Chapitre 4 : My Dad Is Rich

Etais-je vraiment censée épouser un mec aussi tordu que ça ?

Il fallait bien que je m'avoue que oui. Et vu le spécimen, cela n'allait pas être la plus simple des taches que j'aie eu à faire.

Les jours s'écoulèrent, entrainant leur lassitude inlassable aux rythmes des sorties diverses et des repas 'mondains'. J'y rencontrais mes cousines, deux sœurs qui ne se ressemblaient pas le moins du monde. L'une était blonde à l'air un peu hautain mais fragile. L'autre avait les cheveux aussi noirs que son regard. Elle faisait même franchement peur, son charisme était intimidant et j'avais l'horrible impression de n'être qu'un enfant apeuré lorsque je la regardais. En bref, j'étais plus que heureuse de savoir que ce n'était pas avec eux que je résidais. La Black en chef était déjà assez flippante, mais le fait de vivre avec sa nièce aurait été encore pire.

Nous n'avons reçu aucune nouvelle de Sirius, et plus le mois passait, plus je m'inquiétais. J'espérais encore, me disant qu'il aurait peut-être un semblant de jugeote. Mais rien. Rien du tout. A part que nous avions eu la confirmation qu'il vivait bien chez son pote, le dénommé Potter. Je ne le connaissais peut-être pas encore, mais je ne l'aimais déjà pas beaucoup.

Je ne comprenais pas pourquoi il voulait autant se défaire de l'autorité de ses parents. Je ne comprenais pas comment il avait fait. Je ne comprenais rien à son choix. N'était-ce pas son rôle en tant qu'enfant de faire tout ce que ses parents lui disaient de faire ? Bien sûr que si ! Il m'était impensable à l'époque qu'il était possible de faire ses propres choix. Si j'avais su que c'était justement l'un de ces choix qui me mènerait à la mort... C'est l'une des plus grosses ironies de ma vie. J'ai désobéi pour survivre et je me suis retrouvée morte plus rapidement que je ne l'aurais cru.

J'envoyais régulièrement des lettres à mes amies, me désespérant sans cesse du fait de ne jamais plus les revoir. Elles me disaient que je leur manquais, qu'elles essaieraient de venir me voir dès qu'elle le pourraient. Je ne les croyais pas. Et elles ne vinrent pas. Je n'avais jamais eu la prétention de penser que j'étais irremplaçable, mais j'avais au moins espéré ne pas être qu'une passade qu'on oublie au bout de trois semaines.

Juillet s'évanouit pour laisser place au mois d'Août. Les jours étaient plus chauds mais aussi plus lourds. L'humidité ambiante me rendait malade. J'appris à identifier les pas de Kreattur, et à fuir le plus rapidement possible lorsque je les entendais. L'instinct de survie est une chose merveilleuse qu'on ne sollicite pas assez. Je gérais comme je pouvais mes crises de paniques.

Les jours s'éternisaient lentement, chacun d'entre eux m'éloignant un peu plus de ma vie. C'était le vide intersidéral. Rien ne se passait. Aucune fête. Aucun garçon potable. A part Rébus, qui en fait s'appelait Regulus, mais que j'avais pris l'habitude d'appeler Rébus, et il avait cessé de protester dès que je l'appelais ainsi... Que je considérais étrangement comme un ami. Ou un petit frère. Ce qui n'était JAMAIS bon dans une relation. Je n'avais jamais été branchée inceste.

Je désespérais réellement, à l'allure où j'allais, je ne risquais pas de finir mariée avant la fin du siècle. Ce qui était dans vingt-quatre ans. Par Merlin, ce que ça me paraissait loin. Et j'ai finis par me dire qu'après tout, j'avais encore le temps. Et c'est seulement maintenant que je me rends compte d'à quel point j'étais stupide.

A croire que la mort vous change du tout au tout.

Le onze Août, je reçus une lettre de Poudlard. Le directeur, Dumbledore (le vieux qui s'y connaissait gravement bien en magie de toutes sortes.) voulait me rencontrer pour me faire passer sous un chapeau qui déciderait de ma «maison». C'est Rébus qui m'a appris tout ça, après avoir vu à quel point l'ignorance me paniquait. Apparemment, le chapeau magique nous classait par personnalité. Je n'avais pas la moindre idée d'où je finirais.

