Voici le dernier chapitre en date, je viens de mettre le point final à cette fanfic, il y aura donc 41 chapitres très précisément, il ne restera donc que deux chapitres après celui-ci. La fin approche, et je croyais ne pas en voir le bout ... avec déjà deux ans d'écriture ! Je pense enchainer avec une petite correction car après relecture des premiers chapitres, je suis horrifiée de voir que plusieurs fautes de syntaxe et d'orthographe se sont glissés trop régulièrement à mon gout ... et je sais à quel point ça gâche un peu une fiction lorsque des coquilles s'y trouvent.
Dans tous les cas, j'espère que ce chapitre vous plaira, encore merci pour vos reviews qui me donnent toujours l'envie de continuer à écrire et partager cette histoire avec vous.
Bonne lecture !
Les pieds de Drago heurtèrent à nouveau le sol terreux à un demi-kilomètre de la forteresse dans laquelle son maitre se terrait. L'épée, dissimulée dans son manteau lui rappelait sa présence, son pommeau appuyant douloureusement sur ses côtes.
- Putain de Gryffondor, murmura-t-il entre ses dents.
Il n'y avait qu'elle pour le persuader de se promener avec une épée vieille de plusieurs siècles comme si c'était l'instrument de son salut. Il allait devoir faire appel à toute sa volonté pour dégainer son épée plutôt que sa baguette pour s'occuper du serpent.
Il déverrouilla ses genoux et marcha.
Le monde paraissait si silencieux nulle part ailleurs. Il n'y avait pas le moindre piaillement d'oiseau et même le vent qui agitait ses cheveux ne produisait pas le moindre son. Lorsqu'il fut presque aux portes de la forteresse, il n'entendit pas non plus les vagues s'écraser au bas de la falaise.
C'était l'effet que faisait le mage noir, il aspirait tout, toute la vie qui se trouvait à des kilomètres à la ronde. Il aspirait même le bruit et la lumière, ne laissant que cette lueur grise et terne qui vous donnait toujours l'impression de devoir allumer la lumière, même en plein jour.
D'un geste raide, il salua du menton les gardes au portail. Ils n'étaient pas des mangemorts, bien trop au bas de l'échelle pour obtenir la marque de la part du maitre. Aucun des trois gardes ne pipa mot à son passage mais Drago n'avait pas besoin de se retourner pour savoir qu'ils devaient déjà faire des messes basses à son sujet.
Les immenses portes qui menaient à la forteresse se rapprochaient de plus en plus, pas après pas et Drago était surpris de ne pas être tétanisé de peur à l'idée d'affronter le Lord pour la première fois de sa courte vie.
Plusieurs années auparavant, il avait été entrainé dans le cercle infernal des mangemorts par peur de mourir en refusant, par peur de provoquer la mort de ses propres parents s'il n'était pas à la hauteur. Puis, par peur de mourir, il avait commis les pires horreurs, les unes après les autres. Il avait participé à la mort de Dumbledore, et ça n'avait été que le premier d'une longue liste, si bien que Drago avait oublié la peur. Il avait fini par dormir sur ses deux oreilles en paix malgré les morts.
Il avait fini par exceller dans son domaine.
Il avait fini par plaire à ce maitre qui ne ressentait plus que dégout envers son père.
Il avait fini à la tête de la pire prison pour sangs de bourbe du pays avant même de s'en rendre compte, le coeur froid, détaché de toutes les horreurs qu'il pouvait bien commettre.
La peur avait disparu en même temps que son coeur.
Maintenant son coeur était de retour, mais pas la peur.
Il n'y avait que ce vide paisible, celui qui vous emplit quand vous savez que vous agissez comme il le faut même lorsque cela vous portera préjudice.
Les portes s'ouvrirent devant lui et Drago continua son chemin dans les longs couloirs déserts. Derrière les portes qui ponctuaient les murs, il entendait parfois des hurlements de douleur, d'autres fois des rires, et parfois rien du tout.
Ses pas le menèrent mécaniquement à la salle du trône.
Est-ce qu'un jour le Lord voudrait se faire appeler « votre majesté » ? Peut-être …
Sans doute pas si le plan de Drago réussissait.
Il s'arrêta un moment, enfonçant les mains dans les poches de son manteau. Il sentait l'épée contre sa poche gauche à l'intérieur de son manteau. Dans sa poche droite, la baguette qui n'était pas la sienne.
Il était temps.
Il ferma les yeux une seconde.
Il sentait encore la douleur que Granger s'était infligée pour le faire venir, sur son bras droit.
Il était temps.
Il poussa la porte.
