliés. Pourquoi ? Pourquoi ne rentres-tu pas à la maison ?
-… Maman, balbutia Maureen, dont les yeux se remplissaient de larmes sous ces mots qu'elle redoutait tant d'entendre.
Ophélie, la plus proche de Maureen comprit immédiatement ce qui venait de se passer. Le secrétaire renfermait un Épouvantard, et ce dernier faisait vivre ses pires cauchemars à son amie. Sans réfléchir elle se précipita entre Maureen et sa mère. Babeth la fixa longuement avant de se métamorphoser.
La pièce se remplit soudain d'élèves de Poudlard. La masse, dense et anonyme, entourait Ophélie. Des chuchotements étaient inaudibles dans le brouhaha ambiant, mais certains ricanement et réflexion se firent plus nets.
- Pfff regardez, c'est Grint, la pointa du doigt un élève sans visage.
- Oh tu parles de cette étrangère, un peu bizarre, répondit une autre voix.
- Oui elle assise près de moi en Sortilèges. En plus elle n'est pas très douée.
- Je ne la vois jamais utiliser la magie.
-…C'est peut-être une Cracmol, s'éleva une voix au-dessus des autres.
Un silence assourdissant emplit la pièce, avant que tous les élèves ne reprennent en la pointant tous du doigt.
- Cracmol, Cracmol, Cracmol…
- Riddikulus !
Estelle pointa sa baguette sur l'assemblée d'élèves qui entourait Ophélie. Ils se transformèrent en une armée de limaces rose fuchsia.
- Ca va aller ? demanda-t-elle à son amie lui posant une main réconfortante sur l'épaule.
Mais Ophélie n'eut pas le temps de répondre. Sous les yeux horrifiés de Estelle les limaces s'agglutinèrent les unes aux autres et formèrent une nouvelle silhouette.
Cédric Diggory, le teint blafard, portant la tenue du Tournoi des Trois Sorciers se tourna vers elle. Il avait dans ses mains les deux coupes du Tournoi. Le Portoloin et la réplique qu'elle avait métamorphosé dans le labyrinthe.
- Tu as fait de l'excellent travail, ta copie était quasiment parfaite, dit lui dit-il la fixant avec un sourire triste. Si seulement tu avais réussi à la remplacer. Tu aurais pu me sauver.
Estelle tremblante, lâcha sa baguette qui roula au sol.
- Je suis désolée, je suis tellement désolée, si désolée, se mit à psalmodier la jeune fille.
- Ca n'a plus d'importance désormais, reprit le jeune homme. Je suis mort maintenant, à cause de vous. Et Voldemort, est de retour, plus vivant que jamais.
-Assez ! Riddikulus !
Julia fut la première à réagir. Le sort fusa et frappa le garçon de plein fouet. Le jeune homme disparut dans une brume noirâtre, qui monta vers le plafond.
-Il nous faut de l'aide, reprit immédiatement la petite Serpentard, nous n'arriverons jamais à venir à bout de cet Epouvantard toutes seules…
Elle voulut se diriger vers la porte quand un sanglot la coupa dans son mouvement.
La lumière de la pièce se mit à faiblir. Les murs se transformèrent peu à peu pour devenir ceux de Poudlard. Une Ophélie âgée de quelques années de plus était adossée à la pierre froide, sanglotante. Une Jessica apparut à son tour les yeux remplis de larmes, hurlant contre une Julia et une Estelle qui se matérialisèrent à ses côtés. Chacune se rejetait des fautes et des erreurs, s'accablant entres elles des pires mots.
L'Ophélie se redressa brusquement, criant.
-Taisez-vous ! Nous sommes toutes coupables. Ca fait trois ans, trois ans qu'on ne fait que prendre de mauvaises décisions. Qu'on pense pouvoir sauver tout le monde. Ca fait trois ans qu'à chaque fois qu'on décide de faire quelque chose, ça foire, et qu'on empire les événements. ET C'EST DE NOTRE FAUTE A TOUTES SI ELLE EST MORTE ! NOUS SOMMES TOUTES DES MEURTRIÈRES.
A cette vue, Maureen sortit de la salle en courant, et au même moment, Jessica lança un « Riddikulus ! » tremblotant. Mais le sort n'eut aucun effet, si ce n'est que l'Épouvantard la prit pour cible. Les quatre représentations des adolescentes se réunirent pour prendre la forme d'un chien. Mais pas n'importe quel chien.