Il mettait les courageux et les imbéciles à Gryffondor, les intellos à Serdaigle, les ambitieux et prêts à tout à Serpentard, et Poufsouffle prenait les loyaux et les travailleurs.

Je n'avais pas une once de courage, je n'étais pas capable d'ouvrir un bouquin sans chopper une migraine, mon seul but dans la vie était de finir marier, et je venais juste de trahir ma famille.

Peut-être qu'ils créeront une maison juste pour moi et comme ça, hop, affaire réglée. Et puis, c'est quoi cette idée ? A Beauxbâtons, ils nous mettaient tous ensembles par année. Et c'était super bien ! Pas de problème de Choixpeau qui ne sert à rien. Et en plus, je suis sûre que cette histoire de maison, c'est un coup à faire pleins de tensions. Comme avec les religions des Moldus. Il n'y en a aucune qui supporte les autres. Alors que si ils fondaient juste un groupe de «On croit en dieu(x)» tout irait beaucoup mieux. Mais il n'y en a aucun qui veut améliorer les choses. C'est juste une bande de gros débiles qui préfèrent se taper dessus au lieu de s'aider les uns les autres.

Dumbledore, mon nouveau super directeur surpuissant, voulait me voir le treize à deux heures. A l'idée de le rencontrer, ma tête bourdonnait et mon cœur palpitait à une vitesse hallucinante. Pas qu'il fut mon idole, non merci, mais il était également connu pour ses talents en legilimancie, et le fait qu'il puisse lire dans mes pensées était plutôt déplaisant. Surtout que j'avais tendance à avoir une liberté de penser assez étendue et que je n'arrivais jamais à retenir mes commentaires mentaux.

Je paniquais, s'il savait ce qui m'avait amenée dans cet endroit maudit, j'étais fichue. Déjà parce que personne ne devait savoir ce qui s'était passé, et que je n'imaginais même pas la honte que je ressentirais si jamais quelqu'un venait à l'apprendre. Il m'était primordial que ce secret reste méconnu jusqu'à ma mort, et bien après.

Et c'est là que vous vous dites : «mais on le connait nous le secret !» Ouais, je sais, mais j'ai changé d'avis. Et puis vous n'auriez absolument rien compris à l'histoire si je ne vous l'avais pas dit. Oh, et le fait que vous ne risquez pas d'aller répéter cela y est aussi pour quelque chose, bien sûr. Ce n'est pas comme si vous pouviez aller le dire à quelqu'un de haute importance.

Quand le treize Août arriva, il faisait beau, comme tous les jours de cet été-là. Le temps était insupportable. Je m'en souviens encore. J'avais été persuadée que l'Angleterre et le soleil n'étaient pas compatibles.

C'était jusqu'à ce que j'y vive. Je mourrais de chaud et, la nuit, il me fallait répéter plusieurs fois des sorts de refroidissement sur ma chambre de substitution pour pouvoir dormir. Dans la Gazette du Sorcier, les reporters passaient des pages à expliquer pourquoi il faisait si chaud. Je n'en retenu pas grand chose. Ou bien les sautais pour lire les rubriques plus intéressantes.

Accompagnée de Mme Black (qui refusait que je l'appelle Walburga, sans doute parce que son prénom était horrible), nous avons donc transplané, enfin c'est elle qui a fait tout le boulot, moi je me suis accrochée à son bras, devant l'enceinte d'un vieux truc quasiment en ruine.

L'enfer. Je m'étais toujours dit que d'une façon ou d'une autre, j'arriverais à y échapper. Il venait de me rattraper si rapidement que j'en eu le vertige.

Je n'avais jamais été une sainte à proprement parler. Des bêtises, j'en avais faites par centaines. Personne ne me disait jamais rien. Parce que j'étais riche et puissante. C'était comme ça. Et je faisait en sorte de profiter un maximum de cette opportunité.

