Chapitre 12: L'ennui est un ennemi mortel.

Je me suis retrouvée devant un troupeau de Serdaigles sur des balais surexcités. Le mec qui s'appelait Euripide ou Unicode, je ne m'en souviens plus, que Veronica semblait trouver très à son goût a été directement admis dans l'équipe après avoir attrapé le Vif d'or en moins de cinq minutes.

Ouais, mais même si il l'avait loupé de trente mètres, il serait quand même dans leur super Team. Elle est tellement amoureuse de lui que s'en est dégoûtant. Ça me rappelle quand Ul' et moi sortions ensemble, il avait ce petit regard qui veut tout dire... Et qui me fait presque vomir. On est resté ensemble deux semaines, grand exploit qui a donné à mère des espoirs sans fins... Avant qu'elle n'apprenne que je sortais avec un mec de deux ans de plus que moi, en même temps. Ça ne lui a pas fait vraiment plaisir.

Des dizaines de joueurs se sont succédés, pendant plus de deux heures. Il y eu trois os cassés, six crises de larmes de joueurs non sélectionnés. Et une équipe formée.

Et puis, sans que je ne m'en rende vraiment compte, les jours sont passés, les devoirs et les cours se suivant. Tout allait trop vite, les gens m'énervaient souvent. Et je m'ennuyais. Tout le temps. Il me fallait du rire, des fêtes et des garçons. Je n'avais rien de tout ça, ici, rien qui ne puisse me garder occupée. Je n'étais pas faite pour l'école, pas faite pour rester enfermée dans une pièce trop sombre. Pas faite pour apprendre des choses dont l'utilité approchait le zéro. Vous voyez, quand, dans les histoires, les gens s'ennuient, il se passe au moins une seule chose; qui les sauve d'une liquéfaction imminente. Je n'ai pas eu cette chance suprême.

Je me suis noyée dans le travail, pour oublier que je m'ennuyais tellement que j'aurais dû en mourir. Ça n'a pas marché. Puis, j'ai essayé de m'amuser comme je le pouvais : en séchant les cours, en faisant l'imbécile pendant les dits cours. Mais rien n'y a fait.

J'avais toujours l'espoir de ramener Sirius Black à la raison, même si il me haïssait plus que n'importe qui dans cette école. J'ai même essayé d'aller lui parler, une fois, en lui sortant la carte de la gentille Serdaigle. Mais rien n'y a fait.

Rien n'y faisait sur tous les points. J'étais dans une situation inattendue et avec laquelle je n'étais pas familière. J'avais toujours tout eu, toujours eu ce dont j'avais besoin : du rire, de l'alcool et des amis. Veronica passait son temps avec l'équipe de Quidditch, et Rébus, lui, trainait avec des garçons à l'air louche, et je n'osais pas tellement l'approcher quand il était avec ses amis. Je ne voulais pas m'imposer. Je ne voulais plus grand chose, si ce n'était être heureuse.

Veronica m'a entrainée à trois de ces « soirées » en compagnie d'une demie douzaine de filles. Elles avaient toutes des ambitions, partageaient une conviction ultime : Elles étaient « l'avenir de la communauté magique », disaient-elles. La moitié n'en réchapperait pas de cette guerre.

Slughorn organisait des diners régulièrement, j'y étais conviée à chaque fois, à mon plus grand plaisir. C'était une ambiance que je ne connaissais que trop bien. L'hypocrisie polie et guindée, les sourires parfaits, les poignées de main, les embrassades «amicales». Et des gens de haute importance. C'était comme un retour en arrière, une soirée en compagnie de mon passé.

Et, à la fin de chacune d'entre elles, je retournais dans mon état semi-catatonique.

