Ce texte a été inspiré par le thème « paniquer » de la cent cinquante septième nuit du FoF, le forum francophone sur lequel on peut se retrouver pour discuter et jouer. Pour plus d'informations, vous pouvez m'envoyer un mp.
Kushina quitte en courant l'hôpital, les cheveux au vent, et traverse les rues de Konoha jusqu'à son centre, trop bouleversée pour utiliser sans danger le chemin des toits et cheminées. Devant sa visible panique, nul n'ose se mettre en travers de son chemin : ni les shinobis, ni les civils, ni les rares chats ou pigeons errants. Elle atteint donc rapidement la tour du Hokage, et les ninjas de garde la laissent passer, inquiets mais trop apeurés par son comportement pour ressentir une réelle empathie : ils ne sont pas assez bien payés pour prendre le risque de l'arrêter, ni assez bien entraînés d'ailleurs – et du reste, de l'avis général, personne n'est jamais assez entraîné pour gérer les humeurs de Kushina, et leur Hokage est le seul assez fou ou assez courageux pour choisir de vivre avec elle. Kushina poursuit donc sa course folle sans entrave jusqu'aux étages supérieurs, et les shinobis et autres visiteurs se jettent de côté et d'autre, et au plafond et aux fenêtres, pour lui laisser le champ libre à travers les couloirs. Elle passe devant les hommes et les femmes dans la salle d'attente, devant les Aînés, devant les secrétaires, et poussant la porte dans un choc effroyable, elle surgit dans le bureau de Minato, qui était en réunion avec Shikaku Nara. Elle ignore Shikaku, qui se lève précipitamment de la chaise qu'il occupait et qui était sur sa trajectoire, se jette à travers l'espace ainsi libéré, grimpe sur l'immense bureau en renversant la moitié de son contenu, et saisit Minato par la chemise, le soulevant à moitié de son fauteuil. Ils se regardent un instant, Kushina désespérée, Minato stupéfait et inquiet, puis Kushina l'accuse dans un long sanglot :
« Mais pourquoi m'as-tu fait ça ? »
Kushina se trouvait à l'hôpital juste avant. Elle y accompagnait Mikoto à la visite de contrôle du sixième mois. La matriarche du clan Uchiwa n'avait absolument pas besoin d'escorte, encore agile et capable de se défendre malgré son ventre qui s'arrondissait, mais c'était une bonne occasion de passer du temps ensemble, loin des obligations sociales qui pesaient habituellement sur Mikoto – celle-ci avait par ailleurs abandonné son aîné Itachi aux bons soins de l'entraînement de son père Fugaku. Cela comblait également une partie de l'ennui que ressentait quotidiennement Kushina, maintenant que la paix était signée et que Minato était accaparé par ses nouvelles fonctions de Hokage. À dire vrai, ce dernier s'efforçait bien d'être aussi présent qu'auparavant, autant que possible, mais c'était Kushina qui n'osait plus le rejoindre aussi souvent, craignant de le déranger, tandis qu'avant elle n'hésitait pas à visiter à l'improviste ses différentes équipes pendant leurs entraînements – elle y vivait la camaraderie de Konoha par procuration, elle qui regrettait amèrement qu'on ne lui ait jamais confié sa propre équipe de genins.
En fait, comme elle l'expliquait à Mikoto dans la salle d'attente, Kushina avait le sentiment qu'elle n'avait jamais aussi peu vu Minato, alors qu'ils se trouvaient tous deux dans le même village et vivaient dans le même appartement. Mikoto n'essaya pas de la rassurer ou de lui assurer que Minato serait plus disponible à l'avenir : elle l'écouta attentivement sans déprécier ses sentiments.
Mikoto fut bientôt appelée dans la salle d'examen, où le docteur Nohara, spécialisé en gynécologie et dûment assermenté, la prit en charge. Il la questionna, lui fit une prise de sang, et finit de l'examiner avec son chakra :
« Le bébé grandit bien et se développe normalement : il est en parfaite santé. »
Mikoto ne semblait pas inquiète avant le rendez-vous, mais elle le remercia poliment pour ses bonnes nouvelles. Kushina ne put s'empêcher de s'exclamer :
« Quelle chance, Mikoto ! Tu vas bientôt pouvoir tenir ton deuxième bébé dans les bras !
— Ce sera ton tour un jour, Kushina. Minato et toi n'êtes-vous pas en train d'essayer ?
— Si, soupira Kushina avec découragement, depuis plusieurs mois déjà.
— Pourquoi ne pas laisser le docteur Nohara t'examiner ? proposa Mikoto. Peut-être es-tu déjà enceinte et ne t'en es-tu pas encore rendu compte ? »
Kushina hésita en faisant la moue. Mikoto lui avait parlé des signes qui annonçaient une possible grossesse, ces petits changements et inconvénients plus ou moins discrets. Elle n'en avait ressenti aucun, mais il était vrai que son indésirable locataire la maintenait dans un état de santé quasi parfaite.
