Disclaimer : Comme tout le monde le sait, « Harry Potter » et ses personnages appartiennent à JK Rowling (merci à elle de nous les prêter). Cette histoire, par contre, est à moi.
N/A : Un petit OS pour la Saint-Valentin. Une histoire un peu triste, j'en ai peur… ou pas ! A vous de juger, et de me donner votre avis ;)
J'ai écrit cette histoire, avec dans la tête la voix d'Alan Rickman, au début du trailer d' ''Alice, de l'autre côté du miroir.''
Les notifications ont apparemment encore un peu 'cafouillé' cette semaine, d'après certains MP que j'ai reçus. Certaines ont fonctionné, d'autres pas… à moins qu'elles n'aient juste été retardées. Je vous rappelle donc qu'un nouveau chapitre de « Dans l'ombre du temps » est en ligne depuis dimanche.
Review, please !
De l'autre côté du Miroir
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Cinq ans qu'elle avait quitté Poudlard, après une Huitième Année, en compagnie de tous ceux, Nés-Moldus ou considérés comme Traitres-à-leur-Sang, qui avaient été obligés d'arrêter leurs études, l'année précédente, afin de pouvoir passer ses ASPICs.
Cette dernière année d'études avait été pour elle un calvaire de tous les instants. Mais qui aurait pu le comprendre ? Jamais elle n'en avait parlé à personne. Même après que les rôles et les actions de chacun pendant cette guerre aient été éclaircis. Même après que le portrait taciturne du dernier directeur ait enfin fait son apparition dans le bureau directorial, un bon mois après la fin des combats.
Qui aurait pu comprendre pourquoi chaque bruit de bottes résonnant sur les dalles de pierre la faisait sursauter ? Pourquoi certaines ombres, agrandies par les torchères plantées dans les murs, affolaient les battements de son cœur ? Pourquoi pénétrer dans la salle de potion pour y retrouver un Horace Slughorn amaigri, flottant dans ses vêtements, et le visage désormais éteint la déprimait ? Pourquoi la silhouette de Bill Weasley lui semblait étrangement inappropriée, dans la salle de Défense contre les Forces du Mal ?
Elle avait malgré tout terminé cette année avec tout le succès qu'on pouvait espérer de 'la sorcière la plus douée de sa génération', et ASPICs en poche, s'était jurée de ne plus jamais remettre les pieds dans le château. Elle avait travaillé pendant un an au Ministère, dans le service d'Arthur Weasley, avant de brusquement présenter sa démission et de disparaître du monde Sorcier.
Il s'était dit qu'elle était allée retrouver ses parents, en Australie, afin d'essayer de leur rendre la mémoire. Il s'était dit qu'elle avait suivi un amant moldu à l'autre bout du monde. Il s'était dit beaucoup de choses. Trop de choses. Qui aurait pu penser un seul instant qu'elle n'avait jamais quitté l'Angleterre, qu'elle s'était réfugiée dans une maison minable, promise à la démolition, dans un quartier condamné de la banlieue nord de Manchester. Qu'elle vivait, elle, la brillante Hermione Granger de petits boulots glanés au gré de ses modestes besoins ?
Le hibou attendait patiemment, sur l'appui de la fenêtre. A la nuit tombée, elle s'était résignée à laisser entrer le pauvre oiseau, affamé et misérablement trempé par la pluie qui tombait sans discontinuer depuis une semaine. Non qu'elle ait eu peur que l'oiseau attire l'attention sur la maison, supposée inhabitée. Personne, pas même les junkies du coin, ne s'aventurait jamais jusqu'à cette impasse déserte, protégée par un très efficace sort de Repousse-Moldus.
C'était le septième hibou, et malgré le fait qu'elle les renvoyait les uns après les autres sans la réponse espérée par leur expéditeur, il en arrivait un régulièrement dès le lendemain de leur renvoi. Personne pourtant ne savait où elle était, mais les hiboux de Poudlard savaient trouver les destinataires de leurs lettres où qu'ils soient.
