Euh... hello, hello ! Alors, hum... Que dire ? Je pensais sincèrement réussir à poster la suite de ce two-shot beaucoup plus tôt, mais arf, j'ai eu pas mal de soucis qui se sont accumulés ces derniers temps. J'ai eu énormément de blocages pour finir ce chapitre et avec l'écriture en général. Je suis vraiment désolée d'avoir mis autant de temps à finaliser cette petite histoire. Mais du coup, voici enfin la fin de cet UA ! J'espère que ça vous plaira tout de même !

J'en profite pour répondre aux reviews anonymes du chapitre précédent :

Mio : Merci beaucoup pour ta review ! Je trouve aussi que Serpentard va si bien à Touya :) Merci pour tes compliments, je suis trop contente que cette première partie t'ait plue !

Yoona : Merci pour ton commentaire :) J'adore le DabiHawks, c'est clairement mon ship préféré sur MHA. Ça me fait plaisir que tu aimes le mélange avec Harry Potter ! J'ai adoré écrire sur la relation entre Touya et Tenko, c'est un sacré duo ;) Ton message n'est pas trop long, ne t'en fais pas ! J'ai adoré lire ton avis sur cette première partie ! Un immense merci d'avoir pris le temps de me laisser une review, ça m'a fait hyper plaisir !

Un tout grand merci aussi à Moira-chan pour m'avoir bien soutenue tout au long de l'écriture et de la correction de cette deuxième partie. Merci d'avoir écouté tous mes doutes et d'avoir toujours été là pour moi ! Un immense merci, également, pour ta bêta parfaite ! T'es la meilleure, ne l'oublie jamais :)

Je vous souhaite une très bonne lecture !


Le Serpent & Le Lion

Partie 2

Quelques instants plus tard, Touya entra dans la salle commune des Serpentard. Toujours sur son petit nuage, il ne comprit pas directement la vision qui lui faisait face. Mais lorsque son esprit se fit plus clair, il cligna des yeux, surpris. Impossible... Et pourtant, non, il ne pouvait se tromper... Face à lui et assis bien droit sur l'un des fauteuils en cuir, Kai lisait un manuel de potions, le regard aussi froid que d'habitude. La scène aurait pu être parfaitement banale s'il avait été seul sur ce divan. Mais ce n'était pas le cas... En effet, la tête tranquillement posée sur les genoux de Kai, Tenko finissait visiblement sa nuit. Touya les observa, avec de grands yeux. Alors, c'était vraiment sérieux entre eux ? Merde, c'était trop bizarre. Il croisa ensuite le regard de Kai. Ce dernier afficha un rictus moqueur – que Touya détesta aussitôt – avant de se concentrer à nouveau sur son livre. Touya aurait tant eu envie d'aller secouer Tenko pour lui parler, mais il ne se sentait vraiment pas d'approcher ce... cet étrange duo. Il préférait prendre son mal en patience. Il décida alors de monter chercher ses affaires dans son dortoir, puis il partit à la bibliothèque pour avancer un peu sur ses cours.

Une fois sur place, il remarqua, sans trop de surprise cette fois-ci, qu'il n'y avait quasiment aucun autre élève présent. À vrai dire, une seule étudiante se trouvait à une table près de la fenêtre. Une Serdaigle, bien évidemment. Et une Serdaigle qu'il ne connaissait que trop bien. Touya sourit légèrement, avant de s'approcher de Fuyumi. Sans hésiter, il posa ses affaires à la même table et s'assit en face d'elle.

« Tu es matinal pour un dimanche, se moqua-t-elle gentiment en guise de salutation.

—J'ai pris du retard dans mes devoirs, répondit Touya, l'air de rien.

—Hmm hmm...

—Quoi ?

—Rien, rien, sourit Fuyumi. C'est juste que je t'ai vu de la fenêtre, revenir du parc avec Keigo. »

Elle accentua bizarrement les lettres de son prénom. Touya tenta le tout pour le tout, mais rien à faire, il se mit aussitôt à rougir ! Il ouvrit alors le premier livre qui lui passa sous la main pour se cacher derrière.

« Je ne veux pas en parler. »

Fuyumi rigola, mais n'insista pas, heureusement. Enfin, pas pendant la première demi-heure, en tout cas. Parce que, dès qu'elle eut fini son devoir, elle revint à la charge.

« Keigo est très gentil, fit-elle remarquer. Ça me fait super plaisir que vous commenciez à vous fréquenter.

—Ne raconte pas n'importe quoi.

—Oh, allez Touya ! Tu es amoureux de lui depuis la troisième, au moins ! Et je pense que tu lui plais aussi.

—... Il t'en a parlé ? demanda Touya d'une voix où teintait un horrible espoir.

—Non, mais ça se sent. »

Fuyumi prit un air supérieur qui fit rire Touya. Mais quand même... Il avait du mal à assimiler tout ça. Fuyumi avait-elle raison ? Pouvait-il réellement... y croire ?

« Il veut qu'on se voie après le prochain match de Quidditch », finit-il par lui révéler.

Un large sourire s'afficha sur le visage de Fuyumi, tandis que ses yeux se firent plus pétillants. Elle semblait sincèrement heureuse pour lui.

« Alors, fonce, Touya ! »

Ah... Comme si c'était aussi simple. D'accord, peut-être qu'il lui plaisait, mais... et si Fuyumi et lui avaient mal interprété les signaux ? Et si Keigo avait juste voulu être gentil en complimentant son physique ? Sans parler du fait qu'il y avait encore pas si longtemps que ça, Touya avait été persuadé que Keigo craquait pour Fuyumi. Comment pourrait-il être sûr de lui dans ces conditions ? C'était impossible... Alors, foncer... L'idée même l'angoissait. Parce qu'il ne pourrait pas supporter de voir Keigo se moquer de lui s'il lui avouait son attirance. Touya le voyait déjà rire et- Non ! Il fallait vraiment qu'il se calme, là ! Il inspira longuement et préféra dire ensuite à Fuyumi qu'il ne voulait plus en parler. Sa sœur était adorable, mais elle ne pouvait pas comprendre ses craintes... Heureusement, Fuyumi acquiesça et ils retournèrent tous les deux à leurs études, dans un silence complice.

Touya passa alors plusieurs heures en compagnie de sa soeur pour finir tous ses devoirs. Il rata le repas de midi, mais ça lui allait très bien. Son estomac avait encore du mal à se remettre de ses envolées matinales. En plein milieu de l'après-midi, Touya reprit enfin la direction des cachots. Mais sur le chemin, il croisa Tenko et Kai qui marchaient ensemble, avec, malgré tout, une certaine distance entre eux. Lorsque Tenko l'aperçut, il afficha aussitôt un sourire mauvais.

« Alors, tu as vomi ?

—Désolé de te décevoir, mais non, siffla Touya. Et toi, tu n'as pas trop mal au cou ? »

Tenko le regarda sans comprendre. Touya jeta ensuite un regard à Kai, qui semblait complètement indifférent à tout ce qui l'entourait.

« Laisse tomber, se moqua Touya. Où est-ce que vous alliez ?

—Au parc, répondit Tenko. Viens avec nous, tu nous raconteras le désastre. »

Kai ne dit rien et finit par reprendre sa marche, sans un regard derrière lui. Touya haussa les sourcils face à cette attitude. Mais comme il n'avait rien de mieux à faire, il accepta de suivre Tenko. Ils sortirent alors du château et descendirent jusqu'au lac. Plusieurs autres élèves avaient eu la même idée qu'eux. Touya les trouva tout de suite beaucoup trop bruyants. Heureusement, Kai alla s'asseoir à l'écart, à l'ombre d'un grand arbre. Il ouvrit ensuite son livre et se plongea dedans, sans plus faire attention à eux. Tenko s'accroupit à ses côtés et Touya se mit face à lui. Aussitôt, Tenko retrouva son mauvais sourire.

« Allez, vas-y, balance ! »

Touya inspira profondément, avant de se lancer.

« En fait... Ça s'est plutôt bien passé... Keigo était gentil.

—Quoi, c'est tout ? râla Tenko. Pas de détails embarrassants ?

—Non. »

Touya n'allait certainement pas lui révéler que Keigo l'avait comparé à un ange ou qu'il avait failli tomber en descendant du balai. Il avait un minimum de dignité quand même !

« Je pense qu'il m'aime bien, avoua-t-il en revanche. Il a proposé qu'on se revoie. »

Touya sentit un poids étrange s'installer sur sa poitrine en disant ces mots. Il avait tant envie d'y croire... Mais était-ce seulement possible ? Keigo pouvait-il réellement être attiré par quelqu'un comme lui ?

« T'as dit oui, au moins ? »

Touya hocha la tête et Tenko sourit, amusé.

