Morgan eut un mandat en à peine deux heures. L'agent n'eut même pas à défendre son opinion. Pour tous les juges, l'affaire était prioritaire et ils n'étaient pas très regardants, si bien qu'à quatre heures de l'après-midi, les profileurs secondés par deux voitures de police se tenaient devant la maison incriminée.

L'habitation ne sortait pas de l'ordinaire. Tout au plus des mauvaises herbes poussaient-elles dans le jardinet à l'avant. Les rideaux étaient tirés à toutes les fenêtres du rez-de-chaussée et cet indice laissa penser Morgan qu'ils étaient bien au bon endroit. Au vu de la façade, il estima la surface à environ cent-cinquante mètres carrés. Largement suffisant.

En face, dans le parc bruyant, une foule les observait. Avec les voitures garées en travers de la route et les hommes en uniforme et gilet pare-balles qui s'agitaient dans tous les sens, ils donnaient un curieux spectacle. Prentiss se dirigea vers l'arrière de la maison avec un policier tandis que Morgan et Reid se dirigeaient vers la porte d'entrée.

Bien qu'il ne s'attende pas à ce que quelqu'un lui ouvre, il frappa tout de même quatre coups secs contre le PVC noir. Une main posée sur l'arme accrochée à sa ceinture, il était prêt à toute éventualité. Cependant, la porte s'entrouvrit et l'agent montra le mandat.

Après quelques hésitations, comprenant qu'elle était cernée, l'occupante ouvrit largement la porte et s'effaça pour les laisser passer. Les lèvres pincées et une lueur mauvaise dans les yeux, elle se tint en retrait alors que Reid et Morgan faisaient le tour des pièces.

Les deux agents, armes au poing, ouvrirent la première porte. Morgan en eut le souffle coupé. S'il ne se savait pas sur une scène de crime, il se serait cru dans un commissariat prêt à interroger un suspect. La surprise lui fit baisser son glock un bref instant puis il reprit contenance. Tout était trop familier.

En dépit du peu de temps mis pour aménager les lieux, les murs de la salle d'interrogatoire avaient été peints en noir. Sur celui de gauche, la vitre laissait présager que la porte suivante serait celle de la salle d'observation. Au milieu de la salle trônait une table, similaire à celles qu'il avait vu maintes et maintes fois au cours de leurs affaires, une barre en fer entre deux des pieds permettant d'y attacher une paire de menottes.

Morgan et Reid poursuivirent leur progression. Rien dans la salle d'observation n'attira leur attention si ce n'était la caméra derrière la vitre qui capturait tous les mouvements de la salle d'interrogatoire.

Les agents se dirigèrent vers la troisième zone, là où ils savaient être la cellule de détention. Aucune disparition n'avait été déclarée, ils ne s'attendaient donc pas à y trouver quelqu'un. Pourtant, lorsqu'ils ouvrirent la porte en criant « FBI ! », à leur grande stupéfaction, ils découvrirent un homme courbé au fond, assis sur un matelas éliminé. Le prisonnier se redressa vivement en entendant le bruit soudain. Il gardait le dos contre le mur du fond comme s'il craignait que ce ne soit un nouveau tour mesquin de la Ligue. Les sourcils froncés, les lèvres serrées et les bras résolument croisés sur sa poitrine, il dardait un regard provoquant vers les nouveaux venus.

« Si c'est encore un de vos tours, sachez que vous ne me faites pas peur ! » gronda l'homme.

Comme lui montrer leurs plaques d'identification ne marchait pas -après tout, la Ligue aurait pu en falsifier- les agents le firent sortir de la maison, un peu rudement devant l'obstination du captif mais assez délicatement pour ne pas augmenter son nombre d'ecchymoses.

La lumière du soleil fit cligner plusieurs fois la victime, peu habituée à une telle clarté après la lumière trouble de la seule ampoule de la salle de détention. Il lui fallut donc quelques instants avant de se rendre compte des huit agents de police en uniforme et des deux voitures stationnées devant la maison. Déjà, alertés par un sixième sens, des journalistes commençaient à arriver, portant tantôt des caméras, tantôt des micros.

« Nous sommes des agents du FBI, répéta Morgan. Pouvez-vous me donner votre nom pour que nous puissions prévenir votre famille ?

— Douglas Parson. Ces enfoirés me retiennent depuis...Il est quelle heure ?

— Presque treize heures.

— Oh.

— Quand vous ont-ils enlevés ? s'enquit Prentiss.

