Chapitre 16: Merry Christmas.
"Ce n'est pas un signe de bonne santé que d'être bien adapté à une société profondément malade." J. Krishnamurti
Vous savez ce qu'on dit à propos des fêtes de fin d'année... C'est fait pour le passer avec la famille, tout ça, tout ça. C'est une période magnifique, où les gens s'offrent des cadeaux avec une hypocrisie accrue par un faux élan de générosité que l'on nous impose tous les ans. Dans le seul but de célébrer une naissance providentielle dont l'existence même n'a pas été prouvée.
Tout ça, c'est bien beau, mais quand on le met en pratique, ça peut virer légèrement au cauchemar.
C'est ce qu'il m'arrivait à moi à ce moment là. On était quoi, le vingt décembre ? Je ne sais plus trop, mais les gens semblaient penser que c'était un devoir de faire le plus de fêtes possible en cette fin d'année... Je crois que j'étais vraiment en enfer à ce moment précis de mon existence alors que mon meilleur ami/ancien petit copain/ennemi/coup d'un soir/complice arrivait le lendemain pour passer deux trois jours à Londres, que la maison où je réside en tant que La Française est envahie par une bande de cinglés nommés les sœurs Black, mes très chères cousines, ainsi que leur père, un mec tout aussi cinglé.
Et mon seul support est parti discuter affaires avec mon cousin (qui est également le sien) Evan. Oui, tout ça donne le tournis.
J'étais en train de me changer avant d'aller assister à une nouvelle réception qui allait durer plus de cinq heures en compagnie des sœurs timbrées, des Malefoy, ET de la famille Rosier au complet. (avec l'exception de ma mère, bien sûr, qui elle était sans doute en train de hurler sur nos elfes de maison pour qu'ils préparent tout plus vite, et qu'ils fassent disparaître jusqu'à la dernière poussière pour le réveillon en compagnie d'une cinquantaine d'invités.)
Je vous ai déjà parlé de la famille Rosier ? Non ? J'avais mes raisons. C'est des gens bizarres les Rosier, très bizarres... Une vieille famille française implantée en Angleterre depuis quelques générations, qui font plutôt dans le côté sombre et glauque, j'imagine que ça leur donne un style. Ils ne sont pas bien sympathiques, et ma mère, Isidore, m'a toujours dit que j'avais bien de la chance d'être élevée par elle et non pas par ses parents. Je les ai rencontrés plusieurs fois, et aucun d'entre eux ne m'a jamais paru bien aimable.
Ma mère, elle m'en a raconté des dizaines d'histoires sur ce qu'il se passait quand elle vivait encore chez eux. Elle n'avait qu'une seule envie, c'était de partir. Et quand elle a rencontré Marius Duchesnes, mon père, je pense qu'elle a dû y voir une sorte d'opportunité de s'en sortir. Parce qu'elle n'avait jamais été pareille. Ma mère, c'était la plus jeune, la plus choyée, celle qu'on a le plus protégé, mais ça n'a pas suffit, toute cette folie ambiante l'a rendue un peu dépressive. Elle a toujours du mal à parler d'eux, comme si elle avait vécu un traumatisme. Ça l'a rendue un peu bizarre. Elle a un petit côté fou qui ne la quitte pas.
Je dois bien avouer que j'étais bien contente de vivre chez moi plutôt qu'avec des Rosier, ils vivent dans le noir, comme les Black, aucun moyen de survivre dans le noir. Moi je vis dans la lumière, les grandes pièces blanches et légères bordées de doré et de chandeliers de cristaux. Je suis comme ça, vous comprenez pourquoi je n'aime pas Poudlard, non ? C'est une excellente école, je l'avoue mais ça ne remplacera jamais Beauxbâtons.
Alors oui, bref, j'étais en train d'enfiler une paire de bottes quand j'ai entendu quelqu'un frapper à ma porte.
-Elise ? Mère m'a demandé de venir te chercher, tu es prête ? Je peux entrer ?