« Bien. Ton cas n'est pas si désespéré que ça, alors ! »

Touya roula des yeux et finit par s'allonger dans l'herbe. C'était étrange, mais lorsqu'il fermait les yeux, il pouvait encore se sentir dans les airs. Il avait l'impression d'avoir le tournis. Ça aurait dû être une sensation désagréable, mais le souvenir de la chaleur du corps de Keigo... Non ! Mieux valait ne pas laisser son esprit s'aventurer sur ce... sur ce détail. Il rouvrit alors les paupières, bien désireux de rester dans la réalité. En tournant la tête, il aperçut Tenko qui remettait distraitement le gant de Kai. Et ce dernier se laissait faire... Il lui lança même un regard... reconnaissant ? C'était tellement étrange... Depuis que Touya le connaissait, Kai n'avait jamais laissé personne le toucher. Il avait la phobie des microbes. Du moins, c'était ce que Touya en avait déduit. Mais peut-être que c'était plus compliqué que ça.

N'empêche... Si même Tenko réussissait à avancer dans son histoire improbable, Touya devrait avoir une chance, lui aussi... Si seulement... Il inspira profondément. Il avait tellement peur d'y croire, mais il ne pouvait quand même s'empêcher de se demander ce que Keigo voudrait faire avec lui après le match... Ah... il était si stupide d'y accorder autant d'importance... Il allait encore s'en mordre les doigts, à tous les coups... Et pourtant, il savait déjà qu'il ne reculerait pas. Pas cette fois-ci...


Le week-end s'acheva et les cours reprirent de plus belle. Les Serpentard avaient trois matières en commun avec les Gryffondor. Touya les attendaient toutes avec impatience et un peu de crainte aussi. Et si Keigo l'ignorait ? Mais il fut vite rassuré lors de leur premier cours. Car Keigo le salua dès qu'il le vit, affichant même un sourire qui fit complètement fondre Touya. Malheureusement, ils ne purent pas vraiment se parler, leur professeur ne supportant pas le moindre bruit. Au deuxième cours – celui de Potions – Keigo s'installa devant lui avec un clin d'oeil. Ils échangèrent même quelques mots. Keigo se montrait si avenant envers lui, malgré le regard sceptique de sa meilleure amie. Tenko, lui, les trouvait parfaitement ridicules. Ce qui, venant de lui, signifiait quand même beaucoup. Mais Touya s'en moquait. Tout ce qui comptait, c'étaient les papillons qu'il avait dans le ventre.

Il passa alors la semaine sur un petit nuage. Il n'avait clairement pas besoin de grand-chose pour se sentir aussi léger. Mais le meilleur était encore à venir. En effet, lors du cours de divination, Keigo le surprit fortement en venant s'asseoir à sa table. Plus que dépités, leurs amis Tenko et Rumi se jetèrent un regard de dégoût avant de s'installer avec eux, avec réticence. Mais Touya n'y fit pas attention. Tout ce qu'il pouvait voir, c'était le regard charmeur de Keigo. Son cœur se mit à battre à cent à l'heure. Il espérait que personne ne pourrait l'entendre... Il tâcha de se concentrer sur les paroles de leur professeur dans l'espoir vain de se calmer. Aujourd'hui, le cours était consacré aux révisions sur les feuilles de thé. Quelque part, Touya en était soulagé. Au dernier cours, il avait dû analyser ses rêves avec Tenko et, très clairement, il ne voulait pas en faire de même avec Keigo.

Ce dernier, lui, semblait très à l'aise. Il but son thé tranquillement, sans cesser de le regarder. Puis, il échangea sa tasse avec lui et observa les feuilles avec bien trop de sérieux pour être honnête.

« Oh, je vois, finit-il par dire. C'est intéressant... Vraiment très intéressant. »

Touya ne put s'empêcher de hausser les sourcils, amusé. Qu'est-ce que Keigo allait bien pouvoir lui sortir ?

« Je vois un soleil, donc c'est un signe de grand bonheur. Et ça... Hmm, ça ressemble à des ailes. Oui, je suis formel, ce sont des ailes. Et si tu tournes la tasse comme ça... Oui, là, tu vois ça ? Ça signifie qu'un évènement important va t'arriver. Je pense que le message est clair. Le match de Quidditch va être incroyable et après avoir passé un moment avec le meilleur attrapeur du monde, tu seras très heureux ! »

Touya éclata de rire. Son cœur, lui, fit un bond en avant en imaginant ce scénario devenir réalité. Les papillons se remirent à flotter dans son ventre, le faisant se sentir si bien sous le regard de Keigo. Avec un sourire, il regarda ensuite la tasse du Gryffondor, à son tour.

« Le message est très clair, ici aussi, dit-il après quelques secondes.

—Ah bon ? demanda Keigo, tout de suite intéressé.

—Oui. La tasse dit que si tes chevilles continuent d'enfler, tu ne pourras plus voler et tu perdras le match.

—Eh ! »

Keigo fit la moue. C'était déjà la deuxième fois qu'il avait ce genre de réaction en sa présence. Et Touya se sentait complètement défaillir. Il était tellement beau, tellement craquant comme ça...

« N'essaye même pas, Touya, finit par rigoler Keigo. Je vais gagner contre les Serpentard, tu vas voir. Je vais même battre mon propre record et attraper encore plus vite le Vif d'or !

—Tes chevilles, Keigo, tes chevilles... »

Touya lui lança un regard moqueur et Keigo fit semblant d'être vexé. Merde... Il était vraiment adorable. Comment c'était possible ? Touya sentit son coeur battre douloureusement contre sa poitrine. Il aurait tant voulu lui parler et le taquiner, encore et encore. Mais leur professeur reprit la parole, cassant complètement l'ambiance féerique du moment. Il leur fit, en effet, tout un laïus sur leur niveau exécrable à l'approche d'un de leurs examens les plus importants. Touya aurait bien aimé ignorer ses paroles et continuer à se concentrer uniquement sur Keigo, mais l'angoisse remonta en lui. Les BUSE arrivaient à grands pas et... Il n'était pas prêt, il le savait bien...

D'accord, Touya n'avait pas un niveau trop mauvais, il suivait le rythme dans la plupart des cours. Mais ses notes tournaient autour de Acceptable. Et ça avait beau porter ce nom-là, il savait que, pour son père, ce serait tout sauf acceptable. Il allait devoir mettre les bouchées doubles. Une part de lui se demandait quelle tête ferait son père s'il revenait avec plusieurs Optimal. Il serait forcé de reconnaître sa valeur, non ? Peut-être... Ah... Touya ne savait même pas pourquoi il espérait encore quelque chose de lui.

« Eh, ça va ? »

La voix de Keigo le ramena doucement sur terre. Le cours touchait à sa fin, les élèves étaient tous en train de ranger leurs affaires. Tous, sauf Keigo qui ne faisait attention qu'à Touya.

« ... C'est juste que je ne les sens pas, ces examens, finit par avouer ce dernier. Je devrais bosser comme un dingue pour avoir de bonnes notes.

—Tu veux que je t'aide ? proposa aussitôt Keigo. Je suis plutôt bon dans les cours. »

Évidemment. Keigo était doué en tout, n'est-ce pas ?

« Je ne veux pas te déranger, dit Touya. Tu as déjà beaucoup de choses à faire.

—Ça ne me dérange pas du tout, le contredit Keigo. En plus, avec le beau temps, on pourrait s'installer quelque part dans le parc, travailler un peu et puis voler ensemble sur le terrain de Quidditch. Qu'est-ce que tu en penses ? »

Ça commençait à faire beaucoup de planifications, quand même... Touya se sentait perdu. Keigo voulait vraiment se rapprocher de lui, alors ? Malgré tout, Touya gardait certaines réserves. Il se souvenait sans peine de l'admiration que Keigo éprouvait pour son père. Et il ne savait toujours pas à quel point ça pouvait jouer sur leur relation. Mais, pour une fois, il essaya de ne pas trop y penser. Il voulait juste profiter du moment présent. Il hocha alors la tête, tout en rangeant ses propres affaires.

« On pourrait commencer la semaine prochaine, sourit Keigo. Je vais nous faire un planning d'enfer ! Tu vas voir, ça va être super !

—... Merci.

—De rien. »

Le sourire de Keigo était étincelant. Touya se sentit défaillir. Merde, il n'allait vraiment pas tenir le coup, comme ça. Ils sortirent ensuite de la salle. Ils ne se rendaient pas au même endroit. Lorsqu'ils durent se séparer, au bout du couloir, Keigo lui donna un petit coup de coude.

« Bon cours, lui souffla-t-il avec un léger sourire.

—À toi aussi. »

Ils échangèrent un dernier regard, avant que Touya ne parte rejoindre Tenko pour le cours d'Histoire de la magie.

« Vous êtes de plus en plus ridicules, souffla Tenko à voix basse tout en s'installant au fond de la classe. J'ai été obligé de partager ma tasse avec cette foutue Gryffondor ! Je la déteste !

—Ça devait être amusant, se moqua Touya.

—Vous êtes écoeurants, Keigo et toi.

—Pas autant que toi et Kai. »

À la grande satisfaction de Touya, Tenko se mit à rougir.

« Votre relation a l'air d'avoir bien avancé, murmura ensuite Touya tandis que leur professeur commençait le cours en débitant toutes sortes de dates inintéressantes. Je ne savais pas que vous étiez aussi proches.

