Voici la traduction du deuxième chapitre de la fanfiction de l'auteur anglophone Roving Otter ^^ (je préfère le rappeler à chaque chapitre)
Bonne lecture!


Les jours suivants, Gai ne vit pas du tout Lee. Il désertait de manière flagrante les endroits où il s'entraînait habituellement, et Gai n'avait pas vraiment le courage de se rendre à la appartement de son élève.

Un matin, en marchant dans le gymnase, il repéra Naruto dans la rue et lui fit signe de la main.

-Ah, Naruto-kun! Est-que tu as vu Lee dernièrement?
-Gros sourcils? Oui, je l'ai vu hier.
-Tu as trouvé qu'il avait l'air comment?

Naruto afficha un regard vide.

-Est-qu'il avait l'air d'aller bien?
-Oh! Oui!
-Ah. Tant mieux.
-Enfin..

Naruto se gratta la joue de l'index.

-Maintenant que j'y pense, il était plus silencieux que d'habitude, et il a des cernes sous les yeux. Il s'est sûrement couché trop tard.
-Mmh..
-Je dois y aller. À plus!

Naruto lui fit signe de la main et s'éclipsa.

Plus tard, il posa la même question à Sakura.

-Il est très déprimé, dit-elle aussitôt. Il passe la plupart du temps seul dans son appartement. Je ne l'avais plus vu comme ça depuis sa blessure, il y a des années. Mais il ne veut pas en parler. J'espérais que vous sauriez ce qui le tracasse. Vous êtes au courant?
-Je ne suis pas sûr. Mais je lui parlerai plus tard.

Gai reprit son chemin, passa devant le bâtiment rouge où résidait l'Hokage. Il s'arrêta et leva les yeux.

Il y avait trois ans, quand Tsunade avait pratiqué le Jutsu de scellement sur lui, elle l'avait prévenu que les effets n'étaient pas permanents – qu'ils pouvaient s'estomper au bout de quelques années. Il avait espéré qu'entre temps, ça ne serait plus un problème. Il n'avait jamais voulu répéter l'expérience, mais maintenant qu'il y était, il semblait qu'il devrait repasser par là. Sa mâchoire se serra, et il détourna le regard. Plus tard, pensa-il.

Cet après-midi, il trouva Lee seul au terrain d'entraînement, à donner des coups de pied à un tronc d'arbre. Ses mouvements manquaient de leur vigueur habituelle ; ils étaient raides, presque robotiques. Gai s'approcha.

-Lee.

Lee se crispa et regarda par-dessus son épaule. Il déglutit.

-G–Gai-sensei.. Je.. J'étais sur le point de..
-Tu m'évites.

Lee se figea, les épaules raides.

-Tes amis disent que tu es déprimé et que tu ne veux dire à personne ce qui ne va pas.

Il détourna les yeux.

-Est-ce que c'est à propos de ce que tu m'as dit la semaine dernière?

Lee hocha la tête, le regard au sol. Il agrippa le tronc d'arbre de ses mains tremblantes et baissa la tête.

Gai fixa le dos de son élève. Dans cette position, il voyait le fantôme de la version jeune de Lee – il entendait l'écho de la voix de cet enfant dans ses souvenirs, lui demandant s'il pouvait réellement dépasser un génie. La douleur lui serra le cœur.

-Tu n'as pas à être gêné de quoi que ce soit. Je voulais te le dire avant, mais tu es parti avant que j'en aie l'occasion. Ce genre de choses n'est pas rare. D'être..

Il s'éclaircit la voix.

- ..attiré par son professeur.. c'est une phase par laquelle beaucoup d'élèves passent, tôt ou tard. Mais c'est une phase. Ça te passera, et les choses pourront reprendre le cours de ce qu'elles ont toujours été.

Lee posa le front contre le tronc. Pendant un moment, il resta silencieux. Puis sa voix s'éleva, très doucement.

-Et si je vous disais que je ressens ça depuis un long moment?
-Combien de temps?
-Des années.

Gai le fixa. Pendant un moment, il ne put pas parler ; sa bouche bougeait mais sans émettre de son. Quand sa voix refit surface, elle était étrangement étranglée, presque grinçante.

-Lee, tu.. vraiment?

Lee ne répondit pas.

Gai déglutit. Sa bouche était sèche, et ses propres battements de cœur tambourinaient dans ses oreilles comme le tonnerre.