— Hier vers onze heures du soir, marmonna Parson. Je venais de terminer une audience et je suis allé boire un coup dans un bar. Ils me sont tombés dessus à deux à la sortie. Rien pu faire. »

Reid hocha la tête, compréhensif. Les membres de la Ligue présentaient une forte propension à la violence. Même en un contre un, il n'était pas certain que Parson ait pu leur tenir tête. Néanmoins, si les deux ouvriers n'avaient fait que construire la zone d'interrogatoire et qu'Evan Covert était mort, alors il leur restait encore un suspect à arrêter pour dissoudre cette cellule de la Ligue. Morgan et Prentiss avaient déjà fait le calcul et, pour ne pas tenter le diable en restant sur le perron de la maison, ils s'engouffrèrent dans le SUV en direction du commissariat.


.


Le temps qu'ils arrivent au commissariat, Garcia avait trouvé tout ce qu'il était possible de trouver en quelques minutes. La quarantaine passée, Douglas Parson, procureur dans un tribunal de Dallas, était marié et avait deux enfants. Catholique pratiquant, il allait à la messe tous les dimanches matin avec sa famille. Il avait aussi une tendance à boire trop et ne réservait pas la boisson aux seules soirées post-tribunal. Sa hiérarchie lui avait d'ores et déjà collé un avertissement après qu'il a rencontré l'avocat d'une partie en étant ivre.

« Monsieur Parson, pouvez-vous nous raconter ce qu'il s'est passé ? » s'enquit Prentiss.

Ils étaient confortablement installés dans un bureau du commissariat devant une tasse de café. Prentiss et Morgan faisaient face à Douglas Parson. Ses blessures n'étaient pas sérieuses, bien que les ecchymoses noires et jaunes le long de ses mains et une vilaine coupure nettoyée au niveau de sa trachée lui donnaient un air un peu sauvage. Après le doute qu'il avait manifesté devant la venue des agents du FBI, il arborait à présent un calme déconcertant, proche de l'indolence ou de la négligence.

« Je ne vois pas ce que je pourrais vous dire de plus, déclara-t-il. Les cinglés me sont tombés dessus alors que j'avais bu. Je ne me souviens pas de grand chose.

— Est ce que vous avez reçu un mail à propos d'une de vos vieilles affaires, il y a quelques jours ou quelques semaines pour vous rencontrer ? poursuivit Prentiss. Une affaire qui s'est mal terminée où vous avez relâché un criminel qui a ensuite commis des infractions ?

— J'en ai reçu un, admit calmement Parson. Nellie Ringer. Ça avait fait pas mal de bruit à l'époque… »

Discrètement, Morgan envoya un SMS à Garcia pour avoir d'amples précisions. Il n'aimait pas beaucoup ce Douglas Parson. L'homme ne montrait aucun remord ni regret. Au contraire, il agissait de façon parfaitement détachée, presque de manière sereine. Rapidement, Garcia rappela Morgan. L'agent s'excusa et rejoignit Reid dans la salle principale du commissariat.

« On t'écoute baby girl.

— Douglas Parson fait partie des mauvais juges, débuta prestement l'analyste. Nellie Ringer était une ancienne droguée et prostituée reconvertie dans le proxénétisme, option BDSM à domicile. Oh...Wow...Son site web est toujours actif. Si vous voyez ce qu'elle faisait...Alors là…

— On se concentre ma perle d'or ! lui intima Morgan avec un sourire.

— Oui...Bref, une de ses rencontres s'est mal passée. Elle a envoyé une de ses filles chez un homme connu des services de police pour être extrêmement violent et qui a payé une somme faramineuse. Il a étranglé la prostituée. Nellie Ringer a été accusée d'avoir sciemment risqué la vie de la prostituée et d'avoir essayé de couvrir le meurtre. L'affaire était assez claire, la somme que le client avait remise à Ringer était dix fois supérieure au tarif normal d'une prostituée.

— Quel est le rôle du procureur Parson dans tout ça ?

— Il était ivre lors de la plaidoirie ! s'indigna Garcia. Il a simplement oublié de fournir les relevés de compte au tribunal. Comment peut-on oublier d'invoquer une preuve à charge ? Il n'a même pas été sanctionné ! Enfin si, une obligation de ne plus boire et un blâme...Vu le résultat !

— Baby girl ! intervint Morgan.

