.

"Euh, n'avons-nous pas essayé de briser la malédiction depuis que nous avons réalisé que nous étions maudits ?" dit Jasper, confus par ma soudaine panique à ce sujet.

"Ouais mais c'est différent maintenant," lui dis-je.

Alice poussa des cris aigus. "Tu l'aimes, n'est-ce pas !" dit-elle avec enthousiasme. "Et elle t'aime et vous voulez être ensemble pour toujours."

"Pas pour toujours, juste toute une vie," la corrigeai-je. "Je ne veux pas voir ce que l'avenir lointain réserve au monde, je veux juste vivre maintenant, vieillir et mourir comme le reste de l'humanité."

"Ouais, je comprends tout ça et je suis d'accord mais c'est plus facile à dire qu'à faire sinon nous serions tous morts maintenant," souligna Jasper.

"Mais maintenant, il a la bonne motivation," argumenta Alice. "Avant, il était alimenté par la colère et le ressentiment et maintenant il est alimenté par l'amour. Peut-être que c'était la clé depuis le début."

"Nous sommes pleins d'amour, pourquoi n'avons-nous pas pu briser la malédiction pour nous-mêmes si c'est tout ce qu'il fallait ?" l'interrogea Jasper.

"Parce que la malédiction ne nous concernait pas," répondit-elle irritée, comme si on la forçait à expliquer l'évidence. "Nous ne sommes que des spectateurs, des victimes de la guerre, cette bataille a toujours été celle d'Edward."

"Eh bien, c'est logique," concéda Jasper, puis ils me regardèrent tous les deux comme si j'avais une réponse.

"Depuis le début nous savons tous que c'est de ma faute, aucun de vous n'a jamais été ami avec cette sorcière mais ce n'est pas la question. J'ai besoin d'aide Alice," dis-je désespérément.

"Tu sais que j'ai toujours fait tout ce que je pouvais, nous l'avons tous fait mais je pense vraiment que le seul qui puisse briser cette malédiction, c'est toi."

"Bien sûr, je dois la briser mais comment ?" demandai-je frustré.

Elle haussa les épaules. "Si je le savais, je te le dirais… Mais je vais continuer à essayer de me pencher sur l'histoire de la famille de Bella, peut-être y-a-t-il des indices."

Je soupirai. "D'accord, ouais… Merci," dis-je sans enthousiasme. Je ne m'attendais pas vraiment à une réponse différente de sa part mais le désespoir m'avait gagné et je ne savais pas quoi en faire d'autre. "Je suppose que je vais vous laisser… retourner à ce que vous faisiez," leur dis-je avant de sortir de leur chambre.

Je retournai lentement dans ma chambre et pris juste ces quelques instants pour me vautrer dans ma misère. Quel était mon problème de toute façon ? – Eh bien, à part l'évidente existence sans fin. Je savais que Bella et moi ne pouvions pas durer, je me répétai ce fait encore et encore dans ma tête, alors pourquoi ne pouvais-je pas simplement l'accepter ? Je l'aimais mais cela ne changeait rien à notre situation. Elle allait vieillir et mourir… et pas moi, c'était encore comme avec Beth. Peut-être que c'était la vraie malédiction après tout, peut-être que j'étais toujours condamné à aimer et à perdre comme punition pour tout ce que j'avais fait à Jane en premier lieu.

"Hey… qu'est ce qui ne va pas?" demanda Bella quand ma marche léthargique vers la chambre s'acheva.

"Rien," marmonnai-je, refusant de la regarder dans les yeux.

Je pris une profonde inspiration. "Ma… rencontre avec les Quileute est… devenue plus impérative. Vas-tu m'aider ?" je suppliai presque mais j'essayais comme l'enfer de garder mon ton aussi décontracté que possible.

"Ouais… bien sûr. Nous pouvons essayer les lances… si ça ne marche pas, nous n'aurons qu'à trouver les cinq mille que Quill voulait."

J'opinai. "D'accord, espérons que les lances fonctionnent."

