Chapitre 11: Il faudrait gravement songer à sauver le soldat Rosier.

Quelque chose lourd et dur est venu se projeter contre ma tête, avant que j'aie pu y faire quoi que ce soit, je me suis retrouvée sur le sol, un liquide chaud et un peu collant coulant sur ma tempe droite.

Des gens sont arrivés, leurs pas tambourinant dans toute la pièce. Il y eut des hurlements à l'aide, des questions posées trop fort, des grognements de douleur.

Les bruits de leurs murmures affolés résonnaient dans mes oreilles avec une force inouïe. Chacun de leur chuchotement me tirant vers la réalité de ce qu'il s'était passé.

C'était trop. J'avais l'impression d'exploser de l'intérieur,

J'étais couverte d'une poussière grise. Etait-ce de la pierre ? De la cendre ? Ma jambe gauche me faisait mal, ma tête tournait à une vitesse incroyable, faisant du monde une chose floue et indescriptible.

J'entendis une femme crier après quelqu'un. Et puis mon prénom, dans un souffle lointain.

Le monde devenait de plus en plus sombre, de plus en plus irréel aussi. Je voyais des cheveux noirs danser devant mes yeux, ce qui me semblait improbable. M'étais-je fait une teinture ?

Mes yeux ne semblaient plus vouloir s'ouvrir, je n'avais pas la force de les y contraindre. Je me suis laissée faire par moi-même, incapable de lutter tout en m'enfonçant dans un sommeil profond.


Une odeur trop forte m'agressa les narines, me poussant à me retourner dans mon lit. J'ai enfoui ma tête sous mon oreiller, accusant d'ores et déjà Pénélope pour avoir confié à ses imbéciles d'elfes de maison la cuisine.

-Iris, marmonnais-je plaintivement, va dire à Pénélope que je la déteste. Elle comprend jamais quand je lui dis que je suis pas d'attaque avant d'avoir pris une potion d'éveil. Iris ? T'là ? Sophie ? Ta cousine me les saoule, vas lui dire, s't'euplait.

Je me suis résignée à sortir ma tête, pour voir pourquoi aucune d'entre elle ne me répondait, alors qu'elles prenaient toujours au moins le temps de me dire d'aller me faire voir ou de me grogner dessus.

La lumière, pâle et sinistre, d'un ciel couvert d'une fin d'après midi m'aveugla, ce qui ne m'étonnait pas tellement. Je présentais tous les symptômes : bouche pâteuse, centaures galopants dans la tête, allergie à la lumière : gueule de bois. Et pas n'importe lequel, de bois, parce que là, c'était du sérieux. J'avais dû dormir jusque tard dans l'après midi et elles étaient déjà toutes réveillées.

J'ai vite refermé mes yeux, grognant en me retournant, me cachant sous les draps.

Quitte à être seule, autant dormir.

-Elise ? Appela une voix, avec un accent bizarre et un ton inquiet.

-Quoi ? Ouais c'était génial avec toi cette nuit, barre-toi maintenant.

-Elise ?

-QUOI ?

-Are youokay?

Pourquoi est-ce qu'il me parle en Anglais, ce gros débile ?Et il ose me demander si je vais bien, j'ai une tête à aller bien, peut-être ? Est-ce que j'ai même une voix à aller bien ? J'ai encore bien choisi le mec avec qui passer la nuit. Mais qu'est-ce-qu'un anglais fout à Beauxbâtons ? Nan, on est en vacances, là, c'est peut-être le cousin d'Arès, celui qui a vingt ans. Mais il devait pas venir cette année. C'est peut-être le correspondant de Luc, l'australien, que ses parents l'ont forcé à inviter encore une fois. Qu'est-ce-qu'il était collant au réveillon du nouvel an ! J' ai mal à la tête... Je vais l'envoyer balader et me rendormir.

-Tu veux quoi ?

-Tu vas bien ?

-Non. T'es qui ?

-Elise, c'est moi, Regulus.

-Connais pas. Tu peux te barrer ?

-Comment ça « connais pas » ? C'est moi, ton pote Rébus.

-Je. Ne. Te. Connais. Pas. C'est clair ou pas ? J'ai pas dû retenir ton nom hier soir. J't'enverrai un hibou, en tout cas, hein. Ça te va, comme ça ?

-Elise, est-ce-que tu sais où tu es, au moins ?