— Oui...L'avocat de Ringer en a profité pour invoquer le bénéfice du doute, que tous les clients de prostitués représentaient un risque et que sa cliente n'avait pas conscience que celui ci en particulier était un psychopathe. Ringer s'en est sortie avec une condamnation d'un an seulement. Trois ans après sa relaxe, elle a de nouveau été inquiétée pour avoir livré une de ses filles à un sadique. Elle a été poursuivie et condamnée pour complicité de meurtre. Trente ans de réclusions.

— Merci Garcia. »

Lorsque Morgan raccrocha, une bouffée de colère l'envahit. Non seulement Parson continuait à boire mais en plus il se moquait de ce qui s'était passé ! Parce que Morgan était certain qu'il avait supprimé le mail sans guère y accorder plus de quelques secondes d'attention. Son dédain pour ses vieilles affaires, son absence de culpabilité devant ses erreurs avait forcé à Ligue à l'enlever de manière musclée...et sa propension à boire l'avait fait rester une quinzaine d'heures dans la cellule de détention pour dégriser plutôt que dans la cellule d'interrogatoire.

Avec une pointe de cynisme, Morgan songea que se faire passer à tabac aurait peut-être changé les priorités de Parson. Il se morigéna. Il n'était pas là pour juger ni victimes ni criminels, seulement pour sauver les premières et arrêter les seconds. Le reste ne le concernait pas.

A son tour, Hotch prit son téléphone pour appeler Garcia. Une idée venait de germer dans son esprit et il avait besoin de ses talents d'analyste.

« Temple de la déesse de l'informatique, bien le bonjour à vous !

— Garcia, je ne crois pas que notre tueur ait fait confiance à n'importe qui pour la construction du tribunal, indiqua-t-il. Il doit avoir un lien avec Evan Covert. Est-ce qu'il faisait partie d'une association d'aide aux victimes ?

— Non, je n'ai rien.

— Aucune association ? Aucune rencontre avec d'autres victimes ? Il doit y avoir quelque chose !

— Rien du tout ! regretta l'analyste. Sauf…Attendez…Ah ! Après le procès, Evan Covert achetait beaucoup d'alcool et quand je dis beaucoup c'est plus de deux bouteilles par jour. Il a arrêté du jour au lendemain.

— Il faisait partie des alcooliques anonymes. Bon travail, Garcia. Tu peux trouver de quel groupe ? Notre tueur doit avoir eu une grosse indemnité suite à une erreur judiciaire ou exerce un métier qui lui permet d'avoir beaucoup de temps libre. Essaye de voir si une personne en contact avec Evan Covert correspond à cette description. »

Trouver l'identité des membres d'une cellule des alcooliques anonymes était l'une des tâches les plus difficiles qu'elle ait à faire depuis longtemps. Il n'y avait pas de liste officielle et les membres ne connaissaient pas leurs noms de famille. L'identité des participants était jalousement protégée.

Garcia mit plus de deux heures avant que les informations obtenues ne se croisent. Elle rappela immédiatement son superviseur.

« Monsieur, j'ai quelqu'un ! s'extasia-t-elle. Shay McCall est un ancien alcoolique. Il a fréquenté le groupe de Minneapolis de 1980 à 1985 en tant qu'alcoolique puis en tant que parrain.

— Comment as-tu réussi à le trouver ?

— Lui, je n'ai pas réussi mais Evan Covert a une adresse mail secrète et échangeait des mails. Il ne discute pas directement avec McCall mais il a déjà parlé de lui à un certain Lucas Richards. Or, la fiancée de McCall a été renversée par un chauffard le 23 mai 1978. Elle était enceinte lors de l'accident. Le conducteur est décédé sur le coup. C'était le fils d'un politicien qui avait fait pression sur le procureur pour lui éviter la prison. Il a attaqué l'Etat en justice et a reçu presque deux millions de dollars d'indemnité. Je vous envoie sa photo…tout de suite.

— Voilà notre mobile et le facteur de stress. McCall ne pouvait pas retourner sa colère contre un mort alors il s'est concentré sur un bouc-émissaire.

— Ce n'est pas tout, monsieur. Shay McCall est âgé de cinquante-trois ans mais il est paraplégique. Il n'a pas pu enlever les victimes lui-même. Par contre, Evan Covert a échangé des mails à propos de McCall à un dénommé Oscar Berry. J'ai regardé ses comptes bancaires. Il est sans emploi mais reçoit tous les mois presque deux mille dollars provenant d'un compte bancaire étranger. J'ai mis du temps avant de trouver la source de l'argent. Shay McCall lui verse ces sommes tous les mois sans exception depuis plus de vingt ans. Photos et adresses envoyées sur vos téléphones !

