Chapitre 1 : Sunny Afternoon
Il y avait déjà ce petit quelque chose dans l'atmosphère qui lui fit froncer le nez. Il lui en fallait peu pour deviner la pluie à venir. Ce parfum orageux, cette moiteur de l'été qui l'enveloppait, hérissant ses poils, plissant son nez. Hermione Granger le savait, la pluie n'était pas loin.
Elle soupira, résignée. Au moins, c'était bon pour la planète à défaut de l'être pour son moral. Elle se leva de son bureau pour s'avancer vers la porte-fenêtre ouverte sur son petit balcon. L'air chaud de la fin du mois d'août dilatait ses pores. Aucune brise ne venait jouer avec ses cheveux, ou taquinait les feuillages encore touffus des arbres, mais la tension du ciel était si palpable qu'il semblait prêt à éclater. Son regard se perdit dans la nature encore luxuriante de son jardin. Loin de l'effervescence de la ville, Hermione avait préféré s'exiler dans la campagne au sud-ouest de Londres, dans un petit village moldu. Sa maison à un étage se perdait dans un terrain envahi d'arbres, de fleurs et, souvent, de quelques animaux sauvages qu'elle pouvait avoir parfois la chance d'apercevoir de loin. Son bureau, situé à l'étage, était sa pièce favorite de la maison. Déjà, comme presque toutes les pièces de la maison, une grande bibliothèque habillait tout le pan d'un mur. Même si la plupart des livres présents traitaient de divers sujets qui lui servait dans son travail, il y avait tout de même quelques romans quand elle ressentait le besoin de faire une petite pause. Et lorsque son cœur n'était pas ému par la lecture, elle quittait le confort de la petite banquette incrustée dans la bibliothèque pour se diriger vers son balcon et contemplait la beauté de son jardin, aux couleurs rythmées par les saisons.
Il aurait été évident de penser que la fin de la guerre et la mort du mage noir avait entraîné des effusions de joies dans tous les pays du monde. Pourtant, les choses s'étaient avérées beaucoup plus compliquées que prévu. Déjà, même si le soulagement et la joie avaient chauffé nombreux cœurs, la mort avait frappé plus durement que jamais. Il avait fallu compter le nombre de décès, se souvenir de leurs noms, s'occuper de leur commémoration, recenser les disparus et engager des personnes pour les rechercher. Rien de tout cela n'avait été évident, d'autant plus que le Ministère de la magie n'était pas au meilleur de sa forme. Un grand ménage avait dû être fait, parmi les vrais traîtres, ceux soumis à l'impérium, ceux subissant des menaces sur eux ou sur leur famille ou encore ceux qui, traumatisés, ne voulaient plus jamais mettre les pieds dans le ministère. Et lorsque le tri fut terminé, la liste de personnes formées et expérimentées se trouvait très réduite et trop peu importante pour assurer un service en continu. Il avait fallu trouver d'autres personnes, accumuler de longues journées, et même parfois des semaines, pour former de nouvelles recrues tout en occupant le terrain. Un travail tellement énorme, que même maintenant, dix ans plus tard, le Ministère n'était pas encore totalement opérationnel. Et dans tout ce remue-ménage, Hermione, Ron et Harry avaient dû réussir à passer une dernière année dans un Poudlard blessé, encore fragile, mais qui tentait tant bien que mal de rester debout pour partager son savoir. Une septième année d'ASPIC très difficile, où le trio avait dû, non seulement se remettre de leurs blessures physiques et émotionnelles et porter le dueil de leurs nombreux camarades morts au combat, mais aussi prêter main forte au Ministère dans sa reconstruction car il était hors de question que ce dernier ne prît pas en compte l'avis du Survivant. La guerre avait laissé nombreuses cicatrices et la perte de confiance du monde sorcier envers son Ministère en était une grande.
Pour la deuxième fois en quelques minutes, la jeune femme soupira. Décidément, cette atmosphère ne lui réussissait pas. La voilà qui ressassait des souvenirs qui n'étaient pas des plus agréables. Heureusement, de petits coups secs suivis de quelques pas feutrés vinrent la délivrer de sa nostalgie monotone. Hermione se tourna pour faire face à Mélie, l'elfe de maison qui cohabitait avec elle.
