Chapitre 15 : Les jours d'hiver.

Samedi 18 Décembre 1976, 8h42.

-ELISE !

-qu'essya ?

-Dépêche-toi ! On va être en retard !

-M'en fous. Laisse-moi dormir.

-On n'a pas le temps de dormir, y a le train à prendre dans moins d'une heure. A moins que tu ne veuilles retourner à Londres toute seule et à pied ?

-C'est aujourd'hui ? Fallait me le dire plus tôt ! Je croyais qu'on allait juste genre en Sortilèges moi !

Je me suis levée, soudainement en pleine forme, avant de filer dans la salle de bain et d'en ressortir dix minutes plus tard, prête à partir, les cheveux à peines retouchés, une énorme écharpe enroulée autour du cou, et un énorme sourire aux lèvres, heureuse de pouvoir enfin quitter cet enfer.

-Au fait, tu m'as pris de quoi manger ?

-Oui, comme d'habitude.

-T'es levée depuis quelle heure ?

-Six heures trente, je ne sais même pas pourquoi tu me demandes, c'est comme ça tous les matins. Quand t'es en retard, je te prends à manger, quand tu veux pas aller en cours de bonne heure, je te trouve une excuse. J'espère que j'aurais un super cadeau de Noël, je crois que je le mérite !

-Et moi, alors ? A chaque fois que t'es prête à péter un câble devant tes devoirs, qui c'est qui te fais penser à autre chose ? Qui c'est qui t'as acheté cette magnifique paire de bottes le mois dernier parce que t'avais plus de quoi t'en payer une ? Et qui t'as appris ce merveilleux sort qui te donne bonne mine en deux secondes ? C'est moi ! Alors je crois que moi aussi je vais avoir un parfait petit cadeau pour Noël venant de ta part cette année, Veronica !

Je l'ai regardée avec mon air le plus hautain, passant devant elle, ma malle à la main, en direction de la porte, avant de me retourner vers elle.

-Et donne moi mes tartines.

Samedi 18 Décembre 1976, 12H06.

-Elle passe quand ? J'ai trop faim ! s'exclama Veronica.

J'ai sursauté, trop prise dans ma contemplation du paysage. L'épaisse couche de neige recouvrait chaque parcelle de terre, et les flocons tombaient abondamment, me faisant louper une bonne partie de ce qu'il y avait à voir.

-Qui ça ? lui demandais-je, confuse.

-La vendeuse de bonbons. J'ai oublié son nom.

-J'en sais rien, elle doit être en train de draguer le conducteur du train.

-C'est possible, ouais, ou alors elle est partie s'empiffrer dans les toilettes, dit-elle avec une voix froide.

-T'as pas besoin d'être méchante tu sais. Si ça se trouve, elle arrive, et puis c'est pas de sa faute si tu t'es fait larguer y a une semaine.

-JE NE ME SUIS PAS FAITE LARGUER ! On a rompu d'un commun accord.

-C'est pas ce que m'as dit Deborah.

-Qu'est-ce qu'elle en sait, celle là ? On se parle à peine !

-C'est meilleure amie de Jessica, je sais pas si t'as oubliée, mais c'est la copine de Jason, le meilleur pote d'Eunice. Elle connait tout de ta vie. Et d'après Jason, ce serait lui qui t'aurais larguée pour pouvoir sortir avec Kayley.

Ouais, voilà, c'était ça son nom à lui. Eunice. Bordel, ils avaient vraiment un problème avec les noms ceux là.

-POUR SORTIR AVEC KAYLEY ? JE VAIS LA TUER !

Elle s'est levée trop vite pour que je ne puisse la retenir, et sans que je ne puisse même la rattraper, elle était déjà parie en courant dans le couloir du train, vérifiant chaque compartiment pour voir si sa nouvelle ennemie jurée était dans l'un d'entre eux.

-Veronica ! Attends !

Elle s'est soudainement arrêtée, et j'ai cru pendant un instant que c'était parce qu'elle m'avait écoutée et s'était ravisée. Puis, je l'ai vue ouvrir la porte d'un compartiment avec une telle hargne que les vitres tremblèrent.

-Toi, t'as aucune idée de ce que je vais te faire ! Hurla-t-elle dès que la porte fut claquée contre le mur.

Et puis, je crois que c'est à ce moment là qu'elle s'est aperçue que Eunice était également dans ce compartiment, et c'est là que ça a dégénéré.

-NON MAIS TU RIGOLES LA ? C'EST UNE BLAGUE, C'EST ÇA ? TU TE MOQUES DE MOI ? QUAND TU M'AS DIT QUE TU VOULAIS QU'ON FASSE UNE PAUSE PARCE QUE TU NE SAVAIS PLUS OU T'EN ETAIS, T'AS PAS PRECISE QUE C'ETAIT POUR TE TAPER UNE BLONDE ! Sa voix d'une puissance ahurissante résonnait dans tout le wagon, et elle s'avançait lentement à l'intérieur, ponctuant chacun de ses mots par le son tambourinant de ses chaussures, rythmant le tout en une mélodie déplacée et peu harmonieuse.