— Bon boulot Garcia. »

Les adresses étaient à Minneapolis, guère éloignées l'une de l'autre. Cela expliquait pourquoi ils avaient eu plusieurs disparitions dans cette zone géographique. Hotch divisa son équipe pour que les profileurs investissent les habitations en même temps. Secondés du SWAT, Rossi, JJ et Reid se dirigèrent vers la maison de Shay McCall. Le domaine était grand et ils devraient faire attention à ne pas se laisser surprendre. Même handicapé, l'homme pouvait résister et leur tirer dessus.

Hotch, Morgan et Prentiss se dirigèrent vers l'appartement loué par Oscar Berry, dans le centre-ville de Minneapolis. Ils y arrivèrent vite sans allumer les gyrophares pour ne pas alerter leur tueur. Inutile de lui mettre la puce à l'oreille alors que l'immeuble était rempli d'habitants. La prise d'otage n'était pas à exclure.

Tous les profileurs connaissaient le profil du suiveur : homme de main, peu éduqué, sadique mais soumis à McCall. Seul ce dernier était un psychopathe. Il avait orchestré les enlèvements et a mise en scène tout en s'entourant de personnalités blessées ou sadiques pour effectuer les basses œuvres qu'il était incapable de faire en personne. En prenant le rôle du juge, il récupérait le pouvoir dont sa condition d'handicapé sans emploi le privait tout en vengeant la mort de sa bien-aimée victime après victime dans un cercle vicieux. Que Berry ne soit pas psychopathe ne le rendait pas moins extrêmement dangereux. L'homme connaissait la prison, il ferait tout pour ne pas y retourner. Pas depuis que McCall lui avait assuré des dizaines d'années d'une vie confortable.

Sur le siège passager du SUV, Morgan observa Hotch à la dérobée.

« Berry va sans doute se suicider par policier interposé, anticipa le profileur.

— Et il a plusieurs armes à feu, regretta Hotch. Si nous ne le prenons pas par surprise, nous allons subir un tir croisé. »

Il gara le véhicule devant l'immeuble où habitait Oscar Berry. Les profileurs n'attendirent pas que le SWAT les rejoigne. Avec deux voitures de police en renfort, Hotch estima leurs forces bien suffisantes pour l'arrêter. Vêtus de gilets pare-balle, leurs armes à la main, ils pénétrèrent dans le bâtiment.

Garcia leur avait fourni un étage et un numéro d'appartement. C'était au troisième ; ils prirent les escaliers. Au fur et à mesure qu'ils gravissaient les marches, les policiers évacuaient tous les civils qu'ils croisaient. Curieusement, tout l'immeuble semblait calme. Peut-être était-ce parce qu'il était jeudi matin et que la plupart d'entre eux travaillaient.

Tandis que les agents se positionnaient de part et d'autre de la porte, Morgan enfonça la porte d'un grand coup d'épaule.

« FBI ! hurla-t-il en entrant dans la pièce. Rendez-vous ! »

Un mouvement perçu du coin de l'œil attira l'attention du profileur. Il eut juste le temps de s'aplatir au sol qu'une balle sifflait près de son visage à l'instant précis où il s'était tenu une seconde avant. Hotch brandit son arme vers l'homme qui leur tirait dessus mais ce dernier s'était déjà échappé dans la pièce suivante. Prentiss tira. Sa balle le toucha à la jambe. L'homme se rattrapa au chambranle de la porte puis la referma derrière lui, se barricadant dans la chambre.

« Saleté ! marmonna Morgan en se relevant.

— Tout va bien ? demanda Hotch.

— Oui, oui. Allons attraper cet enfoiré. »

Berry avait renversé une armoire derrière lui, bloquant la porte menant à la chambre. Les profileurs allaient la défoncer quand Prentiss entendit un cliquettement qui lui était trop familier.

« A couvert ! » hurla-t-elle en plongeant derrière un mur porteur.

Seuls les réflexes des agents leur sauvèrent la vie. Comme ils s'y attendaient, Berry disposait d'un lourd arsenal dont il n'hésita pas à se servir. Armée d'une mitraillette, il tira au travers du fin mur le séparant du salon. Les balles transpercèrent le plâtre avec une facilité déconcertante pour voler dans la pièce adjacente. Grâce à Prentiss, Hotch et Morgan avaient pu se mettre à l'abri assez vite pour ne pas être touchés. Ce n'était pas le cas de tous les agents de police : deux d'entre eux s'effondrèrent.