-Miss, Mélie a fait du thé et quelques gâteaux. Tu n'as rien mangé ce midi, dit l'elfe, un air de reproche dans ses yeux.
-Merci, Mélie, sourit la jeune femme. On partage ?
L'elfe hocha la tête, visiblement ravie par la proposition et posa le tout sur la petite table à face à la banquette de la bibliothèque. Hermione se rendit compte au moment précis où l'odeur chaude des cookies juste sortis du four vint taquiner ses narines, qu'elle avait bien faim. Elle délaissa donc la fenêtre et sa contemplation pour venir partager un moment avec Mélie.
Tout juste sortie de sa dernière et fastidieuse année à Poudlard, ses ASPIC en poche, Hermione se retrouva sur le marché du travail. Inutile de dire qu'elle avait obtenu les notes maximum partout, sauf en défense contre les forces du mal. Elle avait longuement réfléchi à quoi faire après ses études. Meilleure élève de l'école et héroïne de la guerre au côté du Survivant, les portes s'étaient ouvertes partout, déroulant même le tapis rouge. Elle avait longuement hésité, mais au fond d'elle, son choix était fait depuis longtemps. Elle avait profité de la restructuration du Ministère pour y rentrer. Elle s'était rapprochée du département des créatures magiques laissé à l'abandon, avait commencé à y distiller quelques petites idées puis avait finalement pris les devants pour finir directrice du département, rennomé Coopération entre Créatures Magiques et Sorciers. Elle avait écrit des rapports et détaillés avec force le rôle des elfes de maison et autres créatures dans la bataille contre le mage noir. Elle avait mis en avant leur implication, rappelant que sans eux, ils n'auraient probablement rien gagné du tout, détaillant son vécu, recueillant les témoignages de bien d'autres et, après quelques années de dur labeur où elle s'était retrouvée opposée à l'ego des sorciers, elle avait finalement réussi à déployer la SALE partout sur le territoire du Royaume Unis. Kingsley était un ministre à l'écoute, bienveillant et humain qui avait approuvé chacun de ses rapports.
Maintenant, grâce à Hermione, les elfes avaient droit à une vraie paye pour leur travail, des jours de congés, des heures de repos et surtout, elle leur avait offert la protection indéfectible du Ministère en cas de maltraitance physiques ou verbales. Le département était maintenant géré par un conseil de cinq dont un efle et un gobelin. Firenze et Hagrid faisaient également parti du conseil même si leur tâche de professeur à Poudlard occupaient la majeur partie de leur temps. Et Hermione s'occupait de faire le lien entre toutes les remontées de ceux qui y travaillaient.
-Toujours sur le même dossier ? demanda Mélie.
-Oui. Les centaures sont durs en affaires, tu le sais bien. À croire que nous arriverons jamais à trouver un compromis.
Le regard de Mélie se porta sur le bureau jonché de papiers de la sorcière. Malgré le désordre apparent, l'elfe savait pertinemment que tout était trié. Il y avait là tous ses dossiers en cours.
-La Forêt Interdite est leur maison depuis des millénaires, mais ils n'en n'ont pas le monopole, poursuivit Hermione. Même s'ils se montrent de plus en plus ouverts à la négociation, ils restent très méfiants et chaque mètre de leur nouvelle frontière est discuté pendant des heures. Enfin, tu sais tout ça bien évidemment.
Mélie hocha la tête. Elle aussi était membre du conseil. Elle dirigeait le Département de Coopération entre Créatures Magiques et Sorciers au côte de Hagrid, Firenze, et Gornac, un gobelin. Hermione l'avait trouvée dans une vieille demeure de mages noirs, à l'article de la mort après une punition trop sévère. Elle l'avait recueillie, soignée et veillé à son confort. C'était la toute première elfe que la sorcière avait sauvé. Mélie avait vite été touchée par la gentillesse de la sorcière. Au tout début, Hermione lui demandait souvent conseil lorsqu'il s'agissait de protéger et de défendre ses droits, puis, au fur et à mesure qu'elle changeait le département, elle l'avait impliquée de plus en plus pour finir par lui proposer ce poste. L'elfe avait accepté. Mais un elfe restait un elfe, comme elle l'avait maintes fois expliqué à la sorcière. Elle aimait prendre soin d'une maison. Aussi, Hermione lui avait proposé d'emménager avec elle. Elle fit appel à des bâtimages pour créer une petite annexe à la maison, à taille d'elfe. Mélie disposait donc d'une chambre, un salon, une cuisine etune salle de bain pour elle toute seule. Son travail au Ministère lui assurait une paye plus que correcte et son grand plaisir était de prendre soin de la maison, malgré les protestations de sa propriétaire. Hermione prenait l'habitude de dire qu'elles vivaient en colocation. Après tout, elle ne lui demandait jamais rien. Mélie décidait seule de nettoyer la maison ou de préparer à manger et elle était libre de sortir quand elle le voulait, de veiller tard ou de paresser toute la journée, bien qu'elle ne le fît absolument jamais.