Hermione était dans un drôle d'état d'esprit, entre l'euphorie et l'adrénaline. Elle avait l'impression de voir plus clairement que jamais, que chacun de ses gestes était plus énergique que jamais, presque violent alors qu'elle attendait patiemment que ses camarades de guerre la rejoignent dehors.
Par petits groupes, ils arrivaient. Chaque fois que Hermione voyait un autre groupe passer la porte, son coeur faisait un bond.
Il y avait bien une cinquantaine de personnes autour d'elle maintenant, des membres de l'Ordre du Phénix permanents, mais aussi des anciens détenus de la prison Malefoy et Hermione ne pouvait que leur adresser un sourire plein de remerciements, le regard lourd de chaleur envers eux.
Ils avaient vécu l'enfer à la prison Malefoy, comme Hermione. Pour certains, leur destin avait été un peu plus terrible, un peu moins terrible pour d'autres, mais ils avaient suivi Hermione sans un mot lorsqu'elle avait exposé son plan.
Pas un n'avait bronché lorsqu'elle avait prononcé le nom de Drago, lorsqu'elle avait dit qu'ils allaient libérer Harry, que Drago allait leur envoyer Voldemort pour un dernier combat.
Elle n'avait pas menti : soit ils mouraient tous, soit enfin tout serait terminé.
Elle avait dit qu'elle ne les forçait pas. Qu'elle irait seule s'il le fallait.
Certains de ses anciens codétenus avaient quitté la pièce, pleurant ou tremblant, mais n'avaient pas craché leur haine de Drago. C'était leur façon de la soutenir dans sa tentative de renverser l'ordre établi depuis des années maintenant.
Elle ne sait pas si elle aurait pu faire la même chose qu'eux dans leur position. Après tout, Drago avait été leur bourreau.
Elle regarda une nouvelle fois sa montre. Encore cinq minutes et ils partiraient.
Drago ne lui avait pas laissé une grande fenêtre d'organisation.
Ron, Fred et George passèrent la porte et Ron regarda Hermione avec gravité. George ne décollait pas de son jumeau, le regardant avec un air inquiet alors que celui-ci serrait sa baguette avec énergie, le teint plus pâle qu'à l'habitude.
- On est les derniers, annonça Ron lorsqu'ils eurent rejoint Hermione.
Neville, Seamus, Dean et d'autres discutaient déjà d'un plan pour maintenir en échec Voldemort le plus longtemps possible afin de réussir à protéger Harry jusqu'à ce que le serpent soit mort.
- On peut y aller, dit Fred avec un ton plus sûr que Hermione ne l'aurait pensé.
- Fred … tu n'es vraiment pas obligé, murmura-t-elle.
Fred passa une main dans ses cheveux roux qui n'avaient jamais retrouvé le flamboyant qu'ils avaient autrefois.
- Un dernier combat, Hermione. Pour notre salut à tous. Je veux en être.
Hermione hocha de la tête même si elle aurait préféré que Fred ne vienne pas. Elle voulait le savoir en sécurité. Elle savait que ce combat risquait d'être le dernier pour beaucoup d'entre eux, qu'ils n'auraient pas tous l'occasion de savoir si le monde serait enfin libéré de l'emprise du mage noir.
Et elle ne voulait pas que Fred fasse partie de ceux-là.
Hermione passa le petit morceau de parchemin à Fred. Il le regarda avec attention, hocha de la tête et le passa au suivant. Lorsque tout le monde eut lu l'adresse, ils transplanèrent.
Le manoir, différent de celui que Hermione avait déjà vu, se dressait devant eux, ses murs blancs un peu crasseux, ses volets bleus auraient eu besoin d'un bon coup de nettoyage et la toiture d'être lessivée, couverte de mousse.
Hermione pointa sa baguette sur le portail. C'était la baguette de Drago. Elle ne s'en était jamais servie avant. Elle la préférait à celle de Rookwood qu'elle utilisait depuis sa fuite. Sa baguette lui donnait l'impression d'être plus proche de lui.
Le portail s'ouvrit, sans un bruit et ils entrèrent. Hermione remarqua aussitôt le sous bois sur sa droite.
- Sécurisez le manoir, dissimulez vous un peu partout dans le parc. Il faut que cet endroit ait l'air vide lorsqu'il arrivera, ordonna-t-elle tout en prenant la direction du sous-bois.
Fred et les autres la suivirent. Hermione courait. Pas très vite, pourtant elle avait le souffle court, mais c'était l'excitation, la peur. La terreur même.
L'angoisse que tout ça ne soit qu'un rêve terrible, un piège de Malefoy, une dernière manipulation qui ne la mènerait pas à Harry ou du moins, pas à un Harry en vie. Une dernière cruauté.