-Oui oui, vas-y rentre. Je n'en ai plus que pour une minute Reg. Au fait, t'es déjà revenu ? T'étais pas avec Evan ?
-Si, il voulait juste qu'on parle de quelques trucs sur euh, le Seigneur des Ténèbres, tu vois ? On n'en a pas eu pour très longtemps. Il veut que j'aille l'assister dans une de ses missions demain.
-Mais demain c'est la veille de Noël ! Tu vas sérieusement aller faire je ne sais pas quoi la veille de Noël ! Et puis tu vas faire quoi au juste ? T'as quinze ans ! Tu ne peux pas jeter de sorts en dehors de l'école, c'est interdit par la loi.
-J'ai dit que je venais pour assister, pas pour tuer quelqu'un.
-Parce que t'as l'intention de tuer quelqu'un ?
-Tu sais bien que non, c'était une façon de parler.
-Une façon de parler ? Regulus, tu sais qu'Evan a déjà eu à tuer des gens, pas vrai ? Tu le sais, ça, n'est-ce-pas ? Tu sais que c'est une chose que tu vas devoir faire si tu les rejoins ?
-Je...Euh... Oui. Oui ! Bien sûr ! C'est qu-quoi comme question ça ?
J'avais visiblement touché un nerf puisqu'il était soudainement devenu très agité. Je savais pertinemment qu'il n'était pas capable de tuer quelqu'un. Il n'avait pas la force de caractère pour ça, il ne l'a même jamais vraiment eue, même quand il était l'un des leurs. Un Mangemort. C'est ridicule comme non, pas vrai ? Enfin bref, je savais qu'il n'aimait pas que je lui rappelle que ce n'était pas vraiment ce qu'il voulait faire dans la vie. Regulus était destiné à beaucoup de choses, vous savez, il aurait pu devenir haut placé au Ministère, et puis il était plutôt doué au Quidditch... Mais non, il a fallu qu'il devienne Mangemort. Je suis toujours persuadée que c'était plus pour sa mère que pour lui, et que quoiqu'il en dise, cette obsession qu'il avait pour « Le Seigneur des Ténèbres », que je n'ai d'ailleurs aucun mal à appeler Voldemort, à présent, après tout, pourquoi utiliserait-il un surnom s'il ne voulait pas qu'on l'utilise ?
J'en étais où déjà ? Ah oui, voilà, il collectionnait les articles de journaux le concernant, mais je pense que c'était plus pour se tenir informé sur ce qui l'attendait que pour autre chose. Mais je peux très bien avoir faux, je n'ai jamais vraiment réussi à percer la carapace de Regulus, il ne m'a jamais laissé faire non plus dirons nous. Quinze ans à être éduqué par une psychopathe et un père quasi inexistant, ça ne s'oublie pas je pense.
-Le genre de question qui te perturbe, Rébus, dis-je en me relevant.
-Je ne suis pas perturbé ! Je vais très bien ! Et puis de toute façon, on doit descendre, on nous attend, tu sais. On devrait être parti depuis cinq minutes.
J'ai soudainement éclaté de rire, sans vraiment que je trouve la situation particulièrement drôle, le suivant avec entrain alors qu'il descendait les escaliers. Ses parents nous attendaient en bas, formant le couple le plus terne que j'aie jamais vu de toute ma vie. Ces consanguins alors...
Enfin, voilà, vous voyez... hum. La soirée était abyssalement abyssale. Je n'avais pas reparlé de tout ça avec Regulus, et puis j'ai passé la moitié du temps à sourire à des gens que je ne connaissais même pas. Et puis j'ai dû supporter un discours moralisateur d'un Mangemort qui voulait soit-disant nous protéger des méchants Moldus qui voulaient notre extermination, j'ai failli lui demander pourquoi il était un Mangemort si ce n'était pas pour exterminer des gens, mais j'étais un peu cernée, et puis à l'époque, je n'avais pas le courage d'affirmer ce que je pensais. Ce n'est pas comme maintenant, vous voyez ? Y a bien une raison qui a fait que j'en suis là où j'en suis.