-J'sais pas, chez Cassie ? Chez Pénélope ? J'm'en fous, ça change rien.

-T'es à l'infirmerie.

J'ai sorti la tête de sous mon drap, parce que, bon, c'était un peu bizarre de me retrouver dans une infirmerie avec un anglais. Il fallait au moins que je vérifie de quoi il avait l'air et s'il ne me racontait pas des idioties. Peut-être que c'était Ul' qui voulait me faire une blague, c'était bien son genre.

La première chose que j'ai aperçu, c'est mes vêtements. Pourquoi portais-je donc de telles atrocités ? C'était de la pure torture oculaire ! J'avais déjà assez mal à la tête pour ça, tout ce gris me donnait le tournis. Et puis, comme je n'étais qu'une ado, j'ai remarqué la présence de Regulus, qui était franchement plutôt pas mal.

J'aurais pu choisir pire après une soirée comme ça, je m'en rappelle même plus, ça devait être super génial ! Ouais, tellement génial que j'ai fini à l'hôpital... Il a l'air de bien m'apprécier, peut-être qu'il veut sortir avec moi. Ça montrera à Philippe que je peux avoir un copain pour plus de trois jours sans vouloir tuer le mec en question.

Quand je n'ai pas répondu, il s'est levé, est parti hors de mon champ de vision, me permettant de fermer les yeux. Il s'est mis à discuter avec quelqu'un, dont la voix maternelle me berçait encore plus.

J'ai entendu des pas se rapprocher, et me suis contrainte à ouvrir les yeux. Une vieille est apparue avec une fiole dans les mains, l'air pressée et nerveuse.

-Tenez, buvez ça, vous irez mieux au réveil.

Elle avait l'air si sure de ce qu'il fallait faire dans ce cas là que je n'ai pas osé lui dire non. Ce que j'ai regretté quand j'ai eu la potion dans la bouche, au goût trop amère et presque gâté.

D'étranges couleurs dansaient devant mes yeux, dans une sorte de valse indécise et mal menée. J'eus soudain une immense envie de dormir et mes paupières se fermèrent seules, en un instant, j'étais déjà loin.


J'ai du me réveiller, quoi, douze heures plus tard . Le soleil se levait et les rayons orangés rendaient l'atmosphère très chaleureuse et douce. Trop d'ailleurs.

C'est quoi de ce lit d'infirmerie ? La vache, j'ai mal à la tête. Pourquoi je suis pas dans mon dortoir ? Et qu'est-ce-qu'il fait là ?

-Regulus ? Qu'est-ce-que je fais ici ?

-Quoi ?.. Elise ? T'es réveillée ! Mme Pomfresh, elle est réveillée !

-Arrête de hurler, j'ai mal.

-T'as mal où ?

-A la tête. Il s'est passé quoi ? Pourquoi je suis ici ? Je ne me suis pas battue avec ton frère, au moins, hein ? Parce que sinon, ça voudrait dire que j'ai perdu. Sauf s'il est dans un état pire que le mien. C'est le cas, ou pas ?

Il s'est assis sur le lit, écrasant un peu ma jambe, mais il avait l'air si heureux que je n'ai pas réussi à lui dire de dégager de là.

-On ne sait pas vraiment ce qu'il s'est passé, tu sais. On vous a retrouvé sous une tonne de pierres et des débris dans la salle de potion, on aurait dit une explosion. Mais bon, le professeur Dumbledore a déjà tout nettoyé, en deux secondes, tout était comme neuf.

Une petite vieille est apparue, elle m'a posée plusieurs question, m'a donnée une potion, m'a conseillée du repos, puis m'a laissée sortir pour aller prendre un petit déjeuner. Tout les vingt mètres, Regulus me demandait si j'allais bien et si je ne préférais pas m'asseoir en attendant qu'il aille me chercher quelque chose à manger.

-Regulus.

-Tu sais que c'est peut-être pas conseillé, tu devrais peut-être juste attendre là, je te jure que je...

-Regulus.

-N'en aurait pas pour très longtemps. Juste le temps...

-Regulus !

-De prendre des tartines, et un verre...

-REGULUS ARCTURUS BLACK !

Il a sursauté, et m'a regardée, au comble de l'incompréhension.

-Quoi ?

-Ferme-la. Si je ne me sentais pas bien, je ne serais pas en forme pour écouter ton blabla incessant.