Elle aperçut un cabanon entre les arbres.
Son coeur se serra.
Il ne lui ferait pas ça. Elle ne pouvait pas croire que ce regard gris plein de mots qui ne sortaient pas de sa bouche puisse lui imposer une telle douleur.
- C'est là.
Sa voix n'avait été qu'un murmure, presque avalé par le cri de ses camarades qui se précipitaient vers la cabane. Ron attrapa la poignée, mais se figea, observant Hermione de biais. Hermione déglutit, le rejoignant.
- Prête ?
Elle hocha de la tête.
Ron poussa la porte.
A l'intérieur, il n'y avait que les ténèbres. Les rideaux empêchaient le peu de lumière extérieure d'éclairer la pièce correctement. L'odeur d'humidité était atroce, piquant le nez de Hermione. Un raie de lumière toucha une vieille table cabossée, couverte de vieilles boites de conserve ouvertes et vides.
Il y eut un cliquetis de chaine, attirant le regard de Hermione vers le renfoncement de la cabane. Une silhouette se mouvait dans la pénombre.
- Her … mione ?
L'estomac de Hermione se retourna avec une telle violence qu'elle crut vomir alors que la silhouette avançait dans la lumière, trainant les chaines à sa cheville.
C'était sa voix.
C'était lui.
- Ron ? Hermione ?
Il pénétra dans la lumière.
C'était lui.
Sa silhouette un peu rachitique, ses cheveux noirs plus en bataille que jamais, et ses yeux verts comme au premier jour, lumineux, brillants, même à travers ses lunettes rondes.
- Harry…
Ron se jeta sur son ami qui manqua de tomber en arrière. Harry referma ses bras sur lui, éclatant d'un grand rire. Dean, Seamus et Neville entrèrent dans la cabane à leur tour, se précipitant sur leur ami ressuscité.
- On est tellement heureux de te revoir, Harry ! On te pensait mort ! S'exclamait Seamus.
- Ce n'est pas si facile de se débarrasser de moi, rit Harry.
Ron ne le lâchait pas, Neville restait en retrait mais ses yeux remplis de larmes ne faisaient pas douter de son émotion et Dean bataillait pour retirer les chaines enroulées autour des chevilles de Harry. Le regard de Harry obliqua vers Hermione qui n'avait toujours pas bougé de l'encadrement de porte, tout simplement incapable du moindre mouvement. Elle ne pouvait que s'abreuver de la scène.
Tout ça était réel.
Drago n'avait pas menti, Harry était vivant et tout ça n'avait rien d'un piège ou d'une machination.
Harry s'arracha à la prise de Ron et avança vers Hermione dont les yeux se remplissaient de larmes. Son coeur lui faisait si mal. Chaque battement était plus douloureux que le précédent. Ses épaules tremblaient.
- Salut, Hermione, dit-il doucement.
Les chaines se délacèrent enfin de ses chevilles à force de sortilèges lancés par Dean et il approcha plus encore.
Elle ne pouvait pas parler. Si elle ouvrait la bouche, alors elle s'effondrerait en sanglots, elle n'arriverait plus à s'arrêter de pleurer, plus jamais. Si elle ouvrait la bouche, alors toute la peine qu'elle accumulait depuis des années allait finir de s'écrouler sur ses épaules qui ployaient déjà tellement.
Harry, doucement, amorça un mouvement vers Hermione, passant ses bras autour de sa nuque, l'attirant contre lui.
- J'ai toujours su que tu serai celle qui nous mènerait à ce dernier combat, souffla-t-il à son oreille.
Hermione rabattit ses bras sur son ami et elle laissa ses larmes s'écrouler sur la chemise du garçon qui avait survécu, encore.
- Je suis … tellement désolée, Harry.
Un murmure plein de retenue, c'était tout ce qui lui avait échappé pour ne pas s'effondrer.
- Pourquoi ? Si on est ensemble aujourd'hui, c'est grâce à toi, Hermione, dit-il doucement.
Hermione se tira de leur étreinte pour croiser le regard de son ami. Il le pensait vraiment.
- Si tu savais comment nous en sommes là, tu ne serais sans doute pas aussi ravi.
Harry attrapa son visage entre ses mains, la regardant intensément de ses yeux verts qui lui avaient tant manqué, qu'elle ne pensait jamais revoir. Sa gorge se serra.
- Je sais, Hermione, dit-il doucement.
Il la reprit dans ses bras, comme s'abreuvant de cette étreinte, autant que Hermione.