-Shiva…
Jessica avait prononcé le nom de son chien adoré. L'animal vient vers elle et se glissa entre ses jambes quémandant des caresses. C'est alors qu'une nouvelle voix s'éleva dans la pièce.
- Shiva ?
Jessica sentit son sang se glacer dans ses veines à l'entente de la voix de sa mère, Martine.
- Shiva, revient ici, reprit la femme, qui s'était matérialisée au milieu de la salle.
Elle était à genoux, les bras ouverts vers son chien, ne semblant voir personne d'autre que l'animal.
- Ma Shiva, reste auprès de moi. Il ne me reste plus que toi, murmura Martine, la tête au creux du cou de l'animal.
- Je suis là maman, je suis là, je vais bien, souffla Jessica.
Mais Martine ne semblait pas l'entendre.
- Maman, gémit Jessica, ses larmes ruisselant sur ses joues.
-...Jessica a disparu, continua Martine. Et maintenant que Marie vient de nous quitter… Il ne me reste plus que toi Shiva…
La voix de la femme se brisa et elle s'effondra sur son chien. Jessica se précipita vers sa mère, s'agenouillant auprès d'elle, pleurant.
-Maman ! Maman, regarde-moi ! Je suis là… Je t'aime maman. Je ne t'abandonnerais jamais… Maman…
Une main se posa sur son épaule, et Jessica entendit.
- Sors d'ici.
Elle regarda Molly prenant une profonde inspiration à la vue de la forme de l'Épouvantard. Derrière elle, Maureen semblait tout aussi affectée par cette vue. Les autres réunionnaises étaient déjà sorties de la salle et elle les rejoignit.
Molly s'arma de sa baguette et de tout son courage pour adresser un net « Riddikulus » à l'apparition de la mère de Jessica. Cette dernière releva la tête vers sa fille pour s'exclamer, un sourire étincelant sur les lèvres.
- Ma chérie, dieu soit loué ! Tu es vivante.
Shiva aboya gaiement. S'ensuivirent de nombreux autres cris de chien venant de toute part, noyant l'Épouvantard dans une marée canine. L'Épouvantard prit une autre forme. Plus grande, plus imposante, Molly parut bien petite face à cette nouvelle apparition. Il s'agissait d'un amas d'une bonne vingtaine de personnes. Ou en tout cas de leurs corps sans vie. Les enfants de Molly, son mari, mais aussi les cinq adolescentes et les trois Maraudeurs constituaient cette pile. On pouvait apercevoir la chevelure hirsute de Hermione, ainsi que les yeux sans vie de Neville.
A nouveau, la mère de famille prit une grande inspiration, et c'est d'une main de fer qu'elle fit un geste de sa baguette.
- Riddikulus ! scanda-t-elle.
L'amoncellement de personnes prit la forme d'une nuée de papillons qui alla se réfugier dans le secrétaire, où l'Épouvantard se trouvait à l'origine. Aussitôt, elle lança un second sortilège pour sceller le meuble.
Dans son dos, les réunionnaises la virent lever la main vers son visage, comme pour essuyer des larmes. Lorsqu'elle se retourna, c'était pour leur proposer en ouvrant les bras.
- Allez venez ici mes filles, je vais vous préparer un bon goûter à base de chocolat chaud et des brownies pour oublier toutes ces horreurs.
Alors que les adolescentes se précipitèrent dans ses bras, elle leur souffla.
- Rappelez-vous, ce que vous avez vu n'est pas réel. Ce sont vos plus grandes peurs, rien de tout ça n'est vrai.
Elles resserrent leur étreinte, et lorsqu'elles se séparèrent, se fut pour aller réchauffer leurs coeurs grâce à la délicieuse cuisine de Molly.
L'après-midi se passa dans une certaine morosité, aucune des françaises n'arrivant à se détacher des images plus vraies que nature que leur avait exposé l'Épouvantard. Molly, qui avait bien compris que c'était la première fois que les adolescentes rencontraient le chemin d'une telle créature, était particulièrement aux petits soins avec elles, allégeant le programme qu'elle leur avait prévu. Mais rien n'y faisait, et même les pitreries des Maraudeurs et des jumeaux n'arrivaient pas à extirper le Club des Cinq de leurs sombres pensées, jusqu'au repas du soir.