J'étais devenue amie avec Lily Evans, avant que Rébus ne m'apprenne qu'elle était une sang-de-bourbe un peu plus tard dans l'année, peut-être en décembre... Ça m'avait fait mal d'avoir à m'éloigner d'elle, ce n'était pas les amis qui se bousculaient devant la boutique. Mais j'étais obligée, ma famille comptait sur moi, et je ne pouvais pas me permettre de devenir copine avec quelqu'un d'une telle situation familiale.

Et puis, en plein mois d'octobre, j'ai craqué.

J'ai posé avec conviction ma plume sur mon devoir de métamorphose, tachant le parchemin.

-J'en ai marre.

-De quoi ? Des cours ? Moi aussi, je n'attends qu'une chose, les vacances de Noël, me répondit Veronica, en finissant son devoir de potion.

-Nan, j'en ai marre. Pas que des cours. J'en ai marre. Faut que je fasse quelque chose. Je me fais chier. Tous les jours. Il me faut un truc pour passer le temps. Tout ça, ça ne m'occupe pas. Je peux pas. Je peux plus. Faut que je me bourre la gueule un bon coup. On s'en fout d'avoir les meilleures notes possibles. Moi tout ce que je veux c'est sortir de tout ça heureuse. Je m'en fiche. Je ne finirais jamais à la rue, de toutes façons. Alors qu'importe. Je veux m'amuser. On est Samedi soir. Y a trois mois, ça ferait au moins deux heures que je serais incapable de sortir une phrase correcte !

-D'accord. Et je suis censée faire quoi, moi, dans tout ça ? Me demanda-t-elle, peu convaincue.

-Tu connais le château mieux que moi. Pas vrai ?

-Ouais, mais j'ai jamais fait quelque chose d'interdit. J'veux dire, j'ai bien collé deux trois claques à des garçons, mais jamais rien de bien méchant.

-Tu sais où sont les cuisines, au moins ?

-Ouais, j'ai déjà été dans la salle commune des Poufsouffles, c'est juste à côté.

-On y va.

-Maintenant ? Il est huit heure trente ! Le couvre feu est à neuf heure !

-Ouais et alors ? Je te jure que si on se fait renvoyer, j'ai de quoi te payer tout ce qu'il te faut pour le reste de ta vie. Et celles de tes gamins, si t'en as.

-Jure ! T'es si friquée que ça ? J'ai jamais manqué de pognon, hein, mais pas à ce point là ! Si j'ai des gosses, ce sera toi la marraine, au moins, si je meure pendant la guerre, ils auront un bon avenir.

-Ne recommence pas avec ça ! Aucune de nous deux ne va mourir. T'es une sang pure, pas vrai ? Tu risques rien. J'ai pas prévu de mourir avant d'avoir des rides, là, vu que mon corps commencera à faire n'importe quoi, j'm'en ficherais un peu. T'as que seize ans, bordel, arrête de penser à ça. Et on en a déjà parlé, tu ne vas pas devenir auror de toutes façons, et tu n'iras pas te battre.

-On dirait ma grand-mère, arrête, c'est flippant ! Tu l'entendrais parler !

Elle soupira un grand coup, lâcha lourdement son Manuel Avancé de Préparation des Potions, puis se mit à parler avec une voix haute perchée, cherchant sans doute à imiter sa grand-mère.

-Veronica, cesse enfin d'agir comme un garçon ! J'ai déjà eu du mal à contrôler ta mère à ton âge, mais tu es pire qu'elle. Il est hors de question qu'une fille de ton rang fasse un métier aussi dangereux ! Ou même que tu travailles tout court ! Blablabla et blablabla... Qu'est-ce-qu'elle m'énerve ! Elle se croit encore au siècle dernier ! Si elle savait que j'étais dans un groupe de féministes...

-Bon, on bouge alors, ou pas ? Parce que les autres ne vont pas tarder à remonter pour se laver et aller se coucher.

-Tu promets de subvenir à tous mes besoins si on se fait virer d'ici ?

-Ouais. Je le jure.

-D'accord.

