Chapitre 18 : Saturday Night Fever

J'ai vite compris que c'était une sorte de piège quand je suis arrivée, une demie heure après l'heure prévue, au rendez-vous donné. (Dans le seul but de lui rappeler que je n'étais pas soumise à sa volonté et que je pouvais me permettre de venir quand je le souhaitais.). Et que je n'ai trouvé qu'un pan de mur désert face à une tapisserie d'un goût plus que douteux.

-T'es sure que c'est là ? Demandais-je à Veronica, que j'avais invitée sans demander le consentement de qui que ce soit, et qui, de toute façon, devait retrouver Eunice.

-Ouais, y a le truc accroché au mur là, c'est marqué sur le parchemin que ça serait là.

-Bon bah, euh, on fait quoi alors ?

-On cherche.

Il nous fallut plus de dix minutes pour trouver, accroché derrière l'horrible tapisserie qui leur servait de seule et unique décoration un bout de parchemin qui contenait les instructions suivantes.

Oyez, oyez gentes gens ! Soyez les bienvenus à ce qui sera sans doute l'un des meilleurs moment de votre vie.

Pour y participer, vous devez passer trois fois de suite devant le mur là, juste derrière, voilà, c'est ça, retournez vous. Là ! Vous voyez ? Oui, celui-la, où il n'y a rien du tout.

Vous venez de passer devant trois fois de suite mais il ne s'est rien passé ? C'est tout à fait normal ! Il fallait le faire en pensant très fort à «Je veux aller là où la fête se passe » ! Allez-y, faites le maintenant, et si ça n'a pas marché, c'est que vous avez probablement une maladie congénitale qui fait que vous ne savez pas penser. Vous la voyez la porte ? C'est bien !

Reposez ce parchemin là où vous l'avez trouvé maintenant, hop hop hop, on s'exécute !

Amusez-vous bien ! On se retrouve tout de suite à l'intérieur !

CPLQ, à votre service !

-C'est une grande bande de malades mentaux... Y a assez de place à Sainte-Mangouste pour eux, tu crois, Vé ?

-Nan, ils font pas de truc pour les débiles profonds, me rétorqua-t-elle. Au pire, on pourrait essayer de leur refourguer Pettigrow, il a pas l'air totalement humain. On pourrait dire qu'il a eu un problème en métamorphose et que ça explique sa face de rat.

J'ai éclaté de rire à sa blague, qui, il me faut bien l'avouer, avait bien plus l'air d'une affirmation plus que réelle que d'une simple blague sur le physique de quelqu'un.

Je me suis attelée à la tache qu'ils m'avaient assignée, me sentant plus que ridicule à passer devant un stupide mur inutile. Et, effectivement, au bout de la troisième fois, une grande porte est apparue, juste pour le fun, sans doute.

-T'as reposé leur truc ? Lui demandais-je en m'approchant de la poignée.

-Le parchemin ? Ouais.

Un groupe de filles cinquième années particulièrement joyeuses sont arrivées au détour du couloir, et il ne me fallut que peu de temps pour me rendre compte qu'elles étaient déjà bien plus que « pompettes ». Ah, la jeunesse, de nos jours.

-Allez viens, avant qu'elles ne nous voient.

J'ai ouvert la porte en grand, découvrant juste derrière une chose qui me parut plus que merveilleuse.

Une énorme salle remplie de gens, de musique, d'une lumière tamisée et de rires m'accueillit dès mon arrivée. Et je ne pus m'empêcher de sourire comme une idiote, oubliant mes ressentis face à cette soirée que j'avais à tout prix tentée d'éviter.

Je m'étais même dit, une heure et demie avant, alors que je cherchais le sort parfait pour avoir un maquillage qui ait à la fois l'air classe et sexy et qui ne tienne pas seulement trente minutes, que j'allais lui poser un lapin pour lui prouver qu'il n'avait aucun pouvoir sur moi et que ses yeux ne m'envoutaient absolument pas.

Mais il a bien fallu que, vingt minutes plus tard, je m'admette que c'était peine perdue alors que j'enfilais la robe la plus dénuée de tissus que je possède. J'allais effectivement aller à cette soirée. Oui, mais juste dans le but de prouver à cet infâme Sirius Black que je n'étais pas une « vieille mégère ». C'était la seule et unique raison qui me pousserait à y aller. Juste dans le seul but de le contredire. Voilà. Il n'était en aucun cas question de pouvoir aller lui parler une fois de plus ou même de de pouvoir admirer la perfection qui émanait de son corps. Vraiment.

-Par Merlin, c'est pas des troisièmes années ça ? Qu'est-ce-qu'ils fichent ici ?