—... Kai me comprend... »

Et c'était un sacré exploit, de l'avis de Touya. Tenko était très difficile à vivre. Il avait un sale caractère. Il s'énervait vite et manquait de maturité. Mais à chaque fois que Touya le voyait avec Kai, il semblait tellement plus calme et plus apaisé. Franchement, Touya ne savait pas ce qu'il pensait de Kai. Il n'arrivait pas à le cerner. Mais au moins, il faisait du bien à Tenko. Et, dans le fond, c'était tout ce qui comptait.

« C'est une bonne chose, sourit-il alors. Tu vas le présenter à ton père ? »

La tête de Tenko fut hilarante à voir. Il fallait dire que le père de Tenko n'était pas l'homme le plus gentil au monde. De l'avis de Touya, il pouvait même rivaliser avec son propre père. Ayant tous deux des géniteurs horribles, Touya et Tenko ne se privaient pas de s'en moquer et de se lancer des piques à ce sujet. Si une autre personne se permettait une plaisanterie là-dessus, ils le prendraient très mal. Mais venant de l'autre, ils l'acceptaient sans problème. Parce qu'ils étaient sur la même longueur d'onde. Tenko lui envoya malgré tout un coup de coude en le traitant d'idiot. Cependant, le sourire qui s'affichait sur son visage montrait que la phrase de Touya l'avait beaucoup amusé.

Le cours se poursuivit ensuite dans un ennui profond. Heureusement, c'était le dernier de la journée. Et après ça, le temps se mit à passer beaucoup plus rapidement. Jusqu'à ce que, enfin, vendredi arrive. Les cours s'étaient finis tôt et tout le monde n'avait qu'une seule hâte : que le match commence. L'arrivée de l'équipe de Serpentard fut acclamée par toute leur table, lors du repas de midi. Touya applaudit une ou deux fois, peu intéressé. Son regard, en revanche, restait fixé sur la porte de la Grande Salle. Quelques minutes plus tard, Keigo apparut, portant nonchalamment son balai sur l'épaule. Il avait l'air très décontracté. Son entrée fut accompagnée d'une salve d'applaudissements venant des trois autres tables. Pourtant, contre toute attente, Keigo tourna son visage vers les Serpentard, parcourut rapidement la table des yeux, puis trouva ceux de Touya. Il lui sourit alors, avant de lever son pouce vers le haut. Touya secoua la tête, comme s'il n'en avait rien à faire, mais le rouge lui montait déjà aux joues tandis que son cœur se mit à battre furieusement dans sa poitrine.

Heureusement, Tenko ne fit aucun commentaire. Lorsqu'ils eurent fini leur repas, ils descendirent vers le terrain de Quidditch, en compagnie des autres élèves. Bien qu'il soit techniquement censé encourager les Serpentard, Touya espérait que les Gryffondor gagneraient. Keigo le méritait tant. Même si ça n'allait pas aider ses chevilles – déjà bien enflées – à dégonfler.

Un peu tendu, Touya s'installa donc dans les gradins, aux côtés de Tenko. L'ambiance était déjà électrique. Touya inspira profondément. C'était n'importe quoi. Il ne devait pas être aussi stressé. Qu'est-ce qui lui prenait, à la fin ? Ce n'était qu'un match et ce n'était même pas lui qui jouait en plus. Alors pourquoi était-il nerveux ? Enfin, si, il le savait bien. Il espérait tant que tout se passerait bien pour Keigo. Mais c'était ridicule de se mettre dans un état pareil...

Par chance, le match ne tarda pas à débuter. Aussitôt, les cris d'acclamation se firent entendre de toutes parts. Les sifflets aussi. Après le coup d'envoi, les joueurs commencèrent aussitôt à se déplacer en tout sens. Touya n'y comprenait pas grand-chose, mais ça n'avait pas d'importance. Il tâchait surtout de ne pas quitter Keigo des yeux. Il volait avec une telle aisance. Il était si beau à observer. Si semblable à un oiseau. Touya pouvait sans peine entendre les supporters des Gryffondor scander son surnom.

« Hawks ! Hawks ! Hawks ! »

Le coeur de Touya battait fortement en regardant Keigo. Il n'en revenait toujours pas d'être monté sur le même balai que lui. Et en le voyant évoluer dans les airs, il se rendait compte, à nouveau, à quel point Keigo avait fait attention à lui et avait dû se retenir lorsqu'ils s'étaient envolés ensemble. Keigo était totalement dans son élément. Aux yeux de Touya, il n'y avait plus que lui dans le ciel. Il entendait à peine les commentaires sur le match. Il n'y avait que Keigo qui comptait. Celui-ci décrivait plusieurs arcs de cercle tout autour du stade. Puis, sans crier gare, il fonça à toute vitesse dans une direction bien précise. Quelques secondes plus tard, il leva le bras en l'air, mettant ainsi fin au match qui venait à peine de commencer. Un coup de sifflet retentit. Touya ne put entendre les cris de joie des Gryffondor. Autour de lui, il n'y avait que de la colère. Les jurons et les accusations de tricherie fusaient de toutes parts. Mais Touya s'en fichait. Il se sentait tellement soulagé. Keigo avait réussi. Il avait attrapé le Vif d'or si vite ! Son cœur se mit à déborder de bonheur tandis que toute l'équipe de Gryffondor atterrissait dans un grand brouhaha. Les élèves commencèrent ensuite à envahir la pelouse pour leur montrer leur soutien. D'habitude, Touya ne se mêlait pas à eux. Mais, pour une fois, il fit une exception.

Alors, sans même prévenir Tenko, il quitta les gradins et tenta de s'approcher. Il y avait beaucoup de monde autour de lui, Touya avait du mal à atteindre l'équipe de Gryffondor. Heureusement, au bout de quelques minutes, Keigo l'aperçut. Il lui sourit et fendit aisément la foule pour le rejoindre.

« Tu m'as vu ? hurla-t-il, surexcité. Tu m'as vu attraper le Vif d'or ? »

Touya lui sourit et hocha la tête. Comment Keigo pouvait-il en douter ? Évidemment qu'il l'avait vu... Jamais il n'aurait pu le quitter des yeux. Keigo avait l'air si heureux. Il s'approcha de lui et, sans le prévenir, le serra dans ses bras. Touya se figea, surpris. Le corps de Keigo était tout contre le sien, à présent, et... et il ne s'attendait pas du tout à ça ! Comment était-il censé réagir... ? Avant qu'il ne parvienne à retrouver son calme, Keigo s'éloigna un peu de lui. Son sourire illuminait tout son visage.

« Tu as bien joué, Keigo, souffla alors Touya.

—C'est vrai, tu trouves ? »

Comme si Keigo avait besoin d'être rassuré... Mais Touya hocha à nouveau la tête. Keigo semblait aux anges. Il était tellement beau. Bien sûr, il était toujours beau, mais là... Il rayonnait encore plus. Touya avait l'impression que son cœur allait déborder de sa poitrine tant il battait fort.

Puis, sans aucun geste avant-coureur, Keigo lui prit la main et l'éloigna de la foule. Touya le regarda, surpris. Ne voulait-il pas profiter encore avec ses amis ? Visiblement, Keigo s'en moquait. Il l'emmenait même dans une autre direction que le stade de Quidditch. Ils marchèrent ainsi quelques minutes – les yeux de Touya ne quittaient pas leurs doigts entrelacés comme pour se persuader que ce n'était pas un rêve – jusqu'à ce que Keigo s'arrête à la lisière de la forêt. De là, ils entendaient à peine les bruits de la foule, comme s'ils étaient à des kilomètres de distance. Étrangement, malgré leur arrêt, Keigo garda sa main dans la sienne. Elle était si chaude... Les yeux dorés du Gryffondor se posèrent ensuite sur lui. Touya se sentit aussitôt défaillir.

« Je voulais attendre d'avoir gagné le match, commença Keigo d'une voix étrange. C'est peut-être stupide, mais c'était comme une superstition. Si j'arrivais à gagner, je me disais que ce serait plus facile, tu vois ? Et du coup... voilà, je me lance... »

Keigo inspira profondément. Touya sentit sa main trembler un peu dans la sienne, sans qu'il ne comprenne pourquoi. Il se sentait complètement perdu.

« Touya, reprit Keigo, voilà... tu me plais beaucoup ! J'adore trainer avec toi. Je n'ai pas envie de faire semblant ou quoi. Être ami avec toi ne m'intéresse pas. Enfin, si ! Je veux dire, tu serais sûrement un bon ami et tout, mais... Je suis attiré par toi, Touya. Et je... je voudrais plus qu'une amitié avec toi... »

Ses mots eurent le même effet qu'un électrochoc pour Touya. De quoi ? Qu'est-ce qu'il racontait ? C'était... non... C'était n'importe quoi... Impossible... Il ne pouvait quand même pas... Si ? Le cœur de Touya battait si fort contre sa peau qu'il avait l'impression qu'elle allait se déchirer. Mais alors... Il avait bien compris les signaux ? Il pouvait y croire... ? C'était réel ? Vraiment réel ?

