Chapitre 13 : L'arbre et la lune.
Les branches se sont abattues d'un peu partout. Me frôlant, m'écorchant les bras et le visage. Je suis tombée à genoux. Mes jambes étaient paralysées par la peur et l'ivresse. Je n'ai pu m'empêcher de hurler sous la douleur d'une d'entre elle, qui se heurta contre mon estomac, ce qui me fit atterrir dix mètres plus loin. C'était le genre de situation qui nécessite une certaine sobriété, et j'essayais de toute mes forces de me forcer à y voir clair pour pouvoir me relever le plus rapidement possible.
-Elise ! Oh mon Dieu ! Ça va ? T'as mal où ?
Elle semblait s'en être tirée indemne et avait dû arriver après avoir vu ce fichu bout de bois gigoteur.
-Partout, lui grognais-je en retour, tentant de respirer de façon normale. Il est débile ton arbre. Depuis quand ça fait mal aux gens, les arbres ? C'est pas comme s'il avait un truc à protéger ! Oh bordel, je saigne.
-Ou ça ? Fais voir ! Lumos !
Je fus un instant éblouie par la lumière trop vive qui sortait de sa baguette, mes yeux s'étant habitués à la noirceur ambiante. Puis je ne vus que du rouge. Partout. Mes bras en dégoulinaient, les lacérations plus ou moins profondes cachées par le sang qui avaient taché mon horrible robe. J'ai crié, la tête me tournant soudainement plus. Mais je n'étais pas la seule.
-Par le caleçon de Merlin ! Elise, regarde pas ça. Oh, Merlin ton visage, regarde pas ça non plus.
-Du Dictame. Il me faut de l'essence de Dictame ! Ça va jamais cicatriser sinon.
J'ai grogné sous la brulure combinée de toutes ces blessures, des larmes se formant dans mes yeux alors que je me retenais de hurler de toutes mes forces. Plus je souffrais, plus j'avais l'esprit clair. Ou peut-être était-ce l'inverse, je n'en avais pas la moindre idée.
-Du quoi ? J'EN AI PAS, MOI ! OH MON DIEU, TU VAS MOURIR LA !
Elle s'était mise à hurler, à tourner en rond autour de moi, comme si elle délimitait le trou pour ma tombe. J'ai posé ma tête en arrière, fixant le ciel ennuagé et sombre. Seule la lune, pleine, faisait voir ses rayons, et j'essayais de me concentrer sur le visage que formaient les cratères sur la masse phosphorescente.
-Vas en chercher dans ma malle, deuxième compartiment de droite, avec les potions et les herbes. Et prend de l'essence de Murlap, c'est une fiole jaune, celle qu'est tout au fond.
-Quoi ?
Elle s'arrêta brusquement dans son élan, alors qu'elle traçait un énième cercle autour de moi. Sa tête penchée vers moi, comme si elle n'avait pas bien compris ce que je venais de lui dire, alors que tout dans son expression indiquait que si.
-Mais je vais pas te laisser toute seule dehors en train de mourir !
-J'vais pas mourir, c'est que des égratignures. Vas-y maintenant, je veux pas que ça soit pire.
-Je reviens tout de suite.
J'ai bien attendu cinq bonnes minutes (le temps qu'elle rentre au château) avant de me permettre de brailler un grand coup. Question d'honneur, vous voyez, je ne pouvais pas me permettre d'avoir l'air d'une faible petite geignarde. J'ai ensuite reposé ma tête sur l'herbe sèche et froide, tentant de focaliser le moins possible sur mes blessures.
Et alors que je regardais les nuages qui bougeaient rapidement dans le ciel, j'entendis des pas galopants rapidement dans ma direction.
-T'es déjà là ? Demandais-je faiblement en me rasseyant.