-Ils s'éclatent, Vé, comme nous.

-A leur âge ?

-A leur âge, moi, j'organisais déjà mes propres fêtes que tous les septièmes années m'enviaient. C'est pas non plus la mort. Allez viens, j'vais prendre un verre. Et comme t'es une bonne copine, toi aussi.

-Saleté d'amitié.

J'ai éclaté de rire face à son air bougon, à la limite du martyr. En m'approchant du bar, où Sirius Black avait apparemment établit son campement en compagnie d'une demie-douzaine de glousseuses, je la vis réagir en apercevant « l'amour de sa vie » assis sur un fauteuil à trente mètres de nous.

-Salut l'abrutit, le saluais-je sans enthousiasme particulier. Ce qui fit soupirer Veronica et les glousseuses me lancèrent des regards meurtriers. T'as quoi de bon à me proposer ?

-Mon corps ?

-Evidemment. Excuse-moi, j'aurais dû préciser que je voulais quelque chose qui ne me file pas d'indigestion.

Cette fois-ci, l'une des glousseuse se leva de son siège, l'air indignée, et se planta devant moi, son visage rougit par la colère n'atteignant pas mes épaules.

-On t'a pas appris la politesse dans ton patelin paumé ?

-Nan. A toi par contre, on t'a pas appris à respecter tes ainés, gamine. T'as quoi, quatorze ans ? Et on ne t'a apparemment pas non plus appris à te mêler de tes affaires. Maintenant, si tu pouvais m'excuser, j'ai une conversation à terminer avec l'imbécile juste derrière toi. ET ÇA VAUT POUR CHACUNE D'ENTRE VOUS ! On dégage les glousseuses !

Je ne sais pas ce qui les a décidées, sans doute était-ce le regard que leur lança Black, mais elles sont toutes parties après m'avoir lancé un dernier regard hautain et suffisant du haut de leur mètre cinquante.

-Bon, on en était où avant que ton fan club ne pète un câble ?

Je me suis retournée pour vérifier si Veronica allait bien, puisqu'elle n'avait pas prononcé un seul mot depuis cinq minutes.

-Cherche pas, elle est déjà partie dans un coin avec son mec, Murray.

-Ah. Ça m'étonne pas. Oui donc, file moi à boire, si y a bien une raison qui fait que je suis ici, c'est l'alcool.

-Même pas pour moi ?

-Tu rigoles ? J'avais juste besoin d'une bonne cuite pour oublier que je vais passer la soirée la plus pourrie de ma vie !

Il s'est soudainement redressé pour me fixer directement dans les yeux. Mon cerveau criait à l'aide, me suppliant de le faire cesser, puisqu'il semblait avoir beaucoup de mal à réfléchir correctement en de telles circonstances. Les cris se transformèrent rapidement en hurlements quand il se rapprocha de moi, tellement près que je pouvais sentir son souffle sur mon visage.

-La soirée la plus pourrie de ta vie ? Fais moi confiance, ça ne sera pas le cas, petite traitre-à-ton-sang.

Il s'éloigna aussi vite qu'il s'était rapproché, me lança un sourire éclatant et me servit un verre de Whisky pur feu. Je l'avalais d'une traite, cherchant à me redonner un quelconque sentiment de contrôle de soi. J'avais les joues en feu, et la musique n'aidait en rien à ma concentration. C'était quoi de cette chanson pourrie ?

-C'est quoi ce truc là ?

-Quoi ? Le verre ?

-Nan, la musique ! On peut savoir pourquoi la meuf gémit comme une folle ?

-Ca te perturbe, Rosier ?

-Je trouve ça dégoûtant, c'est tout. Y a pas besoin de me lancer ce petit sourire moqueur, Black.

-C'est une chanson pleine de passion, Rosier, y a pas de quoi en avoir honte.

-Et elle est obligée de gémir en chantant « Love to love you » ? C'est pas comme si que les paroles n'étaient pas explicites non plus, hein. Enfin bref, rien que le fait d'écouter des chansons Moldues...

-C'est pas comme si t'avais pas le droit de le faire, tu peux tout te permettre. Même quelque chose d'aussi horrible que ça.

-Si tu pouvais éviter de mentionner quoique ce soit qui ait un rapport avec ça... Ressers moi un verre.

Des gens sont passés juste à côté de moi, juste assez près pour que je puisse remarquer que c'était l'un des potes de Black, le blond qui ne disait jamais rien, et Potter qui avait l'air complétement désespéré.

Ils n'ont fait que passer mais j'eus le temps d'apercevoir le regard que Black lança à Potter.

-Il a quoi, Potter ?

-La même chose que d'habitude. Evans. Apparemment, elle n'a pas daigné nous rejoindre ce soir.