« Je... Tu m'attires aussi beaucoup, finit-il par souffler, tout autant angoissé à l'idée de passer à côté de sa chance, qu'à de celle de voir Keigo se moquer de lui.

—Beaucoup, c'est vrai ? Oh, Touya... »

Keigo semblait rayonner de bonheur. Il s'avança vers lui, pris d'une impulsion, puis s'arrêta net dans son mouvement. Il l'observa alors, un peu hésitant.

« Est-ce que... Est-ce que je peux t'embrasser ? »

Touya ne s'attendait pas du tout à cette demande. Il se sentit complètement fondre. Son coeur résonnait fortement contre ses tempes. Il hocha la tête d'un geste raide. Sa gorge se fit sèche. Puis, il regarda Keigo s'approcher de lui. Lentement, mais sûrement. Alors, c'était vraiment en train d'arriver... Touya ferma les yeux lorsque son visage ne fut plus qu'à quelques centimètres du sien. Puis, il sentit ses lèvres se poser sur les siennes. Et ce fut comme une explosion de sentiments. Il n'en revenait pas... C'était réel ! Keigo l'embrassait ! Lui, Touya ! Se laissant porter par l'ivresse de ses émotions, il répondit à son baiser sans hésiter. Leurs lèvres se mirent à se caresser avec tendresse. C'était la première fois que Touya embrassait quelqu'un qu'il aimait et il se sentait si maladroit. Bien sûr, il avait déjà embrassé un autre garçon. Deux ans plus tôt, Tenko et lui avaient échangé un bisou, pour voir ce que ça faisait. Mais ce n'était pas du tout pareil. Tenko n'était pas Keigo. Et Touya voulait tant bien faire ! Être à la hauteur de ce garçon si formidable !

Au bout de quelques minutes, ils se séparèrent, à regret. Leurs yeux se cherchèrent immédiatement. Touya lui offrit un sourire timide, un peu inquiet de sa réaction à venir. Mais Keigo entrelaça leurs doigts, le rassurant sans même s'en rendre compte.

« J'en avais envie depuis si longtemps, lui avoua-t-il alors.

—... J'ai du mal à y croire, souffla Touya avec honnêteté. J'étais persuadé que... que tu t'intéressais à ma soeur. Ou que tu voulais juste te rapprocher de mon père. »

Touya savait qu'il devrait se taire et ne surtout pas aborder la question de son père avec Keigo, mais c'était plus fort que lui... Il fallait qu'il le fasse, évidemment. Et maintenant, en plus ! Alors qu'ils venaient d'échanger leur premier baiser ! Comme s'il prenait un malin plaisir à tout gâcher entre eux deux ! Heureusement, Keigo secoua la tête et lui sourit. Il avait même clairement du mal à se retenir d'éclater de rire.

« Touya, tu... Ha ha, tu es vraiment trop drôle ! Ta soeur est sympa, mais je n'aime pas les filles. Et ton père... Sérieusement, je compte faire mes propres preuves pour attirer son attention ! Je ne passerais jamais par ses enfants pour ça ! Ce serait complètement immoral ! »

Touya fut surpris par la véhémence de ses propos, mais il en fut, également, rassuré. Parce qu'il sentait que Keigo était, à cent pour cent, honnête avec lui. Ce fut comme si un poids s'enlevait de sa poitrine. Le regard de Keigo était si sincère. Et à travers ses yeux, Touya... Il inspira profondément. Tout allait bien... Tout allait bien... Alors pourquoi... pourquoi est-ce que les larmes lui montaient aux yeux ? Il se sentait si stupide. Il détourna le regard, essayant de cacher ses larmes. Mais Keigo les aperçut tout de même et sembla inquiet, en un coup. Il s'approcha alors de lui et posa une main douce sur son bras.

« Touya... Tout va bien ? Qu'est-ce qu'il y a ? J'ai dit quelque chose de mal ? Je suis désolé si c'est le cas... Pardon... Je ne voulais pas te blesser ! »

Ah... Pourquoi fallait-il qu'il se montre aussi avenant ? Touya ne parvenait même pas à lui répondre. Les larmes coulaient à présent pleinement sur ses joues. C'était comme s'il n'avait plus aucun contrôle sur ses émotions. Comme si toute la tristesse qu'il avait accumulée en lui depuis tant d'années osait enfin sortir de son corps.

« Touya... »

Face à lui, Keigo avait l'air de plus en plus hésitant. Touya finit par réussir à secouer la tête et tenta de sécher ses larmes, sans beaucoup de succès.

« Ce n'est rien... Je t'assure... Tout va bien.

—Alors pourquoi est-ce que tu pleures ? lui demanda Keigo, qui semblait un peu perdu.

—... C'est stupide... »

Touya ne savait pas vraiment s'il avait envie de lui en parler. Ils venaient à peine de s'embrasser. Ce n'était pas le moment de lui montrer toute l'étendue des dégâts qu'il y avait chez lui. Mais Keigo prit ses mains dans les siennes et les serra avec une douceur infinie.

« J'en doute... Raconte-moi... »

Pourquoi fallait-il que le regard de Keigo soit aussi chaleureux ? Touya sentait qu'il pourrait se perdre dedans. Et, quelque part, ça lui faisait peur. Parce qu'il ne savait pas s'il pourrait le supporter si... si Keigo finissait par se lasser... Non? Il était ridicule. Complètement ridicule.

« C'est juste que, souffla-t-il d'une voix tremblante d'émotion, je n'ai pas vraiment l'habitude qu'on s'intéresse à moi... C'est tout... »

Toutes ces fois où son père lui avait dit qu'il n'était pas assez... pas assez fort, pas assez intelligent, pas assez robuste... Rien n'avait jamais été bien pour lui. Et sa mère ne s'était jamais montrée très convaincante lorsqu'il avait fallu lui remonter le moral... Montrer sa faiblesse devant Keigo était pathétique... Il allait vraiment le prendre pour quelqu'un de stupide. Pourtant, Keigo ne dit rien et resserra ses mains autour des siennes. Puis, voyant qu'il pouvait aller plus loin, il l'entraina dans une douce étreinte. Touya se laissa alors aller contre lui, s'effondrant presque dans ses bras.

« Désolé... »

Il ne pouvait que s'excuser. S'excuser d'être aussi pathétique. S'excuser de gâcher ce moment pourtant si important. Keigo caressa doucement son dos, sans rien dire. Puis, lorsque Touya se calma, il lui fit relever doucement son visage, sécha ses larmes et l'embrassa avec douceur juste sous les yeux. Touya ne put s'empêcher de trembler.

« Ce n'est rien, sourit alors Keigo. Ne sois jamais désolé de ressentir tes émotions. Elles sont légitimes. Et c'est normal que je m'intéresse à toi. Ne doute plus de ça. D'accord ? »

Touya hocha faiblement la tête. Il se sentait tellement honteux d'avoir craqué comme ça devant Keigo. Mais ce dernier continua à lui sourire tendrement. Ses doigts glissèrent ensuite sur ses paumes pour les caresser.

« Tu ferais mieux de t'y habituer, en plus, reprit Keigo. Parce que je ne compte pas me désintéresser de toi. Je suis désolé, mais je crois bien que tu vas te retrouver coincé avec moi un bon moment. »

Touya ne put s'empêcher de sourire, amusé. Son coeur était encore gros de chagrin, mais les phrases de Keigo lui remontaient vraiment le moral.

« Je ne sais pas si je pourrai te supporter longtemps, répliqua-t-il alors d'une voix qui se voulait assurée. Si tu veux que je reste, tu devrais faire attention à tes chevilles. »

Les yeux de Keigo pétillèrent aussitôt, ravi de voir que Touya reprenait le dessus. Puis, il fit la moue, faisant semblant d'être vexé.

« Je ne suis pas prétentieux, je suis réaliste ! Tu l'as bien vu ! J'ai attrapé le Vif d'or super vite !

—Oui, mais tu n'as pas battu ton record.

—Là, tu pinailles sur des détails, râla Keigo. Je n'en étais pas loin.

—Tu en étais très loin, rigola Touya. Je trouve d'ailleurs ça assez honteux, si tu veux mon avis.

—Quoi ? Très bien ! Alors lors du prochain match, tu verras ! Le coup de sifflet aura à peine eu le temps de retentir que je mettrai déjà fin au match !

—C'est ça, Keigo, c'est ça. »

Touya laissa échapper un petit rire, tandis que Keigo commençait à lui expliquer toute la stratégie qu'il comptait bien mettre en place pour réussir cet exploit. Touya n'écoutait pas vraiment ses paroles. Il ne faisait attention qu'à ses doigts qui serraient toujours les siens.

« ... Tu te sens mieux ? finit par lui demander Keigo, au bout d'un moment.

—Oui... Merci, je... Est-ce qu'on peut faire comme si rien ne s'était passé ? »

Malgré les paroles de Keigo, il se sentait toujours très honteux de sa réaction.