Vous voyez, l'argent sert dans toutes les situations. Même quand vous êtes sur le point d'enfreindre un stupide règlement intérieur d'une école tout aussi stupide. Et où des tableaux sont considérés comme les gardiens ultimes des portes.

Ce qui allait un peu compliquer notre tâche.

-On y est ?

-Nan. Attends un peu, c'est plus loin.

Nous nous trouvions dans les sous-sols du château où l'ambiance était légèrement plus chaleureuse qu'aux cachots... Mais qui me donnait quand même des frissons.

-C'est juste là.

-Et on fait comment pour t'y faire rentrer ?

-Attends, faut juste que je me souvienne... Jack avait parlé de chatouiller je sais plus quoi. Mais faut que je chatouille un truc. Jack, c'est mon ex, il a cru que j'allais continuer de sortir avec lui après ce qu'il a fait pendant un match y a deux ans...

Et elle s'est mise à me raconter comment il avait voulu la faire tomber de son balais, qu'il avait même «osé» lui lancer un Souaffle en pleine figure.

-Tu te rends compte, quand même ! J'aurais pu être blessée.

-J'imagine, ouais. Bon, tu rentres là-dedans ou pas ?

-Je sais plus c'est le quel que je dois chatouiller.

-Fais-le à tous les fruits, tu verras bien c'est lequel.

-Je commence avec quoi ? La pomme ? L'orange ?

-On s'en fiche, finis-moi ça, que je puisse oublier. J'en ai déjà marre, je comprends pas l'utilité des tableaux. C'est moche, comme truc, déjà, et en plus, c'est pas pratique. Tout à l'heure, j'ai encore passé trois plombes devant notre salle commune à essayer de capter ce que voulait dire une fichue poignée à deux balles...

-CA Y EST ! Je suis trop forteuuuuh !

-Ouais, bah calme-toi, faudrait pas réveiller les Poufsouffles.

Elle est entrée par le portrait, je me suis vite détournée, pour m'éviter une crise cardiaque en écoutant avec le plus d'attention possible, tentant de discerner des pas lointains. On ne peut jamais être trop prudente.

Trois minutes plus tard, Veronica était de retour, quatre bouteilles de Whisky pur feu dans les bras, et l'air perturbée.

-J'en ai pris assez, tu crois ? Je savais pas exactement.

-Ouais, c'est bon. Qu'est-ce t'as ?

-Rien.

-Tu peux me le dire, tu sais, c'est pas comme si j'allais pouvoir le répéter à qui que ce soit d'autre. Regulus passe tout son temps avec Yaxley et Mulciber. Ça m'énerve ! Allez, s'teuplait, dis le moi !

-J'ai jamais bu d'alcool de ma vie.

-Et ?

-Et c'est tout ! Ça me fait un peu peur.

-Bah, bois un coup, ça va passer.

-T'es pas drôle, tu le sais, ça ?

-C'est pas que je ne suis pas drôle, c'est que j'ai un sens de l'humour qui se surpasse.

-C'est ça, ouais.

Pause de deux minutes, dans un silence assourdissant et des catacombes dégoutantes. C'était peu ragoutant, mais je commençais un peu à m'y faire. Enfin, disons que j'avais juste de moins en moins envie de vomir en sentant la moisissure.

-T'entends pas du bruit ?

-Nan, arrête d'être parano.

-On est où là ?

-Pas loin de l'entrée.

-T'es sûre qu'il n'y a pas de préfet ?

-J'en sais rien, moi, comment tu veux que je le saches ?

-Ce serait pas mieux de sortir, avant qu'on ne se fasse prendre ? Et il fait encore chaud, il n'a pas plu de tout le mois.

-Si tu le dis, mais on va galérer pour rentrer après.

-Mais nan, tu connais le château, et j'ai réussi à ne pas trop me paumer durant ces deux mois. On a nos chances.

-Tu me jures que tu payes tout, hein ? Parce que, bon, franchement, j'suis pas super chaude là. Et bon, moi je te le dis, je dépense pas mal d'argent quand je suis de sortie. C'est à tes risques et périls.