Nous allâmes décrocher les lances de l'endroit où elles étaient sur mon mur mais il était impossible que nous quittions cette pièce sans faire l'amour une fois de plus. J'étais sûr que c'était juste mon côté pessimiste qui prenait le dessus mais chaque fois que nous faisions l'amour, même si c'était plusieurs fois par jour, j'avais le sentiment accablant que ce serait la dernière fois. Je me surprenais à compter les minutes jusqu'à ce que nous soyons reconnectés puis cette paranoïa recommençait. C'était ridicule, elle disait qu'elle m'aimait et je croyais vraiment que sa personnalité volage ne la pousserait pas à vouloir partir de sitôt mais ce sentiment ne faisait que grandir de jour en jour. Savoir que nous étions sur le point de quitter la maison ensemble, par opposition à nos aventures normales dans la cuisine ou le salon, ne faisait que renforcer cette sensation irrationnelle.

"Waouh, tu flippes vraiment, n'est-ce pas ?" commenta Bella alors que nous nous dirigions vers son pick-up.

"Je suis juste un peu… stressé," admis-je avant de mettre les lances à l'arrière.

"Ouais, je peux voir ça… Edward, pourquoi tu ne peux pas me dire de quoi il s'agit ?" demanda-t-elle en hésitant.

"C'est compliqué," dis-je honnêtement.

"Eh bien, tu as de la chance parce qu'en fait je suis une experte en tout ce qui est compliqué," dit-elle avec un sourire. "Tu n'as pas rencontré ma mère mais quand tu le feras, tu seras tout à fait d'accord avec moi."

Je souris. "Je te crois mais… c'est différent. Cette complication va au-delà des complications normales mais j'espère que bientôt ce ne sera plus un problème."

Quelque chose me poussa me retourner et la regarder alors qu'elle nous conduisait vers La Push, et la façon dont elle se lécha la lèvre inférieure avant de la mordre pensivement me poussa droit dans un autre déjà-vu, et je dus admettre que la théorie d'Alice selon laquelle elle était connectée à Beth commençait vraiment à sembler plus plausible.

"Edward… est-ce que tu me fais confiance ?" demanda-t-elle de façon inattendue.

"Bien sûr," répondis-je sans hésitation. "J'ai sauté d'une falaise pour toi, n'est-ce pas ?" ajoutai-je en riant.

Mais elle ne rit pas avec moi, elle ne sourit même pas et elle ne poursuivit pas la pensée qu'elle avait. Elle regardait fixement la route devant elle. Je commençais en fait à m'inquiéter un peu de son état hébété en conduisant, quand brusquement son téléphone commença à sonner à l'intérieur de son sac à main.

"Qu'est-ce que c'est?" demanda-t-elle confuse.

"Euh, je pense que c'est ton téléphone," dis-je lentement, me demandant pourquoi elle ne connaissait pas le son de sa propre sonnerie.

"Oh, c'est vrai," dit-elle, s'arrêtant brusquement. "Je pense que c'est la sonnerie pour mon père… c'est bizarre," marmonna-t-elle pour elle-même. "Bonjour ? Oh, salut papa… Vraiment ?... D'accord, bien sûr, bien sûr. J'arrive," dit-elle avant de raccrocher. "Je déteste te faire ça mais je dois rentrer chez moi très vite."

"D'accord. Est-ce que tout va bien ?" demandai-je inquiet.

"Je pense que oui. Il a dit qu'il ne se sentait pas bien et m'a demandé de passer... C'est tellement bizarre venant de lui, il n'est presque jamais malade." Elle jeta un coup d'œil à son téléphone. "Oh, on dirait qu'il a appelé plusieurs fois ces derniers jours… Je ne sais pas comment j'ai raté ça."

"Je peux deviner pourquoi nous l'avons raté," dis-je avec un sourire narquois.

Finalement, son humeur étrange se brisa et elle me sourit en me donnant un coup de coude joueur et juste comme ça, elle était redevenue elle-même insouciante habituelle pour le reste du trajet jusqu'à la maison de son père. "Tu ne viens pas ?" demanda-t-elle après avoir garé le pick-up et que je ne bougeai pas pour sortir.

"Non, je pensais t'attendre ici," dis-je, ne voulant pas créer de gêne par ma présence là-bas.

"Eh bien, je ne sais pas combien de temps ça va durer. Tu devrais entrer," insista-t-elle.