Avec un soupir, elle décacheta l'enveloppe, semblable aux six autres qui s'empilaient sur une étagère, et la jeta sur la table basse du salon, le temps de se servir un whisky Purfeu et de s'installer dans le fauteuil qui jouxtait la bibliothèque. Le contenu de celle-là était un peu différent, toutefois. Outre la lettre habituelle, une carte de Chocogrenouilles était jointe à la missive. Elle représentait un homme aux longs cheveux bruns, entièrement vêtu de noir, qui la regardait d'un air revêche. Comment Minerva avait-elle pu savoir… elle secoua la tête, peu importait. Ce n'était pas ça qui allait la faire changer d'avis ! Se renfonçant dans son fauteuil, elle essaya de reprendre la lecture du grimoire qu'elle avait abandonné, la veille, sur le guéridon placé à côté de l'accoudoir droit du siège. Mais son regard dérivait sans cesse vers l'image, qu'elle avait posée sur l'enveloppe. Elle se laissa aller en arrière, la tête appuyée contre le dossier du fauteuil et ferma les yeux, laissant les souvenirs de la dernière année de la guerre remonter à la surface.
Elle seule avait su.
Elle avait très vite compris. Dès qu'ils eurent trouvé refuge au Square Grimmaurd.
Après une âpre négociation qui avait duré une nuit entière, menée par l'intermédiaire du portrait de Phineas Nigellus Black, il avait accepté de la rencontrer, la nuit suivante. La maison n'était pas encore surveillée, et ils s'étaient retrouvés dans le square moldu, devant l'ancien quartier général de l'Ordre.
Elle avait deviné, après tout, il n'avait rompu aucun vœu ! Et il en avait assez de l'isolement dans lequel son serment à Dumbledore l'avait plongé.
Ils avaient marché dans les rues sombres de Londres. Ils avaient parlé.
Longtemps.
Elle l'avait tenu au courant de tous leurs projets, et il l'avait aidée, dans la mesure de ses possibilités. Sa position, bien que semblant au faîte des faveurs de Voldemort, étaient plus précaire qu'elle ne l'avait jamais été. Il devait protéger les élèves des Carrow, tout en feignant de les soutenir. Il marchait plus que jamais sur le fil du rasoir, menacé par ses anciens collègues, provoqué par des étudiants inconscients, surveillé de près par deux pervers psychopathes qui n'attendaient qu'un faux-pas de sa part pour prendre sa place, et se retrouver à la tête d'un réservoir de chair fraiche à violenter.
Ils s'étaient revus.
Souvent.
Partageant leur solitude face à un monde qui ne les comprenait pas. Ils étaient devenus amis. Peut-être même un peu plus, mais aucun des deux n'avait osé l'avouer à l'autre. Et puis les trois jeunes gens avaient dû partir, après leur expédition au Ministère, et tout avait été beaucoup plus compliqué.
Il avait encore réussi à la rencontrer, à Noël… Potter ne saurait jamais que c'était lui qui l'avait soigné après qu'il ait été mordu par Nagini, à Godric's Hollow.
Elle était à ses côtés lorsqu'il avait envoyé son Patronus au jeune homme pour le conduire à l'Epée de Gryffondor. C'était la dernière fois où ils s'étaient vus. Cette nuit-là, il l'avait longuement serrée dans ses bras, en silence, l'enveloppant de sa cape et de sa chaleur, puis, pour la première fois, il l'avait embrassée, au milieu des ombres de la forêt. Elle avait compris que c'était un adieu. Puis il était parti.
Elle ne l'avait revu que dans la Cabane Hurlante. Agonisant, après l'attaque du serpent que son maître avait lancé sur lui.
Elle posa le livre pour attraper la carte posée sur la table. L'image était tellement immobile qu'on aurait pu la prendre pour une photo moldue. Et pourtant, un très léger frémissement faisait parfois faiblement onduler la cape sombre qui tombait de ses épaules. Une larme vint s'écraser sur le bout de carton qu'elle caressait du bout des doigts. « Severus ! » murmura la jeune femme d'une voix à peine perceptible. Ce fut suffisant pour actionner le Portoloin.