« Tu veux que j'oublie notre baiser ? Là, tu rêves !

—Non, jamais ! Je... »

Touya rougit à ces mots. Keigo était si gentil avec lui... Ce dernier lui donna d'ailleurs un léger coup d'épaule.

« C'est bon, ne t'en fais pas, le rassura-t-il. Je te promets de ne pas te faire pleurer la prochaine fois que je t'embrasserai ! »

Touya roula des yeux, faussement agacé. Mais son cœur s'emballa à cette phrase. Alors, malgré tout... Keigo comptait bien l'embrasser à nouveau... Touya était sur un petit nuage. Ils restèrent ensuite un moment en silence, se tenant juste les mains. Et Touya se sentait... apaisé...

Lorsqu'ils remontèrent vers le château quelques minutes plus tard, il n'y avait plus aucun bruit dans le parc. Tous les élèves avaient déjà quitté le stade. Keigo se savait attendu dans la salle commune des Gryffondor pour fêter leur victoire. Il aurait bien aimé y emmener Touya, mais il ne pouvait pas comme ils n'appartenaient pas à la même maison. Ils s'arrêtèrent alors dans le grand hall.

« On se voit après ? proposa Keigo. Je trouverai bien un moyen de m'échapper, ha ha. Je t'enverrai un hibou, ça te va ?

—D'accord. »

Keigo sourit largement, puis l'embrassa sans hésiter. Touya sentit les papillons flotter plus fort que jamais dans son ventre. Keigo lui lança ensuite un regard victorieux.

« Tu vois, je ne t'ai pas fait pleurer !

—... Idiot... »

Keigo rigola, avant de s'éloigner d'un pas sautillant vers sa salle commune. Touya, lui, rejoignit la sienne, l'esprit dans les nuages. Mais à peine fut-il entré que Tenko lui tomba dessus. Il semblait furieux.

« Qu'est-ce qu'il t'a fait ?!

—Quoi ? »

Touya le regarda sans comprendre. De quoi est-ce que parlait Tenko, à la fin ?

« N'essaye pas de me mentir, siffla Tenko. Je vois bien que tu as pleuré ! »

Oh... Tout s'expliquait... Tenko pensait que Keigo l'avait fait pleurer... Son ami semblait même prêt à aller en découdre avec lui. Touya secoua alors la tête.

« Il ne m'a rien fait. »

Tenko le regarda, soupçonneux.

« Qu'est-ce qui s'est passé, alors ? »

Touya n'avait pas vraiment envie de lui expliquer tout ça au beau milieu de la salle commune. Il lui fit donc signe de monter avec lui dans leur dortoir. À cette heure-ci, il n'y avait personne d'autre qu'eux deux. Touya s'assit ensuite sur son lit et soupira.

« Il m'a embrassé... Il m'a dit qu'il était intéressé par moi... et... je crois que... je me suis senti vivre dans son regard... »

Il n'avait pas besoin d'en dire plus. Tenko comprenait. Lorsque les yeux de Kai s'étaient réellement posés sur lui, ça lui avait fait quelque chose à lui aussi. Se sentir apprécié... Quand on n'en avait pas l'habitude, ça faisait toujours quelque chose... Il se laissa alors tomber sur le matelas, aux côtés de Touya. Il observa ensuite le plafond, l'air ailleurs.

« Il a bien réagi, au moins, lorsqu'il t'a vu pleurer ? grogna-t-il après quelques minutes.

—Oui, sourit Touya. Il veut même qu'on se revoie.

—T'as tiré le gros lot.

—Et de ton côté ? demanda Touya. Comment se comporte Kai avec toi ? »

Tenko ne lui répondit pas tout de suite. Il semblait toujours un peu absent, mais Touya voyait bien qu'il devait se retenir de ne pas sourire.

« Ça va, finit-il par dire sur un ton faussement détaché. Tu connais Kai, c'est un chieur de première, mais ça va.

—Avoue que c'est plus que ça. Je t'ai vu dormir sur ses genoux... »

Tenko se mit à rougir. Il ouvrit la bouche pour parler, mais finit par la refermer. Il secoua ensuite la tête.

« J'étais fatigué, souffla-t-il. Et Kai était là, c'est tout.

—C'est tout, bien sûr.

—Oui, tout à fait ! »

Tenko commençait à s'énerver. Il se redressa du lit et s'éloigna de quelques pas. Mais il s'arrêta juste avant de quitter le dortoir. Tournant le dos à Touya, il reprit alors.

« Il est froid. Mais il arrive toujours à m'apaiser. Je ne sais pas... Je pense qu'on se complète bien. »

Tenko n'ajouta rien et Touya n'insista pas. Il sentait bien que son ami était gêné et il n'avait pas le cœur à l'embêter, pour une fois.

« Tu crois que Keigo et moi, on se complète aussi ? demanda-t-il d'une petite voix.

—Pff, ce qu'il ne faut pas entendre ! »

Tenko se retourna à nouveau vers lui, affichant un sourire mauvais.

« Il est sympa, tu es désagréable. Il a plein d'amis, tu ne connais personne. Il a de l'humour, tu ne sais pas rire. Il est sportif, tu vomis au moindre effort. Il-

—Ça va, j'ai compris ! l'interrompit Touya.

—Tu es sûr ? Parce que je peux encore continuer comme ça un long moment. »

Touya lui envoya un oreiller dans la tronche. Mais il lui revint bien vite en plein visage. Aussitôt, Touya s'en empara et commença à frapper Tenko, qui dut prendre le sien pour se défendre. Ils s'échangèrent des coups pendant quelques minutes, avant que Touya ne finisse au sol, vaincu et essoufflé.

« Ce manque d'endurance est effrayant, se moqua Tenko.

—Rah, ça va ! Laisse-moi juste... reprendre mon souffle... »

Non, d'accord, Tenko avait raison. Il était vraiment nul à ce jeu-là.

« En plus de te faire réviser tes leçons, tu devrais demander des cours de sport privés à Keigo, suggéra Tenko en lui lançant un regard plus que douteux. Je suis sûr qu'il serait partant. »

Touya rougit fortement au sous-entendu de son ami. Eh bien... C'était sûr que... qu'il ne serait pas vraiment contre. Mais ce n'était pas la question ! Il finit par se redresser et s'apprêta à lui lancer une pique sur Kai, lorsqu'un hibou frappa plusieurs fois de son bec sur la fenêtre. Aussitôt, Touya alla lui ouvrir. Le hibou tendit ensuite sa patte vers lui. Touya aperçut le petit bout de papier qui y était accroché. Il prit le mot et remercia l'animal qui s'envola directement. Touya déplia le message sans attendre pour le lire.

" La fête est géniale, je sens que je ne pourrai pas partir de sitôt. Désolé ! On se retrouve demain près du lac ? Je t'y attendrai à onze heures. "

Touya sourit stupidement. Évidemment. Il aurait aimé pouvoir revoir Keigo aujourd'hui, mais c'était plutôt logique qu'il ne puisse pas se libérer. Ce n'était pas grave. Il pouvait attendre demain. Au moins, Keigo l'avait prévenu... Il ne l'avait pas oublié...

« Ton bonheur est gerbant. J'imagine que c'est l'autre idiot ? »

Touya hocha la tête. Il était bien trop content de lire un mot de la part de Keigo pour reprendre Tenko. Il inspira profondément. S'il ne devait pas revoir Keigo aujourd'hui, alors, il ne comptait pas la faire tard. Il fallait qu'il se repose. Les émotions de la journée l'avaient complètement claqué. Il ignora donc Tenko et partit dans la salle de bain. Il se prépara rapidement pour la nuit, puis rejoignit son lit avec délice, remarquant à peine que Tenko était redescendu dans la salle commune. Il était tellement épuisé qu'il s'endormit dès que sa tête toucha son oreiller.

Le lendemain, il se réveilla dans les dix heures, en sursaut. Lorsqu'il vit l'heure qu'il était, il se hâta de se lever et de se préparer. Il ne voulait surtout pas être en retard ! Tenko, lui, dormait toujours à poings fermés. Lorsqu'il fut onze heures, Touya s'avança dans le parc. Il se sentait nerveux et heureux en même temps. Il avait encore du mal à se dire que Keigo l'avait réellement embrassé la veille. Une part de lui avait toujours peur que ce ne soit qu'une illusion ou une moquerie de la part du Gryffondor. C'était stupide... Touya voulait tant lui faire confiance. Seulement, il n'y avait rien à faire. Ses incertitudes ne cessaient de le ronger. Malgré tout, il avait hâte de revoir Keigo. Et cette envie dépassait ses peurs.