Et le lendemain matin, ah, le lendemain matin... Ce fut un énorme mélange d'émotions en tout genre, vous voyez, un peu comme un Milkshake, on ajoute on ajoute, et puis on arrive au mélange final, qui est en règle générale délicieux. Mais pour quelqu'un comme moi qui n'aime pas les émotions, le milkshake peut vite tourner au lait périmé.
Ça a commencé avec une espèce de joie mêlée à de l'anxiété quand j'ai vu Arès pour la première fois en six mois. Moi, sur le quai de gare, remplie de Moldus, j'avais la sordide impression de revivre la même chose qu'à mon arrivée. Et puis lui, descendant du train, une seule valise en main, et l'air un peu perdu. Il traversa l'endroit des yeux, qui se posèrent finalement sur moi, ce qui le fit sourire, je crois que j'ai bien cru revivre à ce moment là.
-Ma chère ! Que le temps m'a semblé long loin de vous !
-Mon adoré ! Vous m'avez tellement manqué, il me semble loin le temps où j'ai pu vous regarder pour la dernière fois !
Il éclata de rire, le son tonitruant enlaçant mes sens, puis ce furent ses bras qui m'enlacèrent avec force, m'écrasant contre ses épaules.
-T'es encore vachement douée à ce jeu là !
-Tu crois quoi ? C'est pas parce que je suis avec les anglais que j'en perds mon français !
-Alors, l'ambiance, c'est comment ?
-Mortel, mortellement mortel. Je crois que je suis morte au moins cinquante fois d'ennui en six mois... C'est dur. J'ai l'impression d'être un fantôme. Et toi, c'est comment dans le Sud ?
-Tu connais Pénélope... Elle s'accroche, elle s'accroche. Et elle ne lâche pas. Elle croit que c'est à elle de reprendre ta succession.
-Ma succession ? Lui demandais-je en relevant la tête pour le regarder dans les yeux, me dégageant un peu de son étreinte.
-Tu ne te rappelles pas ? Tu m'as dit que je devrais te trouver une remplaçante. Elle a cru que c'était elle qu'il fallait pour reprendre les traditions.
-Et ça donne quoi ?
-Juste avant les vacances, on a eu le droit à une soirée sur le thème des licornes. Ul' a faillit se suicider avec une cuillère pour échapper au massacre. Iris a abandonné au bout de vingt minutes pour aller « chercher à boire », elle n'est jamais revenue. On l'a retrouvée avec Luc dans un couloir.
-Encore ? Luc et Iris ? Y a vraiment des choses qui ne changent pas !
J'ai éclaté de rire avec légèreté, me sentant plus libre que je ne l'avais jamais été en des mois, comme apaisée et j'avais cette étrange sensation d'être chez moi. Je ne sais pas comment l'exprimer. En Angleterre, j'étais persuadée de ne pas être vraiment moi-même, et rien que le fait de l'avoir, lui, près de moi me ramenait à la personne que j'avais été si peu de temps auparavant. Je ne sais pas si ça va vraiment avoir du sens pour vous, tout ça a à peine du sens pour moi. Mais c'est le but de tout ça, pas vrai ? Je vous raconte ce que j'ai vécu, ce que j'ai ressenti pendant ces trois années, et vous en faites ce que vous voulez après, pas vrai ?
-Toi non plus tu sais, t'as même pas encore pris une seule ride.
-C'est le froid, ça conserve. Tu devrais essayer, monsieur bronzage. D'ailleurs, c'est un cheveu blanc que j'aperçois ?
On a continué de se chamailler tout le long du chemin, plus pour nous prouver notre affection que par réelle envie d'embêter l'autre.
