Dans l'avion, les profileurs se penchèrent sur les victimes découvertes. Étudiant les dossiers, les profileurs se replongèrent sur le cas des victimes dont les corps avaient été découverts. Quelques détails intriguaient encore Rossi :

"Pourquoi les corps n'ont-ils pas été trouvés avant ? Alignés dans la cave, ce n'est pas une bonne cachette. Pour un ou plusieurs suspects de toute évidence très ordonnés et méthodiques, ça laisse à désirer…

— La propriétaire de la maison, Cathy Byfields, est décédée il y a un an d'un cancer des poumons à l'âge de 89 ans, révéla Hotch. Depuis, c'est la bataille juridique entre ses héritiers : deux fils retraités et quatre petits-enfants d'une fille pré-décédée. La maison est au cœur du centre-ville dans une rue où ont été construits récemment des immeubles d'habitation. Pas de caméras de surveillance et trop de passage pour savoir qui y est entré !

— Avec la climatisation et une bonne ventilation, le suspect a pu limiter la décomposition des corps, remarqua Reid. Des connaissances sur les preuves médico-légales, des victimes à haut risque, des meurtres qui ressemblent à une exécution...

— Ca ne ressemble pas à des premiers meurtres, c'est trop net, trop parfait, jugea Morgan. Il y a sans doute d'autres victimes. Il faudrait déterminer qui a été la première. C'est celle qui nous en apprend le plus."

Prentiss haussa les épaules. La victimologie était globalement assez claire : homme ou femme, travaillant dans la justice, peu important la situation familiale. Hormis des erreurs dans l'exécution des suspects, elle n'avait pas grand espoir d'obtenir de nouvelles informations. En parlant de l'exécution...Prentiss se focalisa sur les rapports d'autopsie. N'écoutant plus que d'une oreille les hypothèses de ses collègues, pressentant qu'elle touchait du doigt un élément qui leur avait échappé jusqu'à maintenant.

Le groupe de profileurs resta silencieux, chacun se replongeant dans les dossiers, tentant de déterminer les points communs, autres que le seul milieu socio-professionnel. Rien dans les enlèvements ne semblait identique. Baxter avait disparu pendant un footing dans un parc. Sherman, célibataire, semblait avoir été enlevé de chez lui. La porte de derrière chez lui avait été fracturée et l'alarme bloquée à l'aide d'un nouveau dispositif à ultrason, prisé des cambrioleurs et malheureusement disponible à la vente sur internet. Oxenbrigg, la victime la plus récente, s'était simplement volatilisée. Il avait quitté le tribunal le matin pour sa pause déjeuner et n'était pas rentré à quatorze heures. A chaque fois, aucun témoin. Pas même une suspicion d'agression : il avait fallu quelques heures avant que leurs collègues ou familles ne considèrent l'absence comme étrange. De plus en plus, l'idée d'au moins un suspect expérimenté s'imposait.

Du reste, être capable de cibler aussi précisément ces victimes et les enlever juste au moment où le nombre de témoins serait minimal, cela requérait une surveillance.

"La question est pourquoi ces victimes là précisément ? intervint JJ. Il y a des centaines et des centaines de juges, encore plus de procureurs et d'avocats ! Non, Reid, je n'ai pas besoin de chiffre !

— Les victimes ont été chassées, approuva Hotch. Ciblées. Il doit y avoir quelque chose dans leur passé qui les as rendu attractifs aux yeux de nos tueurs.

— Au vu de leurs métiers, je dirais quelque chose de professionnel, proposa Rossi.

— Garcia, sur quels types d'affaires travaillaient-ils ?

— Baxter travaillait dans un cabinet d'avocat spécialisé dans les conduites dangereuses, en état d'ivresse et dans la récupération du permis, indiqua rapidement l'analyste. Sherman traitait majoritairement des coups et blessures volontaires, état d'ébriété et troubles à l'ordre public. Parfois il remplaçait un collègue absent et il se chargeait d'autres dossiers. Oxenbrigg jugeait des crimes, homicides, viols, ce genre de joyeusetés.

— Ils ne se sont jamais croisés ? insista Prentiss. Dans un colloque, ou alors un criminel qui a commencé par des troubles à l'ordre public et ensuite a commis un crime…

— Non."

La réponse de Garcia mit fin à leurs espoirs de trouver un dénominateur commun rapidement. Il allait falloir creuser, et vite car si le ou les tueurs n'avaient pas terminé leurs listes, tout portait à croire qu'il ne resterait pas inactif très longtemps.