Pourtant, lorsqu'il finit par l'apercevoir, il se figea intérieurement. Parce que Keigo n'était pas seul, il était avec ses amis. Touya pouvait entendre d'ici la voix de Rumi. Il se sentit tout de suite mal à l'aise. Ce n'était pas qu'il n'aimait pas cette fille, mais il avait vraiment du mal avec son caractère. Et le fait qu'elle soit aussi proche de Keigo n'arrangeait rien. Touya se sentit déçu. Il avait cru qu'il passerait un moment seul avec Keigo, mais visiblement, ce ne serait pas le cas... Et s'ils étaient là pour se moquer de lui et de ses espoirs ridicules ? Non... Keigo ne lui ferait pas ça... Touya se força à continuer sa marche, un poids alourdissant son estomac à chacun de ses pas. Lorsqu'il ne fut plus qu'à quelques mètres, Keigo le vit et lui sourit. Il lâcha aussitôt Rumi pour le rejoindre. Il lui prit la main et s'approcha de lui en douceur, pour lui laisser le temps de refuser cette approche s'il le voulait. Puis, constatant que ce n'était pas le cas, il posa un doux baiser sur ses lèvres. Touya oublia aussitôt le reste. Ça n'avait plus la moindre importance. Keigo lui lança ensuite un long regard tendre.

« Bonjour Touya, souffla-t-il d'une belle voix. Ça va ?

—Ça va, et toi ? Tu as bien dormi ? »

Il accompagna sa question d'un rictus moqueur. Il voyait bien aux cernes de Keigo que ce dernier avait passé une toute petite nuit. L'attrapeur de Gryffondor soupira d'ailleurs de dépit.

« Ne te moque pas, Touya... Je suis crevé...

—Ouais, mais fallait bien fêter notre victoire sur ces sales serpents ! »

Touya retint une grimace lorsque Rumi apparut à nouveau dans son champ de vision. Mais contrairement à ce qu'il aurait pu croire, cette dernière arborait un grand sourire sincère. Elle semblait juste vouloir le taquiner. Touya essaya de se détendre, même si ce n'était pas simple pour lui. Il aurait vraiment préféré être seul avec Keigo.

« N'attaque pas les Serpentard, Rumi, répliqua ce dernier d'un ton sans appel.

—Pas devant ton chéri, c'est ça ? »

Elle se moqua, avant de lui faire un clin d'oeil. Keigo secoua la tête, puis emmena Touya s'installer avec eux près du lac. Il y avait plusieurs autres Gryffondor déjà présents, mais Touya les connaissait à peine. La plupart était en sixième ou en septième année. Tous lui sourirent, malgré tout, de façon polie. La conversation repartit ensuite de plus belle. Touya n'y faisait pas vraiment attention. Il n'avait jamais aimé être dans un groupe. En plus, au milieu de tous ces Gryffondor, il ne se sentait pas à sa place. Sans parler du fait que la discussion tournait essentiellement autour du Quidditch et qu'il n'y comprenait strictement rien. Heureusement, au bout d'un moment, Keigo finit par se redresser.

« Bon, c'est pas tout ça, mais nous, on va marcher un peu, sourit-il. À plus ! »

Il aida ensuite Touya à se remettre debout, garda sa main dans la sienne et s'éloigna d'un pas tranquille. Lorsqu'ils furent assez loin pour ne pas être entendus, il reprit la parole.

« Je suis désolé. J'aurais dû me douter que tu ne serais pas à l'aise avec eux.

—... Ce n'est rien. Ce sont tes amis, après tout.

—Oui, sourit Keigo. Et tu sais, ils sont sympas. J'aimerais bien que vous appreniez à vous connaitre. »

Touya se contenta de hocher la tête. Il pouvait comprendre l'envie de Keigo, mais ça ne l'enchantait pas. Il n'était clairement pas social et ce n'était pas aujourd'hui qu'il allait commencer à l'être. Mais peut-être que pour Keigo, il pourrait faire un effort...

Ils marchèrent un moment en silence, profitant juste des bruits qu'ils pouvaient entendre au loin. Sans vraiment le vouloir, ils se dirigeaient vers la grande stèle qui rendait hommage à tous les combattants de la grande guerre. Keigo s'arrêta devant et la fixa d'un air pensif.

« Parfois, j'ai du mal à croire à cette histoire, avoua-t-il au bout d'un moment. Il y a eu tant de morts et même des personnes plus jeunes que nous... Tu ne te demandes jamais ce que tu aurais fait à leur place ? »

Touya le regarda, un peu surpris. Il ne s'attendait pas à cette question. À vrai dire, il n'avait jamais beaucoup réfléchi à tout ça... Qu'aurait-il fait ? Probablement que son nom ne serait pas resté dans l'histoire. Se battre... Il n'en aurait peut-être pas été capable. Il aurait aimé croire le contraire, mais qui pouvait savoir comment il aurait réagi dans de telles circonstances ?

« Et toi ? demanda-t-il alors sans lui répondre.

—J'espère que j'aurais risqué ma vie pour protéger mes convictions. »

Keigo ne se montrait pas affirmatif non plus. Pourtant, Touya, lui, était sûr qu'il aurait été du bon côté. Keigo était comme ça, Touya pouvait le sentir. Il était un héros.

« Mais avec un peu de chance, on n'aura jamais à le savoir, sourit Keigo. Désolé, je ne voulais pas te troubler. »

Touya secoua la tête, pour lui signifier que ce n'était rien. Il observa ensuite la stèle, songeur.

« Mon père, lui, est courageux, finit-il par lui dire. Il se serait battu, à coup sûr. Il a beaucoup de défauts, mais il n'est pas lâche. Pour lui, je ne suis qu'une déception. Je ne sais pas comment le rendre fier... »

Keigo resta silencieux, surpris par ses paroles. Il ne s'attendait pas à ce genre de confession... Il attendit de voir si Touya allait poursuivre.

« C'est stupide, souffla ce dernier. Je lui en veux tellement. Je ne devrais plus rien attendre de notre relation. Mais pourtant j'y pense souvent et... Je ne serai jamais à la hauteur, mais peut-être que... si au moins, j'arrive à avoir mes BUSE, peut-être qu'il me verra autrement. »

Touya se sentait de plus en plus ridicule. Quelle valeur avait ce genre de résultat par rapport aux faits concrets de la guerre ? Absolument rien. Et pourtant, c'était tout ce qu'il pouvait faire.

« Tu les auras toutes ! s'exclama Keigo. N'oublie pas que je vais te faire un super programme de révision. Tu vas voir, on va tout déchirer. On se retrouvera à la bibliothèque tous les jours après les cours. Tu vas y arriver !

—Non, je... je ne veux pas que tu perdes trop de temps avec moi non plus.

—Ne t'en fais pas ! Je t'ai dit que ça ne me dérangeait pas et je le pense toujours. En plus, ça m'aidera à réviser en même temps. »

Keigo afficha un beau sourire sur son visage. Touya se sentit défaillir. Pourquoi fallait-il que l'autre garçon soit aussi craquant ? Il roula alors des yeux pour masquer son embarras.

« Bien, finit-il par répondre. Si tu es sûr que ça ne te dérange pas, alors... alors, je veux bien. »

Le regard de Keigo se fit plus pétillant. Touya se sentait pousser des ailes. Être regardé comme ça, c'était... c'était inespéré pour quelqu'un comme lui. Mais... Au plus profond de son esprit, il ne pouvait s'empêcher de se demander si Keigo lançait ce genre de regard à toutes les personnes qu'il appréciait ou si c'était juste pour lui... Mais, tandis que l'incertitude s'emparait à nouveau de son coeur, Keigo serra sa main avec douceur.

« Je vais bien te faire réviser, tu verras ! Tu peux me faire confiance ! »


Keigo ne lui avait pas menti. Dans les semaines qui suivirent, Touya révisa bien plus qu'il ne l'avait jamais fait au cours de ces cinq dernières années. En semaine, il retrouvait Keigo à la bibliothèque à chaque fin de journée, tandis que le week-end, il le rejoignait près du lac. En toute honnêteté, Touya avait un peu du mal à suivre le rythme – même pour étudier, Keigo allait plus vite que tout le monde – mais ce dernier se montrait d'une patience infinie.

Ce jour-là, encore, Keigo était assis dans l'herbe tout en lui réexpliquant le principe du sortilège de locomotion pour la deuxième fois.

« C'est très simple, concentre-toi juste sur l'objet que tu veux faire bouger et puis... »

D'un coup de baguette, il lança la formule. Sans surprise, le livre posé à terre se mit aussitôt à bouger. Keigo donnait l'impression que c'était si simple. Mais Touya, lui, avait nettement plus de mal.

« Essaye », l'encouragea Keigo.

Touya hocha la tête avant de prononcer la formule à son tour. Mais son propre livre ne fit que quelques pas avant de s'effondrer sur lui-même, comme s'il était épuisé.

« Ce n'est pas grave, le rassura aussitôt le jeune Gryffondor. Tu dois juste faire le geste de façon un peu plus énergique. Attends, je vais te montrer. »

D'un mouvement naturel, il se releva pour s'accroupir dans son dos. Il mit ensuite sa main sur la sienne. Touya se sentit rougir. Il pouvait sentir toute la chaleur de sa peau et c'était... c'était vraiment agréable. Keigo lui fit alors faire le mouvement un peu plus vite que ce dont il avait l'habitude. Son livre se remit à bouger et partit vagabonder vers le livre de Keigo.