-T'es insupportable. Tu sais que j'ai passé toute ma soirée à attendre que tu te réveilles, et quand tu t'es enfin réveillée, t'étais genre complétement dans un délire bizarre.

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

Il s'est mis à m'expliquer que je ne l'avais pas reconnu, que je parlais principalement en français et que je me croyais chez Pénélope.

Cette simple idée faillit me faire pleurer. Rien ici ne pourrait jamais remplacer ma vie telle que je l'avais connue. Mais je me suis retenue, une fille de mon rang ne pleure pas en public, et j'aurais eu l'air d'une fille fragile. Je ne pouvais pas me le permettre.

Alors que l'on arrivait devant la Grande Salle, dont les portes grandes ouvertes laissaient échapper les bruits des conversations, dans un brouhaha incompréhensible, je l'ai retenu par le bras. Et puis, j'ai fait une chose que je déteste faire, je l'ai enlacé.

-Merci, Regulus.

-Euh... Bah, ouais, euh... Y a pas de quoi.

Il se tenait raide comme un Nimbus, et ses mains n'avaient pas quitté ses poches. Je l'ai vite lâché, nous évitant à tous les deux un moment assez gênant.

-On se voit plus tard, hein ?

Le problème avec le fait d'avoir passé une nuit à l'infirmerie ? Ne pas avoir pu prendre une douche, et j'ai eu beau prononcer quelques sorts pour me donner un aspect à peu près correct, j'avais toujours cette sensation horrible de ne pas être propre.

-Elise ! Tu es de retour ! Je suis venue te voir hier soir, mais tu étais endormie, et je comptais venir te voir après le petit déjeuner. Tu vas mieux ? Assied-toi là, à côté de moi, ça te fera du bien.

Vous voyez, les gens sont quand même bien bizarres, cette fille, je ne l'avais rencontré que trois jours avant, et elle se comportait avec moi comme si on était amies depuis toujours. Mais j'imaginais qu'elle ne devait pas avoir beaucoup d'amies, parce que bon, à part Lily je n'avais vu aucune de ses amies. Mais peu importe, elle se trouvait à proximité de nourriture, et je pouvais tout lui pardonner pour ça.

-Ça va, ouais, j'ai encore un peu mal à la tête, mais je viens juste de prendre une potion pour les migraines, ça ira mieux dans cinq minutes.

-Tu vas pouvoir venir aux essais de Quidditch tout à l'heure, n'est-ce pas ?

-Quoi ? On est déjà Samedi ?

-On est arrivés Mercredi, Jeudi on a eu cours, hier t'as eu ton accident, et bam on est Samedi matin. C'est de la magie !

-T'es comique.

-Alors, tu peux ou pas ?

-Je peux dire non ?

-Non.

-Alors non.

Il y eu un blanc, pendant lequel elle sembla assimiler ce qu'il venait de se passer, avant qu'elle ne me regarde avec des yeux tout serrés et les lèvres retroussées en une grimace peu saillante. J'ai tout de même eu le temps de manger une tartine avant qu'elle n'assimile. Elle n'était pas du tout du matin, je m'en souviens encore.

-Hé ! J'ai besoin que tu viennes !

-Mais je ne sais même pas jouer !

-Peut-être, mais au moins je ne serais pas seule.

-C'est pour ça, alors ? Je me doutais bien que tu ne voulais pas de moi en tant que joueuse ! Parce que moi, à la rigueur je préfère ne pas avoir à monter sur un balai, si tu vois ce que je veux dire.

-Tu veux même pas essayer ? Juste pour une fois ?

-Mais je suis nulle de chez nulle au Quidditch, je vais pas encore y jouer !

-D'accord, mais tu viens quand même avec moi.

-Je pourrais hurler sur les joueurs ?

Elle m'a regardée étrangement, comme si ma requête lui paraissait improbable, puis s'est détournée en soupirant.

-Faut que j'aille faire un tour à la Bibliothèque, je te retrouve plus tard.

Avant que j'aie eu le temps de protester, je me suis retrouvée seule, à une table pleine d'inconnus et avec Sirius Black qui me fixait.

Je me suis vite dépêchée de manger, préférant ne pas m'occuper de ça.

Il serait capable de m'accuser pour ce qu'il s'est passé hier soir. C'est pas de ma faute, de toutes façons, ça ne peut pas être de ma faute. J'aurais jamais pu causer une explosion. C'est pas le genre de truc que je fais... Mais, et si c'était moi qui avait fait ça ?