Non, elle ne l'était pas. A moins qu'elle ne fut un loup-garou énorme avec plein de poils et de griffes à disposition. Maintenant que j'y pense, c'est peut-être le sang qu'il a reniflé de loin qui l'a mené jusqu'à moi. Ou peut-être était-ce mon hurlement sous la pleine lune qui lui a fait croire que j'étais l'un des siens.
J'y pense là, maintenant mais à l'époque, en voyant ça dans mon cerveau c'était plus un brouhaha de messages de détresse et de «Je savais que cette école était pourrie. Je le savais.». Le pire dans tout ça, c'est qu'en deux mois dans cette école, j'avais survécu à une explosion, à Sirius Black et ses potes, à un arbre complètement cinglé, à des escaliers flippants, à des soirées avec Slughorn, à l'aspect repoussant des cheveux de Rogue (l'un des amis de Regulus.), à un loup-garou aux grandes dents, et j'allais finir par être tuée par la bande des copains de mon meilleur ami et mon meilleur ami. Il en faut vraiment peu.
J'ai vaguement tenté de me souvenir de ce qui pouvait tuer un loup-garou. Avais-je de l'argent sur moi ? Oui, mais est-ce qu'on pouvait vraiment tuer une bestiole d'une taille pareille avec un bracelet et une bague ? J'en doutais fortement.
La bête se tenait devant moi, les crocs sortis et prête à attaquer. Je pouvais voir de la bave dégouliner le long de sa mâchoire, et je réussis à sentir du dégout en même temps que de la peur. Du bout de ma main droite, je tâtonnais vaguement mes poches pour essayer d'attraper ma baguette.
Est-ce que ça marche un Avada Kedavra sur un loup-garou ? On nous dit jamais rien ! Oh la vache j'ai peur. J'aurais jamais du venir ici... On se concentre. Avada Kedavra. Voilà, ça peut être bien. Ou juste un Doloris tient ! On va tenter le Doloris, si ça rebondit sur lui comme pour les géants, ça craindra moins. Il fait flipper avec sa bave. J'espère qu'il n'a pas la rage ! Ca serait peut-être même encore pire. On arrête... C'est quoi ça ? Ma baguette !
Vu tout ce que j'ai à dire, on a l'impression qu'une demie-heure vient de se passer et que la bestiole et moi on se regarde depuis trente piges dans les yeux, mais en réalité pas plus de dix secondes étaient passées et les grognements du truc poilu ne faisaient qu'empirer.
-Doloris !
La saleté de bestiole ne fit que gémir un peu, comme pour se moquer de moi et de mon aptitude à lancer un impardonnable. Et puis, d'un coup, elle n'était plus seule. Un énorme chien tellement noir que je ne l'aurais pas vu sans ses yeux et un cerf aussi grand que le loup apparurent derrière lui, galopants et menaçants.
J'ai bien tenté de me relever pour me tirer de là en courant, mais mes jambes ne semblaient pas répondre. Encore une fois. Pathétique. J'ai alors décidé de faire l'impossible : Transplaner. Comme une idiote. Je n'avais jamais pris de leçon, je n'avais même jamais transplané avec quelqu'un. J'avais déjà vu mon père le faire, quand il était pressé et ne voulais pas salir sa robe avec de la poudre de cheminette, mais c'était à peu près tout.
Je ne suis parvenue à rien, mais les autres bestioles ont eu le temps de rejoindre le loup-garou qui lui avait décidé de finalement m'attaquer. Et là, je crois que mon instinct de survie a finalement capté que j'avais besoin de lui, parce que malgré la douleur, la terreur et un hématome en formation, j'ai réussi à me relever très rapidement.
Pas assez, cependant, pour fuir à temps et échapper au truc à poil. Mais heureusement, le gros chien s'est mis à grogner après le loup qui s'est détourné de moi pour lui faire face.