-Au moins ils n'attaquent plus ceux qui s'aventurent un peu profondément dedans, commenta Mélie. Maître Firenze fait bien son travail.
-Certes. Il y a du progrès. C'est long, mais ça avance.
-Le département est jeune. Il va falloir du temps pour tout le monde.
Hermione hocha la tête. Mélie avait raison. Déjà, il n'était pas encore facile d'expliquer aux elfes qu'ils avaient maintenant des droits. Mélie et les autres elfes qui avaient accepté d'intégrer le Ministère, se déplaçaient régulièrement auprès de leurs semblables pour les tenir informer de leur changement. Mais tout ceci était long. Tout ceci prenait du temps. Entre les négociations du territoire des centaures et celles pour le droit de porter des baguettes chez les gobelins, le travail ne manquait pas.
-Mélie voit bien que tu travailles beaucoup en ce moment, renchérit l'elfe, un peu innocemment.
La jeune sorcière haussa les épaules.
-Tu travailles trop, Miss, insista-t-elle en plongeant ses grands yeux globuleux dans les siens.
Tu veux que je te dise Hermione ? Tu travailles trop. La jeune femme esquissa un petit sourire en coin, son esprit vagabondant dans des souvenirs lointains. Elle posa sur l'elfe un regard rassurant. Avec ses grands yeux jaunes, sa petite robe verte pastelle semblant tout droit sorti de la Renaissance et son chapeau haut de forme à plume, Mélie lui apparaissait comme une présence douce et rassurante. Elle veillait à ce que la maison fût toujours propre et que son estomac fût toujours plein. Elle le faisait parce que c'était sa nature et parce qu'elle aimait ça.
Elle n'avait pas tort. Comme d'habitude, Hermione se retrouvait surchargée de travail. En parallèle du réaménagement du département de la Coopération entre Créatures Magiques et Sorciers, Hermione filait un coup de main à Arthur Weasley dans le nouveau Département de la Préservation de la Communauté Non-Magique. Après les tortures qu'ils avaient subi, soutenues par le Ministère corrompu lui-même pendant la guerre, tout le département avait dû être réhabilité. Hermione, après son diplôme, avait souvent secondé Arthur. Maintenant, ce dernier était le directeur de tout le département en question. Il s'occupait même de faire le lien entre le Premier Ministre Moldu et celui des sorciers. Toutefois, il arrivait à Hermione d'être amenée encore à donner des coups de main à Arthur, notamment lorsqu'il s'agissait de missions d'infiltration au sein du territoire moldu. Heureusement, cela se faisait de plus en plus rare, notamment grâce à l'arrivée de nouvelles recrues. Elle en était plutôt reconnaissante, car même si elle ne rechignait jamais à aider, cela lui laissait du temps libre pour sa dernière activité au sein du ministère. Cette fois, elle avait agi surtout par passion. Hermione avait toujours aimé l'étude des runes et elle l'avait gardées aux ASPIC. Elle avait continué des cours par correspondance sur la question et elle avait commencé par travailler de temps à autre pour l'Insitut de l'Histoire de la Magie, en tant que consultante officielle du Ministère. Sur son bureau se trouvait la liste de quelques objets magiques trouvés récemment par des Aurors, qu'elle devait authentifier. Elle l'avait mis de côté pour peaufiner son rapport sur le partage de la Forêt Interdite lorsqu'une lettre de Kingsley demandant à la voir rapidement l'avait tirée définitivement de son travail.
-Vous avez les choses bien en main au Ministère. Vous n'avez déjà plus besoin de moi, la rassura Hermione.
-Je ne suis pas sûre que ce soit l'avis de tout le monde, objecta Mélie en buvant une gorgée de son café.
