Chapitre 6 : Il était un petit homme.
C'était vraiment un être vivant, ça ? Pas un dieu atterri spécialement pour mon bon plaisir ?
Je n'en savais absolument rien. Mon cerveau était parti loin, très loin de là où il aurait dû être. C'est à dire de mon corps. Je voyais les choses, certes, mais cela ne voulait pas dire que j'en comprenais le sens.
Je ne sais pas comment j'ai fait, mais j'ai quand même réussi à parler.
-Rébus ? L'appelais-je tout bas, et sans aucune conviction, comme si c'était un sort qui me le faisait faire.
Hooo, doucement là. Qui a osé me lancer un Imperium ? C'est ça, hein ? On m'a manipulée mentalement pour que je sois dans un état pareil. Si ça se trouve, il porte une sorte de philtre d'amour en parfum... Comment ils appellent ça déjà ? Je sais plus. Mince. Peu importe. Il ne m'aura pas. Il faut juste que je détourne mes yeux de son visage... Oh Merlin, ce visage. Non ! Arrête ça tout de suite. Tu es forte, ton cerveau est excellent et tu as pris des cours de legilimancie et d'occlumancie toute ton enfance. C'est pas un mec comme lui qui va te faire flancher, hein. Dumbledore c'était normal que t'en aies peur, il a trop de pouvoir pour que tu puisses imaginer rivaliser avec lui. Mais c'est juste un mec, là. Juste un mec. Voilà, c'est ça, ne pense pas à lui comme à un être exceptionnel. Il est juste un être humain.
-Elise ? Qu'est-ce-que t'as ? Me demanda Regulus, en sortant de l'allée opposée à la mienne.
Ce qui veut dire qu'il avait succombé à la tentation et avait enfin quitté son siège. Je le savais ! J'avais deviné qu'il n'y resterait pas tout le temps, c'était juste impossible. Avec autant de choses à acheter autour de lui, il était complétement inenvisageable.
C'est à ce moment là que je me suis rendue compte que j'avais arrêté de fixer l'inconnu-jeteur-de-sort-au-pouvoir-du-parfum-maléfique. Et alors que je regardais Regulus pour lui faire voir ma robe, je le vis se tourner brusquement vers le sur-homme et les autres. Il ne parut pas content de ce qu'il vit, car il agrippa fortement sa baguette dans sa poche.
Cette fois-ci, se fut à moi de lui demander : «Ca va pas Rébus ? Tu veux qu'on aille à Sainte Mangouste ? Regulus ? Tu m'entends ?» (Sainte Mangouste était leur espèce de clinique pleine de guérisseurs. )
En m'entendant parler, le mec de mes rêves se retourna. Une petite parcelle de mon esprit espérait que c'était dû au fait qu'il avait été envouté par le son mélodieux de ma voix. Une autre partie se demandait pourquoi il n'avait pas l'air niais et ravi en entendant ce que j'avais dit. Globalement, j'étais plus qu'heureuse de pouvoir voir son visage dans sa totalité.
On ne peut pas lutter contre ses propres hormones, je ne suis pas responsable. Je me passerais de tout commentaire à ce sujet. Je n'étais qu'une ado en pleine crise hormonale. Je sais que c'est bas comme excuse, mais est-ce-que je viens vous demander quel était le groupe que vous idolâtriez à mon âge ? Voilà, c'est ça, souvenez-vous ! Vous vous rappelez des paroles super-émotives ? Des cris de désespoirs ? Des chansons d'amour qui vous faisiez pleurer ?
Alors on ne critique pas. Chacun ses souvenirs classés confidentiel. J'aurais franchement du zapper ce passage là. Mais ce qui suit est plutôt important. Vous m'êtes redevables à vie, parce que ça, c'est pas le genre de souvenir qu'on aimerait raconter à ses enfants le soir juste avant qu'ils s'endorment.
-Elise, on s'en va. On reviendra plus tard.
-Quoi ? Tu rigoles ? J'ai déjà trouvé tout ce qu'il me fallait, j'ai plus qu'à payer.
-On s'en va. Tout de suite, me grogna-t-il d'un ton plus que menaçant.
-Non. Je ne vois pas pourquoi on s'en irait. J'ai choisi les robes qu'il me fallait. J'ai acheté cette saleté d'uniforme tout gris et sombre. Alors que franchement, moi ça me brise le cœur de ne pas pouvoir remettre celui de Beauxbâtons. Et en plus, ta mère nous tuerait si on revenait les mains vides.