J'ai crié quand j'ai vu que le cerf s'attaquait aussi au loup-garou. Surtout parce que, pour moi, les cerfs étaient des gentils petit animaux qui broutaient de l'herbe et vivaient dans la forêt avec les centaures et les licornes. Un petit troupeau tous heureux et innocents qui passaient leur vie à trottiner joyeusement et en harmonie les uns avec les autres.
Un hurlement terrifiant sortit de la gueule du loup quand le chien lui mordit l'épaule, et je reculais tant que je pouvais sans que cela ne paraisse suspect aux yeux des bestioles. Le plus étrange, c'est que je ne ressentais plus aucune douleur dans tout mon corps, et la seule sensation qu'il me restait était ce picotement qui parcourait tous mes membres, me faisant presque croire que j'étais invincible.
Je me suis mise à courir, le plus rapidement possible, en direction du château. J'entendais encore le loup qui grognait, alors que j'atteignais l'entrée. Et j'ai foncé droit dans Veronica qui, essoufflée, faisait une pause devant la grande porte.
-Elise ? Qu'est-ce-qu'il se passe ?
-Cours ! Je te raconterais plus tard ! Cours, j'te dis !
-C'est quoi ça là bas ? Un centaure ?
-Viens !
Vu qu'elle ne bougeait pas, je l'ai tirée par la manche à l'intérieur, claquant la porte derrière moi. Le son retentit dans le hall, faisant un bruit monstrueux. Et alors que je me croyais enfin en sécurité, la menace la plus terrible de la soirée apparut par la droite : Miss Teigne.
-Oh merde, merde, merde. Grouille toi, y a la sale bestiole qui se pointe.
Et on s'est mise à courir, encore une fois. Je vous jure, la bouffe avait beau être super lourde et pas du tout équilibrée, il était quasiment impossible de prendre un kilo dans cette école. Déjà, parce que le fait de monter trente cinq étages par jour en moyenne, y a pas à dire, ça vous maintient en forme, mais il fallait en plus se débrouiller pour échapper à toutes les nuisances qui se baladaient sans problème.
Si vous n'avez pas idée de qui est Miss Teigne, en fait, c'est juste la saloperie de chatte du concierge de ce truc moisi : Rusard. Je sais toujours pas d'où il tient son nom, d'ailleurs... Parce que, par Merlin, qu'il est idiot, le malheureux. Non seulement il était tordu et psychopathe, mais il avait l'intelligence d'un troll. Si on ajoute ça au fait qu'il était tellement laid que c'en était limite illégal, on obtient l'être le plus abjecte du monde. Enfin, je disais ça, mais c'est parce que je n'avais pas encore rencontré le Seigneur des Ténèbres à l'époque, je n'avais pas encore de bonne comparaison, vous voyez ?
Veronica nous a trouvé un petit refuge dans un placard à balais, à deux étages plus haut et je me suis adossée, à bout de souffle, contre la porte, me laissant glisser jusqu'à atteindre le sol poisseux. Mais je n'étais plus à ça près.
-C'est quoi tout ce délire, là ? Il se passe quoi ? Pourquoi y avait un centaure avec toi dehors tout à l'heure ?
-C'était pas un centaure.
-Ah ouais ? Et c'était quoi alors ? Une licorne ? Un putain de loup-garou ?
-Ouais.
-Comment ça « ouais » ? Me cria-t-elle, avec un air démentiel.
-Arrête de crier, Rusard pourrait nous entendre.
-Mais pourquoi t'as dit ouais ?
-Parce que, ouais, y avait un loup-garou.
-Mais euh, genre, un vrai ? Avec des poils, des crocs et des pattes ?
-Ouaip. Et tu devineras jamais quoi... Ils résistent très bien aux Impardonnables.
Je l'ai vu blanchir d'un seul coup. Et j'ai bien cru qu'elle allait s'évanouir.
-Véronica ? Ça va ?
-Pourquoi j'ai accepté de t'accompagner, déjà ?
-Parce que j'ai du pognon.
-Ah ouais. C'est vrai.