Hotch pesta. La situation devenait intenable. Il profita d'une accalmie entre les rafales pour bondir près d'un policier et le tirer en arrière. L'homme avait été touché à trois reprises dans le torse, fort heureusement protégé par un gilet pare-balle. Sous la force des coups, il avait sombré dans l'inconscience. L'une des balles avait transpercé le kevlar. Hotch pressa la plaie pour empêcher le policier de perdre tout son sang.

Un policier attrapa l'autre blessé et le tira en arrière. Il ne put rien faire : la balle avait pénétré sur le côté, en dessous du bras, à un endroit où le gilet pare-balle ne le protégeait pas. L'homme mourut en quelques secondes.

Prentiss réagit la première. Dès que les balles cessèrent de siffler au-dessus de sa tête, elle se releva et bondit vers la porte déchiquetée par les impacts. Elle n'alla pas loin : son chargeur changé, Berry recommença à tirer à travers tout. Elle s'aplatit au sol, les mains couvrant sa tête pour se protéger le plus possible. Elle était complètement à découvert, vulnérable comme elle était allongée devant la porte. Par chance, Berry tirait à hauteur d'homme.

« Oscar Berry ! l'interpella Morgan en se tenant prêt. Vous êtes cerné par le FBI et la police. Vous ne pouvez aller nulle part, c'est terminé !

— Vous pouvez encore espérer vous en sortir, ajouta Hotch. N'aggravez pas votre situation ! Vous pouvez tout arrêter ! »

L'homme ne daigna pas répondre. Il visa à nouveau son chargeur et le remplaça par un nouveau. Les murs ressemblaient à présent à un amas informe de plâtre et de bois. Les meubles du salon étaient littéralement explosés. Des éclats de bois volaient sous les coups.

« Nous devons l'arrêter avant qu'il ne détruise tout l'immeuble ! » s'exclama Hotch.

Il laissa le blessé à un collègue, essuya rapidement ses mains sur son pantalon pour enlever le sang et reprit son arme. Il glissa un coup d'œil vers Prentiss qui attendait une occasion.

« Tu penses qu'il en a encore beaucoup ? demanda Morgan.

— Je ne vais pas attendre de le savoir », maugréa le superviseur.

Il se redressa et tira à son tour, profitant des trous béants du mur dans lesquels il pouvait apercevoir la silhouette de leur homme. Hotch ne le toucha pas mais détourna suffisamment son attention pour que Prentiss puisse entrer dans la chambre. Elle se jeta sur lui, arme au poing pour se protéger. Elle lui tira dans l'épaule pour lui faire lâcher son fusil automatique, puis se jeta sur lui pour l'immobiliser.

Rossi s'était précipité à sa suite. Il arriva trop tard pour intervenir : Emily Prentiss avait d'ores et déjà menotté leur homme. Vu les dégâts qu'il avait fait, ce n'était pas superflu, blessures ou non. Les deux profileurs relevèrent Oscar Berry, chacun l'encadrant pour lui faire passer toute envie de continuer son massacre.

« Je vous arrête pour enlèvement, torture et meurtres, gronda Rossi. Vous pouvez demander un avocat. Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous.

— Ainsi que le meurtre d'un agent de police », ajouta Hotch en passant devant lui.

Prentiss grimaça. Elle connaissait les risques du métier pour y avoir été exposée un peu trop souvent. C'était toujours un crève-cœur d'enterrer des collègues. Elle poussa sans ménagement Oscar Berry vers la sortie. L'homme passa devant les policiers qui l'observèrent d'un air peu amène.

« J'espère que Rossi aura eu plus de chance que nous, remarqua Morgan.

— Moi aussi », marmonna Hotch.

Il s'inquiétait toujours pour ses agents, bien qu'il fasse tout pour ne pas le montrer. Les fusillades étaient fréquentes dans leur métier. Ne pas avoir de nouvelles signifiait généralement que tout allait bien. Hotch fit donc ce que son instinct lui disait : il appela Rossi pour s'assurer que l'arrestation de McCall s'était bien passée. Fort heureusement, les profileurs étaient d'ores et déjà au commissariat et l'homme avait été mis en état d'arrestation.

Hotch, Morgan et Prentiss rejoignirent les voitures et rentrèrent au commissariat de Minneapolis. Morgan conduisait le SUV des profileurs tandis que Berry était conduit dans une voiture de police.

« Merde… » râla Morgan.