-Oh mais je ne vais pas loin. Je pense que l'on pourrait faire une sorte de pacerelle entre le Ministère et l'Institut. J'aimerais beaucoup creuser cette piste entre deux rapports.
-Tu n'as vu personne depuis deux jours, Miss. Tu es sortie voir tes amis récemment ?
-Je suis allée à Poudlard il y a deux jours, se défendit la jeune femme.
Avec son travail au sein du Ministère, Hermione faisait fréquemment des aller-retour à Poudlard. Elle essayait d'établir une frontière au territoire des Centaures tout en laissant une autre partie accessible aux professeurs si besoin. Ce n'était pas aisé, car ceux-ci se méfiaient encore beaucoup d'eux. Firenze l'aidait beaucoup et il avait réussi à convaincre qu'elle était de leur côté. De plus, Hermione en profitait pour discuter régulièrement avec le peuple des sirènes, dont elle avait également appris la langue. Elle en profitait souvent pour saluer Hagrid, déjeuner avec Minerva maintenant directrice de Poudlard ou encore passer du temps avec Neville, directeur adjoint et professeur de botanique depuis que Chourave était partie, peu de temps après la guerre. Ce dernier allait même très bien. En tant que héros de guerre, son cours était très prisé et il faisait fureur en animant également un club de duel.
-Tu y es allée pour le travail. Mélie s'inquiète pour toi. Tu ne vois plus tes amis.
-Ils sont occupés. Harry et Ginny doivent jongler entre leur travail et les enfants, Luna aussi et Ron...
Elle se tut un instant, ne sachant trop quoi dire.
-Ron aussi travaille beaucoup.
Sa montre émit soudain un tintement clair, comme un doux son d'une goutte de pluie frappant un cristal.
-C'est l'heure, commenta Hermione, terminant son cookie. Merci Mélie.
Elle se leva, et son regard se dirigea à nouveau vers la fenêtre où le ciel orageux menaçait de gronder de colère. Pendant un instant, elle sembla à nouveau plonger dans des souvenirs nostalgiques, puis elle sourit.
-Ne t'inquiète pas tant Mélie, tu sais bien que j'aime travailler et que ma vie me plaît ainsi.
L'elfe hocha la tête. Elle le savait. Elle aussi aimer travailler. Mais Hermione défendait le droit aux elfes de s'amuser. Droit qu'elle semblait ne pas s'octroyer à elle-même. Lui adressant un dernier signe de la main, Hermione ramassa son rapport sur la Forêt Interdite, attrapa sa cape sur sa chaise puis enjamba la distance qui la séparait de la porte. Quelques minutes plus tard, elle sortit de chez elle et transplana d'un mouvement gracieux jusqu'au Ministère.
Le lieu avait bien changé. L'horrible fontaine transformée pendant la guerre avait été détruite. À la place, une nouvelle avait été érigée montrant, sorcier, moldu, elfe, gobelin, centaure se tenant la main et s'alignant dans un demi-cercle sur un piedestal. De l'eau jaillissait de la baguette du sorcier, de l'arc du centaure, d'un claquement de doigt de l'elfe, d'une coupe joliment serti du gobelin et d'un livre du moldu. Là où elle avait montré la supériorité et l'arrogance des sorciers, elle se voulait à présent unie avec tout le monde au même niveau. Des désaccord persistaient mais au moins, maintenant, chacun communuquait et c'était déjà un immense progrès. Hermione se sentait fière du devoir accompli depuis une décennie. Il ne fallait pas non plus oublier que rien n'était encore acquis. Chaque jour était un défi. Le mode de penser d'un elfe différait de celui d'un gobelin qui était encore différent de celui d'un centaure. Cela ne pouvait marcher que si chacun y mettait du sien, écoutait l'autre et acceptait de faire des compromis. Rien de facile, mais le conseil qui dirigeait son département faisait son possible pour y arriver.
-Bonsoir Kim, salua Hermione à l'hôtesse d'accueil.