-Hey ! On ne se moque pas des blondes !

Elle m'a ignorée, alors que je la rejoignais à l'intérieur, les quatre occupants avaient tous l'air terrorisés par ce qu'il se passait, mais seul Eunice avait l'air complétement paniqué, il s'était instinctivement collé au fond de son siège et s'était éloigné de Kayley Brown, qui elle avait plus l'air d'un enfant surpris en train de faire une grosse bêtise.

Elle a brusquement sorti sa baguette pour la pointer sur lui, puis s'est ravisée avant de la pointer sur la fausse blonde.

La première d'entre eux à dire quelque chose fut Jane White qui dormait dans le même dortoir que nous, je la trouvais plutôt sympathique, même si elle était d'ordinaire un peu trop réservée pour que l'on ne devienne plus proche.

-V, calme-toi s'il-te-plait, pose ta baguette, ça sert à rien tu sais.

-Ah toi fous moi la paix, hein, je te ferais dire que j'ai pas dit à Deborah que t'avais couché avec Jerry l'année dernière !

-T'as couché avec Jerry ? T'es morte !

Je savais qu'on aurait dû fermer la porte en entrant.

Apparemment les cris de Veronica avaient ameuté des dizaines de personnes qui s'agglutinaient en un petit tas de curieux, et parmi eux se trouvait Deborah qui, dans toute sa colère avait réussi à se frayer un chemin jusqu'à la porte.

-J'te jure c'est pas ce que tu crois ! Couina Jane White, qui pour une fois était aussi blanche que son nom alors que Deborah me bousculait pour aller lui donner une énorme gifle.

-Et puis change pas de sujet, toi là, la blondasse, déjà, tu vas te prendre une bonne paire de claque. Et puis toi, là, fit Veronica en désignant vaguement Eunice d'un hochement de tête, je sais même pas ce que je vais te faire ! Espèce d'ordure !

-Je suis préfet tout de même ! Tu me dois le respect...

-LE RESPECT ? Tu te moques de moi là ? T'as même plus le droit de me demander ça, après ce que tu viens de me faire, je ne crois pas que tu sois même autorisé à m'adresser la parole. Et puis après tout, t'en as eu du respect pour moi ? Hein ? Il est où le respect pour la capitaine de ton équipe ? Il est où le respect que tu me devais à moi en tant que ta petite copine ? Et ton respect pour notre couple ?

Elle fit tomber sa baguette, et lui fonça dessus pour l'assaillir de coups de points un peu partout. Alors qu'au même moment Jane et Deborah se hurlaient dessus des insultes plus que bizarres. Kayley s'était éloignée d'eux tous dans un coin, le regard posé sur le sol, les joues détrempées par des larmes plus que grotesques.

Et puis il y avait moi, devant l'encadrement de la porte, une trentaine de personnes derrière moi, alors qu'une vague de solitude m'envahissait. Tout ça, ça n'était pas ma vie. C'était bien trop grossier, trop surfait, trop commun pour être ma vie. Et pourtant, c'était ce que je vivais.

-LAISSEZ MOI PASSER ! JE SUIS PREFET EN CHEF ! Poussez vous enfin !

-Allez viens Veronica, on doit y aller.

J'ai doucement retiré Veronica d'Eunice qui n'avait même pas osé sortir sa baguette, et fis demi-tour, poussant les gens sur mon chemin, avant de retourner calmement dans notre compartiment.

C'est là qu'elle s'est mise à pleurer, chose qu'elle n'avait pas encore faite jusqu'à présent.

Je l'ai consolée pendant près d'une heure, alors qu'elle se vengeait sur les bonbons que j'avais acheté à la vendeuse, jusqu'à ce qu'elle s'endorme. Et puis le voyage a continué pendant des heures et des heures, jusqu'à ce qu'on arrive finalement. J'avais eu le temps d'aller rendre une petite visite à Regulus et ses amis plutôt bizarres. Quand je suis revenue à ma place d'origine, Veronica était réveillée, sans doute à cause des tremblements du train lors de son arrêt. Il faisait nuit noire depuis plus de deux heures, et c'était avec grand plaisir que je comptais aller retrouver un lit, peu importe lequel et peu importe l'endroit où il se trouvait.

-Ah, vous êtes là, dépêchez vous un peu. Où est mon fils ? Qu'avez vous donc fait à vos cheveux ? Attachez les un peu ! M'accueillit Mme Black avec la plus grande gentillesse du monde, enfin, j'imagine que pour elle, ça devait sembler plutôt sympathique.

-Encore dans le train, il me semble madame. Il doit très certainement être en chemin. Je crois que c'est lui, là bas. Vous avez passé un bon trimestre, madame ?

-Vous pourrez me parler de tout ça le jour où vous me ramènerez mon fils à la maison. En attendant, contentez vous de sourire et d'être polie. D'ailleurs, vos parents tiennent à vous voir pour le nouvel an, nous les rejoindrons donc le trente.

Alors que Regulus s'approchait de sa mère pour la saluer, la seule chose qu'il me restait dans la tête c'était une envie de fuir à tout prix. Mais qu'avais-je donc encore fait pour mériter ça ?