Texte écrit pour la Journée mondiale des Câlins du 21 janvier. Qu'y-a-t-il de plus à dire ? Robin & Gilles = tonnes de fluff sans aucun doute.
Gilles avait très chaud quand il se réveilla mais, étrangement, il se sentait mieux. La fièvre avait dû baisser; ça n'avait quand même pas arrangé sa soif. Il avait la gorge totalement sèche.
Le jeune homme regarda autour de lui dans la lumière matinale, un peu ensommeillé. Il y avait toujours la part de gâteau sur le tabouret. La porte du cabinet était légèrement entrouverte, preuve que quelqu'un (sans doute Marianne) était venu vérifier qu'ils étaient encore là et qu'ils allaient bien.
Les rumeurs dans la salle de banquet s'étaient tues. Normal : on était le matin, la fête était finie et la plupart des convives étaient soit en train de cuver sur les tables et dans les banquettes, soit de dormir dans les chambres d'invités mises à leur disposition. Gilles se demanda s'il restait encore des boissons sur les nappes et s'il y avait moyen de trouver autre chose que de l'alcool; il avait vraiment très soif.
Mais d'abord, constata-t-il en se redressant, il allait falloir se dégager de la prise de Robin. Son frère ronflait de toute la force de ses poumons et ses bras avaient conservé leur étreinte autour de lui, quoi que plus légèrement qu'au début. Il y avait sûrement moyen de se glisser hors de cette petite bulle de douceur sans le réveiller.
Gilles regarda sa grosse couverture. Elle était complètement entortillée autour de lui mais pas autour de son frère, conformément à la façon dont il l'avait enroulé dedans avant de le soulever pour le nicher dans ses bras pendant la nuit. Il risquait de se prendre les pieds dedans, mais il pourrait au moins se libérer sans trop se tortiller.
Le jeune voleur prit une grande inspiration et se pencha lentement vers le tapis pour poser ses coudes dessus. Il progressa ensuite avec légèreté, pas après pas, et finit par glisser par terre, hors des bras de Robin. La couverture était encore plus serrée maintenant, mais au moins, il était libre. Le jeune homme rassembla les pans larges et chauds autour de lui et s'en fut d'une démarche un peu vacillante vers la salle de banquet.
Effectivement, il n'y avait plus grand monde dans la grande pièce. Deux ou trois nobles dormaient sur la table et des servantes étaient occupées à ramasser les plats et les tranchoirs, généralement accompagnées de couteaux, qui avaient été abandonnés sur la nappe. Gilles s'approcha et regarda autour de lui pour repérer des pichets de boisson et constata qu'il n'y en avait aucune qui lui convenait. Changeant de direction, il progressa vers les cuisines et se pencha au-dessus des jarres, surprenant les domestiques qui s'inclinèrent en le voyant. Il leur adressa un sourire hésitant. Il n'avait vraiment pas l'habitude de tout ça et il fut ravi de pouvoir se sauver avec une carafe de lait.
Dans le petit cabinet, Robin dormait toujours. Gilles revint s'assoir à côté de lui, sur le bord de la banquette, et but d'une traite son pichet de lait frais avant d'attaquer la part de gâteau. Elle était un peu sèche, mais pas tant que ça, et du reste infiniment meilleure que tous les biscuits durs et gâtés qu'il avait déjà dû manger par le passé. En finissant jusqu'à la croûte et en léchant la crème qu'il avait sur les doigts, il observait son frère qui ronflait de plus en plus fort. Un sourire fleurit sur ses lèvres; il l'aimait tellement, ce grand benêt, ce héros charismatique qui l'avait accepté et admis dans sa famille sans se poser de questions. D'une main douce, le jeune voleur lui effleura la joue.
Après quoi, il se rendit aux latrines et ensuite au puits pour se laver les mains et le visage. Le matin était frais et piquant mais tellement revigorant dans la lueur violette qu'avait encore le ciel. Heureusement, il était toujours enveloppé dans sa couverture et bien au chaud.
Il ne se fit cependant pas prier pour retourner à l'intérieur avec son frère, qui dormait, encore et toujours. Comme la banquette était vraiment très large, il enjamba Robin en retenant autour de lui ses longueurs de couvertures et se blottit contre lui, entre le dossier et sa poitrine si confortable. Il posa sa tête dessus et sa main suivit assez naturellement le mouvement.
Comme le feu était maintenant éteint, le jeune voleur prit quand même la peine d'attraper une partie de sa couverture et d'en recouvrir son frère; il y avait largement de quoi. Puis, il reposa sa tête exactement contre les battements de son cœur et ferma les yeux pour se laisser bercer. Il était encore un peu faible et malade et les courbatures lui nouaient tous les muscles du corps, mais il se sentait bien. Plus que tout, il était heureux de retrouver son grand frère après tout ce temps et de constater que Robin ne l'avait pas oublié en cours de route, malgré le romantisme passionné de sa lune de miel.
Alors qu'il allait se rendormir, le jeune voleur perçut un frémissement contre lui. Il rouvrit les yeux et vit son frère pousser un soupir, s'étirer un peu dans sa semi-conscience puis se tourner vers lui. Robin sourit et lui effleura la joue.
« Ça va ? s'enquit-il. Tu as bien dormi ?
-Oui, ça va, répondit Gilles en se rapprochant de lui. Mais je me sens encore un peu fatigué. J'étais sur le point de me replonger dans le sommeil…
-Pas de problème. »
Son frère souleva une partie de la couverture pour les envelopper dedans tous les deux et attira le jeune homme plus près, jusqu'à ce qu'il soit bien blotti au creux de ses bras.
« Tu as assez chaud ? demanda-t-il encore en profitant de la proximité pour tâter son front.
-Oui, ça va, répéta Gilles, qui se rendormait déjà dans la douceur de son étreinte. Merci…
-Tant mieux ! Je suis content que la fièvre ait baissé. »
Robin referma complètement ses bras sur le jeune voleur et posa son menton sur sa tête. Ses mains entreprirent de décrire de grands cercles apaisants le long de son dos afin de détendre ses muscles noués et son souffle, combiné à son pouls, eurent sur Gilles un effet plus immédiat que n'importe quelle berceuse ou tisane de sauge. Il s'endormit d'un coup, heureux de cette complicité fraternelle et de cette tendresse que Robin lui donnait. Il ne regrettait pas une seule seconde de lui avoir finalement ouvert son cœur.
L'archer le regarda se mettre à ronfloter et sourit. Il lui embrassa le front. Et dire que Gilles lui reprochait après de faire trop de bruit en dormant !