Cette dernière répondit par un sourire et un petit geste de main avant de se concentrer sur les derniers visiteurs. C'était dimanche fin d'après-midi mais le Ministère connaissait peu de repos. Hermione atteignit l'ascenseur en même temps qu'une flopée de note de service. En dix ans, le Ministère avait bien changé. Même s'il avait gardé ses principaux départements, ils avaient tous été modifié et parfois renommé comme le sien, ou ajouté comme celui de la Préservation de la Communauté Non-Magique. Elle s'arrêta au premier niveau, celui qui renfermait le bureau du premier ministre, ainsi que celui de son sous-secrétaire. Il y avait également une grande salle avec nombreux employés ou stagiaires qui s'affairaient sûrement aux affaires du ministre, une grande salle de repos où chacun pouvait manger et se détendre et enfin une grande salle de réunion qui accueillait le Conseil des Sorciers. Conseil qui avait été remis au goût du jour et qui permettait au Ministre et certains de ses administrés de débattre sur des sujets pointilleux et établir des décisions en conséquence. Minerva Mcgonagall faisait partie de ce conseil, ainsi que les directeurs des départements du ministère et le sous-secrétaire d'Etat. Hermione s'était retrouvé plus d'une fois en ce lieu et cela faisait d'elle la plus jeune du conseil à y avoir participer, même si maintenant Harry l'avait rejointe. Cette fois, cependant, ce n'était pas pour assister au conseil, mais bien pour rencontrer directement le ministre.
La lettre qui lui avait été envoyée plus tôt et qui l'avait sortie de son travail, ne lui révélait pas grand-chose. Il était surtout question d'une affaire urgente qui nécessitait ses compétences et qu'il ne pouvait déléguer à personne d'autres. De quoi animer sa curiosité.
La porte du bureau était ouverte. Avant qu'elle ne pût y pénétrer, Percy Weasley, sous-secrétaire d'Etat auprès du ministre, apparut dans son champ de vision.
-Ah, bonjour Hermione, la salua-t-il. Il ne va pas tarder à arriver, tu peux l'attendre dedans si tu veux.
-Salut Percy. Tu sais de quoi il s'agit ?
-J'avoue que non. Il ne m'a rien dit.
Percy fronça légèrement les sourcils puis haussa les épaules.
-Tu sais comment il est de toute façon. Inutile d'arracher un botruc de son arbre tant qu'il n'a pas décidé lui-même d'en descendre, récita-t-il.
Hermione hocha la tête. Elle comprenait parfaitement. Kinglsey était le meilleur à son poste, elle n'aurait jamais imaginé meilleur ministre. Mais il y avait chez lui de grands mystères qu'il était parfaitement inutile d'essayer de résoudre tant qu'il n'avait pas prévu de le faire lui-même. Beaucoup avaient vite fini par le comprendre.
-Tu seras à la réunion ? poursuivit Hermione.
-Non. Mais il m'a dit qu'il me verrait sûrement après pour me faire un compte-rendu. (Il jeta un coup d'œil à sa montre avant de poursuivre) : bon, je vais te laisser. On se voit plus tard.
-Oui. Passes le bonjour à ta mère.
Il hocha la tête, tourna les talons, mais changea d'avis à la dernière seconde et reporta son attention sur la jeune sorcière.
-Tu sais qu'il y a un repas à la maison dans quelques jours avec tout le monde. Maman m'a dit que tu ne lui avais toujours pas confirmé ta présence. Elle commence à s'agacer par ton silence.
Hermione esquissa une grimace.
-Oui, je sais, je n'ai pas pris le temps, j'ai beaucoup de choses à faire et...
-Je lui ai dit, mais... Enfin, tu la connais. Elle s'inquiète. (Il hésita encore puis finit par se lancer) : elle n'est pas la seule... Tu devrais lever le pied un peu, Hermione.
Il lui offrit un dernier petit sourire et s'éloigna, cette fois pour de bon. Cela pouvait paraître étrange d'entendre Percy Weasley lui dire de lever le pied et dix ans plus tôt elle n'y aurait certainement pas cru si quelqu'un lui avait rapporté cette conversation. La mort de Fred avait été un traumatisme dans la famille. Elle avait blessé tout le monde et changé la fratrie à jamais. Percy était devenu beaucoup moins pompeux et il avait vite fait passer le travail en second plan de sa vie. Il venait rendre visite à Georges au moins une fois par semaine, parfois plus. Il avait même rencontré une jeune femme, Audray, et était l'heureux papa de deux petites filles. Hermione était heureuse pour lui. Il avait gravi les échelons au ministère de façon très naturelle en fait, en aidant un peu tout le monde, et Kinglsey l'avait jugé digne de cette tâche à ses côtés deux ans plus tôt. Un poste qui lui allait à ravir
En pénétrant dans le bureau de Kingsley, Hermione eut un petit pincement au cœur en pensant qu'elle avait un peu oublié Molly. Elle s'était promis de lui répondre vite, mais son hibou avait dû partir porter d'autres commissions et prise dans son travail, elle avait fini par oublier. Hermione se promit de lui répondre au plus vite. Elle irait à ce repas, elle lui devait bien ça. Puis si elle devait encore une fois annuler, elle était sûre que Molly allait piquer une crise.
