Chapitre 14 : Black brothers.

Nous étions en décembre, lors d'un Samedi enneigé et gelé, lorsque la sortie à Pré-au-Lard arriva, me laissant envisager une évasion quelconque. Regulus à ma droite, son bras gauche me serrant contre lui,Veronica à une demie dizaine de pas derrière moi en compagnie de son copain de l'époque, le vent trop froid s'infiltrant dans ma cape d'hiver alors que je marchais le long des arbres blanchis et effeuillés.

-Tu sais, Rébus, les gens vont finir par croire qu'on sort ensemble si tu continues à te comporter comme ça.

-Mais c'est toi qui m'a dis que tu avais froid ! Répliqua-t-il en s'éloignant légèrement, comme vexé par ma remarque.

-Je n'ai pas dit le contraire, et ça m'arrange bien, tu sais, de t'avoir comme cheminée ambulante, mais tu sais qu'on ne peut pas se permettre de laisser les gens penser une chose pareille ! Tu le sais, n'est-ce-pas ? T'as bien vu comment nous a regardé ton frère tout à l'heure !

-Mais je m'en fiche de ce que pense mon frère, tu le sais très bien ! Et puis, il n'est même plus mon frère. Je m'en fiche, d'eux tous, de tout ce qu'ils attendent de moi, de tout ce que... il ne continua pas sa phrase, son épuisement marquant ses traits et sa voix.

-Oh, Rébus, je suis désolée. Viens-là, lui-dis-je en lui ouvrant mes bras et l'y enfermant. T'es fatigué en ce moment, c'est les BUSES qui t'épuisent comme ça ? Tu peux toujours venir me demander de l'aide. Et tu sais que t'es pas obligé de rejoindre le Seigneur des Ténèbres, tu peux faire comme moi. Tu peux aider à distance... De toutes façons, Bellatrix se charge de représenter la famille.

Il s'est éloigné, m'a souri vaguement, et a tout naturellement reposé son bras sur mon épaule, sans pour autant me répondre. Je savais qu'il tenait à tout prix à les rejoindre, et je savais que je n'avais pas mon mot à dire dans sa décision.

J'entendais toujours Veronica qui gloussait derrière, au loin, d'un rire trop nerveux pour être vrai. Un lourd silence s'installa, et j'ai dû me battre mentalement pour trouver quelque chose à dire.

-Tu sais que ta mère m'a écrit, la semaine dernière ? Elle est plus sympa sur papier.

-Qu'est-ce-qu'elle voulait ?

-Pas grand chose. Me dire que j'étais invitée à rester avec vous à Noël, que je ferrais bien de me trouver un futur mari, et de me débrouiller pour que ça soit ton frère. Comme si j'y pouvais quelque chose. J'ai bien essayé d'aller lui parler, mais il passe son temps à m'insulter. Il m'a même dit que je pourrais lui adresser la parole le jour où j'aurais appris à penser par moi-même... Il est d'un ridicule !

-Il a sa fierté, tu sais. Nous ne sommes pas assez bien pour lui. Pas assez «rebelles ». Il suit ce mouvement Moldu ridicule, la libération des mœurs ou quelque chose comme ça.

-Et puis pourquoi devrais-je me trouver un mari ? J'ai le temps, pas vrai ? J'ai même pas encore dix-sept ans et je dois me trouver un mec avec lequel je vais rester pour le restant de mes jours... Si ça, c'est pas tragique. Tu m'imagines dans cent ans avec un mec tout bizarre mais assez riche et noble pour pas faire tache ? Quelle horreur !

-Tu pourrais toujours m'épouser.

Une énorme pause insoutenable. Et puis, j'ai trébuché sur un caillou caché par la neige salie par les pas des badauds, ce qui m'a offert une distraction d'au moins trois secondes de plus.

-Tu rigoles là Regulus, pas vrai ?

-Non.

-T'as bu de l'alcool ? Un sort de confusion peut-être ?

-Je suis sérieux tu sais.

-Non, je ne sais pas. Et c'est quoi comme genre d'idée ça ? Moi, je m'étais toujours dit que j'épouserais Arès, tu vois qui c'est, n'est-ce-pas ? On s'apprécie assez et mes parents pourraient enfin avoir le château près de l'océan... Mais après j'ai dû venir ici. Et je m'étais dit «Bon au moins c'est un mec de mon âge et avec un bon patrimoine.» Et après, je suis tombée sur ta maison, on est bien d'accord, moi il est hors de question que j'y vive. Je me taperais une déprime au bout de deux semaines. Et là, en plus, j'apprends que ton frère, cet espèce de débile, a fugué... Et maintenant, alors que moi je comptais toujours essayer de le récupérer, tu veux que je me marrie avec toi, alors que je te considère légèrement comme genre mon petit frère. Et moi, je fais pas dans l'inceste, tu vois ?