-Pourquoi tu ne me l'as jamais dit?
-Je pense que j'avais peur de l'avouer, même à moi-même. Je ne savais pas comment gérer ces sentiments, donc je les ai juste repoussés au plus profond de mon esprit et je les ai enfouis. Mais je ne peux plus les cacher. Même quand j'étais amoureux de Sakura-san – ou que je croyais l'être – c'était toujours vers vous que mes pensées revenaient. Ça a toujours été vous. Je n'ai jamais eu de petite ami, ou de petit ami d'ailleurs. Je n'ai jamais été embrassé. Je ne me suis jamais senti bien, parce qu'il y avait réellement une seule personne que je voulais.

Gai souffla lentement, et se pinça l'arête du nez.

-Lee, je suis ton professeur et ton maître. Même si tu deviens mon égal en force, même si tu es devenu un homme, ton cœur me verra toujours de cette manière. Tu comprends ça, n'est-ce pas?
-Oui, chuchota-il.
-Alors tu comprends pourquoi ça serait mal – très mal – pour moi de profiter de tes sentiments.

Les doigts de Lee se resserrèrent sur le tronc.

-Oui, Gai-sensei.

Le silence s'étira entre eux.

-Regarde-moi.

Lentement, Lee releva la tête et regarda par-dessus son épaule. Des larmes brillaient dans ses yeux sombres.

Ils étaient beaux, ces yeux. Il se souvenait qu'il pensait ça même quand Lee était un enfant et que les choses étaient simples et innocentes entre eux. Sa gorge se serra.

-Ça ne serait pas bien, murmura-il. Nous ne pouvons pas. Je ne peux pas. Pas à cause de toi, ou de quoi que ce soit sur toi. Tu comprends? Tu es ce qui a le plus de valeur dans ma vie. Rien ne brisera ce lien. Tout ce que je suis, tout ce que je fais, est pour toi. Tu es mon but.

Les larmes coulèrent sur les joues de Lee.

-Sensei..

Il marcha vers Gai, réduisant la distance entre eux. Le souffle de Gai resta bloqué dans sa gorge quand Lee passa ses bras autour de sa taille.

Il hésita. Pendant un instant, il se demanda s'il devait repousser Lee, mais il ne pouvait pas le rejeter pour quelque chose d'aussi simple qu'une étreinte – pas quand il avait l'air d'en avoir tant besoin. Il passa ses bras autour de Lee et posa une main dans son dos.

-Tout va bien, murmura-il.

Lee enfouit son visage contre l'épaule de Gai.

-Vous n'êtes pas dégoûté?
-Tu ne pourrais jamais me dégoûter. Pour rien au monde.

Gai passa doucement une main dans ses cheveux.

Lee leva les yeux, toujours mouillés de larmes, et était si proche de Gai que celui-ci pouvait voir son reflet dedans. Il regarda dans ces yeux sombres tandis que le visage de Lee était de plus en plus proche..

Puis les lèvres de Lee furent contre les siennes, douces et chaudes. Gai se raidit. Il se tint là, le dos droit, incapable de bouger, de respirer ou de penser. Lorsqu'il finit par retrouver ses esprits, il agrippa Lee par les épaules et – très gentiment – l'écarte de lui.

-Ça suffit.

Lee tressaillit.

-Pardonnez-moi, Sensei. Je n'aurais pas dû faire ça. J'ai juste – Je ne sais pas quoi faire de ces sentiments.

Moi non plus, pensa Gai.

-On trouvera une solution, dit-il doucement. Il étudia le visage de Lee, les cernes sombres sous ses yeux.
-Tu as toujours du mal à dormir?

Il acquiesça.

-Va voir Tsunade-sama. Elle te donnera quelque chose pour t'aider.
-Oui, Sensei.
-Ne t'en fais pas. Tout sera bientôt arrangé.

Comment, il n'en avait pas la moindre idée, mais il voulait dire quelque chose. Il ne supportait pas de voir Lee en proie à une telle souffrance.

Lee fixa ses pieds.

-J'imagine qu'il n'y a pas de Jutsu qui peut m'empêcher de ressentir ça?

Gai se crispa. Non, pensa-il. Il ne permettrait pas à Lee de passer par là.