Et puis on s'est arrêtés à un pub Moldu pour boire un café, juste le temps de nous divertir et de nous réchauffer. J'avais eu l'autorisation d'aller me promener seule de Black en chef, sans qu'elle ne sache ma réelle raison de sortir, évidemment. L'épaisse couche de neige qui recouvrait Londres nous faisait marcher doucement, et j'étais plus que ravie de prolonger ce moment de bonheur.
-Tu sais, ils ne sont pas très festifs par ici, et quand je dis ça, je ne mâche pas mes mots, je n'ai pas eu le droit à une seule fête digne de ce nom depuis mon arrivée. Ça me manque, si tu savais !
-Elise ?
-Hum ? Grognais-je en relevant la tête de ma part de pudding.
Son expression plus que sérieuse me déstabilisa, il avait été plus que joyeux toute l'heure, et puis, en deux minutes, le temps que j'ai passé à contempler avec gourmandise mon dessert, il avait eu le temps de devenir austère.
-Qu'est-ce qu'il y a, Arès ? Tu ne te sens pas bien ?
-Si si, ça va. Il faut juste qu'on parle.
-Tu veux parler de quoi ? Je t'ai raconté à peu près toute ma vie, tu sais, tu sais déjà tout ce qu'il s'est passé avant, tu veux qu'on reparle de la fois où j'ai réussi à te faire croire le professeur Martin et moi sortions ensemble ? Ça, c'était une bonne histoire !
-Attend, je suis sérieux là, Elise, laisse moi finir ce que j'ai à dire. Tu feras semblant d'être heureuse dans dix minutes.
-Je suis parfaitement heureuse, merci bien.
-Tu sais très bien que non, mais là n'est pas la question. Laisse moi parler, d'accord ? Tu pourras dire quelque chose après si tu veux, mais laisse moi sortir tout ce que je crève d'envie de te dire.
J'ai simplement acquiescé, ne me risquant pas à ouvrir la bouche. Son ton était trop autoritaire, bien plus autoritaire qu'il ne l'avait jamais été.
-Quand j'ai su que tu allais en Angleterre, je n'ai pas vraiment su comment le prendre. Il y avait Ulysse qui me disait que c'était un bon moyen pour moi de t'oublier, de passer à quelque chose d'autre. Parce que je n'ai jamais vraiment réussi à m'en remettre, je sais très bien que t'as tourné la page, même le livre entier. Mais pas moi, je me suis accroché au fait que tu veuilles qu'on soit toujours ami. J'ai espéré, même quand tu enchainais les petits copains et les coups d'un soir... Fais pas cette tête là, tu sais très bien que tu l'as fait. Et puis tu t'es rapprochée de moi, encore plus, juste dans le but d'avoir un ami en qui tu pouvais avoir confiance. Parce que tu n'as jamais fait confiance à personne, je le sais, il m'a fallu un mois avant que tu m'avoues que tu faisais une dépression.
-J'ai jamais dit ça ! Comment oses-tu ! J'allais très bien, j'étais tout à fait heureuse ! Et je le suis toujours !
-Je croyais que tu étais d'accord pour me laisser parler ?
-Pff, vas-y, continue, mais sache qu'on reparlera de ça plus tard. Alors là c'est même pas la peine d'essayer d'y échapper !
Il lâcha un énorme soupir, agacé par mon comportement. Je crois qu'il pensait que je faisais un caprice, mais vraiment, je ne lui avais jamais dit de telles choses.
