Trois heures d'interrogatoire ! Witton avait affreusement pâli lors de son entrée dans la pièce sombre à la vitre sans tain sur un pan de mur. Assise roidement sur la chaise, au milieu de la pièce, elle dardait des yeux furieux sur quiconque osait s'approcher. Définitivement calme. Définitivement maîtresse de ses nerfs.
"Je ne sais toujours rien" répéta-t-elle pour la énième fois.
En face d'elle, Prentiss comprit qu'elle ne pourrait rien en tirer. Après encore quelques questions, quelques pâles éclaircissements, elle quitta la salle pour rejoindre Hotch. Il n'avait pas perdu une miette de la situation et, tantôt il coordonnait les équipes, dispersées sur le terrain, tantôt il étudiait Aurelia Witton. Avec son petit mètre soixante, ses cheveux grisonnants et un début de parkinson, il était impossible qu'elle ait assassiné le juge Oxenbrigg, grand homme bedonnant adepte de la boxe. Pour autant elle ne disait pas tout et Hotch comme Prentiss la soupçonnaient de savoir qui se tramait derrière toute cette histoire.
Prentiss laissa échapper un léger soupir contrit.
" Elle voit les tueurs comme des gens qui ont apporté justice à sa fille. Elle ne dira rien, c'est peine perdue !"
Hotch esquissa un sourire sans joie, un de ceux qui disaient qu'il avait un plan, même si c'était un plan par défaut. Il aurait préféré des aveux, certes, mais ils n'étaient encore pas dans une impasse.
"Je n'espère pas la faire parler. Rossi a appelé, Jackson et Julia Kenneth ont des alibis pour les meurtres d'Oxenbrigg et Baxter…
— Mais il pense qu'ils savent certaines choses sur le meurtre de Sherman ? comprit Prentiss en fronçant les sourcils.
— Certains détails sont troublants. Ils ont été incapables de fournir un alibi solide et se sont contredits. Plusieurs fois. Rossi décrit leur attitude comme celle d'un animal traqué. JJ pense que les tueurs incluent d'une façon ou d'une autre les familles des victimes dans leur quête de justice...ou plutôt de vengeance.
— Que comptent-ils faire ?
— Il ramène les parents ici, nous allons les interroger. 72 heures !
— Et ils vont parler ?
— J'espère mais même si ce n'est pas le cas, nous pouvons utiliser leur détention à notre avantage. Les tueurs pensent agir pour la justice, Prentiss ! Et nous venons de mettre en garde à vue les familles qu'ils pensent avoir défendues ! S'ils sont réellement fidèles à leur vision, à leurs...principes, ils interviendront. Ils viendront défendre les familles. En attendant, nous pourront fouiller leurs domiciles."
Prentiss hocha la tête. C'était bien parce qu'ils n'avaient pas d'autres pistes qu'ils en étaient rendus à tendre un appât à leurs suspects. Ils en étaient à leur troisième jour d'enquête et ils n'avaient aucun suspect sérieux, tout juste la suspicion d'une implication des familles vengées. Pour autant, Hotch espérait ne pas en arriver à une confrontation entre les profileurs et les pseudo-justiciers : avec la fouille des habitations, il avait bon espoir de trouver des indices.
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Lorsqu'ils se retrouvèrent autour d'un dîner à emporter pris sur le pouce, tard ce soir là, seule Garcia avait avancé : elle avait confirmé que les huit juges, procureurs et avocats disparus de manière suspecte correspondaient à la victimologie. Tous les huit avaient relâché ou condamné légèrement quelqu'un qui avait ensuite commis une infraction grave.
De même, outre la victimologie bien définie, le mode opératoire semblait également bien rodé : la victime était approchée par mail avec l'évocation de l'affaire en cause puis amenée à accepter un rendez-vous. De là, elle disparaissait. Les plus prudents des disparus avaient sauvegardé le mail. Le signataire n'existait jamais : faux nom, adresse mail temporaire supprimée sitôt l'appât ferré, même Garcia n'avait pu remonter au responsable. Tantôt il se faisait passer par un journaliste, tantôt par un confrère, tantôt par la famille des victimes initiales.
En l'absence des corps, les profileurs ne purent pas estimer le temps de détention mais au vu des trois cadavres retrouvés, il était relativement court : une semaine, peut-être deux.