-Je ne pense pas. Et même si ça existait, je ne suis pas sûr que ça serait le meilleur moyen pour gérer ça.
-Alors c'est quoi?

Il hésita, regrettant de ne pas avoir les bonnes réponses, regrettant de ne pas être moitié aussi sage que Lee le croyait être.

-Je ne sais pas.


Les jours suivants, les choses redevinrent comme avant – en surface, tout du moins. Gai et Lee s'entraînaient ensemble, comme ils l'avaient toujours fait, mais les traces ce qui s'était passé entre eux subsistait à travers chaque interaction, comme de l'eau sous une fine couche de glace. Le visage de Lee était toujours d'une teinte trop pâle, et il croisait rarement le regard de son professeur. La simple camaraderie pleine de chaleur qu'ils avaient toujours partagé avait été remplacée par une prudence délicate. Ils ne s'étaient plus pris dans les bras depuis ce jour, et même quand Gai lui tapait sur l'épaule ou dans le dos, il y avait une maladresse qui n'avait jamais été là avant.

C'était insupportable.

Un après-midi, Gai repéra Kakashi assis sous un arbre, en train de lire un de ces infâmes livres du Paradis. Il se racla la gorge. Kakashi leva la tête, la paupière tombante de son œil visible lui donnant son expression apathique habituelle.

-Mmh? Oh, c'est toi, Gai. Est-ce qu'on a un match de prévu aujourd'hui? J'ai dû oublier.
-Non, pas de match. En fait, je voulais te demander conseil à propos de quelque chose.

Kakashi haussa le sourcil.

-Un conseil?
-Oui. Il y a un problème avec lequel je lutte depuis un moment, et j'ai besoin de l'avis de quelqu'un en qui j'ai confiance.

Kakashi ferma son livre et se leva, faisant face à Gai.

-De quoi s'agit-il?
-Ça concerne un de mes élèves. Mais avant que je t'en parle, j'aimerais te demander de garder ça entre nous. S'il y a une fuite, ça pourrait être.. embarrassant.
-Pour toi?
-Pour mon élève. Je ne veux pas qu'il soit encore plus accablé. À vrai dire, il traverse une période difficile.
-Très bien. Quel est le problème.

Gai hésita. Kakashi attendit, une main sur la hanche. Il se tenait dans sa position avachie et nonchalante habituelle, mais ça ne trompait pas Gai ; il avait peut-être l'air détendu, mais Kakashi ne baissait jamais sa garde. Il faisait toujours attention, même s'il faisait croire l'inverse.

-Kakashi, est-ce que l'un de tes élèves a déjà eu des sentiments pour toi? Je veux dire, euh.. des sentiments non-platoniques?
-Une fois ou deux, dit-il en haussant les épaules. Ce n'est pas rare que les jeunes aient des coups de cœur pour leur professeur.
-Et comment as-tu géré ça?
-Je leur ai dit que les gamins ne m'intéressaient pas.

Gai cligna des yeux.

-Avec ces mots là?
-Parfois, il faut être direct. C'est mieux pour elles de ses sentir un peu rejetées maintenant plutôt que de laisser leurs espoirs grandir et qu'elles aient le cœur brisé plus tard.
-C'est un garçon, murmura-il.
-Ah. Et bien, même traitement.
-Le truc, c'est que je lui ai déjà dit qu'on ne pouvait pas avoir ce genre de relation, et maintenant il est terriblement déprimé et je ne sais pas quoi faire pour ça.
-Il s'en remettra. Souviens-toi, ce genre de choses, c'est souvent une phase. Ça lui passera tôt ou tard.

Gai prit lentement une profonde inspiration.

-Et si ce n'était pas une phase? Et si tu apprenais que ton élève ressent ça depuis des années et ne te l'a jamais dit?
-Des années?
-Oui. À strictement parler, ce n'est plus mon élève, mais il vient toujours me voir pour l'aider et le réconforter, et il m'appelle toujours Sensei..
-Attends une minute. Est-ce que tu es en train de parler de Lee?

Gai se crispa et baissa les yeux.

-Et bien.. oui.

Le silence semblait peser sur lui comme un énorme bloc. Quelque part non loin d'eux, un criquet grinça.

-Et bien, dit Kakashi après ce qui semblait être une heure. J'ai toujours su que vous étiez proches, tous les deux, mais je n'aurais jamais pensé.. mmh..