J'en gémis intérieurement mais je souris et acceptai malgré moi. Pour une raison quelconque, Charlie n'était certainement pas mon plus grand fan, et traîner avec lui en ce moment était extrêmement peu attrayant mais je ferais à peu près n'importe quoi pour Bella, alors je sortis du véhicule.

"Hey papa, nous sommes là," l'appela Bella quand nous entrâmes dans la maison.

"Nous ?" interrogea Charlie, mais aucune explication n'était nécessaire car j'entrai timidement dans son champ de vision.

"Bonjour Charlie, comment allez-vous ?" demandai-je poliment.

"C'est l'après-midi," me corrigea-t-il uniformément.

Je jetai un coup d'œil à l'horloge et remarquai qu'il était 12 h 01, alors je lui souris. "C'est vrai. Je m'excuse. Bon début d'après-midi Charlie."

"Ce n'est pas très bon," grommela-t-il, alors Bella se dirigea vers lui et commença à palper son front à la recherche d'une fièvre.

"Tu n'es pas chaud," lui dit-elle.

"Non, c'est mon estomac. Je ne sais pas, j'ai peut-être mangé quelque chose de mauvais," lui dit-il en me regardant bizarrement. "Hey, tu sais ce qui pourrai vraiment me faire du bien ? Un peu de cette soupe que tu as ramenée à la maison quand tu travaillais à l'épicerie. Tu sais de quelle soupe je parle ? Celle de la charcuterie ?"

"Euh ouais, je me souviens. Edward et moi pouvons aller en chercher pour toi," dit-elle avant de retourner vers l'endroit où je me tenais de l'autre côté de la pièce.

"En fait, je suis content qu'Edward soit là, parce que j'ai vraiment besoin de quelqu'un de grand pour m'aider à déplacer des plats sur l'étagère la plus haute de la cuisine. Peut-être qu'il peut me donner un coup de main pendant ton absence ?"

"Ou il peut t'aider quand nous reviendrons," suggéra-t-elle.

"Mais j'ai vraiment besoin qu'ils soient déplacés maintenant," dit-il théâtralement.

"Alors il peut les déplacer maintenant et nous pouvons aller au magasin après."

"Mais j'ai vraiment faim," affirma Charlie.

Bella était sur le point de discuter un peu plus avec lui mais je le coupai. "C'est une bonne idée pour moi de rester ici et d'aider, comme ça nous pourrons aller à La Push dès que tu reviendras," lui dis-je.

"Tu es sûr?" demanda-t-elle, peu convaincue.

"Ouais absolument."

"Hum d'accord." Il était évident que Bella ne voulait pas plus se séparer de moi que je ne voulais me séparer d'elle mais Charlie n'allait pas abandonner alors je décidai qu'il valait mieux lui faire plaisir. "As-tu besoin d'autre chose au magasin ?" demanda-t-elle à son père.

"Non, c'est tout," dit-il avec un sourire. "Oh, peut-être un peu de ce pain focaccia pour l'accompagner, si ça ne te dérange pas."

"Bien sûr," lui dit-elle, puis elle vint embrasser tendrement mes lèvres. "Es-tu sûr que cela ne te dérange pas de rester?" demanda-t-elle doucement.

"Ce n'est pas un problème," l'assurai-je. "Reviens vite."

Elle soupira. "D'accord."

Je regardai son pick-up sortir de l'allée par la fenêtre avant qu'il disparaisse dans la rue puis je me retournai vers Charlie. "Alors, de quoi vouliez-vous me parler ? demandai-je à contrecœur.

Charlie rit une fois. "Etait-ce si évident ?"

Je hochai la tête. "Je suis assez vieux pour connaître un piètre stratagème pour me débarrasser de quelqu'un quand j'en vois un."

Il s'assit de sa pathétique fausse position de malade et souffla. "Tu es manifestement un jeune homme très intelligent…" dit-il, mais il laissa étrangement sa phrase s'éterniser.

"Mais ?" demandai-je, sachant qu'il y avait définitivement un Mais.

"Ecoute, je ne te connais pas et je n'ai honnêtement rien contre toi, mais… je vais quand même te demander de mettre fin aux choses avec Bella."