-Mais il a quoi avec elle ? On dirait qu'il passe la moitié de son temps à la harceler, et l'autre à préparer des plans pour la harceler.

-Tu crois qu'il fait ça pour quoi ?

-Pour lui pourrir la vie ?

-Il fait ça parce qu'il est fou amoureux d'elle depuis des années.

-Tu rigoles là ?

-Nan, ça fait cinq ans que je dois l'écouter nous raconter à quel point elle est parfaite.

-La vache ! J'avais pas réalisé ! Pourquoi il lui dit pas ?

-Il a la trouille. Faut dire aussi qu'elle ne lui a jamais laissé une chance de lui parler plus de cinq minutes.

-En même temps, si il se comportait d'une façon qui soit à peu près normale, sans vouloir l'insulter, ça passerait peut-être mieux. Repasse-moi un verre.

Des Poufsouffles de troisième ou quatrième année sont apparus, bien éméchés, pour féliciter Black de sa « super soirée qui déchire mec ! Comment c'trop géniaaaaal ! ».

J'ai dû faire le même compliment deux heures plus tard, alors que je me déchainais sur une table en me déshabillant devant une foule d'admirateurs enthousiasmés.

Je suis vite descendue quand j'ai vu Brandon Quirke, un mec pas trop moche et en même année que moi rejoindre la vingtaine de prépubères en rut et autres pervers excités. Déjà, parce qu'il pouvait aller tout raconter à Véronica, et que même dans cet état là, je savais que je me ferais tuer si elle était au courant. Et deuxièmement parce qu'il était pas si moche que ça et qu'il me fallait quelqu'un pour oublier que je venais d'embrasser Sirius Black.

-Hey, Brandon, comment ça va ?

-Ça va, tu t'appelles Elise pas vrai ? La nouvelle, c'est ça ?

-Ouais 'fin, ça fait quand même cinq mois que j'suis là quoi. Ça te dirait qu'on aille s'embrasser sur le canapé juste là ?

-Ouais, d'accord.

Quoi ? Comment ça vous voulez des détails sur le baiser avec Sirius Black ? Mais c'est pas pour rien que je l'ai évité, vous voyez, j'ai quand même vachement honte de moi sur ce coup là. Ça c'était passé une heure auparavant. Oui, ça devient compliqué au niveau chronologique. Débrouillez-vous un peu ! Mais si vous insistez... Bon, d'accord, je voulais juste le garder pour plus tard. Le voilà.

J'ai juste eu un moment de faiblesse. Un tout petit, minuscule moment de faiblesse quand il s'est approché de moi pendant un slow de Celestina Moldubec particulièrement niai.

-Tu me veux quoi ? J'ai déjà assez bu, fous moi la paix..

-Tu sais, je comprends pas pourquoi tu passes ton temps à rester malheureuse dans ton coin. Regarde autour de toi, tu vois une seule personne en train de déprimer ou de se plaindre sur son sort ?

-Non, mais c'est parce que Rogue a pas été invité. C'est pas Evans, là bas ? Elle lui va bien cette robe.

-C'est quoi ce ton larmoyant ? Me dis pas que t'es en train de pleurer ! Oh par Merlin, si, tu pleures !

-Oh, c'est pas de ma faute ! C'est ta chanson stupide là ! Je hais les chansons d'amour.

-Tu voudrais tout de même pas que je change la musique ? Regarde moi toutes ces filles en extase !

-Oui bah je ne les comprends pas. C'est juste horrible comme chanson. C'est triste et niai et moi ça me fait pleurer.

-T'aimes vraiment rien en musique !

-Si. Le rock, lui répondis-je en essuyant mes larmes. J'aime bien les Croques-Mitaines, qu'est-ce-qu'il est canon Stubby Boardman !

-Parait qu'il me ressemble... Ou que je lui ressemble, question de point de vue.

-Qui t'a dit ça ? Parce qu'ils feraient mieux d'acheter des lunettes !

Il s'est encore une fois rapproché de moi, pour venir me murmurer dans l'oreille : «Je suis bien plus sexy que lui, pas vrai ?». Et je me suis mise à frissonner de la tête aux pieds, telle l'idiote que j'étais. Il s'est à peine écarté de mon visage pour venir me fixer droit dans les yeux, son sourire satisfait face à ma réaction me narguait davantage.

-C'est moi qui te perturbe, Rosier ?

J'ai bien essayé d'ouvrir la bouche pour lui répondre, pour lui hurler que bien évidemment que non, qu'il me dégoûtait et que je n'avais qu'une envie c'était de me trouver le plus loin possible de lui, mais aucun son ne sortit de mon traitre de corps.

