Sherlock resta assit sur son fauteuil un long moment à observer la porte qui s'était refermée un peu plus tôt. Les mains toujours jointes sous le menton il se rendait compte à quel point il avait réagit excessivement, pire qu'une midinette devant son idole! Il ne connaissait ce John Watson ni d'Eve ni d'Adam et pourtant il lui avait quasiment sauté dessus pour obtenir d'être le seul éditeur en piste. Certes il avait désespérément voulu quelque-chose de nouveau, une fraîcheur bienvenue pour sa maison d'édition, mais à présent il se demandait si il n'avait pas été trop vite en besogne. Après tout, peut-être que cet ancien militaire n'avait aucun talent et que son récit serait plus ennuyeux que n'importe quel livre jamais paru.
Sherlock fronça les sourcils, d'habitude il ne se laissait pas emporté de la sorte par ses élans, il prenait toujours soin de garder la tête froide. Cette fois il s'était laissé attendrir par la frimousse de cet homme qui avait vu les pires choses sur terre et qui pourtant avait l'air si sympathique. Ce monsieur Watson dégageait une aura de confiance, il donnait envie de le protéger, de le suivre à l'autre bout du monde. Sherlock grogna tout seul et leva à peine les yeux quand Miss Hudson entra dans son bureau après trois petits coups sur la porte:
«-Alors Sherlock, comment ça s'est passé?
-Bien, mais j'ai agit avec stupidité!
-Comment ça?
-Je me suis agité dans tous les sens, j'ai tout de suite accepté de le publier quand il aura fini, j'ai été pire qu'une groupie en furie!»
Il pinça les lèvres sur cette dernière phrase, il se détestait réellement. Miss Hudson lui tapota tendrement l'épaule:
«-Allons mon garçon ça ne peut pas être si grave n'est-ce pas?
-Bien sûr que si! J'ai obtenu tous les droits alors que je ne sais même pas ce que vaut son récit! J'ai agit parce qu'il a un visage sympathique, je n'ai pas réfléchit comme je le fait d'habitude! J'ignore pourquoi mais il m'a déstabilisé, il a anéanti toutes mes facultés de réflexions.»
Miss Hudson resta muette un instant, jamais elle n'avait entendu Sherlock dire de qui que ce soit qu'il avait un visage sympathique. Elle se disait que cet homme avait dû se montrer très convainquant pour que Sherlock soit si bouleversé par sa propre attitude à présent, car l'entretient s'était terminé près de trois quart d'heures plus tôt. De plus il avait avoué être déstabilisé par cet homme, or Sherlock n'était jamais déstabilisé par qui que ce soit. Miss Hudson repoussa une bouclette qui tombait devant les yeux de Sherlock:
«-Ce n'est rien, je suis sûre que tout se passera bien mon petit. Je te ramène du thé ça te remettra sur pieds.»
Miss Hudson se dirigea vers la salle de repos et commença à préparer du thé. Elle considérait Sherlock et son frère comme ses propres enfants, après tout elle n'avait jamais pu en avoir. De plus elle s'était occupée d'eux à la mort de leurs parents. Elle mit un sucre, un nuage de lait dans le breuvage, prit quelques gâteaux et retourna au bureau. Sherlock ne bougeai toujours pas, il semblait réellement préoccupé ce qui en devenait presque inquiétant. Soudain il alluma son ordinateur et se mit à taper sur son clavier à une vitesse incroyable. La secrétaire demanda en déposant le thé:
«-Que fais-tu avec tant d'énergie tout à coup?
-Je fais des recherches sur ce monsieur Watson, je veux savoir si j'ai fait la plus grosse erreur de ma vie. Merci pour le thé, maintenant laissez moi s'il vous plaît et qu'on ne me dérange sous aucun prétexte! »
La soixantenaire sortit en soupirant mais avec un sourire tendre sur le visage, Sherlock ne changerait donc jamais. Elle le connaissait depuis sa plus tendre enfance et elle ne l'avait jamais connu autrement qu'excessif et frénétique dans tout ce qu'il faisait.
John rentra chez lui avec le sentiment d'avoir réussi une étape énorme. Il marchait dans la rue, regardant les immeubles, observant les gens qui marchaient d'un pas pressé. Il sourit et fit quelques courses avant de rentrer chez lui. Il avait rendez-vous avec sa psy un peu plus tard dans la journée pour parler de son rendez-vous. Il rangea ses courses et s'installa derrière son ordinateur. Le médecin décida d'écrire un peu avant l'heure de son rendez-vous.