-Tu me l'as dit, crois-moi tu me l'as dit. Tu te rappelles la veille des vacances d'hiver l'année dernière ? Le dix-neuf décembre 1975. On avait fait cette énorme fête dans l'aile Sud qui avait un peu dégénérée, tu te rappelles ? Le directeur nous avait à chacun filé une semaine de colle, et quand il a fallu accompagner les blessés, les comas éthyliques et ceux qui avaient trop bu à l'infirmerie, ils ont voulu t'amener, mais tu ne voulais pas me lâcher. On a tout essayé, mais ils avaient de toute façon trop à faire pour s'occuper de toi. Alors j'ai passé la nuit à essayer de te tenir compagnie. On a parlé pendant des heures, et puis je t'ai demandé pour quelle raison tu tenais tellement à faire la fête toutes les semaines. Et tu m'as répondu, je cite, «Faut bien s'occuper, après j'ai le temps de penser au fait que je déteste ma vie. Elle est nulle ma vie, des fois, j'me dis, ma petite Elise, tu ferais mieux d'en finir. Et puis après, j'me dis que ça serait trop bas de gamme, trop Moldu, et que mes parents auraient encore plus honte de moi. Alors je bois, et je m'amuse, parce que ça occupe. Et toi, c'est quoi ton excuse, monsieur le preux chevalier du Whisky ? ». Enfin bref, après ça, j'ai essayé de te t'en reparler, mais tu avais tout oublié, c'était comme si toi-même tu n'étais pas au courant de ton propre malheur... je parlais de quoi déjà ?
Je l'ai regardé, incrédule, persuadée qu'il racontait des idioties dans le seul but de prouver quelque chose. Je savais que j'avais toujours plus ou moins eu tendance à être triste quand j'étais seule ou que je m'ennuyais. C'était un fait, c'était dans mon caractère, je suis quelqu'un de sociable vous voyez,
-Du fait que j'étais devenue ton ami parce que j'étais une dépressive sans ami qui a un problème de confiance, lui répondis-je avec amertume.
-Ouais voilà. Alors, tu vois, j'ai encore plus espéré, mais tu semblais davantage obsédée par ton envie de vivre au jour le jour. Tu voulais vivre. Tu me l'as répété cinquante fois. Et puis, il y a eu ton anniversaire. Je n'y étais même pas invité. Une soirée spéciale fille. Je m'étais dit que c'était pas trop grave, que je pourrais t'offrir ton cadeau le lendemain. Mais il n'y avait pas moyen de te trouver. J'ai paniqué, je me suis imaginé les pires histoires possibles. Mais si j'avais su que c'était encore pire que tout ça... J'ai appris la veille de ton départ. Des rumeurs. Pénélope ne sait pas se la fermer. Tes parents ont essayé de couvrir l'affaire du mieux qu'ils pouvaient. Mais c'était trop tard. Tout le monde savait déjà. Ils en parlaient encore à la rentrée. Toi, la Grande et Honorable Elise Duchesnes-Rosier, celle qui nous avait fait vivre les soirées les plus grandioses de notre vie, toi, tu t'étais fait virer du pays pour avoir coucher avec un Moldu.
-La grande et honorable ?
-C'est ce que t'étais pour toute l'école. Tout le monde t'admirait.
-Ce n'est pas moi qu'ils admiraient, c'était mon nom ! Et la plupart d'entre eux se fichaient pas mal de qui j'étais vraiment, je ne vois rien d'honorable dans tout ça... C'est stupide comme nom, franchement.
-Tu vas me laisser finir, oui ?
J'ai bu une gorgée de mon café, froid, avant de lui dire de continuer.
-Voilà, alors, je n'ai pas bien compris ce que je devais faire. Je t'ai écris des lettres en cachette, parce que tout contact avec toi était interdit, c'était pareil pour nous tous, Elise, tu étais une paria. Ma mère qui t'adorais me disait que tu ne valais rien, et que c'était une bonne chose que tu ne sois plus là. J'étais tellement en colère. Aussi bien après toi qu'après tout le monde. Ils se comportaient comme si ils n'avaient jamais rien fait de mal. Alors qu'on les a tous vu faire des choses bien pires que ça. Je me suis un peu fâchés avec eux tous. Impossible de rester calme quand ils agissaient comme si tu n'avais jamais existé. J'avais l'impression de devenir fou. Alors je t'ai écris, je ne savais même pas si tu allais me répondre, Lisette, mais j'ai reçu ta lettre.
-Tu veux en venir à quoi, là ? Tu pars dans n'importe quel sens. Structure-moi un peu tout ça, par Merlin !
-Tu ne me laissera jamais finir, n'est-ce-pas ?