-Passe moi le Dictame et le Murlap, s'il-te-plait.
-Quoi ? Ah ouais, c'est vrai. J'ai complètement oublié.
Elle fouilla dans sa poche, en ressortit deux petites fioles et me les donna rapidement.
-Tiens. Raconte-moi tout, c'est quoi ce délire là, avec le loup-garou ?
-Je t'attendais dehors, tranquillement allongée, sans rien faire, et j'ai entendu du bruit. Je me suis dit que c'était toi qui arrivait, alors je me suis rassise... Et BAM ! Un énorme loup-garou. Il était moche, t'aurais vu ça ! Il bavait et tout, j'ai cru qu'il avait la rage, et ça fait peur quand même, la rage, tu vois ? Alors j'ai paniqué, j'ai sortit ma baguette, je lui ai lancé un Doloris, de peur qu'un Avada Kedavra, ça se retourne contre moi, et ça lui a rien fait du tout. Enfin si, il a gémit. Tu parles d'un super effet ! Bon, là j'ai bien cru qu'il allait me tuer, ou me transformer en bestiole immonde, mais y a un chien et un cerf qui ont débarqués et ils se sont mis à l'attaquer. Et là, je me suis mise à courir, je suis tombée sur toi, on est tombées sur Miss Teigne, et on a atterri ici.
Je lui avais raconté tout ça tout en barbouillant de ces trucs répugnants et salvateurs. Et j'observais mes plaies se rétracter sur elles-mêmes, puis disparaître, ne laissant que le sang séché comme trace de leur existence.
-C'est l'histoire la plus cinglée que j'ai entendue de ma vie. Et pourquoi tu lui as lancé un Doloris ? T'aurais pas pu lui jeter, je sais pas moi, un Petrificus Totalus ?
-Mais ça n'a pas d'effet sur eux ! Ça aurait été complètement stupide de faire ça, tu crois pas ?
-Ouais, si tu le dis, n'empêche que c'est quand même aussi un être humain le reste du temps. Allez viens, on a encore cinq étages à monter, et tu dois nettoyer tout ça... Tergeo !
-Merci. T'as raison, je suis crevée de toutes façons. Dis, tu crois que c'était qui le loup-garou ? Un prof ? Un élève ? Rusard ? Ou même le truc géant plein de poils qui sert de Garde j'sais plus quoi ? Et puis, comment ça se fait qu'il se baladait avec un chien et un cerf ?
-Qu'est-ce-que j'en sais ? Je suis pas experte en animaux et je ne connais aucun loup-garou qui soit à Poudlard, ou n'importe où d'autre, par ailleurs.
Les marches se sont succédées, chacune d'entre elle se révélant être plus dure à gravir que la précédente. Mon ventre me faisait mal, terriblement mal, maintenant que les effets de l'adrénaline se dissipaient, et une fois arrivée dans mon lit, après avoir enfilé un pyjama à la va-vite, je me suis recroquevillée sur moi-même, à regarder la lune par la fenêtre.
Qui était ce lycanthrope ? Pourquoi avais-je été secourue par deux animaux à priori inoffensifs ? Et, pourquoi avais-je été si bête que ça ? N'avais-je pas encore retenue la leçon ? Après tout ce qu'il s'était passé la dernière fois que j'avais bu de l'alcool? Par Merlin, pourquoi n'étais-je pas capable de me comporter comme une fille de mon rang ?
Lassée par tant de questions, je me suis brusquement retournée, fermant les tentures de mon lit à baldaquin avec hostilité, me faisant gémir de douleur.
La vie dans ce château me pourrissait l'existence. La seule vraie question dans tout ça, c'était : « Comment est-ce que je vais pouvoir réchapper d'ici en vie ? »
La dernière pensée qui traversa mon esprit alors que mes paupières, trop lourdes, ne se fermèrent pour un bon nombre d'heures, fut « ne pense plus à ça. Ça ira mieux demain.»
