John continua d'écrire, il ne comprenait pas pourquoi mais il avançait beaucoup moins vite que prévu. Le blond soupira et regarda son ordinateur, il avait envie d'y arriver pourtant. Il imprima quelques chapitres, les plaça dans une enveloppe et partit pour les locaux des éditions Holmes. Le médecin avait la pression, il emportait trois chapitres à Sherlock et il se demandait si il allait aimer.
Watson prit une énorme inspiration avant d'entrer dans l'immeuble. Il se dirigea vers le bureau de Miss Hudson. Celle-ci lui sourit et appuya sur l'interphone pour prévenir Sherlock. La voix grave du brun répondit aussitôt:
«-Faites le entrer et apportez du thé s'il vous plaît.
-Très bien, autre chose?
-Non ce sera tout merci.»
John entra dans le bureau de son éditeur. Celui-ci était penché sur un manuscrit, des lunettes sur le bout du nez. Il redressa la tête et sourit:
«-Bonjour monsieur Watson.
-Bonjour monsieur Holmes, désolé de venir à l'improviste mais j'ai pensé que vous aimeriez lire trois de mes chapitres.
-Ah très bien vous avez bien fait.»
John tendit l'enveloppe et s'installa sur le fauteuil face à Sherlock. Il ne savait pas pourquoi mais il avait très envie de voir les réactions de Sherlock en direct face à ce qu'il avait fait.
Sherlock commença à lire le manuscrit. Il parcouru les chapitres, ils étaient insipides, il voyait clairement que ce monsieur Watson avait de gros problèmes d'inspirations. Il soupira et redressa la tête en retirant ses lunettes pour se pincer l'arrête du nez:
«-Ce n'est pas si mal mais on sent un manque d'inspiration certain.
-En effet, j'ai beaucoup de mal à retranscrire ce que je veux dire c'est… je ne sais pas. On ne peut pas dire que ce soit de la pudeur par rapport à ce que j'ai vécu mais j'ai du mal à parler de tout ça. Peut-être que je ne suis pas encore prêt finalement.»
Miss Hudson apporta le thé à ce moment précis, laissant un silence plutôt inconfortable entre les deux hommes. John se sentait si stupide, il avait cru que monsieur Holmes aimerait ce qu'il avait fait. Le militaire se passa une main sur le visage et regarda Miss Hudson. Sherlock servit le thé et réfléchit un moment, laissant ce silence pesant s'éterniser. John grimaça et fixa le plafond, il ne savait pas quoi faire à présent, il aurait dû partir et ne pas attendre de voir Sherlock lire ses chapitres. Au bout d'un moment le brun reprit la parole:
« -Vous faites une sorte de blocage, beaucoup d'écrivains le ressente au début. Il faut que quelque-chose fasse le déclic en vous. C'est un peu le syndrome de la page blanche, lais ne vous inquiétez pas, ça arrive aussi bien aux débutants qu'aux écrivains expérimentés.
-Si vous le dites, c'est vous l'expert moi j'admets ne rien y connaître.
-Écoutez il y a un salon du livre dans quelques jours, que diriez-vous d'y aller? Tous les frais sont pour la maison d'édition bien entendu que cette question ne vous bloque pas.
-Ce n'est pas un peu tôt pour aller à un salon du livre? Je veux dire, je n'ai écrit que cinq chapitres au total pour l'instant!
-Non, ainsi vous allez rencontrer d'autres auteurs, pouvoir discuter avec eux. Peut-être que ça pourra vous aider. Vous savez dans les éditions Holmes on aime prendre soin de nos auteurs, même si ils ne sont pas encore publiés. C'est une idée comme une autre, vous n'êtes pas obligé d'accepter bien entendu.
-Pourquoi pas… où a lieu ce salon du livre?
-A Penrith dans le Lake District.
-Oh… il paraît que c'est une région magnifique.
-Vous n'y êtes jamais allé?
-Non, ma famille n'a jamais eu les moyens de payer des vacances et encore moins là-bas. On m'a dit que c'était très touristique.