Je haussai les sourcils de surprise. Je n'étais pas sûr de ce que je m'attendais à ce qu'il dise mais ce n'était certainement pas ça. "Euh… Pourquoi ?" demandai-je maladroitement. Je n'étais en aucun cas disposé à rompre avec Bella mais j'étais vraiment curieux de connaître la raison de sa demande.

Il souffla à nouveau. "Je ne l'ai jamais vue aussi… captivée par une personne depuis si longtemps et je suis content qu'elle ait vécu ça mais… ça doit se terminer maintenant avant que ça n'aille trop loin."

"Avant que quoi n'aille trop loin ?" demandai-je, toujours déconcerté par la direction de la conversation.

"Son affection pour toi," dit-il de façon inattendue. "Bella n'est pas le genre de fille pour une relation à long terme… Elle ne pense pas comme les autres. Comprends-tu ce que je dis ?"

"Non," dis-je automatiquement. "Je suis en fait complètement désemparé. Comment pourrait-elle penser différemment?"

Il se racla la gorge nerveusement. "Je vais être honnête avec toi, parce que je pense que tu le mérites. Renée, la mère de Bella… elle a des problèmes… des problèmes mentaux. Sa jeune sœur s'est suicidée un an avant la naissance de Bella et ça… je ne sais pas… l'a rendue paranoïaque ou quelque chose comme ça. Elle a emmené Bella quand elle était petite et je ne savais pas où elles étaient pendant la majeure partie de son enfance. La seule raison pour laquelle j'ai récupéré Bella l'année dernière, c'est parce que Renée a finalement été arrêtée et placée en hôpital psychiatrique. Bella ne le sait pas mais depuis qu'elle vit à nouveau avec moi, j'ai remarqué des choses chez elle qui me rappellent tellement sa mère, que je crains que ce ne soit qu'une question de temps avant qu'elle ne tombe dans la même psychose."

"Comme quoi ?" demandai-je inquiet.

"Regarder dans le vide, parler à quelqu'un qui n'est pas là, faire des cauchemars, crier apparemment sans raison. Ce n'était pas seulement Renée, cette chose, quoi que ce soit, ça court dans leur famille. Le suicide de sa sœur, leur mère, leurs tantes, grand-mère, grand-tantes… Cela semble suivre les femmes de leur famille et quand Renée était plus… lucide, elle m'a dit à quel point elle en était terrifiée."

"Je n'ai jamais rien vu de tel de la part de Bella," dis-je distraitement alors que je réfléchissais sincèrement à ce qu'il disait. "Elle n'a pas fait de cauchemars que j'ai remarqués… Elle se perd parfois dans ses pensées mais qui ne le fait pas ?"

"Plus elle est occupée, mieux elle va. C'est quand elle commence à s'ennuyer que son esprit s'égare dans ces endroits sombres. C'est pourquoi je ne l'ai jamais encouragée à aller à l'université ou à rester dans un travail qu'elle déteste. Quand elle allait à l'école à plein temps, après être arrivée ici, elle a juste…" il secoua la tête. "Cela m'a terrifié. Je l'ai emmenée chez le médecin et ils lui ont diagnostiqué tout, du trouble bipolaire à la schizophrénie. Ils voulaient que je la mette sous toutes sortes de médicaments mais… je n'étais tout simplement pas d'accord avec ça."

"Comment Bella pourrait-elle ne pas savoir qu'elle a eu ces diagnostics ?" demandai-je incrédule.

"Quand elle est stable, comme elle l'est maintenant, elle ne semble pas se souvenir des moments les plus difficiles qu'elle a eus, et en ce qui concerne les psychologues qu'elle a vus, je lui ai dit qu'il s'agissait de visites régulières chez le médecin. Renée ne l'a jamais emmenée voir un vrai médecin avant, donc elle ne connaissait pas autre chose… et peut-être qu'elle avait raison de se tourner vers les médecines alternatives pour tout. Depuis que j'ai refusé de la soigner, j'ai découvert que tant qu'elle reste active, tant qu'elle peut être libre d'être ce qu'elle veut être à tout moment, elle le gère."