-Ouais, c'est vrai ça, Reggie, pourquoi tu veux t'en aller maintenant ? Tu n'as pas envie de dire bonjour à ton grand frère ? Dit l'inconnu, et je compris aussitôt. Enfin, aussi tôt que possible. Si Rébus voulait partir, c'était parce que c'était Sirius Black qui était en face de moi.
-Toi, tu restes en dehors de ça ! Et je n'ai plus de grand frère ! Elise, on y va maintenant ! Me hurla-t-il dans les tympans, sa main se referma sur mon avant bras et il tenta de me tirer vers la sortie. Quelque chose en moi fit «tilt» et je passais en mode attaque.
-Non. Ça va pas la tête à la fin ? Moi j'ai des choses à acheter. Je m'en fiche de savoir que ton frère est là. Je m'en fiche de savoir que ce soit un traitre-à-son-sang. Tu sais quoi ? Je m'en fiche de savoir que ta mère pourrait m'égorger pour avoir dit ça. J'ai des affaires à acheter. Et tu ne m'en empêcheras pas. Et si tu tentes ne serait-ce que de m'agripper par le bras encore une fois, je te jetterais des sorts jusqu'à ce que ta mère ne puisse plus te reconnaître, et là peut-être que tu comprendras que je ne suis pas ton petit chien prêt à suivre tes ordres sans discuter. Maintenant, tu vas me laisser gentiment acheter tout ce qu'il me faut, et après on sortira. Et lâche mon bras immédiatement !
Et alors que je savourais cet instant de gloire suprême, j'entendis le pote de Sirius lui dire : «T'as vraiment bien fait de partir. Elle fait vachement peur quand même. Un peu comme Lily quand elle est en colère, mais je trouve que ça lui va bien à Lily quand même. Ça lui donne un air de guerrière prête à combattre. Mais elle, elle a juste l'air prête à tuer quelqu'un. C'est assez flippant.»
Il avait juste dû le faire exprès, ce n'était pas possible autrement. Comme si je n'étais pas encore assez en colère à cet instant, il avait fallu qu'il y rajoute son commentaire stupide et irritant au possible.
Je me retournais abruptement vers eux, le regard noir au possible, prête à me battre s'il le fallait.
«Toi !» lui hurlais-je, la rage trop contenue depuis deux mois se libérant sans que je puisse la contrôler.
-Tu te tais ! Tu te prends pour qui ? On se connait ? C'est ça, hein ? On est potes depuis l'enfance, c'est ça ? Tu veux que je te fasses voir le côté de moi vraiment flippant ? Parce que là, franchement, je suis bien partie pour !
-Mademoiselle enfin, veuillez vous contenir, me réprimanda Mme Guipure. Elle avait l'air renfrogné et un peu perturbée. Je compris immédiatement : Elle voulait que je me comporte comme une gentille fille, mais ne voulait pas que je parte, pour ne pas perdre une cliente prête à dépenser trois cents gallions en une seule fois.
-Juste une minute. Regulus, paye-la, lui ordonnais-je en lui balançant mes bourses. Il en rattrapa plusieurs au vol, en loupa cependant une. Et tu iras m'attendre dehors après. Faut que je parle à ton frère. Pas vrai, Black ?
-Tu crois me faire peur, peut-être ? J'ai grandi avec une cinglée comme toi. Tu ne me donnes pas d'ordre, tu ne me parles pas sur ce ton. J'ai pas peur d'elle. Je n'aurai certainement jamais peur de toi. Tu t'es prise pour qui ? Une petite princesse qui donne des ordres à tout le monde ? Faudrait grandir un peu.
Regulus me passa devant, une demi douzaine de paquets accrochés aux bras, puis j'entendis la clochette sonner, annonçant son départ.