Alors qu'elles finissaient leur tarte à la mélasse, et que presque tous les habitants du square Grimmaurd avaient déserté la cuisine, le regard de Julia et Estelle fut accroché par une étrange scène. Matyss qui venait de quitter la table était posté devant le miroir semblant se faire du charme à lui-même. Si la scène avait tout pour être ridicule, les deux adolescentes avaient encore en tête l'image de leur tuteur au sortir de la douche et elles ne purent s'empêcher de mater purement et simplement l'homme en face d'elle.
Si Ophélie, Maureen et Jessica avaient remarqué le manège de leurs amies, ce n'était pas les seules. Charlie, qui repassait par la cuisine pour se désaltérer remarqua, aussi les adolescentes. Se plaçant derrière les jeunes filles, il retroussa les manches de sa robe de sorcier puis enfonça dans un même mouvement les têtes des deux françaises dans leurs assiettes, avant de se mettre lui aussi à observer le blond. Les trois autres réunionnaises éclatèrent de rire face aux mines déconfites de leurs amies, et un fou rire général s'empara des occupants de la pièce, permettant enfin de relâcher la tension accumulée dans la journée.
C'est dans cette ambiance qu'arriva dans la cuisine Hermione Granger, escortée par deux membres de l'Ordre à savoir Tonks et Sturgis Podmore. Si l'arrivée de Hermione était bien prévue, la jeune fille ne devait venir que deux jours plus tard. Cependant un léger contre-temps dans l'emploi du temps de ses parents avait poussé la jeune fille à arriver plus tôt, et c'est pourquoi elle ne fut accueillie que par des regards étonnés dans une cuisine presque vide.
- Hermione nous a contacté, Molly et moi pour savoir si c'était possible de venir nous rejoindre plus tôt, expliqua Tonks à l'assemblée.
Molly avait dû oublier de leur transmettre l'information après l'épisode des Épouvantard.
Après de brèves salutations, la cuisine se vida. La journée avait été longue et fatigante et tout le monde partit rapidement se coucher. Hermione prit place au troisième étage dans la chambre de Ginny après être entrée dans celle d'un Ron qui ronflait déjà, les retrouvailles attendraient bien quelques heures.
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Le jour d'après, Remus fut un des premiers levés de la maisonnée. Lorsqu'il alla prendre son petit-déjeuner, ce fut à son tour de passer devant le miroir. Ce fut aussi à son tour de faire marche arrière pour se planter devant la glace et s'observer. Les cicatrices sur son visage faites par Fenrir Greyback dans son enfance étaient devenues plus fines. Il ne se trouvait pas très beau, et estimait que son seul atout était ses yeux d'or. Même ses cheveux n'étaient pas vigoureux comme ceux de James. Remus tenta de les ébouriffer pour leur donner un effet, en vain.
-Oh, non Remus, pas toi ! s'exclama une voix.
Le jeune homme sursauta et se tourna vers Estelle dont il venait de remarquer la présence. Lui qui croyait que la salle à manger était vide à cette heure-ci, était maintenant pris sur le fait. Estelle lui expliqua avec un ton de reproche que depuis quatre jours elle ne cessait de voir les gens s'admirer dans le miroir comme si celui-ci était le miroir du Risèd. Remus ignorait ce que c'était. Il haussa les épaules en se promettant de faire des recherches, et alla se préparer un bon petit-déjeuner en engageant la conversation avec Estelle.
Plus tard, lorsque la salle à manger se fut remplie de presque tous les occupants de la demeure des Black, Estelle se leva pour quitter d'endroit et rejoindre le salon pour plus de calme. En passant devant le miroir, elle ne put s'empêcher de s'y arrêter pour arranger ses cheveux, puis réalisant ce qu'elle était en train de faire, elle se murmura à elle-même.
-Merde, saleté de miroir.
Jessica sourit en voyant son amie s'énerver contre la glace. Lorsqu'elle s'en alla, la rousse s'approcha du miroir, mais ne se laissa pas tenter à regarder son reflet. A la place elle étudia le cadre. Elle y découvrit des inscriptions runiques qu'elle mit un temps à traduire : « Tel Narcisse de son reflet énamouré, admire dans cette glace l'être que tu dois adorer ».