"Et vous pensez que je l'empêche d'être libre ?" demandai-je, toujours confus quant à la raison pour laquelle il me demandait de la quitter.

"Eh bien, pour être honnête, oui. Elle vit pratiquement chez toi, n'est-ce pas ? Chaque fois que je lui ai envoyé un texto pour lui demander où elle était ces dernières semaines, jour et nuit, elle dit toujours qu'elle est là avec toi."

"Ouais, mais pas parce que je la force là," dis-je sur la défensive.

"Non, ce n'est pas ce que je dis. Elle est clairement très amoureuse de toi et je suis vraiment reconnaissant qu'elle ait eu ça dans sa vie mais… ça ne peut pas durer, fils… tu comprends ce que je dis ? Vous avez tous les deux dix-huit ans, vous êtes trop jeunes pour savoir ce que vous voulez vraiment dans votre vie et si c'était une fille normale, vous pourriez vous séparer quand la romance aura fait son temps mais... j'ai peur que plus vous vous rapprochez, plus ça va être dur pour elle quand la fin arrivera."

J'étais en état de choc et je ne savais pas quoi penser de ce qu'il disait, mais je devais clarifier une chose. "Charlie, j'aime Bella," dis-je franchement, "et elle m'aime. Nous en sommes déjà là, alors... peut-être qu'au lieu de me demander de partir maintenant, vous devriez peut-être accepter que je n'irai nulle part."

"Tu ne comprends vraiment pas ce que je te dis," dit-il, devenant de plus en plus intense. "Même si tu devais l'épouser demain, ça ne suffira jamais. Renée était… incroyable quand nous nous sommes rencontrés pour la première fois…"

"Ouais, et vous venez de dire que la mort de sa sœur est ce qui l'a fait flipper," soutins-je.

Il secoua la tête. "Renée avait des problèmes avant ça… Après que nous nous soyons mariés et que nous ayons retrouvé un semblant de normalité, tout a commencé… quand sa sœur s'est suicidé, tout a dégénéré à partir de là. Edward, la sœur de Renée, Maggie, s'est suicidée parce qu'elle souffrait de la même psychose. Renée l'a, mais elle ne pouvait pas le supporter. Leur tante est également décédée de la même manière… Bella a les mêmes symptômes, et ce n'est qu'une question de temps avant que cela ne la rattrape, alors j'essaie de le conjurer le plus longtemps possible en l'encourageant à garder son esprit ouvert et libre. Elle ne peut assumer aucune responsabilité et elle est la dernière personne qui devrait être dans une relation engagée avec qui que ce soit. Pour elle et pour toi."

"Mais je suis déjà là," lui dis-je tranquillement.

"Et si tu pars maintenant, je serai là pour m'assurer qu'elle s'en remette. Elle est jeune, elle a une chance de surmonter ça mais si ta relation dure plus longtemps, je crains qu'elle ne s'en remette jamais."

J'étais sans voix et confus. Je ne savais pas quoi dire ni comment le convaincre qu'il avait tort. Bella m'avait dit qu'elle avait été déprimée dans le passé, elle avait dit qu'elle avait du mal à dormir, elle avait mentionné que sa mère faisait des cauchemars mais je n'avais jamais imaginé quelque chose de proche de ce que Charlie me disait. Je ne pouvais pas imaginer la possibilité que Bella succombe à un trouble mental de cette ampleur. Charlie ne mentait pas mais peut-être avait-il tort. Bella n'avait pas à emprunter ce chemin, je ne la laisserai pas faire.

"Je suis désolé Charlie mais je ne vais pas la quitter juste parce qu'elle pourrait avoir une dépression nerveuse un jour. Ce n'est pas sa mère, donc on ne sait pas comment elle va être dans le futur."

"Tu n'as rien écouté de ce que j'aie dit ?" demanda-t-il incrédule. "Il ne s'agit pas seulement de sa mère. Sa tante s'est suicidée, sa grand-tante s'est suicidée aussi. Génération après génération d'instabilités mentales et tu penses honnêtement que Bella y échappera d'une manière ou d'une autre, même si elle a déjà eu des symptômes ?"

J'avalai grossièrement. "Peut-être que je peux l'aider."