« Ah, tu vois, sourit ce dernier. Tu en es tout à fait capable. »

Touya ne répondit pas. La confiance que Keigo plaçait en lui lui semblait démesurée. Il n'avait pas l'impression qu'il méritait autant son attention. Combien de temps faudrait-il à Keigo pour se rendre compte que Touya n'était pas à la hauteur et-

Keigo stoppa net ses pensées en posant ses lèvres sur les siennes. Touya oublia bien vite ses sombres réflexions pour répondre à son baiser. Il aimait tellement ça... Toutes ces marques d'affection que lui donnait Keigo, ça le faisait vriller. Les lèvres du Gryffondor étaient si douces. Touya pouvait sentir sa main se glisser dans ses cheveux. La tension quitta lentement son corps. Il était juste... bien, comme ça. Si seulement ça pouvait durer pour l'éternité... Mais Keigo finit par s'éloigner, lui lançant un regard flamboyant.

« Je suis sûr que tu vas tout déchirer à l'examen !

—... Mais si ce n'était pas le cas ? demanda Touya d'une voix faible.

—D'abord, n'oublie pas que j'ai toujours raison ! Ensuite, si par le plus grand des hasards, tu ne devais obtenir qu'un E au lieu d'un O, je serais quand même très fier de toi. »

Son regard plein de conviction fit presque dérailler le coeur de Touya. Il détourna alors les yeux. Il posa ensuite lentement sa tête sur le torse de Keigo.

« ... Merci, murmura-t-il... Merci de croire en moi... »

Il se maudit en remarquant que sa voix tremblait. Il était si faible, si ridicule ! Heureusement, Keigo fit comme s'il ne s'en était pas rendu compte. À la place, il s'installa plus confortablement sur l'herbe, permettant ainsi à Touya de mieux se mettre contre lui. Il l'entoura ensuite de ses bras.

« C'est normal. J'aimerais bien que mon petit serpent préféré puisse se voir comme moi je le vois. »

Touya ne répondit pas. Ce genre de phrase, c'était trop pour lui... Il n'avait tellement pas l'habitude qu'on lui parle comme ça. Keigo était vraiment quelqu'un d'incroyable. Il arrivait à voir le côté positif en chacun. Et il avait cette aura lumineuse qui donnait l'impression à Touya qu'il pourrait être n'importe qui à ses côtés. Mais... Mais malgré les mots de Keigo, Touya ne pouvait s'empêcher de douter. Parce qu'il avait déjà connu ça. Il avait déjà été porté aux nues par quelqu'un d'autre avant que... avant que tout ne s'effondre.

Touya frissonna en y repensant. Il n'aimait pas songer à son enfance, mais les souvenirs finissaient toujours par se réimposer à son esprit. Tous ces moments où son père croyait encore en lui. Avant qu'il ne se rende compte qu'il ne serait pas à la hauteur. Touya avait alors été purement et simplement mis de côté. Son père ne l'avait plus jamais regardé. Aujourd'hui encore, c'était à peine s'il lui adressait la parole. Toute son attention était uniquement tournée vers Shoto. Touya avait eu tellement de mal à se remettre de cet abandon. Non, c'était faux. Il ne s'en était pas encore remis et il doutait fort d'y arriver un jour. Mais une chose était sûre, il ne pourrait jamais supporter d'être abandonné à nouveau.

Bien sûr, Keigo était différent. Touya voulait tant croire qu'il ne lui ferait jamais subir ça. Qu'avec lui, Touya n'avait pas besoin d'être à la hauteur de quoi que ce soit. Mais cette angoisse ne le lâchait pas. Parce qu'il ne parvenait pas à être sûr des sentiments de Keigo. Après tout, ce dernier était très populaire. Il se montrait chaleureux avec tout le monde. Alors peut-être qu'il voulait juste s'amuser avec lui parce qu'il le trouvait mignon. Mais ça ne voulait pas dire pour autant qu'il était amoureux de lui. Ni même qu'ils étaient en couple... Et s'il jouait avec lui ? Non... Rationnellement, Touya savait qu'il se prenait trop la tête. Mais il avait vraiment du mal à s'arrêter. Ce n'était pas possible. Si seulement il y avait un interrupteur dans sa tête pour lui permettre d'éteindre toutes ces sales pensées...

Il inspira profondément. Comme s'il sentait que son esprit s'égarait dans de mauvais endroits, Keigo resserra son étreinte autour de lui. Ses doigts se glissèrent à nouveau dans ses cheveux. Puis, il posa un doux baiser sur sa tempe. Touya sentit ses épaules s'affaisser. Plus rien ne comptait autour de lui. Il ne faisait pas attention aux autres élèves qui jetaient, de temps à autre, des regards curieux dans leur direction. Il n'y avait plus que Keigo qui existait. Et dans ce genre de moment... Dans ce genre de moment, Touya voulait tant y croire. Croire que lui aussi pouvait être aimé...


Dans les jours qui suivirent, Touya fit donc de son mieux pour calmer ses angoisses et écouter les conseils de Keigo. Même s'il était toujours trop lent à son goût, il ne pouvait pas nier, pour autant, qu'il faisait de gros progrès. Grâce à lui, il stressait un peu moins à l'approche des examens. Bon... Juste un peu. Mais c'était toujours ça de pris. En plus, c'était si plaisant de passer tout ce temps avec Keigo. Il se sentait encore sur son petit nuage lorsqu'il revint dans sa salle commune, ce soir-là. Le goût des lèvres de Keigo toujours sur les siennes, il murmura le mot de passe d'un air distrait. Sans vraiment regarder autour de lui, il se dirigea directement vers le dortoir. Il était épuisé.

« Ah, t'es là, toi ? l'accueillit alors la voix de Tenko. Je ne te vois plus ces derniers temps.

—Je révisais avec Keigo, lui répondit Touya tout en se dirigeant vers sa malle pour se changer.

—Ouais, ouais. Comme d'hab. Vous savez que vous êtes répugnants ? T'as l'air d'un imbécile heureux à chaque fois qu'il t'embrasse ! »

Touya rougit légèrement en entendant ces mots.

« Ferme-la ! Si tu te crois mieux avec ton Kai ! »

Bon, en vérité, il lançait cette phrase un peu au hasard. Ces dernières semaines, il était tellement pris dans sa relation avec Keigo qu'il n'avait même pas fait attention à Tenko. Il s'en voulut dès qu'il s'en rendit compte. Il releva la tête après avoir pris son pyjama, prêt à s'excuser, mais il remarqua alors que Tenko était étrangement silencieux. Et qu'il l'évitait du regard. Ce qui arrivait plutôt rarement.

« Euh... ça va ?

—Bien sûr que ça va ! s'énerva aussitôt Tenko. Qu'est-ce que tu crois ?! J'en ai rien à faire que tu traines tellement avec cet imbécile de Gryffondor que tu n'as rien remarqué ! Je savais que t'étais du genre à être encore plus bête que d'habitude une fois en couple ! »

Touya fronça les sourcils. Mais il préféra ne pas surenchérir. Il savait que Tenko n'avait pas entièrement tort, sur ce coup-là. Il n'avait pas été à la hauteur de leur amitié, ces derniers temps. Il s'approcha alors de lui.

« Désolé, Tenko... C'est vrai que je n'ai pas été très présent... »

Tenko tourna son regard vers lui et pouffa, l'air moqueur.

« C'est trop facile de te faire culpabiliser. Ressaisis-toi, mec ! »

Touya leva les yeux au ciel. Évidemment, c'était typique de Tenko de casser ce genre de moment.

« Et donc, demanda Touya, qu'est-ce que je n'ai pas remarqué ? »

Les joues de Tenko se réchauffèrent à vue d'oeil. Ce fut au tour de Touya de sourire d'un air moqueur.

« Kai m'a demandé de sortir avec lui... »

La voix de Tenko était si basse que Touya eut de la peine à l'entendre. Mais lorsqu'il réalisa ce qu'il avait dit, ses yeux s'ouvrirent en grand. Non... Pas possible... Touya poussa Tenko sur son lit avant de le rejoindre pour sauter sur le matelas, surexcité.

« Mais pourquoi tu ne me l'as pas dit avant ?! Comment ça s'est passé ? Tu ne lui as pas fait avaler un philtre d'amour, au moins ?

—Bien sûr que non, gronda Tenko qui souriait malgré tout. Il me l'a demandé un soir, quand on rentrait tous les deux à la salle commune.

—Mais c'est trop bien ! »

Touya lui prit les mains pour qu'ils sautent ensemble sur le lit. Leurs rires s'élevaient dans les airs. Touya n'en revenait pas ! Dire qu'il y a peu de temps, il pensait que leurs histoires n'avaient aucune chance d'aboutir. Et maintenant... Ha ha ha, maintenant, ils en étaient là ! Touya avait tant envie de rire et de sauter toute la nuit, mais son horrible condition physique le rattrapa rapidement. Sous le regard dépité de Tenko, Touya finit par s'accroupir à côté du lit, respirant fortement pour s'empêcher de vomir.