—Vous m'avez piégée !
Elle était Apparue directement dans le bureau de Minerva, qu'elle s'appliquait à regarder dans les yeux, sans oser lever le regard vers le tableau accroché au mur derrière la directrice, à côté de celui d'Albus Dumbledore.
—Je suis désolée d'avoir été obligée d'en arriver à cette extrémité, ma chère, mais vous ne m'avez pas laissé le choix.
—Le fait que je ne réponde pas n'était-il pas assez explicite ? Comment dois-je vous faire comprendre que je ne veux plus avoir affaire avec mon ancienne vie ? Avez-vous laissé une partie de votre cervelle sur le champ de bataille ?
—Vous gâchez votre vie, Hermione. Il n'aurait pas voulu ça !
—Comment… ?
—Vous n'êtes pas la seule à savoir additionner deux plus deux, même si je dois reconnaître y avoir mis le temps, et avoir été aidée par Albus. Mais mon petit piège a fonctionné, cela prouve que j'ai touché juste… et que ma cervelle est encore en place.
—Et alors ? Qu'est-ce que ça change ? Aboya la jeune femme.
—C'est hallucinant. J'ai l'impression d'entendre la version féminine de Severus. Répondit Minerva sans se démonter. « Ou vous cachiez-vous ?
—Je ne me suis jamais cachée. Et ce ne sont pas vos affaires ! Dites-moi ce que vous voulez, que je puisse retourner là d'où je viens !
—Madame Pince nous a quittés !
—Oh ! C'est… triste. Mais je ne vois pas en quoi cela me concerne !
—Je voulais vous proposer son poste. Vous avec toujours aimé les livres, et l'étude. Vous auriez libre accès à toutes nos ressources… réfléchissez, Hermione. Je sais que Poudlard vous rappelle de mauvais souvenirs, mais où que vous soyez, rien ne changera ce qui a été. Sans compter que vous seriez libérée de tout souci matériel, avec l'assurance d'avoir toujours un toit au-dessus de la tête.
—J'ai déjà un toit au-dessus de la tête, Je ne suis pas à la rue !
—Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous offenser. Je voudrais juste que vous réfléchissiez à ma proposition, avant de me donner votre réponse, disons… dans une semaine ?
—Et vous ne viendrez plus me relancer ? Quelle qu'elle soit ?
—Je vous le promets.
—Soit ! Je… A ce moment, elle commit l'erreur de lever les yeux vers le portrait. L'image était la même que celle de la carte, mais l'expression sur son visage, alors qu'il lui rendait silencieusement son regard, finit de briser ce qui restait de son cœur. « D-dans une semaine. Acheva-t-elle d'une voix incertaine en se détournant brusquement pour sortir sans saluer la directrice.
De retour à Spinner's End, Hermione passa trois jours à tourner dans la maison comme une lionne en cage. Le quatrième jour, elle s'assit dans le fauteuil, et les yeux dans le vague, elle laissa son esprit vagabonder, espérant peut-être une réponse qui ne viendrait pas. Le cinquième, elle se posta devant la bibliothèque, et s'attela à trier les livres, dont une grande partie finit au fond du sac de perles enchanté, qu'elle avait conservé. Elle passa les deux jours suivants à encore peser le pour et le contre, et au soir du septième elle sortit dans l'impasse, son minuscule sac pour seul bagage. Elle se retourna une dernière fois, annula le sort de Repousse-Moldus et dirigeant sa baguette sur la maison qu'elle venait de quitter, murmura « Magna flammae ! » Avant de partir sans se retourner sur le brasier qui s'étendait rapidement. Plus personne ne vivait ici. Le quartier avait été évacué depuis longtemps. Il était peu probable que quelqu'un remarque cet incendie si bizarrement circonscrit à une seule bâtisse, avant que les bulldozers ne viennent pour accomplir leur travail.