"Personne ne peut l'aider," dit-il d'un ton égal.

Je me tus à nouveau tandis que je réfléchissais à ce qu'il disait, puis quelque chose me vint à l'esprit. "Génération après génération d'instabilités mentales?" demandai-je lentement.

"Cela remonte aussi loin que nous le sachions," confirma-t-il.

"Toutes les femmes ?"

"Oui. J'ai demandé au médecin de Bella et il a dit qu'il n'y avait aucun moyen de le lier à une maladie génétique, donc ils ne peuvent pas vraiment expliquer ce qu'il se passe," dit-il désespérément.

"Non, pas génétique… ça ressemble plus à… une malédiction," dis-je, me sentant soudain dévoré par l'horreur de tout ça. Et s'il y avait vraiment une malédiction sur la famille de Bella ? Et si Alice avait raison à propos de Beth et si la colère de Jane ne s'était pas arrêtée à moi et aux fidèles sans méfiance ce jour-là ? Nous n'avons jamais su ce qui était arrivé à Jane après son départ, il était donc très possible qu'elle ait continué à maudire la famille de Beth sans que nous le sachions… Cette pensée me rendit physiquement nauséeux lorsque la pièce se mit soudainement à tourner.

"Une malédiction ?" se moqua Charlie, mais ensuite il tomba dans un lourd silence.

"Charlie, qu'est-ce qu'il y a ?" l'incitai-je

"Renée… elle avait l'habitude de me dire que sa famille était maudite," dit-il à contrecœur. "En fait, c'est la raison pour laquelle nous avons déménagé ici en premier lieu. Elle a dit que les Quileute…."

"... avaient un homme mystique qui pouvait aider," terminai-je sa phrase pour lui.

"Comment le sais-tu ?" demanda-t-il sous le choc.

"Nous avons déménagé ici pour la même raison," admis-je. "Charlie, savez-vous qui est le mystique ? Pouvons-nous lui parler ?" lui demandai-je à la hâte.

"Tu crois vraiment à ce tour de passe-passe ?" demanda-t-il avec scepticisme.

"J'ai vu beaucoup de conneries inexplicables dans mon temps," dis-je en hochant subtilement la tête.

Charlie plissa les yeux avec méfiance mais il devait avoir décidé de ne pas exprimer ce qu'il pensait. "J'ai aussi vu beaucoup de conneries dans mon temps mais je n'ai jamais rien vu qui me porte à croire qu'il y a une sorte de charabia vaudou à l'œuvre ici."

"Alors comment l'expliquez vous ?" le défiai-je

Il haussa les épaules. "Peut-être que ce n'est pas génétique mais être élevé par une femme folle rendrait n'importe qui fou. C'est un cycle."

Je secouai ma tête. "Charlie, j'ai besoin de savoir qui est l'homme mystique Quileute. J'ai besoin de lui parler, c'est de la plus haute importance."

"J'ai appris à connaître beaucoup de gens à La Push au fil des ans mais je n'ai jamais rencontré de chaman d'aucune sorte… du moins pas que je sache."

"Y a-t-il un moyen pour que vous m'obteniez une rencontre avec le grand-père de Quill ?"

"Il n'aime pas les étrangers, je ne lui ai parlé que quelques fois."

"Vous n'avez pas répondu à ma question !" criai-je.

"Je ne sais pas - peut-être - mais honnêtement, je ne le pense pas. Tu dois comprendre, je n'y ai jamais cru, mais j'ai fait plaisir à Renée et je l'ai emmenée là-bas, et ils se sont moqués de nous. Aucune des personnes que nous connaissons maintenant ne croit plus en ces trucs de malédiction."

"Peut-être qu'ils n'étaient pas disposés à parler à l'époque ou peut-être que vous ne posiez tout simplement pas les bonnes questions. J'ai d'anciennes lances tribales dont je serais prêt à me séparer juste pour avoir quelques minutes du temps du vieux Quill," dis-je rapidement, puis j'attrapai le téléphone sur la table d'appoint et le lui tendis. "Passez quelques appels pour moi… S'il vous plaît." Quand il ne bougea pas, j'ajoutai – "Pour Bella."