-Pas quand ça fait une demie-heure que tu me dis des choses que je sais déjà. Et je dois rentrer pour cinq heures et demie, je n'ai pas le temps de t'entendre me conter ma vie. Dis-moi juste ce que tu veux me dire.
Il inspira un grand coup, posa sa tête dans ses mains un instant, avant de se redresser un peu.
-Tu ne peux pas rester ici. Reviens en France.
-Quoi ? C'est ça ce que ta à me dire ? Ça ? C'est quoi ton délire ? Tu crois que ça me fait plaisir d'être ici ? Que c'est un jeu ? Parce que je ne m'amuse pas du tout ? Je suis forcée d'être ici, ça n'a jamais été un choix personnel !
Je me suis levée, plus qu'énervée, j'en avais assez de lui et de ses reproches.
-Elise, c'est pas ce que je voulais dire.
-Garde tes mensonges pour plus tard. A la semaine prochaine !
-La semaine prochaine ? Me hurla-t-il alors que je commençais à m'en aller en direction de la porte.
Il m'attrapa par le bras, ne me lâchant pas avant que je ne me retourne.
-Écoute-moi deux secondes, veux-tu ?
-J'ai vraiment le choix ?
-Non. Allez, viens te rasseoir.
-Je veux bien t'écouter, mais seulement si on va faire un tour dehors, cet endroit me rend dingue.
Nous nous sommes assis sur un banc gelé au beau milieu d'un parc enneigé et désert.
-Vas-y, dis-moi tout ce que t'as à me dire. Après, il faut que je rentre.
-Tu sais ce qu'on dit qu'il se passe en Angleterre, n'est-ce-pas ?
-Non, mais vas-y, éclaire-moi.
-Qu'un certain Lord Voldemort serait en train de lever une armée pour conquérir le monde des sorciers et dominer les Moldus.
-Merci bien, j'étais au courant.
-Tu n'es pas en sécurité ici, Lisette. Il faut que tu reviennes chez toi.
-Chez moi ? J'en ai été bannie de chez moi ! Je n'ai plus de chez moi, Arès !
-Et bien tu pourrais très bien venir chez moi ! Je te cacherais, je veux juste que tu sois en sécurité.
-Je suis parfaitement en sécurité ici. Je suis une sang-pur, je n'ai absolument rien à craindre.
-Tu n'es plus une sang-pur, Elise...
J'ai claqué ma main contre sa joue, dans un élan de furie. C'était plus fort que moi, je ne pouvais pas le laisser me dire la vérité.
-Ne t'avise jamais plus de dire une chose pareille ! Mon sang est plus pur que le tient !
-T'auras beau le nier, ce n'est plus le cas !
-Parce que tu crois que t'en es toujours un toi peut-être ? Un parfait petit sang-pur ? Qui est-ce qui s'est tapé la petite Duval à la fête de l'hiver l'année dernière ? Fais pas cette tête, oui je vous ai vu, mais c'est pas comme si vous aviez été discret. Et on sait tous très bien que c'est une sang-de-bourbe, alors crois-moi tu n'as absolument rien à me reprocher ! Et toi au moins, t'avais conscience de ce que tu faisais, moi j'étais trop bourrée pour ça. C'est quoi ton excuse à toi ? Elle était bien trop sexy pour que tu puisses lui résister ? T'avais tes hormones qui te tracassaient ? Parce que t'aurais très bien pu aller voir Pénélope pour ça, elle a l'habitude des coups d'un soir dans les coins sombres.
-Depuis quand t'es si amère ?
-Amère ? Tu veux pas dire honnête ?
J'ai soupiré, lassée de son comportement que je trouvais stupide à l'époque. Je ne m'étais pas franchement rendue compte d'à quel point mon comportement était plus qu'idiot. Je n'étais qu'une gamine à qui l'on n'avait pas appris à régler ses problèmes.
-De toute façon, je dois te laisser, il est près de cinq heures, je dois rentrer. Merci de ta visite. On se voit la semaine prochaine chez moi, d'accord ?