Alors c'était cela, la fascination dont tous faisaient preuve s'expliquait par le fait que le miroir soit enchanté. Elle se promit d'en glisser un mot à Molly, cela ne pouvait plus durer.
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Mais qui disait nouvelle journée, disait nouvelle pièce du manoir à nettoyer. Les jours se suivaient et se ressemblaient tous. Julia n'aurait jamais pensé qu'il y avait tant de pièces dans cette maison et ne manquait pas de maudire les Black et leurs descendants (à savoir Sirius) dès que l'occasion se présentait, et rêvait secrètement de torturer Kreattur, normalement en charge de l'entretien de la maison
Les filles avaient pu se retrouver entre elles sans aucune trace ni des Weasley, ni des Maraudeurs. Hermione et Ron s'étaient rapidement retrouvés et débriefaient de leur début de vacances dans la chambre du roux. Même Molly semblait aux abonnés absents. Après le petit déjeuner, elle s'était enfermée dans la cuisine leur indiquant simplement les nouvelles tâches qu'elles auraient à effectuer dans la journée, avant de disparaître. En outre, pour une fois aucune réunion de l'Ordre ne semblait programmée. Bien que trouvant la chose étrange, les cinq amies appréciaient, sans trop se poser de questions, ce moment de répit que leur accordait la maisonnée.
Alors qu'elle se trouvait à nettoyer un bureau quelconque, Estelle poussa un petit cri quand ce qu'elle avait pris pour une tâche de moisissure se révéla être vivant et que plusieurs dizaines d'insectes commencèrent à lui monter sur le bras.
- Sac à gargouille ! Une grève ! On devrait toutes se mettre en grève, c'est plus possible de se faire attaquer tous les jours par une espèce d'insecte différente, s'énerva la Serdaigle qui s'éloigna du bureau pour essayer de se débarrasser des petits envahisseurs.
- Oh des Bandibons ! s'exclama Julia venue à la rescousse de son amie.
Devant le regard étonné d'Estelle, elle ajouta.
- Ils en parlaient dans une recette de potion, il parait que c'est très efficace contre les Doxys !
- Des petites bêtes pour lutter contre d'autres petites bêtes, quelle belle idée ! Mais t'as raison Estelle on devrait tous se mettre en grève, c'est de l'exploitation de mineurs ce qu'ils font, déclara Jessica en rigolant.
Elle avait laissé sa baguette et son torchon de côté pour venir rejoindre ses amies au centre de la pièce et s'asseoir près du pichet de limonade à leur disposition pour commencer à servir tout le monde.
Voyant que l'humeur n'était plus à l'efficacité Maureen, elle aussi, laissa la vitre qu'elle essayait de ravoir, pour rejoindre la pause improvisée.
- Oph' vient t'asseoir cinq minutes avec nous, s'écria la Poufsouffle.
Mais la jeune Serpentard n'avait pas l'air de l'avoir entendue. Elle n'était cependant pas en train de faire le ménage, se tenant debout, comme hypnotisée par ce qu'elle tenait dans la main.
- Vous pensez qu'elle s'est endormie ? demanda Jessica.
- Debout ? fit Estelle, perplexe.
- Avec Ophélie rien ne m'étonnerait, ria Julia.
Mais voyant que leur amie ne réagissait toujours pas les quatre jeunes filles délaissèrent leurs verres pour aller voir ce qui fascinait autant la brune. Ce n'est que lorsque Maureen lui tapota l'épaule qu'Ophélie sembla revenir dans le monde des vivants et se retourna. C'est comme ça que les yeux des adolescentes tombèrent sur un médaillon d'assez grande taille, mordoré. Estelle s'empara de l'objet, plus lourd que ce qu'elle imaginait. Un magnétisme étrange émanait du bijou. Si quelques minutes auparavant, tout le monde était de bonne humeur, l'ambiance était devenue plus lourde. Lorsque Julia prit à son tour l'objet dans ses mains elle brisa le silence énonçant ce qu'elles étaient toutes en train de comprendre.
- Je crois qu'on a trouvé le Médaillon.