Nous avions tous été réveillés en pleine nuit. Une embuscade avait été tendue sur notre camp. Plus vite que l'éclair nous avons tous dû nous préparés et être prêts au combat. J'enfilais vite ma blouse et attrapais mon kit médical, je savais qu'il allait falloir que je me mette au boulot. Je voyais mes amis se mettre au combat. Le bruit des coups de feu, des grenades, les cris pour se donner du courage et intimider l'adversaire, ceux de douleurs formaient un brouhaha presque familier puisque nous étions en Afghanistan depuis des mois. Tout ça mêlait aux odeurs de poudre, de sable et de sang formait une atmosphère particulière à laquelle nous étions presque trop habitués. Je commençais à m'occuper des premiers blessés, il fallait agir vite. En tant que médecin je devais garder mon sang froid à tout prix, même si j'étais en train de couper la jambe gauche de ce pauvre Edward, tout juste 19 ans, car je ne pouvais pas sauver sa jambe qui s'était prit une grenade à moins de 2 mètres. Il avait même de la chance d'être encore en vie. J'étais triste car Edward adorait jouer au foot, chose qu'il ne pourrait plus faire avant un bon moment.
Un peu plus tôt j'ai vu avec impuissance Henry, un bel homme de 32 ans sur le point de devenir père pour la première fois, se prendre une balle en pleine tête. Le voir tomber en arrière m'a donné envie de vomir car je savais la douleur que sa femme ressentirait quand elle apprendrait la nouvelle, la détresse de cet enfant qui n'aura jamais connu son père. Cette nausée me venait du fait que moi-même je n'ai jamais connu mon père, j'imagine que c'est ce qui m'a aussi beaucoup marqué. Toutes les morts sur le front nous marquent car ce sont nos amis qui nous quittent et qui laissent leurs proches derrières eux, mais certaines nous rappellent certains points de nos propres vies et sont plus douloureuses.
Après avoir opéré Edward je devait retirer une balle de l'épaule de Gary, il avait été touché après avoir abattu un ennemi mais sa blessure était superficielle. Tout au long de la nuit j'ai opéré mes compagnons d'armes, mais grâce au ciel la plupart du temps c'était superficiel. Toutefois on avait compté 5 pertes et 18 blessés à cause de cette attaque dans notre camp. Je partais prendre une douche avec toujours l'image d'Henry dans la tête, mes muscles et mes nerfs étaient plus tendus que jamais à cause des souvenirs.
Ma propre enfance me sautait à la gorge. Cette vie sans père, ma mère devenue alcoolique après son veuvage inattendu n'avait pas du tout aidé à m'apporter un quelconque équilibre. J'avais donc apprit à grandir sans père, à devoir gérer ma mère alcoolique, mon beau-père violent qui me battait, qui avait mis enceinte ma mère avant de l'abandonner et ma petite sœur née de cet enfoiré. Henriette avait vite montré qu'elle avait malheureusement héritée des mauvais gènes de ses deux parents: penchants pour l'alcool dès ses 13 ans, manque de motivation pour réussir dans la vie, violence, échec scolaire, cigarette, drogue… J'ai eu beau essayé de l'élever du mieux que je pouvais, je n'avais que 5 ans de plus qu'elle, je ne pouvais donc pas faire grand-chose. Elle a été en garde à vue plusieurs fois à cause de bagarres, de petits larcins, de ses problèmes de drogue et de son incroyable talent à se créer des problèmes. Ma petite sœur n'a pas eu de chance non plus dans son enfance, elle s'est trouvée une petite amie à 16 ans et est partit avec elle je ne sais où.
Il m'a fallu quelques jours pour penser à autre chose, pour voir moins souvent Henry tomber en arrière, toute vie l'ayant quitté. De temps en temps je recevais une lettre de la part de Nana, la copine de ma sœur qui me donnait des nouvelles sans que je sache vraiment où elles étaient. Je n'avais donc pas vraiment la chance d'avoir des lettres régulières et réconfortantes comme ceux que les autres recevaient. C'était le plus dur pour moi sur le front, ne pas avoir qui que ce soit qui m'attendais au pays. Cela me rendait parfois amer, mais je savais que mes amis n'y était pour rien.
John releva la tête et vit qu'il était pratiquement l'heure qu'il parte pour chez sa psy. Il enregistra son travail et partit. Il marchait à travers Londres et arriva chez sa psy. Il s'installa sur le fauteuil après l'avoir salué et elle demanda:
«-Alors, comment s'est passé votre rendez-vous?
-Très bien, monsieur Holmes à tout de suite voulu me publier. Il a insisté pour avoir l'intégralité des droits et que je ne vois aucune autre maison d'édition. J'ai écrit un peu en rentrant du rendez-vous, c'était un moment plutôt intime qui me travaillait beaucoup.
-Et pourquoi ça?
-Eh bien ce passage parlait de mon enfance, de ma famille. Un de mes amis au combat est mort devant mes yeux et ça m'a rappelé que j'avais moi aussi vécu sans mon père. Car cet ami devait devenir père prochainement, sa femme était enceinte de plusieurs mois déjà.
-Écrire ce passage vous a fait du bien?