-Attend... Cours !

-Pourquoi ? Me murmura-t-elle, incrédule, lorsque je me suis mise à courir en direction de la grande porte toute moche, mais en me suivant néanmoins.

On s'en est finalement sorties, pour s'asseoir devant l'étang, ou le lac, qu'ils avaient, et qui était immense. On a discuté et bu pendant près d'une heure avant d'en arriver à ce point critique.

-Et pis là, bah tu sais ce que j'ai fait ? ET BAH J'AI COUCHE AVEC LUI ! Hahaha ! Avec un Moldu ! Et je sais même plus si c'était bien-oh, pardon, pas fait exprès- ou pas.

-Trooooop coool.

Elle acquiesçait frénétiquement, allongée dans l'herbe, tout en buvant à la bouteille presque vide. Elle eu soudain un sursaut surexcité et se redressa d'un bond.

-Tu sais, il y a une pieuvre grande comme CAAAAAAAA dedans. Fin, c'est ce qu'on m'a dit, heiiiin, moi j'en sais rien, m'affirma-t-elle en écartant ses bras pour me donner une échelle de taille de la bestiole et en ricanant.

-Naaaaaaon ? Sérieux ! Tu crois que si je l'appelle elle va venir ?

-'Sais pas.

-LA PIEUUUUVREUUUUH ! LA PITITE PIEU-PIEUVRE ! VIENS LA, FAIS PAS TA CHIENNE, J'AI DU WHISKY PUR TRUC... VIENS JE TE DIIIIS... GARCE ! Euh, je crois que je vais gerber.

-Bouge de là, c'est moi y vai l'ap-l'ap-AH !.. Euh, ouais. BOUGE, BORDEL, PAS SUR MOI !

Chose dite, chose faite. Quoi ? J'y peux rien, moi, sorciers ou moldus, dans cet état là, on est tous les mêmes.

-Ça va mieux. Repasse la bouteille, Mireille !

-J'm'appelle pas Mireille !

-M'en fous, passe la bouteille.

-N'a pus... Ah si, il en reste une !

-Bah donne la toi... Euh, moi. Neronina... Merci.

-C'est Be-euh-Bedodila mon nom.

-Pareil. Il sert à quoi le gros truc là-bas ?

-La forêt ?

-Nan, l'aaarr-t'fais quoi ?

Elle s'était relevée, et dû se raccrocher à mon épaule pour ne pas tomber, surprise par son action, j'ai recraché involontairement une gorgée de Whisky pur feu.

-On va aller voir l'arbre qui bouge ! Le Caule Sogneur !

-Ouais ! Vas-y !

-La première qui peut le toucher a rangé ! Nan mangé ! GAGNE !

-D'acodac.

-Tu craiiiiiins ! Allez viens !

Je tentais de me mettre sur mes pieds, en vain, et lors de ma troisième tentative, je suis tombée, la tête la première sur le tronc d'arbre auquel nous étions adossées tout au début.

-AIE ! Hurlais-je en m'esclaffant bruyamment. T'es nul, l'arbre ! Bedimina, viens m'aider.

-Nan. J'vais arriver avant toi !

Après cinq minutes d'efforts, j'ai réussi à tenir debout, et mes chances de gagner n'étaient pas réduites à néant. Puisque Veronica n'était qu'à vingt mètres de moi, à quatre pattes, après s'être pris les pieds dans un gros caillou.

On s'est finalement remises à courir, en trébuchant régulièrement, et je me suis égratignée les mains plusieurs fois, l'alcool n'empêchant de sentir la douleur de mes blessures. « Le gros arbre qui faisait vrou vrou avec ses bras » n'était plus tellement loin, mais il me fallu encore dix minutes avant de pouvoir en être assez proche pour me rendre compte que ça avait été une très mauvaise idée de vouloir faire ça.