"Il y a quelque chose qui me gêne dans ces photos, intervint Prentiss après un long moment de silence. Je n'arrive pas à mettre le doigt dessus. Je ne sais pas… Quelque chose n'a pas l'air à sa place. "

Même Reid et Morgan rouvrirent les rapports de l'autopsie. Néanmoins, une annonce des pilotes du jet les informa de leur arrivée imminente à l'aéroport. Il n'était plus temps d'enquêter : chacun attacha la ceinture, rangea les documents et s'enfonça dans le siège. Hormis Rossi, personne ne vit le regard de Hotch s'assombrir


.


Dorothy Delvon s'avança vers le groupe d'agents aussitôt qu'ils apparurent dans l'aéroport de Minneapolis. Capitaine de la police de la ville depuis cinq ans, elle avait décidé d'appeler le Bureau des sciences du comportement lorsqu'elle avait relié les trois cadavres aux huit disparitions suspectes. Elle avait bien fait : que des notables soient assassinés ne cessait de faire la une des journaux depuis leur découverte. En dépit du temps qui s'était écoulé depuis ladite découverte, les journalistes ne lâchaient pas l'affaire.

Rapidement, allant droit au but, Hotch se présenta ainsi que toute son équipe. Delvon en fit de même pour les deux inspecteurs qui la suivaient : Savannah Mollington et Sven Berck. Ils n'avaient échangé que des banalités lorsqu'ils se trouvèrent devant les SUV noirs du FBI.

" J'espère sincèrement que vous allez trouver des pistes, annonça Delvon. C'est le bordel, ici."

Hotch n'eut pas à répondre : la capitaine de police s'engouffra dans le véhicule.


"Nous vous avons préparé une salle de réunion pour vous. C'est par là…"

Comme Garcia le leur avait demandé, un large tableau blanc avait été installé dans un coin. Une longue table en bois clair trônait au milieu de la pièce, entourée d'une dizaine de chaises grises. Contre le mur gauche, une série d'armoires basses complétait le mobilier. Au fond, près de la fenêtre, sur la dernière armoire, les policiers avaient posé une machine à café, une dizaine de tasses et une boite de gâteau. Une bouteille d'eau et une autre de soda terminaient les fournitures mises à la disposition des profileurs.

En dépit de leur arrivée récente, la nuit tombait déjà en ce début de décembre. Pourtant, le travail ne faisait que commencer ; ils devraient s'accoutumer à examiner les scènes de crime assombries. D'ailleurs, quatre boites en carton trônaient sur la table. Hotch répartit les rôles : à Reid et lui-même il réserva le travail au sein du commissariat. Morgan et Prentiss se dirigèrent vers la maison des Byfield. JJ et Rossi, ne pouvant pas interroger la famille de David Oxenbrigg à cette heure, se dirigèrent vers le tribunal. Ils espéraient pouvoir refaire le parcours de l'homme voire avec un peu de chance parler à quelques-uns de ses collègues.


Morgan souleva la bande jaune de la police pour s'engouffrer dans la maison abandonnée. Il faisait froid. L'absence de chauffage n'arrangeait pas les choses. La maison était assez petite comparé aux autres -seulement trois chambres à l'étage- et le papier peint usagé, défraîchi, laissait une odeur désagréable. Si Morgan se dirigea directement vers la cave pour inspecter les lieux, Prentiss fit le tour du rez-de-chaussée.

A l'arrière, une fenêtre avait été brisée de telle sorte qu'il était possible d'y passer le bras pour ouvrir la porte de l'intérieur. Pour autant, ce n'était ni la porte ni le petit chemin qui conduisait à la maison qui intéressa la profileuse. Elle étudia les murs et le plafond. Quelque chose la troublait. Par endroits, il lui semblait apercevoir des traces blanches sur le plafond jauni par le temps et la cigarette. Finalement, après être montée sur une chaise pour inspecter plus précisément la surface, elle comprit.

Huit. Huit trous dans le plâtre, disposés en deux rangées de quatre. Ils séparaient la pièce en deux espaces distincts : le premier d'environ trente mètres carrés, le second d'une vingtaine.

Lorsque Prentiss passa la main le long des murs, elle ne sentit aucun accroc dans la tapisserie. En revanche, une étude attentive du sol lui permis d'identifier huit autres trous dans le parquet, directement en dessous de ceux du plafond. Deux rangées de quatre. Ceux là, à peine visibles dans le parquet sombre, n'avaient pas été rebouchés.

Après d'autres investigations, elle en identifia d'autres aux extrémités de la pièce, directement devant les fenêtres. Comme les précédents, ceux du plafond avaient été masqués avec du plâtre trop blanc tandis que ceux du sol étaient restés nus. L'agent sortit un carnet de sa poche et exécuta un rapide croquis des lieux.

Deux rangées de quatre trous chacune, songea Prentiss, répétées trois fois dans la pièce à vivre. Et rebouchés ! Impossible que ce soit une coïncidence.

Restait à savoir quel était le but poursuivi par les suspects.