-Un peu, ça m'a entre guillemet exorcisé certains démons. J'ai d'ailleurs reçu une photo du bébé de cet ami, c'est une fille, Mary et elle est très belle.
-Bien alors, ça vous a fait du bien de voir cet enfant?
-Oui, elle lui ressemble déjà beaucoup. Je me dit qu'Henry aurait été un père formidable et il aurait été comblé d'élever ce petit ange.
-Je comprend. Vous êtes confiant pour la sortie de votre livre?
-Oui plutôt, enfin j'espère. En tout cas monsieur Holmes avait vraiment l'air très enthousiaste.
-J'espère pour vous que ça va bien marcher, ça vous aidera sûrement. D'ailleurs j'ai remarqué que vous ne boitez plus du tout c'est bien.
-Ah oui? j'imagine que c'est grâce à mon succès suite à ce rendez-vous, je me suis senti plus confiant en partant. En tout cas c'est vrai que ça m'a fait beaucoup de bien de sentir que quelqu'un que je ne connaissais pas avait déjà une parfaite confiance en moi.
-J'en suis ravie, vous pensez pouvoir fournir bientôt une première ébauche de votre boulot?
-Peut-être un chapitre ou deux, il faut que je les modifie encore un peu.»
Ils continuèrent de discuter un peu puis John rentra chez lui. Il savait qu'il allait avoir du pain sur la planche car il allait devoir affronter le regard exigeant de cet éditeur. Le blond voulait faire une excellente impression avec ses écrits, il ne voulait donc rien laissé au hasard.
Sherlock rentra chez lui en fin de journée, il en savait désormais assez sur ce John Watson pour savoir que c'était quelqu'un de fiable. Il avait réussi à contacter des anciens camarades de l'armée qui lui avait tous répété la même chose: John était génial, on pouvait toujours compter sur lui, avec lui les gens sauraient vraiment à quoi ressemblait la vie des soldats en Afghanistan. Même ses supérieurs militaire l'avaient chaudement recommandé, mettant en avant qu'il était sérieux, avait été studieux lors de ses formations de médecin et ses entraînements. Sherlock était content, il était apparemment tombé sur la perle rare d'après tout ceux qu'il avait contacté. Il rentra chez lui, mangea un petit quelque-chose et alla se coucher avec un bon livre. Il se demandait parfois pourquoi il avait reprit la maison d'édition de ses parents alors qu'étant jeune il aurait voulu être scientifique. Étant enfant il voulait même être pirate d'après ce que disait sa famille. Cette idée l'amusait parfois, il aurait été un très bon pirate quand il y pensait.
Sherlock n'avait pas vécu la guerre, mais plus jeune il avait connu les problèmes de drogue, ses parents étaient partit faire un safari mais n'étaient jamais revenus, ils avaient eu un accident de jeep dans la savane. Ils n'avaient pas de portable car ça n'existait pas à l'époque, ils n'avaient pas de guide et donc ils n'avaient pas pu être secouru à temps après l'accident. Ils avaient erré des jours dans la savane, évitant les bêtes sauvages, mais ils avaient fini par mourir de faim, de soif et à cause de la chaleur dans cet environnement hostile auquel ils n'étaient pas préparés. Les secours n'avaient retrouvés leurs corps que 4 jours après l'accident, leur décès était estimé à 2 jours avant leur découverte.
Sherlock avait 13 ans à l'époque, son frère Mycroft 23 il avait donc prit soin de lui, ainsi que Miss Hudson. Il avait tenu la maison d'édition pendant un temps puis Sherlock avait prit le relai. De ses 15 ans à ses 20 ans Sherlock s'était drogué intensivement pour oublier son malheur, car ses parents avaient été les seuls à le comprendre, à le canaliser et l'orienté dans le droit chemin. Mycroft avait prit les dispositions nécessaires et l'avait envoyé en désintox. Gêce à lui maintenant Sherlock allait mieux. Le brun était sobre depuis 6 ans jour pour jour aujourd'hui et il ne ressentait plus le besoin de la drogue. En y repensant il se rendait compte d'à quel point il avait été stupide à l'époque, mais il n'était pas en âge de réfléchir correctement après un tel drame.
Sherlock repensa à John, à toute cette histoire et espérait que ça irait bien. Ses parents seraient fiers de l'éditeur qu'il était devenu, mais il était content qu'ils n'aient pas connu sa période sombre de drogué. Ils auraietn eu honte de ça et il ne l'aurait jamais supporté. Décevoir ses parents avait toujours été la pire crainte de Sherlock lorsque ces derniers étaient encore en vie. Le brun s'endormit sur cette pensée, il avait remonté la pente et avait reprit le contrôle de sa vie pour le mieux. Bientôt il montrerait au monde à quoi ressemblait la guerre en publiant un témoignage remarquable, cette idée l'aida à s'endormit totalement, un léger sourire optimiste sur les lèvres.