Même le jour où j'ai réuni tout le château pour une garden party à deux heures du mat'. Ou la fois où j'ai fait organiser des tournois avec les bestioles du cours de Métamorphose. Pendant le dit cours. Et même le jours où j'ai décidé que les fêtes, il n'y avait plus besoin de les cacher, et que le mieux c'était de juste de les faire dans les couloirs. Je ne vous raconte même pas la tête des profs quand ils ont vus plus de quatre cents élèves en train de se déchainer dans le hall principal. Il n'y avait plus grand chose à faire à ce niveau-là de la situation.

Mais j'avais toujours cru que c'était ça le paradis. Oser et s'amuser. Quand votre vie craint vraiment, la seule chose à faire c'est d'en profiter au maximum. Et de s'éclater autant qu'on peut.

Et ça, croyez moi, j'ai parfaitement réussi à le faire.

Enfin bref, j'ai une histoire à vous raconter, et elle ne contient pas les dossiers sur tout ce qui aurait pu me faire virer de l'école une bonne vingtaine de fois.

DONC, j'étais arrivée à Poudlard avec la folle en chef, et le truc qui leur servait de château avait l'air aussi vieux que Merlin. C'est vous dire la honte. Ils auraient au moins pu donner un coup de peinture vite fait, les sorts c'est pas ce qu'il manque.

Un gars bizarre nous attendait, il avait sans doute été embauché pour sa mocheté. Il faudrait surtout pas que ça jure avec le truc immonde. (Hors de question d'appeler ça une école, et encore moins un château.) Il devait avoir la trentaine, et pourtant, ses joues tombaient à des kilomètres de ses pommettes. Ses cheveux étaient dans un état pitoyable, mon coiffeur en aurait fait un arrêt cardiaque en le voyant...

-Ah, Mme Black, le professeur Dumbledore vous attend dans son bureau. Suivez-moi, nous ordonna-t-il, ouvrant le portail pour nous laisser entrer. Sa voix sifflante me bourdonnait dans les oreilles, comme un moustique qui vous fait des 'bzzzz' 'bzzzz' toute la nuit. Insupportable.

Pendant tout le trajet, la folle en chef et le moche-rabat joie se sont tapés la discut' tranquillement sur les méthodes de torture à utiliser sur les élèves. C'était assez flippant, surtout quand le dit Rusard s'est mit à annoncer qu'il avait encore des chaines accrochées dans son bureau. J'avais beau ne pas être une nunuche, il fallait bien que j'avoue qu'il me faisait peur. Très peur.

Le premier truc que j'ai remarqué en traversant l'espèce de champ immense, c'est que ce n'était pas très adapté à une paire de talons qui ont coûtés 35 gallions. Il n'y a plus de respect pour la mode.

Et en second, c'est que ce n'était pas non plus adapté pour les fainéantes de première classe. Sinon, le côté «Vieux château gothique entouré de truc sombres » était d'ores et déjà en train de me déprimer.

Après une éternité de souffrance pédestre, le moche-rabat joie ouvrit une porte d'au moins trois mètres de haut.

Ça doit être au cas où les géants décideraient de revenir faire un tour par ici, c'est tellement plus pratique de démolir seulement la porte, et pas seulement le mur.

J'avais l'impression de visiter une cathédrale. Une étrange et sinistre cathédrale, où non seulement l'ambiance était morbide, mais où, en plus, on vous enseignait des choses. L'enfer. Enfin, l'enfer dans une cathédrale. Déjà que l'école, ce n'était pas franchement la meilleure chose au monde, mais alors, une école pareille, ça allait être un vrai problème.

L'autre problème, dont je me suis aperçue assez rapidement, c'est le nombre d'étages que ce truc possédait. Et il n'y avait même pas d'ascenseur.

Ils attendent quoi ? Le trente-cinquième siècle pour se mettre à protéger la santé des élèves ? Si je dis que j'ai de l'asthme, peut être qu'ils me dispenseront des cours tout en haut. Et peut être que je pourrais avoir mes ASPIC sans rien faire... Ouais, on y croit.