-Je te demande pardon ? TU T'ES PEUT-ETRE CRU MEILLEUR QUE MOI, C'EST ÇA ? T'as cru que parce que t'as pu te permettre de te barrer de chez toi, tu peux traiter tout le monde comme tu veux ? Mais je te ferais dire que tu n'es plus rien. Plus rien du tout. Un traitre-à-ton-sang, voilà ce que tu es ! Et puis tu me parles de grandir, mais regarde-toi ! A fuir tes responsabilités comme un gamin de cinq ans. Tu crois que ça m'a fait plaisir à moi de quitter ma vie pour venir dans ce pays ignoble ? Tu crois que j'avais pas toutes les raisons du monde d'y rester ? Tu penses que j'avais ne serait-ce qu'envisagé être forcée de vivre dans ce trou à rat ? Mais je l'ai fait ! Et au moment où j'arrive... T'étais même pas là ! Ça c'est du courage. On peut t'applaudir, non ? T'as pas pensé un peu aux conséquences de tes gestes ? T'as pas pensé que t'étais pas le seul que tu condamnais en faisant ça ? T'es bien trop égoïste pour ça, hein !
Je m'arrêtais pour inspirer un grand coup, j'avais les larmes aux yeux. Je détestais me mettre en colère. Je finissais toujours par pleurer, ou par casser quelque chose. Je détournais le regard, et puis décidais qu'il valait mieux partir immédiatement. Je ne voulais pas me ridiculiser devant lui, et je ne voulais pas non plus détruire la moitié du magasin.
J'ai rejoint Rébus qui m'attendait devant la vitrine, il ne me demanda pas ce qu'il s'était passé, je n'en trouvais pas l'envie. Je ne lui dis rien, il en fit de même. Et, comme d'un accord tacite, on savait qu'il ne fallait surtout pas en parler à sa mère. Elle se mettrait en colère, crierait super fort, et commencerait surement à péter un câble.
Quand nous sommes finalement rentrés, après une bonne demie heure de marche épuisante sous un soleil infernal, et un silence glacial entre nous, nous nous sommes immédiatement séparés. Il est allé le plus naturellement possible rejoindre son père, et je suis revenue dans le seul endroit ou je me sentais remarquablement bien de cette maison : ma chambre attitrée. Bon, n'allez pas vous faire des idées, c'était pas la super chambre de l'année, elle était du même et inimitable ton vert olive qui faisait la particularité de cette maison. Je crois que c'était inévitable. La décoration était plus que sommaire, mais c'est le seul endroit qui me donnait une tranquillité certaine. Sans doute parce que j'avais trouvé un repère rassurant et apaisant dans ces draps, et qu'il y avait la seule armoire remplie décemment de la maison.
Le vingt-et-un aout, juste après le diner, Rébus est venu s'excuser. J'ai fait de même, l'ai pardonné avec enthousiasme. Et tout est revenu dans l'ordre. Il tenait toujours autant à ce que je rencontre ses amis, pour faciliter mon adaptation, mais il paraissait déçu que je ne le rejoigne pas à Serpentruc.
Enfin bref, je me suis retrouvée le premier Septembre sur un quai de gare bondé, Rébus à mes côtés et la peur au ventre. Déjà, leur train devait au minimum avoir soixante-dix ans de retard sur la technologie de l'époque, et en plus la fumée noire qu'il dégageait m'encombrait les poumons. Je n'avais jamais confiance en ce qui concernait les moyens de transport, à croire que je n'étais pas faite pour vivre chez les sorciers. Déjà : j'avais le vertige quand je montais sur un balais, en plus, ce n'était pas ce qu'on appelle vraiment confortable à proprement parlé, et le transplanage me donnait envie de vomir à chaque fois. Les trajets façon Moldu n'étaient pas non plus ma tasse de thé. En plus, je n'aime pas non plus le thé... Euh, je m'égare là. Oui, je m'égare dans une gare. Appréciez mon sens de l'humour s'il-vous-plait.
DONC, je suis montée dans le train. Rébus nous a trouvé un compartiment en compagnie de quatre Serpentards. Un certain Alfred Avery , pas très beau et un manque de classe évidente mais une détermination plutôt forte et intimidante. Wilkes, un petit brun au regard sévère et pas très causant. Et Jenna Yaxley , grande et fine, un regard décidé et à la fâcheuse manie d'essayer de vous connaître un peu trop bien.
Je ne sais pas si j'ai réussi à leur donner une bonne image de moi, je ne suis pas non plus très sûre qu'ils m'apprécient.
Tous pensaient que j'irais à Serpentard. Je me suis bornée à sourire faussement lorsqu'ils ont exprimé leur surprise. Qu'est-ce-que j'y pouvais, moi, à la fin ! C'est pas moi qu'il faut blâmer à coup de «Oh ! J'aurais cru que tu nous rejoindrais.» et de «Tu es bien une Rosier, non ?»