-Elise, attend ! ATTEND !
Je ne lui ai même pas laissé le temps de me rattraper, j'ai filé le plus rapidement possible.
Je ne vous raconte pas ce qu'il s'est passé entre ce jour là et la semaine d'après, non ? Rien de bien intéressant de toute façon. Des gens tous aussi anglais les uns que les autres, Regulus qui trainait avec Evan, à faire je ne sais quoi, et moi, enfermée dans ma chambre à lire et à écrire jusqu'à pas d'heure.
Alors bref, nous sommes tous partis chez mes parents, le trente-et-un au matin. Dû à un léger changement de plan de Wallburga qui avait négligé un rendez-vous très important de son mari avec un mec du Ministère... Ouais, c'était l'excuse qu'elle m'avait sortie le vingt-neuf quand je suis descendue prendre mon petit déjeuné.
Ouais, voilà quoi.
Je dois dire que j'étais plus que ravie de revoir mon manoir, que je n'avais pas vu depuis six mois... Mais quand je me dis que j'ai dû revoir mes parents... Hum. Ça c'est plutôt pas trop mal passé en fait, disons que ça aurait pu être pire.
-Elise, qu'est-ce-que cet accoutrement ? Ne t'ai-je pas enseigné comment une demoiselle de ton rang doit se comporter en société ? Arrange-moi tes cheveux un peu ! Tu me dégoutes... Oh, ma chère Wallburga, comment allez-vous ? Oh, Orion, vous n'avez pas changé le moins du monde ! Vous devez être Sirius Black, vous m'avez l'air tout à fait charmant, et tout a fait bien éduqué. Je vous félicite, ma chère Wallburga. Où est votre second fils ? Vous avez bien un second fils, n'est-ce-pas ? Regulus ? Est-il malade ? Ou peut-être a-t-il d'autres obligations, si c'est le cas, je comprends tout à fait.
Oui, je sais, ma mère est une psychopathe. Je vous avais prévenu.
-Non, lui c'est Regulus, mère. Sirius ne vit plus chez ses parents, il s'est enfuit l'été dernier juste avant que j'arrive. Où est père ? Je me dois d'aller le saluer.
-Il est dans l'avant-cour, avec les Van Diersen. N'oublie pas d'aller saluer ta grand mère et ton oncle !
-D'accord, mère, lui répondis-je avec un faux sourire. Allez, viens, Regulus !
Je me suis faufilée dans la foule de personnes qui riaient gaiment au son des violons et du piano, ma main ne lâchant pas celle de Regulus, de peur qu'il se perde au milieu de tant d'inconnus.
-On va où ?
-Voir mes amis, Rébus. Et crois-moi, je sais où ils sont.
J'ai atteint une porte qui menait vers le jardin, j'ai même aperçu mon père au loin qui buvait un verre en compagnie d'un cousin au quatrième degré, sans doute en train d'arranger des contrats plus que douteux. Mais je n'ai fait que passer mon chemin, j'ai continué sur la droite, derrière quelques buissons parfaitement taillés, avant de prendre un petit chemin qui se frayait derrière quelques chênes centenaires afin d'arriver à bon port : le lac, probablement gelé en cette saison
-C'est marrant, vous n'êtes toujours pas capables de trouver un bon endroit pour vous bourrer la gueule sans moi. Sérieusement, le lac ? Vous avez quoi, douze ans ?
Ils se sont retournés très rapidement, pensant sans doute s'être fait prendre par un adulte, avant de se rendre compte de ce que j'avais dit. J'ai soudain vu une masse de cheveux noirs se jeter sur moi avec force, me faisant reculer de deux pas.
-Oh putain, Elise ? Lisette ! T'avais pas menti, Arès !
-Iris ! Lâche-la, tu l'étouffe !