Le bureau de Kinglsey était à son image. Il ne s'embarrassait pas de fioritures. Un bureau trônait au milieu de la pièce. De grandes étagères recouvraient les murs, jonchées de livres ou d'artefacts magiques. L'on pouvait reconnaître une glace à l'ennemi, une pensine et un scrutoscope, mais également d'autres objets plus incongrus comme une boule de crystal, un haut parleur qui avait pour particularité de déformer la voix ou encore une dame-jeanne remplit d'un étrange liquide noir dans lequel scintillait de petits points lumineux, ce qui donnait vraiment l'impression que le ciel étoilé était enfermé dedans. Il y avait aussi une grande cage vide dans laquelle devait se trouver son hibou, un tableau de Dumbelore qui dormait profondément, et aussi une belle et magnifique cheminée où crépitait un feu vert qui diffusait une douce chaleur sans pour autant donner une sensation étouffante. Mais le plus atypique et personnel objet de la pièce était sans nul doute le grand masque africain accroché à un pan du mur. De teinte foncée, des peintures blanches accentuaient les contours des yeux, du nez et de la bouche. D'étranges dessins qui lui faisaient penser à des runes étrangères formaient de belles courbes sur le reste du masque.
-Bonjour, Granger.
La voix venait du masque, mais Hermione ne s'en formalisa pas. Ce n'était pas la première fois qu'elle venait dans ce bureau et qu'elle se retrouvait à parler avec lui. Au début, elle avait été très surprise et vite admirative. Déjà, parce que la magie continuait de la laisser béate d'admiration devant ses possibilités infinies. Ensuite, parce que ce masque recelait une grande sagesse et quelques pouvoirs bien mystérieux. Kinglsey ne lui avait jamais rien expliqué à ce sujet et Hermione, malgré toutes les questions qui se bousculaient dans sa tête, se gardait bien de le harceler à ce sujet. De toute façon, il ne lui aurait jamais répondu.
-Gakuru, salua-t-elle à son tour en s'asseyant sur l'un des fauteuils.
-Alors tu es donc venue ? Le temps tire à l'orage. La pluie va finir par tomber. N'oublies pas Granger, de ne pas insulter le crocodile quant tes pieds sont encore dans l'eau.
Ne sachant pas trop quoi répondre, Hermione se contenta de hocher la tête. Les paroles de Gakuru n'étaient jamais à prendre à la légère. Il avait toujours une raison pour dire quelque chose même si, la plupart du temps, il était difficile de la comprendre, ou de trouver une logique dans ses propos. Elle n'eut pas non plus le loisir de poursuivre cette conversation, car Kinglsey fit son entrée dans le bureau. En dehors de quelques rides, il n'avait pas beaucoup changé. Il dégageait toujours cette aura de sérénité et de calme, comme si rien ne pouvait jamais le brusquer et sa voix grave gardait ce côté rassurant qui apaisait presque tous les conflits.
-Bonjour Granger. Merci d'être venue aussi vite.
Il contourna le bureau pour s'assoir directement en face d'elle et la fixa droit dans les yeux.
-Bien, nous allons commencer tout de suite. J'ai de bonnes raisons de penser les mages noirs sont à la recherche des Cartes Légendaires.
La sorcière ouvrit de grands yeux choqués.
-Les Cartes Légendaires ? Enfin, ce n'est pas sérieux...
-C'est bien pour cela que vous êtes là Granger, c'est parce que ce n'est pas sérieux.
Il n'y avait aucun reproche dans sa voix, mais Hermione ne put s'empêcher de rougir.
-Oui, enfin, je veux dire, balbutia-t-elle, mal à l'aise.
-Je sais ce que vous voulez dire, je comprends. Mais le fait est là. Et si les manges noirs le pensent, alors nous aussi.