-Oui, c'est le cas, si vous acceptez ça vous fera deux premières fois: un salon du livre et cette région éblouissante. Vous réfléchissez à la question?
-Oui merci, j'aimerai prendre le temps de peser les pour et les contre. J'aime prendre la peine de penser à tout avant de me lancer. »
John était légèrement dépassé par les événements ce qui commençait à le faire paniquer. Il se releva pour reprendre contenance et tendit la main:
«-Bonne fin de journée monsieur Holmes, à bientôt alors.
-Oui à bientôt, j'attends de vos nouvelles au plus vite. Mais ne vous mettez pas la pression, vous avez le temps.
-Merci au revoir.»
John quitta le bureau avec une petite sensation de soulagement.
Sherlock pour sa part se rendit compte trop tard qu'il avait peut-être brusqué John. Le pauvre lui apportait trois chapitres qu'il jugeait les meilleurs alors qu'ils étaient tout juste passables, se l'entendait dire, et après on lui proposait d'aller rencontrer d'autres auteurs. Pour un débutant c'était peut-être un peu trop rapide comme transition: entendre que son travail est médiocre et ensuite recevoir la proposition d'aller à un salon du livre tous frais payés dans une belle région qu'on ne connaît pas. Sherlock grogna et jeta le manuscrit qu'il avait entre les mains avec agacement, il avait encore agit sous l'impulsion. Le brun ferma les yeux, il devait se maîtriser, se rappeler face à John que celui-ci n'avait pas l'habitude du milieu de l'édition et que tout était nouveau pour lui alors qu'il fallait prendre des pincettes pour le mettre à l'aise.
Sherlock commença à chercher un hôtel pour le salon du livre. Cette activité avait étrangement le don de le calmer quand il était énervé, le fait de se concentrer sur quelque-chose l'apaisait toujours. Que John vienne ou non Sherlock devait aller à ce salon alors autant commencer ses recherches pour pouvoir dormir une fois là-bas. Il se demandait si le blond allait accepter après tout ça, il regarda donc pour un hôtel au bord d'un lac dans l'éventualité où John viendrait malgré le fiasco d'aujourd'hui.
Le brun repensa au manuscrit de John une fois chez lui le soir. Il n'avait pas un mauvais style d'écriture mais on sentait que ce n'était pas encore fluide pour le moment. Le blond ne savait pas comment s'y prendre pour être clair, il semblait avoir peur d'être lourd pour son lecteur. Sherlock avait lu entre les lignes, John ne voulait pas qu'on ait pitié de lui en lisant son histoire, il ne voulait pas que ça fasse trop roman mais au contraire que ça colle un maximum à la réalité. Sherlock avait décelé un mélange de force et de faiblesse dans les pages du blond et ça renforçait son envie de l'aider. John avait du potentiel, il fallait lui en faire prendre conscience rapidement car sinon il ne finirait jamais d'écrire.
John regarda un film sur internet, il n'arrivait pas à écrire. Il se prenait trop la tête avec ce livre, il y pensait constamment. De plus les remarques de Sherlock à propos de ses chapitres le faisait douter. Peut-être que l'écriture n'était pas une si bonne idée finalement. John voulait que Sherlock aime son livre, car si un éditeur aimait une œuvre, alors les gens seraient susceptibles d'aimer eux aussi. John voulait avant tout être compris, rendre hommage à ses camarades militaires du mieux qu'il le pouvait, ce qui ajoutait une pression supplémentaire.
John alla prendre une douche et décida d'aller marcher un peu, il fallait qu'il se vide la tête. La soirée était douce, les lumières de Londres familières et rassurantes. Au coin de la rue une pauvre jeune femme lui proposa une passe que John déclina avec tristesse pour elle. Elle était tout juste majeure, peut-être même pas, et elle se prostituait déjà. John soupira et continua sa route en secouant la tête, la vie n'était facile pour personne.