-T'auras ton tour plus tard, Ul', laisse moi en profiter ! Tu m'as tellement manqué, Elise ! Si tu savais ! Je savais que tu reviendrais un jour ou l'autre. J'ai tellement de choses à te raconter ! Père ne m'a pas laissé t'écrire, mais j'ai essayé, tu sais. J'ai une demie douzaine de lettres qui t'attendent à la maison. Si j'avais su, je les aurais ramenées !
Elle m'a finalement lâchée, me permettant de voir son visage souriant. Cette fille était une vraie boule d'énergie toujours prête à faire n'importe quoi, pourvu qu'elle puisse le faire en sautillant.
Iris a soudainement tourné la tête pour regarder derrière moi.
-Oh, mais qui c'est ça ? C'est ton copain, Lisette ? Il est pas mal ! Il est anglais ? Hellooooo ! Comment ça va ? Il parle pas français, c'est ça ?
-Nan, il parle pas français, Zis.
Je me suis retournée vers Regulus, un léger sourire sur les lèvres. J'avais bien remarqué que tout le monde le fixait depuis notre arrivée, mais son air totalement terrifié le confirmait. Je lui ai tendu la main, qu'il prit avec hâte, cherchant sans doute un quelconque support.
-Les amis, voici Regulus Black, je squatte chez lui depuis six mois... Regulus, these are my friends. Please say hi to them.
Il leur fit un petit signe de main, accompagné d'un sourire qui se voulait sans doute amical mais qui avait plus l'air d'un sourire d'excuse.
-Un Black ? Tu fais dans la magie noire après t'être fait un Moldu ? T'es si versatile, Elise !
-Merci, Sophie. Dis-moi, t'as été faire du shopping dans le placard de ta grand-mère ces temps-ci ? Oh, pardon, j'avais oublié que t'avais des problèmes d'argent... Ça doit être mon côté blonde versatile qui ressort.
-Toujours aussi franche, Duchesnes, j'admire.
-Je te remercie grandement Dupuis, j'essaye de maintenir mon niveau. C'est pas facile avec ces anglais, il font plutôt dans la finesse et les petits coups bien placés. Terriblement ennuyant. D'ailleurs, tant qu'on y est, tu as toujours une de mes paire de chaussure, je les aime bien, tu vois... Alors si tu pouvais me les rendre un de ces jours, ce serait franchement sympa.
Je crois que c'est tout ce qu'il a fallu pour que l'on agisse comme si de rien n'était. J'avais l'impression d'être retournée dans le passé juste le temps d'une journée ou deux. Vous savez, juste le temps de fêter le nouvel an en famille. Si ce n'est que je l'ai plus passé bourrée en compagnie de ce qui me semblaient être de nouveau mes amis.
D'ailleurs, tant que j'y suis, je vais vous donner un petit conseil avant de vous parler de la suite. Ne buvez pas, sérieusement. Ou évitez, du moins. Ça peut mal finir, c'est comme quand je vous ai parlé de ce léger problème avec ce stupide arbre à Poudlard, ça peut mener à pas mal de problèmes, l'alcool.
Pas mal de problèmes, oui. Et jamais ceux auxquels on s'attendait. Ce qui nous amène à la prochaine séquence d'évènements.
Le Samedi premier Janvier mille neuf-cent soixante-dix-sept.
Ça aurait pu être une magnifique journée annonciatrice d'une magnifique année en perspective. Ouais, c'est sûr. Si je ne m'étais pas réveillée nue dans les bras de quelqu'un.
Un léger arrière-goût de déjà vu ? Sans doute, oui. Si ce quelqu'un ne s'était pas avéré être Regulus Black.
Vous comprenez, maintenant, pourquoi je ne veux pas que vous buviez ? C'est mauvais pour la santé et pour votre vie privée et sociale. Evitez. Ou sachez vous maitriser, tout du moins.
Et c'est tout pour aujourd'hui ! Je pars en vacances Mercredi, et je serais de retour le Samedi de la semaine suivante. En attendant, essayez de ne pas me haïr après vous avoir quittés à un moment pareil. =)