- Tu tires ce qu'il y a de meilleur en lui, c'est tout ce qui compte.
- Merci, Harry …
Elle le repoussa doucement et prit une longue inspiration.
- On n'a plus de temps à perdre. Le Lord va débarquer dans très peu de temps et il faut que nous soyons près à le combattre pour que Drago tue le serpent.
Hermione tira la baguette de Drago de sa poche et la tendit à Harry à contre coeur.
- Elle retrouvera son propriétaire dès que tout sera terminé, dit Harry d'une voix sûre.
Hermione aimerait se laisser convaincre mais les dernières années de sa vie avaient aspiré bien trop de sa capacité à espérer ne laissant qu'une flamme fébrile sur laquelle sa conscience cynique et noircie par la prison Malefoy, par la mort de Harry, par la guerre et sa cavale, soufflait de toutes ses forces pour finir de l'éteindre.
- Allons-y.
Si on avait dit à Hermione il y a quelques mois lorsqu'elle avait été trainée à la prison Malefoy qu'elle se trouverait un jour, cachée, attendant patiemment l'arrivée du mage noir pour le piéger et permettre à Harry Potter de le tuer suite à la trahison de son meilleur mangemort Drago Malefoy, elle aurait éclaté de rire et aurait traité de fou quiconque oserait formuler une telle idée.
Pourtant, c'était ce qu'elle faisait. Dissimulée derrière un buisson, les yeux rivés sur un Neville jouant les Harry Potter mort pour attirer le Lord Noir au plus près afin que Harry puisse jeter un sortilège de mort depuis sa cachette dans le manoir, posté à la fenêtre qui se trouvait à seulement quelques mètres de Neville.
Le coeur de Hermione battait à tout rompre. Dans ce plan, il y avait trop d'éléments qui pouvaient mal tournés. Faire de Neville un appât était un risque, car si le Lord envoyait un mangemort s'approcher, alors il se rendrait compte aussitôt de la supercherie. Et peut-être même que Voldemort n'apparaitrait jamais, débusquant Drago avant même qu'il ne puisse agir, avant qu'il ne puisse tuer le serpent. Peut-être que Voldemort débarquerait avec toutes ses forces mangemorts et les membres de l'Ordre n'auraient pas la moindre chance de s'en sortir.
Ce plan était catastrophique.
Ils auraient eu besoin de plus de temps.
Mais ils n'en avaient pas.
Il y eut un « swap » et Hermione se tendit : quelqu'un avait transplané. Puis un autre, et encore un autre. Hermione était persuadée que son coeur allait s'arrêter alors qu'elle voyait des mangemorts apparaitre un à un sur la longue allée de la propriété Malefoy. Tout de noir vêtu, on peinait à les voir dans la nuit.
Hermione en compta … 12… Non 15. 15 pour 49 dans leur camp. C'était raisonnable.
Hermione essaya de ne pas penser que sur ces 49, douze venaient de la prison Malefoy et n'étaient pas en grande forme.
Une dernière silhouette apparut.
Le coeur de Hermione rata un battement. Sous la pâle lueur des étoiles, la peau blanchâtre de l'homme était presque fluorescente, ses yeux rougeoyants dans la pénombre, sa longue robe noire se froissant sur le sol.
C'était comme si le temps s'était arrêté.
Pendant une minute qui parut une éternité, personne ne bougea, pas même les mangemorts.
- Alors, c'est vrai …
Le sifflement exécrable qui s'échappait d'entre les lèvres du mage noir glaça le sang de Hermione. Elle aurait aimer fermer les yeux et ne jamais les rouvrir, que tout s'arrête enfin.
- Malefoy n'a pas menti, maitre, dit un mangemort avec surprise.
- Non, il n'a pas menti. Mais le corps de Harry Potter ne serait pas si bien conservé s'il était mort le jour où je l'ai tué dans la forêt interdite.
Un murmure traversa les mangemorts, se resserrant autour de leur maitre.
- Ça ne peut faire que quelques semaines tout au plus.
L'estomac de Hermione se tordit alors qu'elle se rendait compte de la faille de son plan.
Le mage leva sa baguette de ses doigts osseux, la pointant en direction du corps immobile de Neville.
- Avada Kedavra !
Un trait de lumière vert fonça vers Neville qui se releva d'un bond, se rendant compte du danger, mais c'était trop tard, le sortilège allait le toucher lorsque :
- PROTEGO ! Hurla Harry se redressant, se dévoilant à la fenêtre du manoir.
Le sortilège ricocha contre la barrière magique qui s'était dressée devant Neville.