Minerva ne lui avait posé aucune question, sachant pertinemment qu'elle n'y répondrait pas, et depuis trois mois, elle occupait le bureau qui avait été celui d'Irma Pince, accomplissant sa tâche avec compétence. Ses rapports avec les autres, professeurs ou élèves se limitaient au strict minimum, et elle avait clairement fait comprendre, aux uns comme aux autres, qu'elle ne désirait pas que cela change. Elle dormait peu, et sortait souvent de ses appartements, le soir, pour errer dans les corridors déserts. Elle avait été heureuse, ici, mais ici, elle avait aussi tellement perdu...
Ce soir-là, son insomnie chronique l'avait une fois de plus poussée à arpenter les couloirs. Elle frissonna, resserrant autour d'elle sa cape d'hiver, et avisa soudain, sur sa gauche, une porte restée entrouverte. Poussée par la curiosité plus que par le désir de surprendre un étudiant en défaut, elle se glissa par l'entrebâillement. La clarté de la lune, réverbérée par la blancheur du paysage enneigé, à l'extérieur, éclairait la pièce d'une pâle lueur fantomatique. Elle était totalement vide, à l'exception d'un objet rectangulaire, recouvert d'un drap blanc. S'approchant plus près, elle fit glisser le tissu et un rayon de lune frappa la surface bleutée d'un magnifique miroir au cadre sculpté, posé sur deux pieds pourvus de griffes, comme des pattes d'animal. Une inscription était gravée au-dessus du miroir. Hermione déchiffra : « RISED ELRUE OCNOT EDSI AMEGA SIV NOTSAP ERT NOMEN EJ. » Elle sentit son cœur s'emballer dans sa poitrine. Elle reconnaissait l'objet, il était décrit dans 'L'Histoire de Poudlard'. Le Miroir du Risèd pouvait vous montrer ce que votre cœur désirait le plus au monde. Elle détourna le regard, mais pas assez vite, cependant, pour n'avoir pu distinguer un tourbillon sombre qui semblait remonter de ses profondeurs pour former une silhouette indécise.
Elle se détourna et était sur le point de sortir de la pièce, lorsqu'un murmure l'arrêta net. Le miroir n'était pas censé avoir le pouvoir de parler ! Aussi incapable de bouger que si elle avait reçu un Petrificus Totalus, elle entendit la voix aux accents veloutés s'adresser à elle. « Tu es partie trop longtemps, Hermione… » Elle n'osait plus respirer. « Severus ? » « Certaines choses méritent toute ton attention » poursuivit la voix désincarnée. Se retournant vers le miroir, elle leva lentement les yeux. Ce n'était pas son image que lui renvoyait la surface polie, mais celle d'un homme aux longs cheveux bruns, entièrement vêtu de noir, qui reproduisait le moindre de ses mouvements. Elle fit un pas, puis deux, et l'homme avança vers elle. Elle leva son bras droit. Elle était si près du miroir, à présent, que ses doigts touchaient presque ceux de sa main gauche, qu'il tendait vers elle. « Severus ! » C'était dangereux, elle le savait, mais elle n'avait plus envie de lutter. Elle sentit la cape glisser de ses épaules alors qu'elle avançait encore d'un pas. L'homme sourit dans la glace. « Dépêche-toi ! » Sa main traversa le miroir, qui n'opposa pas plus de résistance que s'il avait été fait d'une eau cristalline. De l'autre côté, elle se retrouva dans le noir complet, puis une lueur commença à croitre dans les ténèbres, et une main bien réelle saisit la sienne…
—Nous avons fouillé le château de fond en comble, professeur, elle n'est nulle part. Les tableaux l'ont vue pour la dernière fois dans ce couloir, la nuit dernière. Nous avons trouvé cette porte ouverte. Regardez !
La pièce était vide, à l'exception d'une cape de laine noire, abandonnée sur le sol de pierres.
FIN