Il ne répondit pas tout de suite, et alors qu'il ouvrait la bouche pour me dire ce qu'il en pensait, un petit sourire se dessinant sur ses lèvres, un cri tonitruant et terriblement menaçant l'en empêcha.

-POTTER ! TU VAS ME LACHER OUI ? ET JE NE SORTIRAIS JAMAIS AVEC TOI, TU COMPRENDS PAS OU QUOI ? J'EN AI MARRE DE TOI, TU M'ENTENDS ?

Pour lui, je n'en sus rien, mais moi, j'avais tout entendu. Et cela me fis même éclater de rire.

-Ça, c'est tout à fait typique. Lily Evans hurlant tout ce qu'elle peut sur James Potter, quoi de plus normal ? J'adore cette fille, y a pas à dire.

-Depuis quand t'adores les sang-de-bourbe, toi ?

-Je te demande pardon ?

-Evans, c'est une sang-de-bourbe.

-Tu te moques de moi ? C'est pas une sang-de-bourbe, elle, t'as pas vu comment elle est douée ? Et elle s'y connait vachement en tellement de trucs. Et en plus, son père, il est fabricant de balais, alors à la rigueur, c'est une sang-mêlée, si tu veux.

-Son père est fabricant de balais, ouais, mais des balais normaux, ceux avec lesquels les elfes nettoient les sols. C'est une sang-de-bourbe, que tu le veuilles ou non.

-Mais elle a pas le droit ! Je suis pote avec elle, moi ! Nan mais c'est génial quoi, super. Waouh, bravo Elise. Y a pas un seul putain de sang-pur avec lequel je puisse avoir une quelconque relation ou quoi ? Si ça se trouve je suis maudite, ça doit être ça. Je suis trop maudite en fait... Non mais sérieux, c'est quoi leur problème à eux aussi, ils pourraient pas porter une pancarte, genre « Youhou, devient pas pote avec moi, j'suis un sang-de-bourbe. » Ou encore mieux ! « Couche pas avec moi, je suis un Moldu. » Parce que, euh, oh Merlin, j'suis sûre que ça doit arriver, mais pas à moi, non, juste aux autres. Ils m'énervent aussi ceux-là. Et puis l'autre, là, Potter, tu crois franchement pas qu'il pourrait être amoureux de quelqu'un d'un peu mieux ? Genre même un sang-mêlé ça ferait l'affaire.

Et j'ai continué de me plaindre jusqu'à notre arrivée dans un pub bien peuplé, un truc avec un nom de balais, la barman était plutôt jolie et Sirius Black et ses potes passaient leur temps à la regarder.

Veronica était, elle, partie dans un autre endroit d'une niaiserie évidente et écœurante. Regulus, qui avait l'air d'apprécier l'endroit, m'avait promis que nous irions, juste après, chez Gaichiffon, me chercher une paire de chaussures si j'acceptais de rester dans un endroit que je qualifiais « d'insalubre ».

-J'ai un plan, annonçais-je subitement, en reposant ma bierraubeurre.

-Pour ? Me demanda Regulus, sans détourner les yeux de la Gazette du Sorcier.

-Épouser ton frère.

-Il n'est pas mon frère, il utilisa ce même ton distant et que je détestais plus que tout, l'air désintéressé.

-Ouais, c'est pareil. Il n'est qu'un traitre-à-son-sang, certes, mais on peut toujours lui redonner un titre honorable.

Il leva un regard froid, préoccupé et ennuyé.

-Pourquoi est-tu aussi obsédée par lui ? Il ne veut pas redevenir l'un des notre. Il se fiche royalement de la pureté de son sang... Maintenant, laisse-moi lire le journal.

Il se détourna de moi, assez rapidement pour me faire comprendre que la discussion était terminée.

-T'es désagréable, c'est dingue ! C'est pas comme si on était ami ou quoique ce soit... Je vais faire un tour. Tu m'énerves ! C'est où les toilettes ?

Il pointa un doigt désinvolte vers le fond du pub, sans avoir l'air de m'entendre.

-Oublies ce que je t'ai dit le week-end dernier à propos d'un éventuel cadeau de Noël, tu peux toujours aller te faire voir... Et vas-y continue de prétendre de ne pas m'entendre !