-Je prends ce silence pour un oui.

Il a commencé à finalement se reculer, son regard ne quittant pas le mien.

Et c'est à ce moment là que j'ai fait ce geste que je regrette plus que tout, mais il fallait bien que je le fasse taire ! C'était juste pour ça ! Oui, tout à fait ! Je ne l'ai embrassé que pour une seule et unique raison : qu'il arrête de m'énerver avec sa voix tout sauf sexy et envoûtante.

Je me suis approchée de lui,sans vraiment m'en rendre compte sur le moment, et mes lèvres ont effleurées les siennes un court instant. Electrifiée et choquée par ce que j'avais fait, je me suis rapidement éloignée. Mais il semblait avoir une toute autre idée (pouvais-je l'en blâmer quand je mourrais d'envie de recommencer ? Oui, je l'ai avoué, j'avais apprécié ! Voilà, c'est dit !) car il enfouit ses mains dans mes cheveux et approcha ma tête de la sienne.

Dois-je vraiment narrer ce qui suit ? Vraiment ? Non parce que... Oui je sais, c'est ce que vous recherchez, de l'action, de l'amour, des trucs palpitants... Des ados qui s'embrassent. Soit.

Si je vous disais simplement qu'il embrasse très mais alors trèèès bien ? Non plus ? Soit...

Il a donc mit sa main dans mes cheveux, (sans doute de peur que je ne m'enfuie !) et s'approcha de moi avec une lenteur exaspérante, me donnant le temps d'anticiper autant que possible. Et puis, enfin, l'exquise sensation de ses lèvres contre les miennes, m'embrassant, m'embrasant, m'électrifiant pendant quelques secondes éternelles, et puis sa langue cherchant la mienne, une minute infinie. Et puis le vide perpétuel qui succéda au manque soudain de contact.

Et puis la douleur inattendue qui frappa ma mâchoire avec force. Et un brusque retour à la réalité. Une masse de cheveux châtain hurlante s'était interposée et venait de me gifler.

Elle a rapidement fait demi-tour pour se tourner vers Si-euh Black et lui affligea une magnifique claque avant de mettre ses mains sur ses hanches.

-COMMENT AS-TU OSE ME FAIRE ÇA ? A MOI !

-Jess...

-NE COMMENCE PAS A ME PARLER ! TU M'AS TROP PRISE POUR UNE IDIOTE ! N'ESSAYE MEME PAS DE TE JUSTIFIER ! BORDEL POURQUOI IL A FALLU QUE CE SOIT AVEC UNE BLONDE EN PLUS ? TU VOULAIS FAIRE LE PLUS CLICHE POSSIBLE ?

Je l'ai laissée déverser sa haine contre lui encore quelques minutes, parce que c'était plutôt marrant de voir le pauuuvre petit Sirius Black se faire agresser de la sorte.

Mais ça l'est devenu beaucoup, et j'insiste bien sur le beaucoup, moins quand elle s'est mise à s'en prendre à moi.

Ne cherchez pas à comprendre, moi non plus je ne sais pas pourquoi les cinglées aiment bien hurler en ma présence.

-Et toi là, la petite pétasse, tu savais bien qu'il avait une copine, pas vrai ? Ça t'amuse ?

-Moi ? Non, j'en savais rien, et à vrai dire je m'en fiche royalement. Tu savais à quoi t'attendre en sortant avec Sirius Black bordel, ne viens pas me mettre ton idiotie sur le dos ! Et la petite pétasse t'emmerde généreusement.

Je me suis retournée en direction de l'objet de notre discorde, le dénommé ô-tout-puissant-et-magnifique-Sirius Black avec un grand sourire, sachant d'ores et déjà que je m'apprêtais à faire le plus merveilleux geste de toute ma soirée.

Oui, mesdames, mesdemoiselles, messieurs, je l'ai embrassé encore une fois.

Je me suis approchée de lui prudemment, histoire de ne pas le faire fuir, ce qui aurait ruiné tout mon plan, et j'ai déposé mes lèvres sur les siennes, en un baisé rapide et passionné qui me fit presque tourner la tête. Et, en me reculant, je murmurais à son oreille « Félicitations, tu fais partie des connards. J'adore, on remet ça quand tu veux. » ce qui le fit frissonner.

C'est à ce moment là que je suis partie, plutôt fière de moi, et souriant comme une idiote tout le long du chemin qui me menait jusqu'à mon cher et tendre lit... Enfin, j'ai fait un arrêt dans la salle commune, puis j'ai atterri dans mon lit. Je vous interdis d'en conclure quoique ce soit. C'était juste une soirée, durant laquelle j'ai juste embrassé un mec, totalement banal par ailleurs.