Le docteur Nohara intervint :
« Un simple examen au chakra ne devrait pas interférer avec votre sceau, et nous serions vite fixés. »
Elle hésita encore, mais sous le regard ferme et amical de Mikoto elle accepta.
Kushina et Mikoto échangèrent leurs places, et Kushina s'allongea à son tour sur la table d'examen. Le docteur Nohara posa doucement ses mains sur son ventre, puis commença à harmoniser son chakra avec le sien pour l'examiner. Le sceau ne réagit pas. Au bout de quelques minutes d'un silence expectatif, le docteur releva les mains en souriant :
« Félicitations, vous êtes enceinte de quelques mois. »
Kushina regarda le médecin, incrédule. Elle regarda ensuite Mikoto, qui lui sourit. Elle regarda enfin son ventre, qui ne lui répondit pas.
Elle était enceinte. C'était merveilleux ! Minato et elle avaient réussi à créer une nouvelle vie, un petit mini-eux qui mélangerait leurs deux sourires, à qui ils apprendraient à rire, à vivre, à se battre, à avaler le plus de bols de ramen possible ! Un petit garçon ou une petite fille qui rajouterait ses babillages et ses dessins dans leur appartement ! Un petit être qu'ils aimeraient inconditionnellement et qu'ils aideraient à grandir !
Mais le sourire de Kushina commençait à peine à s'épanouir qu'il s'estompa sous les doutes.
Elle était enceinte. C'était horrible ! Elle n'était déjà pas capable de garder en vie un cactus, comment ferait-elle pour s'occuper correctement d'un petit être fragile qui dépendrait entièrement d'elle lors de ses premières semaines ? Est-ce que le chakra de son locataire allait interférer avec le développement du fœtus, contrairement à ce que lui avait promis sa grand-mère il y a tant d'années ? Et Minato qui était si accaparé par ses fonctions de Hokage, comment ferait-elle, toute seule, sans son aide, pendant les longues nuits et les longues journées où le bébé ne dormirait pas ? Que pourrait-elle apprendre à son enfant, elle, l'orpheline d'Uzushio, qui ne s'était jamais sentie tout à fait à sa place à Konoha ? Arriverait-elle même à s'en faire aimer ? Et comment allait-elle élever un enfant de Hokage que tous les shinobis des autres villages chercheraient à tuer ou kidnapper ?
Elle ne prononça pas un mot, se leva précipitamment, et courut vers Minato : « Mais pourquoi m'as-tu fait ça ? »
Minato et Shikaku se connaissent depuis longtemps, et ils connaissent Kushina depuis presque aussi longtemps. Sans attendre un ordre de Minato, Shikaku sort du bureau, referme la porte derrière lui, et signale à la secrétaire qu'il faut libérer l'emploi du temps du Hokage pour le reste de l'après-midi – c'est ce qu'elle était déjà en train de faire. Les autres shinobis ou civils qui devaient s'entretenir avec Minato ce jour-là sont curieux, mais compatissants devant la force de la nature que peut être une Kushina en émoi : Shikaku n'a pas beaucoup de mal à les faire partir, puisque Kushina vient visiblement de craquer et que seul son mari peut la calmer.
Pendant ce temps, Minato détache adroitement les mains de Kushina de sa chemise, la convainc de descendre du bureau, et s'installe avec elle sur le canapé qui est dans l'angle. Il l'interroge doucement :
« Je suis enceinte ! » révèle-t-elle, toujours affolée.
Il met un moment à réagir, pendant qu'elle s'inquiète de cette absence de réaction, imaginant les pires explications ; mais en la voyant se décomposer un peu plus il s'empresse de la prendre dans ses bras et de s'exclamer en souriant à pleines dents :
« C'est merveilleux !
— C'est horrible ! répond-elle. Comment vais-je faire pour m'occuper d'un bébé ?
— Tu apprendras, comme toutes les mères, et Mikoto t'aidera ; elle a de l'expérience et elle s'en est très bien sortie avec le petit Itachi.
— Et si tes ennemis nous attaquent ?
— Nous avons tout un village pour nous défendre, en plus d'une garde rapprochée.
— Mais tu n'es même pas là, à cause de ton rôle de Hokage !
— Je vais déléguer plus de choses. Fugaku arrive bien à élever Itachi, s'occuper du clan Uchiwa et diriger la police en même temps.
— Et si je suis une mauvaise mère ?
— Tu ne le seras pas, tu t'es toujours merveilleusement bien occupée de Kakashi et Itachi. »
Un silence passa, où Kushina commença à s'apaiser devant le calme assuré de son mari. Puis elle reprit, sur un ton décidé et non négociable :
« Je veux que Mikoto soit la marraine.
— D'accord. »
Alors, qu'en pensez-vous ? N'hésitez pas à me laisser un message !