-Si vous voyez le plus vieux de mes fils en train de faire une bêtise. Ne vous gênez pas, je couverais vos arrières. Il mérite tout le mal qu'il peut avoir. Pourriture de mon sang ! Honte de mes entrailles !

Alors qu'elle vociférait allégrement contre Sirius-le-mec-que-je-ne-connais-pas-et-que-je-ne-veux-pas-connaître, Rusard s'arrêta brusquement devant une gargouille, et je manquais de lui rentrer dedans.

-Fizwizbiz !

-Je vous demande pardon ? Je ne vous ai pas demandé d'aller lui donner des sucreries ! Je veux seulement que vous le fassiez souffrir. C'est dans vos cordes, non ?

-C'est le mot de passe de la gargouille, lui répondit-il, en prenant bien soin de ne pas utiliser un ton condescendant. Il avait de l'instinct de préservation le petit.

-Oh, ça change tout. Mais si nous nous en tenons au plan, vous devriez pouvoir arriver à le torturer assez longtemps pour qu'il aille à Sainte-Mangouste, sans pour autant le tuer.

Cette femme était cinglée. Vraiment. Qui pourrait planifier de faire subir ça à son propre enfant ? Je ne dis pas que je suis contre toute forme de violence, mais il y a des fois où ça me perturbe.

Pendant qu'elle élaborait ses trucs morbides, la gargouille s'écarta, en grinçant bien fort contre le sol. Le passage derrière elle s'ouvrit dans le mur. Et, enfin, il y avait une petite touche de technologie dans ce château aussi vieux que Merlin. Les escaliers s'élevaient d'eux même ! Pas besoin de se fatiguer les muscles inutilement en les grimpant.

Quand Rusard-le-pas-beau frappa sur la porte en bois, la voix posée de l'homme que je redoutais le plus à ce moment-là résonna de l'autre côté. J'essayais de contrôler mes pensées. J'échouais si lamentablement que je me trouvais moi-même pathétique.

Le bureau en lui même était plutôt accueillant par rapport au reste du château. Les tons étaient chauds et agréables, un phœnix était perché au dessus de la chaise du directeur. C'était un oiseau rare, et je n'en avais quasiment jamais vu de ma vie.

C'était une technique comme une autre, après tout. Se concentrer sur tout et n'importe quoi, mais pas sur ce que j'avais pu faire avant, et qui serait certainement compromettant.

-Merci, Argus, vous pouvez retourner chasser Peeves, il me semble avoir entendu La Dame Grise se plaindre au Moine Gras qu'il préparait un mauvais coup dans la tour des Serdaigles.

Le pas beau s'en alla, laissant derrière lui une vague de silence. Après trente secondes, mon nouveau super-directeur guerrier au service du bon, reprit la parole.

-Alors, Mademoiselle Duchesnes-Rosier, c'est bien cela ?

-C'est exact, monsieur. Je suis la fille d'Isidore Rosier et d'Hippolyte Duchesnes. Seule héritière du nom.

-Excellent, s'exclama-t-il en souriant, mais votre arbre généalogique ne me sera pas nécessaire.

Il n'est pas très fréquent que l'on fasse transférer des élèves dans notre établissement. Le dernier date de mille neuf cent quarante deux. Charles Norton, un élève plutôt doué, son accent américain nous étonnait toujours, rit-il.

J'avais sérieusement dû louper la blague puisque la cinglée sourit, comme si elle savait de quoi il parlait. Pas un vrai sourire comme une personne normale, non, mais c'était tout de même un sourire. Ou peut être une grimace de douleur, maintenant que j'y repense.

Il se leva, et sa taille m'impressionna. J'avais toujours cru qu'on se recourbait en vieillissant, mais il semblait s'épanouir comme un arbre. Plus il est âgé, plus il est imposant par sa présence. Dumbledore se dirigea vers une étagère et prit un chapeau moisi qui trônait au dessus.

C'était ça, le Choixpeau qui allait décider de ma scolarité ? Un vieux truc tellement usé et rapiécé que j'avais peur de salir mes cheveux si on me le mettait ?