Son regard se perdit au loin, une main sur la hanche.

-Lee a dix-neuf ans maintenant, non? Il est Jonin depuis peu?
-Depuis l'an dernier, dit-il en regardant le sol. Je n'ai jamais pensé qu'il ressentait ça. Je ne sais pas quoi faire.

Kakashi se frotta le menton et son œil se leva, comme s'il cherchait en lui les bons mots.

-Et bien, qu'est-ce que tu ressens pour lui?

Gai se figea, baissant sa garde.

-Et bien, je.. dit-il en bredouillant. Qu'est-ce que ça peut bien faire? Même si je ressentais la même chose, je ne pourrais jamais me servir de lui comme ça.
-Qu'est-ce qui te faire penser que tu te servirais de lui? Ce n'est plus un enfant. C'est un Shinobi fort et compétent. Il rentre tout juste une mission de presque un an où il a dû protéger un village de bandits dans l'un des pays les plus dangereux du monde. Je pense qu'il est assez âgé pour décider avec qui il veut coucher. La seule question, c'est qu'est-ce que tu ressens pour lui.
-Mais tu viens juste de me dire que..
-Je pensais qu'on parlait d'un Genin de douze ans. C'est différent, évidemment.

Gai le fixa, sidéré. Il s'était préparé à toutes les réactions possibles, sauf celle-ci. Il avait toujours su que concernant le sexe et les relations, Kakashi était bien plus ouvert que lui – pour rester poli – mais même..

-C'est plus compliqué que la manière dont tu le présentes. Même s'il est adulte à présent, il me voit toujours comme son professeur. Je ne peux pas ignorer ça.
-Si tu veux mon conseil, le voici, dit Kakashi. Détermine ce que tu ressens pour lui. Si tu l'aimes de cette façon, bien. Si ce n'est pas le cas, alors dis-lui que tu es désolé, mais que tu ne peux pas lui rendre ses sentiments.
-Je pense que tu ne comprends pas.
-Qu'est-ce qu'i comprendre?
-Tu dis "détermine ce que tu ressens". Je ne peux même pas commencer à décrire ce que je ressens pour lui. Lee est..

Il s'interrompit, essayant de trouver un moyen de résumer ce qu'il ressentait pour son élève. Il n'y arrivait pas. C'était comme si on lui demandait de dessiner la joie, ou la tristesse, ou l'éternité. Gai serra les poings.

-Je ne m'en sors pas avec les mots. Et je suis encore pire pour m'auto-analyser. J'y arrive mieux quand il faut agir.
-Alors couche avec lui.

Gai resta bouche bée. Au bout d"un moment, il retrouva sa voix.

-Quoi?
-Et bien, la manière la plus simple de savoir si tu aimes quelque chose, c'est d'essayer. Pas vrai?

Gai se frappa le front de la main.

-Bon sang, Kakashi. Ce n'est pas comme ça pour moi. Si on fait.. ça, ça va changer à jamais nos vies. Et si on le regrette? Je ne peux pas prendre le risque de lui faire du mal. Il me fait tellement confiance. Si je brise cette confiance..
-Elle ne va pas s'envoler, Gai, dit doucement Kakashi. Tu as dit toi-même qu'il ressentait ça depuis des années. Si tu veux résoudre quelque chose, tu dois parfois prendre des risques.
-Bien sûr. Tu as raison, marmonna Gai, même si rien n'était résolu dans sa tête. Merci, Kakashi.
-À ton service.

Kakashi s'assit sous l'arbre, ouvrit le livre et reprit sa lecture.

Gai marcha en direction du village, l'esprit en proie à des émotions contradictoires – en majeure partie de la confusion et de la frustration. Kakashi ne comprenait pas la situation dans laquelle il était. Comment pouvait-il demander aussi nonchalamment à Gai de faire des choses qu'il s'était interdites de ne serait-ce que penser pendant des années? La simple idée de faire ça avec Lee faisait sonner des alarmes partout dans sa tête: Dangereux. Interdit. Mal. Son premier réflexe spontané était d'enfouir ces pensées et de les oublier.

Pourtant, Kakashi avait raison sur un point: si Gai ne faisait rien, rien ne serait résolu. Il devait parler à Lee. Il devait lui dire la vérité sur le passé et sur ses sentiments. Et ensuite.. et bien, il règlerait ça. Avec un peu de chance.