D'un coup, les combattants se révélèrent de leurs cachettes, près à se battre coute que coute pour protéger Harry. Une seconde, il ne se passa rien. Hermione avait la baguette tendue vers le mage noir, tremblante.
Comme si elle avait la moindre chance de réussir à combattre ce monstre.
Lorsque le mage prit enfin conscience de ce qui se passait, Hermione put presque voir le changement dans l'attitude de Voldemort.
- TRAITRE ! Hurla-t-il dans la nuit.
Drago, il parlait de Drago.
D'un geste, il balaya l'air de sa baguette et soudain, sa magie explosa, déracinant les arbres, explosant les fenêtres du manoir alors que ses mangemorts se jetaient au sol pour éviter d'être projetés au loin par le souffle de l'explosion.
Hermione était trop loin des éclats pour être blessée et elle en profita :
- AVADA KEDAVRA !
Hermione regarda le mangemort chuté, le corps lourd, sans vie, le poids des mots encore sur ses lèvres, l'engourdissant, glaçant son sang déjà refroidi par la présence du mage noir.
- Tuez les tous, siffla le mage noir.
Ce fut le début d'un vaste capharnaüm. Les sortilèges fusaient dans la nuit, éclairant le champ de bataille, illuminant brusquement les corps qui tombaient et se relevaient parfois. Ils étaient plus nombreux que les mangemorts, mais les hommes du mage étaient bien mieux entrainés.
Hermione se retrouva bientôt acculée, obligée d'entrer dans le manoir, courant dans les couloirs pour échapper à un mangemort. Elle s'engouffra dans une pièce juste à temps, évitant un jet de lumière blanc. Elle sauta derrière un canapé et la porte explosa laissant apparaitre le mangemort.
- Expelliarmus !
Mais le mangemort évita son sortilège. Elle avait trahi sa position.
- Avada …
- Stupefix !
Le mangemort fut propulsé contre le mur et Hermione se redressa, le souffle court.
- Pense à des sortilèges moins longs la prochaine fois, dit-elle en s'approchant.
Elle retira le masque de métal de l'homme et son coeur se serra lorsqu'elle reconnut un Serpentard qui avait deux ans de moins qu'elle. Il la regardait avec haine, ses yeux s'agitant avec fureur, et Hermione ne put s'empêcher d'avoir de la peine.
Comment en étaient-ils arrivés là ? A se haïr alors qu'ils avaient partagé les mêmes bancs de l'école ? Au point de chercher à se tuer quelques années plus tard. Hermione se releva sans lâcher du regard ce garçon dont elle ignorait même le nom.
Pendant une seconde, malgré les hurlements, malgré la froideur des murs sombres, elle se sentit comme l'enfant de onze ans qu'elle était à l'époque, découvrant Poudlard. Bien des années étaient passées, bien des épreuves avaient été traversées, et elle aurait cru se sentir plus adulte, responsable et sage que jamais après tout ça. Alors pourquoi tout lui semblait-il toujours si difficile de faire des choix ? De continuer d'avancer ?
Maintenant, elle comprenait que les adultes ne faisaient que mentir aux enfants lorsqu'ils disaient savoir ce qu'ils faisaient, qu'ils étaient trop jeunes pour comprendre.
Hermione ne put s'empêcher de rire, cynique. Quel beau mensonge. Elle était à leur place maintenant et elle savait à quel point ils n'avaient pas la moindre idée de ce qu'ils faisaient. Comme elle.
Son regard se porta vers l'extérieur et son sang ne fit qu'un tour.
Harry et le mage noir s'effondrèrent au même moment, les mains plaquées sur leur crâne comme s'il menaçait d'exploser.
Hermione avait l'impression de voir la scène se passer au ralenti alors que le Lord se redressait péniblement, atteignant sa baguette du bout de ses longs doigts osseux. Les yeux écarquillés d'horreur, Hermione le vit pointer la baguette vers Harry qui peinait toujours à retrouver ses esprits.
Harry se redressa sur ses genoux, un rire nerveux s'échappant d'entre ses lèvres. Du sang coulait de son sourcil et de son oreille droite.
- Tu as perdu, Tom, dit-il d'une voix enrouée. Ton serpent est mort.
Un spasme haineux enlaidit le visage déjà hideux de Voldemort.
- Et toi, tu es mort, Potter.
Hermione bondit à travers la fenêtre. Ses genoux heurtèrent violemment le sol à l'extérieur, mais elle s'en fichait. Elle se jeta devant Harry, braquant la baguette de Rookwood devant elle.
- PROTEGO !