« Tu fais vraiment pitié, commenta Tenko.

—... Je... Laisse-moi juste une minute... »

Touya prit un moment pour calmer son estomac, qui n'avait clairement pas aimé tous ces sauts. Puis, il se laissa tomber aux côtés de Tenko qui était allongé de tout son long. Ce dernier le regarda avec malice, avant de reprendre un air sérieux.

« N'empêche... Tu sais ce que ça veut dire ?

—Qu'on a enfin ce qu'on voulait tous les deux ?

—Non, gronda Tenko. Enfin si, mais la question n'est pas là ! Aucun de nous deux n'a été foutu de remporter notre pari ! »

Touya fronça les sourcils. De quoi est-ce qu'il parlait au ju- Ah oui ! Le fameux pari ! Touya avait fini par complètement l'oublier. Et pourtant, avec le recul, c'était ce qui avait tout lancé. Le fait qu'il se soit assis juste derrière Keigo en cours de Potions, le fait qu'il ait été seul à Pré-au-Lard tandis que Tenko avait son rendez-vous et qu'il ait pu, du coup, passer un moment avec Keigo. Si Tenko ne l'avait pas poussé... Non, Touya n'avait pas envie d'y penser. Mais... Effectivement, ils avaient parié pour voir qui serait le premier à se déclarer. Et, techniquement, c'était Keigo et Kai qui avaient fait le premier pas. En le réalisant, Touya éclata de rire.

« On est vraiment des cas désespérés, c'est pas possible !

—Surtout toi, souligna Tenko.

—Évidemment... Mais, pour une fois que tu ne me bats pas, je ne vais pas m'en plaindre. »

Touya lui sourit doucement. Il ne comptait plus le nombre de paris qu'il avait lamentablement perdus face à lui. Ici, au moins, ils avaient tous les deux perdu. Même si, paradoxalement, ils avaient surtout tout gagné.

« Je suis content pour toi, chuchota-t-il ensuite. Tu le mérites.

—... Tu crois ? lui demanda Tenko après un moment de silence.

—Bien sûr ! N'en doute jamais, d'accord ? »

Tenko ne lui répondit pas. Touya savait bien ce qu'il devait ressentir. Ils étaient pareils, tous les deux, après tout. C'était si dur d'y croire, de penser qu'eux aussi méritaient d'être heureux quand ils avaient tant été rabaissés dans leur enfance.

« ... Tu n'as jamais peur ? relança Tenko, sans le regarder.

—... Tout le temps. »

Toujours en évitant ses yeux, Tenko prit sa main et la serra. Ils restèrent alors en silence un moment, allongés sur le lit de ce dernier. Pourquoi... Pourquoi fallait-il que ce soit aussi compliqué d'accepter un bonheur qui semblait si simple pour les autres ? Mais cette question, Touya le savait, resterait à jamais sans réponse...


Le temps était superbe, même si Touya avait du mal à en profiter. C'était déjà le dernier week-end avant les examens. La plupart des cinquième année s'abonnaient aux révisions de dernière minute, mais Keigo, lui, trouvait plus judicieux d'aller à Pré-au-Lard. Puisque c'était un rendez-vous pris depuis un moment, Touya ne se voyait pas refuser de l'accompagner, mais ça le stressait quand même de passer une partie de la journée à trainer au village plutôt qu'à étudier.

« Ne t'en fais pas, lui sourit Keigo tout en lui prenant la main sur le chemin de l'aller. Si tu passes trop de temps dans tes bouquins, ce sera contre-productif. Tu es prêt et ton cerveau a bien besoin de souffler un peu. Tu pourras toujours réviser demain. »

Sans doute, mais c'était quand même difficile de ne pas s'angoisser. Malgré tout, Touya se força à acquiescer. Il suivit ensuite Keigo jusqu'à Pré-au-Lard. Ce dernier l'emmena chez Zonko, avant de lui proposer d'aller se poser dans un petit salon de thé sympa. Touya ne put s'empêcher de se demander si c'était là qu'il était également allé avec Tensei. Une fois à l'intérieur, ils choisirent une table éloignée des fenêtres et s'assirent tous les deux sur la banquette, côte à côte. Keigo reprit sa main, caressant doucement sa paume.

« Détends-toi, souffla-t-il. Je t'assure, tout se passera très bien.

—... Et si ce n'était pas le cas ? Si je me plantais complètement à chaque examen ou... pire... Si je n'avais que des O, mais que ça ne suffisait quand même pas pour que mon père me voie... ? »

Touya détesta aussitôt la fragilité qu'il entendit dans sa voix. Il était vraiment pathétique. Pourtant, Keigo ne se moqua pas de lui. Au contraire, il resserra sa prise sur sa main.

« Tu ne vas pas te planter ! Et si ça ne suffit pas à ton père, alors c'est que c'est un idiot fini. C'est lui qui n'est pas digne d'être ton père, lui qui n'est pas à la hauteur ! »

Les mots de Keigo firent vriller le coeur de Touya. Avait-il réellement bien entendu ? Keigo... Keigo qui admirait tant son père... lui disait que c'était lui qui n'était pas à la hauteur ?

« ... Tu le penses vraiment ? murmura-t-il.

—Évidemment ! J'admire sa carrière, mais je ne l'admire certainement pas en tant que père. »

Touya baissa les yeux, un instant. En dehors de Tenko, personne n'avait jamais eu l'air de le croire lorsqu'il parlait des agissements de son père. Personne n'avait même jamais pensé que son comportement envers son fils n'était pas normal. Mais Keigo, qui en était pourtant un fan, n'avait jamais remis en cause sa parole. Il prenait même sa défense et ça... ça, ça lui faisait bien plus de bien qu'il n'aurait pu l'imaginer.

« Eh, Touya... »

La voix douce de Keigo lui fit relever la tête. Il croisa alors son regard si pétillant. Keigo passa ensuite ses doigts sur ses joues avec une tendresse infinie.

« Il y a quelque chose que je veux te dire depuis longtemps... »

Il mordit sa lèvre, un peu nerveux, avant de continuer.

« Je t'aime. »

Touya ouvrit grand les yeux. Son coeur se mit à battre furieusement dans sa poitrine. Quoi... ? C'était... Mais... Sans même qu'il ne se rende compte, les larmes remplirent son regard. Il ne se souvenait même pas de la dernière fois qu'on lui avait dit ces mots... Et maintenant... maintenant, Keigo les prononçait. Il les prononçait réellement... pour lui...

« Tu n'es pas obligé de me répondre ! s'agita alors Keigo face à son silence. Mais je tenais à ce que tu le saches. C'est tout... Ah, ne pleure pas ! Je suis désolé...

—Non ! Non... Ne sois pas désolé ! Je... Je t'aime aussi, Keigo. Bien sûr que je t'aime ! »

Il rigola doucement, alors que les larmes se mettaient à couler sur ses joues. Il était aimé... Enfin... après tout ce temps, quelqu'un l'aimait... Mieux encore, Keigo l'aimait... Sans hésiter, Touya se pencha vers lui pour l'embrasser. Aussitôt, Keigo répondit à son baiser. Il passa ensuite ses bras autour de son corps, l'amenant tout contre lui. Touya était si bien. Lorsque leur baiser prit fin, Touya posa sa tête contre son épaule, profitant de cette étreinte. Elle était si chaleureuse qu'il avait presque l'impression que Keigo l'entourait d'ailes immenses au lieu de simples bras. Il frissonna. Il se sentait en sécurité. Le Je t'aime de Keigo résonnait encore dans ses oreilles. Et ces mots semblaient plus forts que ses foutues incertitudes. Touya n'avait jamais réalisé le poids énorme que cette phrase pouvait avoir. Il n'avait jamais réalisé non plus à quel point il était désespéré de l'entendre à son égard...

« Ça va aller, lui murmura Keigo. Je te le promets. »

Pour la première fois de sa vie, Touya abaissa ses barrières pour simplement le croire. Oui... Il ne savait pas comment ses examens allaient se dérouler. Il ne savait pas non plus comment son père allait le traiter après ça. Mais... Mais, même s'il avait peur, il savait que Keigo serait là. Quoi qu'il puisse se passer, Keigo ne l'abandonnerait pas, lui. Il l'aimait... Et même si Touya était terrifié à l'idée de lui faire confiance, il décida, malgré tout, de lâcher prise. Jamais de toute sa vie il ne s'était senti aussi heureux qu'en ce moment même.

Et, peut-être que, cette fois-ci, c'était à son tour d'avoir droit à une fin heureuse...


Et voilà, cet UA est terminé. J'espère de tout coeur que ça vous a plu ! N'hésitez pas à me laisser votre avis. D'ailleurs, le recueil en lui-même reste ouvert. Donc, si vous avez des envies spécifices d'histoires, je suis ouverte à toute demande, tant que c'est du DabiHawks ;)

À bientôt j'espère et merci d'avoir lu cette histoire :)