Il sortit sa baguette et une pile de papiers apparut dans les mains de la jeune femme.
-Vous êtes ici pour plusieurs choses. Déjà, votre expérience et implication dans le ministère font de vous quelqu'un en qui j'ai totalement confiance, que ce soit vos capacités ou sur vos valeurs.
Cette fois, Hermione rougit de plaisir.
-Ensuite, vos connaissances en notre histoire et dans les runes font de vous la meilleure personne pour cette mission. Il faut que vous retrouviez leur trace, et vite, car c'est devenu l'objectif principal de l'Ordre de Ténèbres.
Hermione sursauta. Après la chute de Voldemort, nombreux mages noirs s'étaient éparpillés aux quatre coins du monde. Même si leur défaite était cuisante, la confusion qui régnait à cette époque au ministère leur avait permis de s'échapper très rapidement. La perte de nombreux aurores pendant la bataille avait également réduit le nombre de chances de les retrouver et pendant ces dix dernières années, ils en avaient profité pour s'organiser et s'étaient unis sous le nom de l'Ordre des Ténèbres. Un hommage macabre à celui qui avait été autrefois leur chef. Leur but était à peu près le même que celui de Voldemort. Tyranniser les moldus, torturer les sang-de-bourbes et surtout, tuer Harry Potter. Depuis dix ans, les aurores les traquaient du mieux qu'ils le pouvaient. Certains avaient été tués, d'autres mis sous les barreaux, mais ils parvenaient toujours à trouver d'autres membres, si bien que Hermione eût l'impression que jamais ils n'en viendraient à bout.
Les Cartes Légendaires, quant à elles, représentaient un vieux mythe. Une vieille histoire dont elle avait souvent entendu parlé, mais dont elle n'avait jamais su si elle existait vraiment ou non. Enfin, il aurait été malvenu de prétendre à une légende, surtout après les Horcruxes ou les Reliques de la Mort. C'étaient des cartes du tarot, les premières qui avaient été créées, en réalité. Elles dataient de l'antiquité. La légende disait qu'elles avaient été dessinées avec du sang de dragon par une puissante sorcière sur du papyrus. Elle avait lié le sang à une magie très ancienne et puissante et avait utilisé ces cartes pour lire l'avenir. Cependant, elle s'était vite rendue compte que chacune des cartes possédait un pouvoir bien particulier et elle s'enfonça de plus en plus dans la magie noire pour exploiter et développer au maximum leur pouvoir. Il était dit que le propriétaire de ces cartes deviendrait le maître absolu de la magie. Un peu comme les Reliques de la Mort. Pourquoi il était toujours question de la domination absolue de quelque chose ?
Cependant, elle avait fini par être tuée par un autre sorcier et les cartes avaient disparu pour ne plus jamais réapparaître et son existence s'était transformée en légende. Légende oubliée de tous, sauf par les plus connaisseurs de l'histoire de la magie.
-Bien avant cette histoire, j'avais commencé à envisager la possibilité de vous donner un travail officiel au sein du ministère pouvant exploiter vos compétences en runes et en histoire. Je voulais créer une petite troupe d'élite de personnes traquant les objets de magie noire pour les expertiser, essayer de les mettre hors état de nuire et les garder en sécurité dans une branche bien gardée et sécurisée de l'Institut de l'Histoire de la Magie. Tout ceci précipite un peu cet objectif et vous l'annonce un peu de façon brutale mais il n'y a pas vraiment le choix.
Hermione hocha lentement la tête. Elle appréciait Kinglsey aussi par le fait qu'il ne tournait pas autour du pot quand il devait annoncer quelque chose.
-Bien évidemment, je ne veux pas vous laisser faire ça toute seule, mais je ne veux pas non plus qu'il y ait une trop grosse équipe dessus. Nous avons l'avantage parce que je sais ce que l'Ordre des Ténèbres trafique alors qu'eux ignorent que je le sais. Il faut que tout ça se fasse de façon discrète pour ne pas perdre l'avance que l'on a. Je vous ai donc trouvé un coéquipier dans cette affaire.
À ce moment précis, quelqu'un frappa à la porte.
-Justement, le voici. Entrez, invita Kinglsey.
Et Hermione se tourna lentement pour faire face à Drago Malefoy.