Le sortilège de mort qui s'était extirpé hors de la baguette de Voldemort heurta de plein fouet le bouclier magique et l'espace d'une seconde, Hermione crut qu'il allait céder, sentant la magie au bout de ses doigts frémir.
Ce n'était pas sa baguette, elle n'était pas aussi douée en magie et elle était face au plus grand mage noir de tous les temps.
- Her… mione, va-t'en, avant qu'il ne te tue, dit Harry d'une voix enrouée et la respiration sifflante.
Hermione ne répondit pas, se redressant tant que possible alors que ses épaules tremblaient et que ses genoux menaçaient de céder. Maintenir le regard sanglant du mage noir était presque impossible, comme si une main invisible essayait de lui faire baisser la tête.
- C'est toi… c'est à cause de toi. Tu l'as rendu faible, faillible.
Hermione déglutit, les doigts toujours serrés sur la baguette désagréable de Rookwood, consciente que ce morceau de bois était ce qui la garderait vivante le plus longtemps possible, c'est-à-dire pas bien longtemps.
D'une main tremblante, elle leva sa baguette en direction du mage noir. Il ne devait rien rater du tremblement qui l'agitait car il ricana.
- Drago n'est pas faible. S'il l'était, il ne vous aurait jamais tenu tête, il ne vous aurait jamais envoyé ici de peur des représailles.
Son ricanement mourut dans sa gorge, son sourire exécrable toujours affiché sur son visage de serpent.
- Il aurait eu raison de me craindre, pauvre sotte. Ce que je vais lui faire s'il n'est pas déjà mort le fera supplier de mourir. Je vais trainer ton corps sans vie jusqu'à ses pieds. Il verra pour quoi il m'a trahi, pour le sang pourri qui coule dans tes veines.
Son sourire s'élargit, dévoilant ses dents gâtées.
- Pour ça, tu mourras.
Une main tomba sur l'épaule de Hermione, et une seconde, elle espéra que ce soit Drago. Mais ce fut la voix de Harry qui résonna à côté d'elle.
- C'est ce qu'on verra, Tom.
Il repoussa violemment Hermione qui évita de justesse un sortilège. Les mangemorts pleuvaient du ciel, venant apporter un nouveau souffle au combat déjà difficile pour l'Ordre. Ils quittaient la forteresse de Voldemort pour venir prêter main forte à leur maitre en mauvaise posture. Le regard de Hermione balaya le champ de bataille.
Ses amis tombaient, battaient en retraite, reculant jusqu'au manoir qu'il pensait capable de leur fournir un semblant de protection. Hermione se battait tant bien que mal, essayant de changer le sens du combat avec cette baguette qui lui résistait. Elle se servait autant que possible de l'effet de surprise, incapable de faire appel à plus de force magique.
Elle était tellement fatiguée. Depuis des mois et des années.
Chaque fois qu'elle levait le bras une nouvelle fois pour lancer un sortilège, son bras lui paraissait plus lourd que la fois précédente, sa baguette moins puissante, ses gestes moins rapides, ses pas plus bruyants.
Le rire glaçant de Bellatrix Lestrange lui vrilla les oreilles et Hermione manqua de trébucher sur les marches du perron du manoir.
Elle ne devait pas s'arrêter.
Elle claqua la porte du manoir derrière elle, balayant la pièce du regard avec sa baguette tendue, à la recherche d'un mangemort prêt à la tuer.
- Tu crois pouvoir m'échapper, pauvre idiote ? Hurla la voix suraiguë de Bella de l'autre côté de la porte.
Un violent accoup secoua la porte et le coeur de Hermione manqua de sortir de sa poitrine.
Plus de temps à perdre, Hermione fit volte face et traversa les couloirs en courant, s'assurant de claquer toutes les portes sur son passage d'un coup de baguette pour brouiller les pistes. La voix de Bella était bien audible à présent et elle chantait une affreuse chanson au sujet de Hermione qui lui glaçait le sang.
- Tu ne m'échapperas pas, sang de bourbe …
- Oh ta gueule, souffla Hermione qui avait du mal à contenir son irritation.
Elle emprunta un autre couloir, puis tourna à droite. Hermione blêmit lorsqu'elle se rendit compte que c'était un cul de sac.
- Trouvée …
Hermione se glissa dans une pièce juste à temps, évitant un sortilège qui passa à un cheveu de son épaule.
- Je te ferai la même chose qu'à lui.
La silhouette rachitique de Bellatrix apparut dans l'encadrement de porte, ses doigts crochus aux ongles sales, tenant sa baguette aussi tordue qu'elle.
- Menteuse, cracha Hermione.
Un sortilège vola vers Hermione et elle le détourna, renvoyant un sortilège de paralysie pour seule réponse, facilement évité par la folle qui lui faisait face.