Enervée, je lui fis un geste déplacé de la main, chose improbable venant de ma part, mais étrangement libérateur.

-Tu m'entends peut-être pas mais t'as dû le voir, celui-là !

J'ai tambouriné des pieds jusqu'aux toilettes, furieuse et contrariée. Ce n'était pas son genre de se mettre à m'ignorer.

Je me suis aspergée le visage d'eau froide, tentant de me vider l'esprit, et échouant lamentablement. Sous le coup d'une nouvelle impulsion de colère, j'avais décidé d'aller faire les magasins seule et de le laisser m'attendre ici, sans nouvelle de ma part, pensant y trouver une quelconque revanche.

J'ai ouvert la porte violemment, la faisant claquer contre le mur de pierre. Avant de sentir quelque chose se plaquer contre moi.

-Oh, pardon !... Ah, c'est toi. Finalement, non, pas pardon.

-Ferme-là, Black... Et puis mince, à la fin ! C'est quoi aujourd'hui ? La journée d'emmerdement des Black envers moi ou quoi ? C'est un comité de ligue contre Elise Duchesnes-Rosier ? Sérieusement, c'est quoi votre délire là ? Oh et tu sais quoi, laisse tomber, vous n'êtes qu'une bande d'imbéciles. Tu peux prétendre autant que tu le voudras, t'es toujours l'un des leurs, et tu ne t'en rends même pas compte ! C'est franchement pathétique.

Emporté par un soudain élan de rage, il me plaqua contre le mur, et j'ai immédiatement eu le réflex d'attraper ma baguette et de la lui planter sous la mâchoire, alors qu'il appuyait sa main sous ma gorge, m'empêchant de partir.

-Ferme la ! Je ne suis pas un des leurs, tu m'entends ? Je n'ai jamais été l'un des leurs !

-T'essayes de faire quoi, là ?

-De te faire taire.

-Désolée de te décevoir, mais ça marche pas.

-Ferme-la.

-T'es au courant que t'as une baguette pointée sur le cou prête à t'envoyer valser ?

-Tu le feras jamais.

-Je l'ai déjà fait, tu sais. Tu ne t'en souviens plus ? Maintenant, bouge-toi de là, vite-fait avant que ça ne finisse mal.

-Tu ne l'as jamais fait devant des témoins.

-Ça y changerait quoi ? Je sais être discrète. Et puis, c'est pas comme si ils allaient franchement me punir, question de relations diplomatiques, tu vois.

-Relations diplomatiques ? T'es sérieuse ?

-Mon grand père est l'ancien premier ministre français, ça passerait plutôt mal si j'étais expulsée, tu vois ?

-Tout à toujours rapport avec le nom des gens avec toi, pas vrai ?

-Tout, non. Juste les gens que je fréquente et qui je suis.

-Hum hum !

Alors qu'on parlait, je ne m'étais pas rendue compte que le monde avait continué d'avancer et une bande de gamines s'approcha de nous, ou plutôt de la porte des toilettes, et avaient l'air plutôt énervées.

Black enleva son bras, me libérant au passage, et releva la tête, m'empêchant de voir ses yeux que j'avais fixés tout le long de notre discussion. Il fit volte-face et rejoignit ses amis, rien chez lui n'indiquant que l'on avait eu une quelconque forme de communication.

J'ai regardé ma montre pour voir combien de temps il me restait avant de rentrer au château, réalisant que j'allais devoir limiter le nombre des magasins à limiter : Trois quart d'heure chez Gaichiffon, dix minutes chez Scribenpenne, une demie heure chez Honeydukes pour faire le plein de chocolat, et j'étais partie en direction de Poudlard. Seule, et une tonne de bagages magiquement allégés et rétrécis.

Alors que je me reposais sur mon lit après ce long périple jusqu'à mon dortoir, à penser au fait que Lily Evans, la très gentille, très polie et très douée Evans, n'était qu'une sang-de-bourbe, Veronica est apparue dans l'encadrement de la porte, les joues rosies, et un grand sourire niai.

-Tu devineras jamais !

Qu'étais-je censée deviner ? Qu'elle était folle amoureuse d'un mec dont j'ignorais jusqu'au nom ? Qu'il l'avait embrassée passionnément avant de la quitter ? Je savais déjà tout ça, mais ce que je ne savais pas, c'était combien de temps cela allait-il durer avant qu'elle ne vienne pleurer dans mes bras en l'insultant de tous les noms possibles et imaginables.

Et ça, c'était même plutôt facile à deviner.