Bien sûr que je suis une Rosier, une pure, une dure. Même que mon grand père, c'était l'un des tout premiers mangemort. Que mon oncle Evan en fait partie également, que ma cousine Bellatrix vient d'épouser l'un d'entre eux et les rejoint bientôt.
Alors on arrête de me dire que je suis pas une Rosier. Parce que mon petit Wilkes, j'ai été élevée pour tuer, je ne ferais qu'une seule bouchée de toi.
Elevée pour tuer ? Vraiment ? Entre deux galas ? Ou entre deux macarons ? On doit pas avoir le même souvenir de ton enfance, parce qu'il ne s'y est pas passé grand chose.
Fait pas semblant de pas comprendre, on sait toutes les deux que tu es bien meilleure que la plupart des élèves de ton âge. Et que même si tu fais semblant que non, tu pourrais facilement gagner un duel contre pas mal de gens.
Faux. J'te dis que non. Déjà, j'ai jamais vraiment écouté durant la plupart de toutes ces leçons imposées à domicile. Et j'ai pas de mémoire. Tu sais très bien que je perds mes moyens en cas d'attaque.
Fin de la conversation interne. J'ai déjà révélé assez de trucs personnels pour aujourd'hui.
Après des heures et des heures d'attente, et des dizaines et des dizaines de chocogrenouilles (Ce n'est pas de ma faute, la bonne femme m'avait tentée avec son chariot plein de sucreries.) plus tard, je suis finalement arrivée dans l'endroit que je détestais le plus au monde : Poudlard.
Enfin, avant ça, il a fallut que l'on se trimballe le voyage en calèche sans rien pour la tirer, et sous une pluie battante.
J'ai déjà dit que je haïssais l'Angleterre ? Et bien, je le redis: ce pays aura ma peau.
Attendez. Juste un truc qui me perturbe... Il pleut. IL PLEUT. Enfin ! Et il y a de l'orage. C'est beau, l'orage. Rien que la sensation de l'eau, presque trop froide, me rendait heureuse. Je venais de passer deux mois et demi (il faisait déjà plutôt chaud en France) sous une chaleur insupportable. Enfin, il faisait chaud constamment depuis l'année dernière de toutes façons.
Libération.
Ce qui ne m'empêcha pas de courir jusqu'à la porte d'entrée du truc qui me sert d'école. Et mes cheveux alors ? Et mon tout nouvel uniforme ?
Ce qui ne m'empêcha pas de finir trempée et gelée. Enfin, juste deux secondes, le temps qu'il m'a fallut pour retrouver le bon sort et le formuler.
J'y étais en fin, dans ce maudit château désespérant de laideur.
Rébus m'a entrainée jusqu'à une salle immense où pas mal d'élèves étaient déjà installés. Ah, mon moment préféré de la journée : le repas. Je voulus suivre Rébus jusqu'à sa table, il m'en empêcha.
-Non, toi t'es là-bas, m'indiqua-t-il en désignant la table juste à côté de la sienne.
Je lui grognais en retour, en signe de compréhension, et m'exécutais avec un manque d'envie plus qu'évident.
Je me suis assise à la première place que j'ai pu trouver, entre un gamin, probablement en deuxième ou troisième année qui bavardait avec une joie non dissimulée du bonheur d'être là, (j'ai du me retenir pour ne pas le gifler, pour le remettre dans le bon chemin) et une paire de glousseuses de bas étage au maquillage ultra exagéré et aux coiffures immondes (des teintures d'un jaune qui se voulait blond, et un brushing fait avec un sort plus que loupé.).
En face de moi, une fille brune, les yeux endormis, l'air morose. Génial, une dépressive ! Comme si c'était pas assez triste comme lieu.
Quand je m'assis, les deux glousseuses se retournèrent, l'air visiblement déconcerté et perturbé. Et moi qui croyait que j'allais devoir me taper des intellos.
-T'es qui, toi ? M'interrogea Glousseuse n°1, ses yeux de taupe se crispant. Voulait-elle m'intimider ? Ce n'était pas facile à dire.
-Ouais, c'est vrai ça. Tu viens de t'asseoir sur la place de Lola, dégage de là s'il-te-plait, continua d'un ton autoritaire Glousseuse n°2.
Elles voulaient vraiment jouer à ça ? Avec moi ?