- Tu crois ? Tu crois que je n'en serais pas capable, caqueta-t-elle.
Hermione ne répondit pas. Elle en était capable. Sa gorge se serra. Et si elle l'avait tué ? Si elle l'avait torturé pour avoir osé trahir son maitre ?
Le sortilège doloris la heurta de plein fouet. Tous ses nerfs étaient à vif, ses muscles se déchiraient, son sang bouillait, ses yeux menaçaient d'exploser, sa respiration lui donnait l'impression d'insuffler des échardes dans sa gorge irritée, ses poumons hurlaient, son crâne était sous pression, comme essayant d'expulser son cerveau de sa cage.
C'était presque aussi douloureux que de penser au corps sans vie de Drago, quelque part près de Nagini.
Puis soudain plus rien. Tellement plus rien qu'une seconde, Hermione se demanda si elle n'était tout simplement pas morte de douleur.
Le souffle court, elle releva la tête, battant des cils pour essayer de voir à travers ses larmes. Une épée dont le pommeau flottait dans les airs était fichée dans la poitrine de Bellatrix Lestrange dont les yeux immenses étaient écarquillés d'horreur.
L'épée se délogea lentement de son emplacement et la main qui tenait l'épée apparut à Hermione. L'épée tomba, cliquetant lorsque le métal heurta le sol. La main s'éleva et attrapa quelque chose d'invisible, tirant sur la cape d'invisibilité qui redevint palpable lorsqu'elle glissa sur le sol.
Les yeux de Bellatrix menaçaient de s'extirper de leur orbite. Ses lèvres bougeaient, elle essayait de parler, mais il n'y avait qu'un glouglou sanglant qui remontait de sa gorge, tirant une grimace dégoutée à Hermione.
Drago.
- Surprise, Bella. Il fallait mieux faire le travail.
La voix rauque de Drago traversa Hermione toute entière et Bellatrix Lestrange tomba. Morte.
Drago, raide, se tourna vers Hermione dont le souffle se coupa. Drago Malefoy se tenait devant elle, ses cheveux blonds en bataille, son teint d'une blancheur immaculée d'habitude n'était pas aussi lumineux, mais aux yeux de Hermione, il était toujours à couper le souffle.
Il serait toujours l'ange noir qui faisait battre son coeur comme aucun autre. Ce regard gris si intense. Il avalait chacun de ses mots depuis le premier jour passé dans cette prison. Quand il lui faisait encore froid dans le dos lorsqu'elle entendait le son de sa voix désincarnée.
- Hermione.
Un mot, si rauque et pourtant si doux dans sa bouche.
Sa voix ne lui glaçait plus le sang, non, elle le réchauffait.
Drago s'écroula et Hermione se rendit soudainement compte de sa faiblesse. Il était trop pâle, de façon inquiétante, et la tension apparente sur son visage auraient dû alerter Hermione.
Elle se précipita sur lui, repoussant brusquement les pans de son manteau, dévoilant les impressionnantes tâches rouges, presque noires qui imbibaient le blanc de sa chemise.
- Dra… Drago, qu'est-ce que tu as ? Dit-elle d'une voix tremblante. Non, non, non …
Elle essayait d'appuyer sur les plaies, mais elles étaient trop nombreuses, elle ne pouvait pas toutes les couvrir. D'une main tremblante, elle chercha sa baguette qui glissa entre ses doigts. Ses mains étaient couvertes de sang, glissantes.
- Je t'en prie, gémit-elle. Vulnera Sanen…tur.
L'une des plaies se referma à grande peine, mais Hermione n'avait plus de force. D'une main tremblante, elle approcha sa baguette d'une autre plaie et prononça le même sort, mais celle-ci ne se referma pas.
- Allez, sanglota-t-elle.
La main froide de Drago attrapa doucement son poignet. Doucement ou faiblement ?
La gorge de Hermione se noua. Elle ne pouvait pas le regarder. Elle ne pouvait pas croiser son regard qui perdait son intensité comme le regard de Bella qui avait perdu sa lueur de folie en mourant.
- Arrête, Granger. Ça ne sert à rien, tu es trop … faible.
La main de Hermione se resserra autour de la chemise imbibée de sang.
- Tu avais promis de ne pas mourir, Drago.
Il étouffa un rire, Hermione sentit sa poitrine se soulever sous sa main.
- Tu sais bien que je suis un menteur, Granger, railla-t-il.