Il continua de marcher à travers les rues et se retrouva bientôt dans les quartiers huppés. Le blond baissa un peu la tête, il ne se sentait pas à sa place dans cette rue pavée, avec des maisons grandioses des réverbères luxueux, une route large et ces belles voitures.
Le blond continua son avancée et resta immobile un instant sous le choc. Là, face à lui, il pouvait voir l'intérieur d'une de ces maisons comme si il vivait dedans. Toutefois sa stupeur ne s'arrêtait pas là, l'habitant de cette maison n'était autre que monsieur Holmes… qui était en train de se déshabiller en plein milieu de son salon. John détourna vivement la tête, il ne voulait pas entrer dans l'intimité de quelqu'un ainsi, si cet homme était assez imprudent pour se déshabiller dans son salon sans tirer les rideaux c'était son problème. Le blond avait tout de suite reconnu son éditeur puisque le brun s'était trouvé face à lui à quelques mètres seulement. Seuls le jardin et la barrière mettaient une distance entre la rue et la large fenêtre, mais on distinguait parfaitement l'intérieur, et par conséquent la personne qui se trouvait devant cette fenêtre. John repartit vers chez lui en toute hâte tout en priant pour que monsieur Holmes ne l'ai pas vu. Si ça avait été le cas, le blond en mourrait de honte il le savait. Il ne voulait pas passer pour un pervers ou un espèce de manique qui suivait son éditeur jusqu'à chez lui et qui l'observait à travers sa fenêtre. Il s'enferma chez lui et se remit à écrire, voulant penser à autre chose qu'à ce qu'il venait de vivre.
Noël sur le front est très différent de Noël chez nous. Là-bas il faisait 39 degrés, le soleil était aveuglant, des mirages nous jouaient des tours de temps à autre. L'ambiance est lourde pour les soldats qui savent qu'ils seront encore loin de leurs familles pendant les Fêtes. Chacun se demande si sa famille va bien, si ils ne sont pas dans le besoin, si leurs enfants seront gâtés. Mais aussi ça apporte le doute, est-ce que ma femme m'a remplacé? Est-ce que mon enfant considère un autre homme comme son père désormais? Beaucoup de mes amis me faisaient part de leurs pensées là-bas, et à cette période ils étaient beaucoup plus affectés que d'habitude par ce doute. La plupart du temps on passe des mois sans voir nos famille quand on est en Afghanistan, alors c'est normal qu'on se pose des questions sur notre couple. Je devais donc essayé au mieux de rassurer mes amis, de leur faire garder espoir, de penser à autre chose qu'à mes propres questions. Est-ce que ma mère allait bien? Est-ce que ma petite sœur ne s'était pas apportée de nouveaux ennuis, est-ce que les Watson seraient à nouveaux réunis un jour? Et pendant les Fêtes mon père me manque toujours plus que d'habitude. Lui il aurait su veiller sur ma mère, s'occuper de ma sœur pour qu'elle ne soit pas en permanence sur la mauvaise pente.
Certains obtiennent des permissions pour cette période ce qui fait des envieux. Moi j'ai toujours préféré rester là-bas, je n'avais personne avec qui passer de bons moments familiaux comme c'est normalement le cas à Noël. Nous avons essuyé plusieurs attaques fin décembre, les ennemis ont voulu casser le moral des troupes en attaquant à une période si sacrée pour nous. C'est déjà un coup dur pour les troupes qui ne peuvent pas avoir de permission, mais quand en plus ils doivent essuyer plusieurs attaques en une semaine c'est pire pour leur moral. Par chance nous n'avons eu aucune perte cette semaine-là, ça aurait été le pire pour nous tous.
John arrêta d'écrire, se rappelant la période difficile qu'il venait d'évoquer. Il relu rapidement son passage avant de sauvegarder et de se coucher. Il repensa sans le vouloir au fait d'avoir vu monsieur Holmes à travers sa fenêtre. Il soupira et finit par s'endormir, cette journée avait été très étrange et il n'était pas mécontent qu'elle se termine.