"Pour Bella quoi ?" demanda-t-elle en franchissant la porte d'entrée avec des sacs d'épicerie à la main. Charlie et moi la regardâmes fixement, alors sa curiosité se transforma en agacement. "D'accord, qu'est-ce que j'interromps ?"

"Rien," Charlie et moi dîmes en même temps. Nous n'en avions pas discuté, mais cela allait sans dire - parler à Bella de sorts de toutes sortes ne ferait que l'effrayer, ce qui n'arrangerait certainement pas la situation.

Elle ne nous croirait pas, alors je décidai de lui dire la vérité - en quelque sorte . "Je demandais juste à ton père pour le vieux Quill… en espérant qu'il sache quelque chose que je pourrais utiliser pour m'aider à obtenir un rendez-vous avec lui."

"Oh… euh, d'accord," dit-elle pleine de tension avant de continuer vers la cuisine avec ses courses.

Je bondis pour la suivre. "Qu'est-ce qui ne va pas ?"

"Rien," dit-elle d'un ton sec.

"Quelque chose," dis-je, faisant écho à ce qu'elle m'avait dit plus tôt.

"Ça me rend folle !" explosa-t-elle brusquement, faisant bondir mon cœur dans ma gorge. "Pourquoi tu ne peux pas juste me dire ce secret ? Et ce qui est pire, maintenant tu entraines mon père là-dedans, quoi que ce soit."

"Quoi ? Non, je ne lui ai rien dit. J'espérais juste qu'il pourrait m'aider à obtenir ce rendez-vous, c'est tout."

"Mon père ne va pas aider aveuglément quelqu'un sans une sorte d'explication," expliqua-t-elle. "Vous deux étiez manifestement dans une conversation tendue à ce sujet quand je suis entrée."

"Ton père ne sait pas pourquoi je voulais être présenté au vieux Quill," dis-je lentement en la regardant droit dans les yeux. Je ne mentais pas sur ce fait, il ne connaissait pas mon immortalité et j'avais pleinement prévu de le garder ainsi. "Je te l'ai déjà dit, je t'en parlerais si je le pouvais, mais je ne peux pas. Peut-être… peut-être qu'après que ce sera réglé, je pourrai enfin en parler."

Elle rompit le contact visuel avec moi et secoua la tête tout en baissant les yeux. "Peu importe. Allons juste à La Push alors."

Après que Bella ait réchauffé la soupe pour son père, nous partîmes mais je restai en arrière juste assez longtemps pour exhorter Charlie à rappeler, ce à quoi il répondit d'un simple hochement de tête.

Bella dégageait de l'amertume alors qu'elle nous conduisait vers La Push et comme avant, elle semblait presque aveuglée par cela alors qu'elle regardait fixement la route devant elle. Je ne savais pas à quel point je croyais Charlie à propos de sa stabilité mentale, mais je ne pouvais pas m'empêcher d'être préoccupé par la façon dont elle agissait. Sa mâchoire était serrée, ses bras étaient raides, elle clignait à peine des yeux et elle allait beaucoup trop vite.

"Hey Bella, peut-être que je devrais conduire," dis-je prudemment.

"Pourquoi? Je vais bien," répondit-elle froidement.

"Non, je ne pense pas."

Ensuite, tout était au ralenti. Elle tourna dans le virage mais comme elle ne faisait pas vraiment attention, elle le prit trop loin et finit par percuter la glissière. A cause de la vitesse et du fait que j'avais la mauvaise habitude de ne pas porter ma ceinture de sécurité, l'impact projeta ma tête contre la vitre à côté de moi, la faisant éclater.

Je m'évanouis pendant quelques instants, et quand je repris conscience, Bella pleurait de façon hystérique tout en berçant étrangement ma tête et mon cou. "Que quelqu'un nous aide !" cria-t-elle désespérément. "Oh mon Dieu, s'il te plaît."

Je restai confus pendant une minute mais une fois que je réalisais ce qu'il s'était passé, j'essayai de m'asseoir mais elle me tenait si fort qu'il était difficile de bouger. Alors j'essayai de dire son nom, mais aucun mot ne sortit.

Qu'est-ce qui n'allait pas avec moi ?