Avec un effort surhumain, il réussit à relever une main, la glissant sous son manteau, essayant de tirer quelque chose de sa poche, mais le grognement de douleur qui échappa d'entre les lèvres de Drago convainquit Hermione de retenir son geste, glissant sa propre main dans la poche intérieure de sa veste.
Elle tira le morceau de parchemin plié en 4, les coins imbibés du sang de Drago. Ses yeux tombèrent sur sa propre écriture.
A Drago.
Son coeur se serra. La main de Drago glissa jusqu'à elle, couvrant sa joue de sa chaleur, son pouce caressant doucement son visage.
- C'est toi qui … m'a …
Hermione secoua la tête, les larmes brouillant sa vue, son coeur ne lui avait jamais fait si mal de toute sa vie.
- Tout est ma faute, Drago. Si tu es … Pardon. Pardon, Drago, je …
La main de Drago sur son visage glissa sous son menton, la forçant à relever les yeux pour croiser son regard gris. Il n'y avait plus la colère et la froideur habituelles. Comme si la mort emportait son armure avant d'emporter les battements de son coeur, révélant toute la douceur, toute la chaleur que Drago ressentait pour elle.
- Ne t'excuse pas. Tu es ce qui m'est arrivé de … mieux. Tu as … Tu as su me montrer ce qu'il y avait de beau chez moi et …
Il ferma les yeux de douleur et Hermione attrapa sa main, désespérée. Peut-être qu'il ne rouvrirait pas les yeux. Peut-être qu'il allait mourir et qu'elle ne verrait plus cette émotion dans ses yeux gris.
Il rouvrit les yeux.
- Je me rappelle de toi à Poudlard, dit-il, enroué. C'était toi mon premier coeur brisé, parce que tu étais bien trop lumineuse pour moi.
Hermione pouffa entre ses larmes.
- Et moi qui ai toujours cru que tu avais un coeur de pierre, rit-elle.
Il inspira lourdement, serrant la main de Hermione avec toute l'énergie qu'il avait encore.
- Pas quand il est près de toi.
Le coeur de Hermione fit un bond.
- Tu deviendrais presque mièvre …
Sa main glissa de son visage jusqu'à son poignet, relevant sa manche pour y observer la croix, aussi noire qu'au premier jour.
- Ne m'oublie pas, souffla-t-il.
Hermione frémit.
- Tu ne vas pas mourir.
Non, elle ne pouvait pas envisager qu'il meurt. Elle voulut attraper sa baguette mais Drago l'en empêcha.
- Je t'en prie, je n'ai plus le temps de … lutter avec toi. Promets-moi de ne pas m'oublier. J'en ai besoin.
- Ja… jamais, sanglota-t-elle. Je t'aime.
Elle se jeta sur le cou de Drago, l'enserrant dans ses bras, laissant ses larmes couler dans le cou du Serpentard, du général Malefoy, du bras droit de Lord Voldemort. Tout son corps tremblait contre celui de Drago.
- Tu m'aimes, même si .. si je n'arrive pas … à te le dire ?
Sa respiration se faisait sifflante, sa voix plus chevrotante.
Hermione ferma les yeux. Il ne pouvait pas voir la peine qui ravageait son visage, toute la douleur qui menaçait de la consumer.
- Quoi qu'il puisse arriver, dit-elle, la gorge nouée.
Drago frémit contre elle et Hermione sanglota plus encore. Il était en train de mourir. Et une partie de Hermione partait avec lui, le morceau de son âme qui avait retrouvé le gout de vivre après des années de désespoir, à ne voir que le ciel gris chaque jour qui passait même lors des beaux jours. Les couleurs étaient parties avec la mort de Harry, et elles étaient revenues lorsque les sarcasmes de Drago lui avaient tiré quelques rires. Le gout de vivre, la chaleur de son coeur étaient réapparus.
Le monde était plus beau dans le reflet des yeux gris de Drago Malefoy.
- Reste avec moi, murmura-t-elle.
Drago remua sous elle, tirant sur son bras et elle se redressa. Dans un dernier élan d'énergie, il releva la manche qui dissimulait la marque des ténèbres qui s'agitait, comme si le serpent qui sortait de la bouche du crâne agonisait.
Hermione releva les yeux et croisa le regard de Drago.
- Il meurt. Le Lord, il meurt.
Hermione se redressa si brusquement que ses genoux craquèrent. Elle se précipita à la fenêtre, cherchant à trouver Harry dehors, mais il faisait trop nuit.
- Je n'arrive pas à les voir. Tu crois que Harry est mort aussi ?
Elle plissa les yeux, essayant de voir au travers de la pénombre.
- Drago ?
Elle s'arracha à sa recherche.
Drago avait les yeux clos.