L'objet passa presque religieusement de mains en mains, toutes essayant de l'ouvrir, sans succès. Les cinq adolescentes étaient sûres d'elles, elles avaient mis la main sur le Médaillon de Salazar Serpentard. Au regard de ce qu'elles avaient lu, et étant donné son influence hypnotique, elles surent qu'elles étaient pour la première fois en contact avec un morceau d'âme de Voldemort.
- Bon, commença Jessica, on fait quoi ?
- On n'y touche pas.
- On le garde.
Estelle et Ophélie qui avaient parlé au même moment se regardèrent, étonnées.
- C'est beaucoup trop dangereux, on peut pas laisser le Médaillon ici, argumenta la Serpentard.
- Non, ça suffit, vous avez bien vu ce que ça donne quand se mêle de ce qui ne nous regarde pas, rétorqua Estelle qui, malgré les efforts des derniers jours, n'arrivaient toujours pas à cacher combien leur défaite dans le labyrinthe l'avait affectée.
- Donc on le laisse là, se faire voler par Mondingus sans rien faire ? C'est n'importe quoi !
- Il est beaucoup trop maléfique, continua Estelle sans écouter son amie, on n'est pas assez puissante pour garder un objet pareil.
- Et puis c'est bien beau de le garder, mais on le mettrait où ? demanda Julia.
Les jeunes filles se regardèrent en silence ne sachant réellement pas quoi faire. Aucune des solutions ne paraissait être la bonne.
- Dumbledore ! s'écria alors Maureen.
Voyant les regards interloqués la jeune fille expliqua.
- Si on ne sait pas quoi en faire, on a qu'à le donner à Dumbledore, lui peut nous aider j'en suis sûre.
- Et tu as une ligne directe pour le contacter depuis quand ? railla Ophélie.
- Il va bien finir par venir ici, essaya d'argumenter Maureen, après tout c'est le QG de l'Ordre.
- Faisons un vote, lança Julia qui en avait marre de voir toutes ses amies se quereller.
Jamais encore les cinq amies n'avaient paru si divisées sur un sujet, ce qui confortait Estelle dans l'idée de laisser le Médaillon exactement à l'endroit où elles l'avaient trouvé, pour ne plus avoir à le gérer.
- Bon, celles qui sont pour garder le Médaillon, lança Julia.
Sans grande surprise, seule la main d'Ophélie se leva.
- Celles qui sont pour le donner à Dumbledore ?
Les mains de Maureen, Julia et Jessica se levèrent. Toutes se regardèrent. C'était décidé elles iraient remettre l'Horcruxe à Dumbledore. Personne cependant ne semblait véritablement en accord avec cette décision. Voyant que le vote n'avait finalement apaisé personne, Jessica lança peu convaincue.
- En attendant, je peux le mettre dans ma valise si vous voulez. C'est tellement le bazar dedans que de toute façon personne n'aura l'idée de venir fouiller dedans.
Avant même qu'une des filles puisse protester, des pas se firent entendre à l'autre bout du couloir. Maureen s'empara vivement du Médaillon qu'elle enfourna dans sa poche au moment exact où les trois Maraudeurs firent leur apparition sur le pas de la porte. Sirius, un air paniqué presque trop prononcé sur le visage, s'adressa aux filles précipitamment.
- Arrêtez ce que vous faites là et descendez c'est urgent !
Aidé de Remus et James le brun fit descendre les jeunes filles qui ne comprenaient rien à ce qui se passait. Au moment où les portes de la cuisine s'ouvrirent, tous les habitants du square Grimmaurd, réunis pour l'occasion, s'écrièrent.
- SURPRISE !
Derrière eux à la place du maudit miroir qui était installé depuis quelques jours, se trouvait des lettres flottantes qui formaient les mots « Joyeux anniversaire Jessica ! ».
Face à cette scène la rousse eu deux révélations. La première était que, comme ses amies, elle-même avait oublié qu'elle fêtait ses quinze ans aujourd'hui. La seconde, et pas des moindres : cela faisait un an jour pour jour qu'elles étaient arrivées dans ce nouveau monde.
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Voilà ! N'hésitez pas à nous dire ce que vous en pensez, car ce sont aussi vos retours qui nous encouragent.
N'ayez cependant pas d'attentes pour le temps de publication, mais un peu d'espoir : les cinq prochains chapitres sont déjà écrits ;)