Garcia et Reid enquêtaient sur les disparitions non suspectes. Déjà, les deux premières correspondaient à la victimologie. Chacune avait reçu une demande de rendez-vous d'un journaliste peu avant la disparition.
En revanche, ils n'arrivaient pas à établir un profil géographique. Reid avait essayé à plusieurs reprises, sans succès. Sur la carte accrochée au mur, il avait pointé chaque lieu qui pourrait avoir une quelconque utilité dans l'enquête : domicile des familles des victimes, celles de leurs tueurs comme celles des coupables relâchés, lieux de disparitions, lieu de travail...Les couleurs se chevauchaient parfois mais pas toujours. Certaines disparitions se concentraient dans de grandes agglomérations mais pas toutes. La seule conclusion certaine que Reid avait pu établir était que leurs tueurs étaient particulièrement mobiles. Ils frappaient dans tout le pays.
Personne n'était à l'abri.
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A des centaines de kilomètres de là, le shérif Jonhson reçut le message de Morgan. Riche d'une carrière de plus de quatre décennies, il connaissait sa ville sur le bout des doigts. C'était probablement pour ça qu'il ne croyait pas être concerné par l'annonce, bien que quelques maisons aux alentours soient sans occupants.
Plus par désœuvrement que par réelle conviction, le shérif décida d'aller inspecter les lieux. Sur les deux premières, il ne nota rien, hormis les mites qui dévoraient les rideaux en y laissant d'énormes trous. Blasé, il se dirigea vers la dernière habitation désertée, enjamba un large tuyau qui attendait d'être posé depuis des mois et manqua de glisser sur de la boue à moitié gelée. Les travaux de la voirie étaient en bonne voie mais des coûts imprévus et un mauvais temps tenace avaient ralentis les travaux.
Le shérif Jonhson poussa le portail et s'immobilisa. A la différence des deux premiers, il coulissait facilement sur ses gonds. Il inspecta plus précisément l'acier noir. Il y avait bien de la rouille mais certains endroits avaient été graissés. Subitement pris d'appréhension, il se dirigea à pas lent vers la porte d'entrée. La présence de vieux rideaux aux fenêtres, de peinture écaillée sur la porte et de fuites dans le toit ne suffirent pas à le rassurer. Dès l'entrée, il comprit que quelque chose clochait.
L'intérieur était vide. Littéralement vide : ni meuble, ni cloison ni même escalier ! Jonhson fixa bêtement le trou dans le plancher, là où s'était un jour fixé l'escalier. Nul moyen de monter au premier, à présent.
Sur le plafond du vaste espace ainsi dégagé, plusieurs rangées de trous étaient encore visibles. De toute évidence, comme les entailles dans le carrelage n'avaient pu être rebouchées, les responsables avaient laissé le rez-de-chaussée tel quel.
Cette fois, l'espace avait été séparé en trois zones distinctes : la première d'une quarantaine de mètres carrés, la seconde d'une vingtaine, tout en longueur, et la dernière zone d'une dizaine seulement.
Le shérif Jonhson s'avança. Si ses yeux se posaient partout, il lui semblait ne plus rien voir. Sous le coup de l'émotion, comprenant que quelque crime terrible avait été commis dans sa propre ville -sa si paisible ville !- ses jambes se transformèrent en coton et il s'appuya contre un mur porteur.
Enfin, il remarqua le seul escalier encore debout dans cette maison, menant à la cave. Un moment, il hésita à descendre mais, conscient de ne pas pouvoir y échapper, il franchit les quelques mètres le séparant de l'escalier et descendit lentement, chaque marche lui paraissant être une montagne.
Quatre. Quatre corps alignés dans la cave, chacun réduit à l'état de squelette. Pourtant, le costume noir maintenait ensemble les ossements : les os des mains restaient serrés autour d'une balance posée sur les poitrines des morts.
C'en fut trop pour le shérif Jonhson. Il tourna les talons et sortit de la maison.
Je sais, je suis impardonnable, je n'ai pas posté depuis 3 semaines...Je m'en excuse platement. L'absence était pour la bonne cause : après 8 ans d'étude et de formation, j'ai enfin eu mon examen ! Ce qui veut dire que j'ai mes soirées et mes week-ends de libre pour écrire. Ah, plus de révision, de devoirs ou lectures... un véritable bonheur !
Pour compenser les chapitres non postés, je posterai aussi le mercredi.
Bon week-end à tout le monde !