Devant le commissariat était amassée une immense foule. Les flashs des photographes provoquaient un fort brouhaha et aveuglaient les conducteurs. Les journalistes s'étaient étalés le long des barrières. Ils tendaient leurs micros pour capter les conversations, interpelaient les agents de police et les passants qui approchaient trop près d'eux.

Pire encore, des dizaines de personnes s'étaient rassemblées dans la rue, affichant pancartes et scandant des slogans. Ils soutenaient les membres de la ligue, voyant dans leur action la sanction de juges laxistes incapables de faire leur travail de protection de la société. La manifestation ne durait pas depuis longtemps mais elle grossissait au fur et à mesure que des passants les rejoignaient.

Morgan grimaça. Au volant du SUV, il était bloqué, comme les voitures qui venaient derrière lui. Klaxonner resta vain. Alors qu'il s'énervait de plus en plus, des agents sortirent en force du commissariat pour repousser les manifestants. La route libérée, le profileur rejoignit le parking et gara la voiture derrière le bâtiment. Quand ils sortirent du SUV, les policiers trainaient eux aussi Oscar Berry derrière eux. Ils lui avaient mis une veste sur la tête pour lui épargner les photos dégradantes que les photographes tentaient de capturer. Nul ne s'attarda sur le parking.

Hotch avait espéré clore cette affaire. Avec le responsable emprisonné, son lieutenant mort et son homme de main arrêté, la Ligue devait être à court de personnel, sinon totalement vidée de ses membres.

Pourtant, quand JJ s'avança vers lui, il comprit que les ennuis n'étaient pas terminés.

« Hotch, McCall a publié son manifeste, révéla-t-elle. Nous n'avons pas pu l'arrêter. Dès qu'il nous a entendus, il a publié une vidéo en ligne. »

La jeune femme hésita.

« Avec toutes les personnes abonnées sur son site de vulgarisation judiciaire, McCall avait accès à de nombreuses adresses mails. Il a envoyé sa vidéo à tout le monde. Sans compter les réseaux sociaux. Garcia n'a pas pu l'arrêter. Tout le monde en parle… »

En à peine une demi-heure, la vidéo avait obtenu des dizaines de milliers de vue. Elle en aurait des millions dans les jours suivantes, les profileurs en étaient certains…et ils ne pouvaient rien y faire. Internet échappait à tout contrôle. La vidéo était publiée, remarquée, republiée encore et encore, touchant chaque fois un public plus large.

Les profileurs rejoignirent la salle qui leur était réservée pour prendre connaissance de l'étendue des dégâts. En tant qu'ancien avocat et procureur, le sujet était sensible pour Hotch. L'homme qui avait à cœur d'assurer la justice supportait mal qu'elle soit pervertie par des psychopathes. La tablette trônait au centre de la salle, le lecteur vidéo figé sur la première image du discours de Shay McCall. Il ne s'installa pas dans l'une des six chaises de la salle de conférence. Il resta debout à côté de la table, les mains à plat sur le bois, les sourcils froncés, toute son attention rivée sur l'écran de la tablette.

« Bonjour à tous, commença le visage à découvert de McCall affiché en gros plan sur la vidéo. Si vous entendez ce message, alors la police m'aura arrêté. Voilà leur priorité ! Ont-ils arrêté celui qui a causé la mort de ma fille ? Non ! Les juges libèrent les meurtriers quand ils condamnent les innocents. Combien d'hommes devraient être emprisonnés ? Combien d'enquêtes sont bâclées par des policiers ? Combien d'avocats défendent les indéfendables ?

« Aujourd'hui, ces hommes et femmes de lois ne peuvent plus ignorer la souffrance des victimes. Aujourd'hui, ils ont appris qu'ils étaient responsables. Je cesse le combat mais le combat ne cessera jamais. A vous qui avez souffert, à vous qui réclamez justice pour vos proches, je vous confie la suite. »

Le visage d'Hotch se fit dur. Ils avaient arrêté la cellule mais combien de ces personnes inscrites sur le site allaient reprendre à leur compte la vengeance de McCall ? Pire, ils ne pourraient pas le savoir avant de se retrouver avec des morts. Peut-être que personne ne reprendrait ce flambeau sanglant.

« Nous verrons bien… » marmonna-t-il.

« Il vaut mieux dix coupables en liberté qu'un innocent en prison »

Adage


Fin!

Merci aux lecteurs qui ont suivi cette histoire ! J'espère que la fin vous aura plu.